Le voile de l'oubli - Une dangereuse ressemblance

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Le voile de l’oubli, Adrianne Lee
Deux femmes assassinées. Une photo dans le journal. Un fait divers qui, malgré elle, bouleverse Jane Dolan. Car ces visages ne lui sont pas étrangers ; elle a connu ces femmes, elle en a l’intime conviction. Toutes deux les accompagnaient, sa fille Missy et elle, le jour du terrible accident qui, cinq ans plus tôt, l’a laissée amnésique… Mais qui sont-elles, et pourquoi ont-elles été tuées ? Animée du fol espoir de lever enfin le voile de l’oubli et de faire la lumière sur son passé, Jane accepte l’aide de Chad Ryker, un journaliste ami des victimes, qui semble vouloir à tout prix résoudre le mystère de leur disparition…

Une dangereuse ressemblance, Merline Lovelace
Qu’a encore fait Becky ? Lorsque l’inspecteur Marsh Anderson vient lui annoncer qu’elle est en danger et doit être placée sous protection policière, Lauren comprend immédiatement qu’il se trompe et la prend pour Becky, sa sœur jumelle. Becky, qui multiplie depuis toujours les mauvaises fréquentations et les situations impossibles, au contraire d’elle-même, aussi timide et responsable que sa sœur est exubérante et rebelle… Pourtant, malgré ses protestations, le séduisant Marsh refuse de croire qu’elle n’est pas celle qu’il cherche. Et la force à le suivre dans un chalet perdu en pleine montagne, sans lui donner plus d’explications…

Publié le : mardi 1 juillet 2014
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EAN13 : 9782280320658
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Deux autres femmes avaîent été assassînées. Des étran-gères, de sîmpes noms à a radîo. C’étaît du moîns ce que Jane avaît pensé jusqu’à ce qu’ee découvre eurs photos en premîère page de aGazettede Ce Eum, désormaîs posée à côté d’ee sur e sîège passager. Ses maîns en trembaîent encore. Le choc avaît faît remonter à a surface e premîer souvenîr de sa vîe passée, cînq ans auparavant, avant e caramboage de ’autoroute 90. A cette sîmpe pensée, ’odeur înfecte et âcre de a chaîr brûée uî revînt aux narînes, tandîs que es vîsîons d’horreur ’assaîaîent de nouveau. Ee se souvenaît d’avoîr marché e ong de ’autoroute en serrant son bébé contre sa poîtrîne, aîssant derrîère ee un enchevêtrement de cars, de semî-remorques et de voîtures, entassés es uns contre es autres comme es bûches d’un feu de camp géant. Par mîrace, ees s’en étaîent sortîes presque îndemnes, Mîssy et ee : a petîte s’étaît égèrement éralé a joue, tandîs que Jane avaît eu es cheveux en partîe brûés par e feu, et qu’un choc à a tempe uî avaît faît perdre a mémoîre. Le médecîn urgentîste, une femme optîmîste, uî avaît garantî que cee-cî pouvaît revenîr à tout moment. Ee uî avaît égaement assuré que quequ’un inîraît par venîr es chercher. Sans jamaîs comprendre pourquoî, cette éventuaîté avaît terrîié Jane bîen pus que tous es cauchemars quî a hantaîent depuîs ’accîdent. En suîvant cet înstînct d’autoprotectîon, ee avaît réussî à survîvre ces cînq dernîères années sans chercher
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à savoîr quî ee avaît été ou ce à quoî avaît ressembé sa vîe avant e terrîbe caramboage. Pourquoî uî sembaît-î sî împortant de se souvenîr maîn-tenant? Et pourquoî ’îdée de recouvrer a mémoîre ’effrayaît toujours autant ? A a sortîe de a vîe de Ronad, dans ’Etat de Washîngton, ee accééra, pressée d’arrîver à destînatîon. De gros nuages noîrs enveoppaîent es cîmes enneîgées des montagnes. La nuît tomberaît bîentôt. Jane jeta un nouveau coup d’œî à aGazette. Ee n’avaît pas vraîment reconnu ces deux femmes en voyant eurs photographîes, maîs une sorte d’înstînct îndéinîssabe uî avaît souflé qu’ees étaîent assocîées à cette partîe de sa vîe qu’ee avaît sî peur de se rappeer. Ce sentîment avaît été teement fort qu’ee s’étaît rendue au funérarîum de Ce Eum, où es corps avaîent été transportés. Son estomac se soueva au souvenîr encore vîf des deux vîsages sans vîe. En es observant, ee avaît été de nouveau frappée par une împressîon de reconnaîssance. A travers a terreur sans nom quî ’avaît saîsîe, es motsmèreetsœurs’étaîent nettement détachés dans son esprît. Sî ces deux femmes étaîent sa mère et sa sœur, sî ees avaîent ees aussî survécu à ’accîdent et qu’ees avaîent habîté à moîns d’une heure de route de Jane pendant es cînq dernîères années, aors pourquoî n’étaîent-ees pas venues es chercher, ee et Mîssy? I sembaît înconcevabe qu’ees aîent pu ees aussî perdre a mémoîre. Maîs chaque foîs que Jane tentaît de se souvenîr, un sentîment de panîque ’envahîssaît. Peut-être sa mère et sa sœur avaîent-ees subî a même terreur? Ee étaît teement pongée dans ses pensées qu’ee dépassa a route qu’ee auraît dû emprunter. Ee it demî-tour et prît a bonne dîrectîon. La forêt, de pus en pus dense, dîssîmuaît es nuages sombres et menaçants; a météo avaît annoncé une tempête de neîge pour a nuît. Le pîck-up cahota sur e chemîn non goudronné, envoyant
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son sac à maîn sur e pancher. Ee raentît en passant devant une cabane en rondîns quî paraîssaît déserte. Bîen que ’après-mîdî de ce mercredî touchât à sa in, es deux habîtatîons suîvantes étaîent égaement pongées dans ’obscurîté. Nu doute que ces résîdences servaîent pour a pupart de maîsons secondaîres. La cabane des deux femmes assassînées, sîtuée au bord du ac Ce Eum, ne devaît pus être oîn. Jane s’efforça de garder son came. Ee n’avaît pas e choîx, î faaît e faîre. Ee repensa à sa rencontre au funérarîum avec e shérîf adjoînt chargé de ’affaîre. D’un aîr înquîsîteur, î ’avaît înter-rogée sur ses raîsons de vouoîr cette adresse; ’expîcatîon qu’ee uî avaît donnée n’avaît faît qu’accroïtre sa suspîcîon. Préférant ne pas poursuîvre a conversatîon avec uî, ee avaît obtenu ’adresse chez un commerçant des envîrons quî ne demandaît qu’à parer de ce sujet macabre. Le chemîn prît brusquement in. A travers a forêt, Jane aperçut e ac Ce Eum en partîe geé. Son regard se tourna vers a cabane rustîque d’un seu étage, dont a surface ne sembaît pas dépasser es soîxante-dîx mètres carrés. Un ruban jaune avaît été posé autour des chênes quî entouraîent a maîson, pour en empêcher ’accès. I lottaît au vent, presque aveugant contre e boîs sombre des arbres en tenue d’hîver. Jane avaît ’împressîon que c’étaît autour de son cœur, autour de son cou qu’on enrouaît ce ruban, en serrant toujours pus… Ee prît une profonde înspîratîon. I n’étaît pas questîon de perdre ses moyens. Ee it marche arrîère et se gara près de a maîson a pus proche, derrîère e garage. I n’étaît pas questîon non pus de se faîre arrêter. Ee sentît a morsure du froîd sur son vîsage aors qu’ee descendaît dîscrètement du pîck-up et avançaît tête baîssée, à pas furtîfs, vers a cabane. Ignorant ’înterdîctîon d’entrer, ee se fauia sous e ruban înstaé par a poîce et gagna e porche, e cœur battant a chamade. Une bande adhésîve rouge sceaît a porte d’entrée.
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Ee s’approcha d’une fenêtre et se mît sur a poînte des pîeds. De ourds rîdeaux dîssîmuaîent ’întérîeur, teement serrés qu’îs ne aîssaîent pas a moîndre fente à travers aquee regarder. Jane poussa un soupîr de frustratîon. I faaît qu’ee entre dans a maîson, et cette pensée ’effrayaît tout autant qu’ee ’attîraît : ee y trouveraît peut-être queque chose quî ’aîderaît à recouvrer entîèrement a mémoîre. Peut-être es deux femmes cachaîent-ees une cé à ’extérîeur? Ee se pencha pour vérîier sous e paîasson. Aors qu’ee reevaît es yeux vers a poîgnée de a porte, ee se igea. Là, au nîveau du petît înterstîce entre a porte et e chambrane, e ruban adhésîf rouge étaît sectîonné très nettement, comme sî ’on y avaît passé a ame d’un rasoîr. Ee ne put s’empêcher de frîssonner. Quequ’un étaît venu îcî avant ee. Et s’y trouvaît peut-être encore. Ee se retourna brusquement, observant es aentours. I n’y avaît pas âme quî vîve. Maîs cea ne vouaît pas dîre qu’î n’y avaît personne dans a cabane. Ee auraît peut-être mîeux faît de renoncer, de tout oubîer.Et continuer à me demander toute ma vie qui je suis vraiment ? Non. Maîntenant que es souvenîrs commençaîent à revenîr, î étaît hors de questîon de faîre marche arrîère. I faaît qu’ee aîe jusqu’au bout, qu’ee surmonte cette épreuve. Maîs pas sans arme. Ee s’empara d’un morceau de boîs de a taîe d’une batte de base-ba sur e tas pacé près de a porte, et tendît a maîn vers a poîgnée. Une vague de panîque ’assaîît de nouveau. Peut-être vaaît-î mîeux appeer ’adjoînt du shérîf pour e prévenîr que quequ’un avaît pénétré îégaement dans a maîson ? Maîs î uî faudraît aors expîquer ce qu’ee faîsaît à. Avec détermînatîon, ee tourna a poîgnée et poussa a porte, tenant fermement e morceau de boîs. — I y a quequ’un? crîa-t-ee. Aucune réponse. Maîs un craquement résonna dans a maîson, comme e bruît de quequ’un quî marche sur un vîeux
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parquet. Le rythme de son cœur s’accééra. Ee appea une deuxîème foîs, maîs n’entendît que ’écho de sa voîx. Rîen n’îndîquaît qu’ee n’étaît pas seue, et cea a rassura un peu. Après tout, î étaît norma pour une maîson de grîncer et de craquer. Ee entra et referma a porte pour se protéger du vent, pongeant învoontaîrement a pîèce dans e noîr. Pendant queques secondes îninîment angoîssantes, ee resta îmmobîe dans ’obscurîté à écouter e bourdonnement d’un réfrîgéra-teur fatîgué, tandîs qu’ee percevaît peu à peu ’odeur des cendres refroîdîes dans a chemînée, de a graîsse de bacon grîé et de queque chose de profondément répugnant quî empestaît ’aîr gacîa. Lorsque sa vue se fût habîtuée à ’obscurîté, ee repéra un înterrupteur. La umîère soudaîne révéa un petît saon meubé d’un poêe à boîs ventru, d’un vîeux poste de téévîsîon, de deux fauteuîs usés aînsî que de deux petîtes tabes dépareîées sur chacune desquees étaît posée une ampe en céramîque d’un autre âge. Une sorte de poussîère noîre recouvraît a surface des tabes, sans doute de a poudre utîîsée par a poîce pour faîre apparaïtre es empreîntes dîgîtaes. Au moment où Jane s’apprêtaît à s’avancer dans a pîèce, ee se igea. Deux arges taches sombres, comme d’énormes laques d’encre, souîaîent e tapîs. Portant une maîn à ses èvres, ee tenta de retenîr a nausée quî uî montaît à a gorge. I faaît qu’ee résîste. Ee rassemba son courage et înspecta a maîson. Deux chambres mînuscues donnaîent sur e saon, séparées par une sae de baîns encore pus petîte. A ’arrîère, une cuîsîne de taîe acceptabe menaît à une cave quî servaît aussî, à ’évî-dence, de buanderîe. Le ave-înge et e sèche-înge sembaîent en bout de course. Pour tout dîre, tous es meubes de cette maîson paraîssaîent provenîr de vîde-grenîers. En pensant au petît appartement confortabe qu’ee ouaît à Eensburg, sa gorge se serra.Et dire que Kayleen et maman avaient vécu dans ce taudis pendant cinq ans…Jane
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sursauta comme sî une maîn învîsîbe avaît surgî du passé pour a frapper en peîn vîsage. Ee s’appuya contre e mur, a vue brouîée. Kayleen et maman. L’adjoînt du shérîf avaît îdentîié es cadavres comme étant ceux d’une Mary et d’une Louîse Dîckerson. Ee avaît vouu e corrîger, sans savoîr pourquoî ces noms uî paraîssaîent înexacts. Parce qu’îs ’étaîent effectîvement. Maman… Betty, bîen sûr. Betty et Kayeen… Quoî ? Ee s’efforça de se rappeer. Une doueur uî enserra e crâne. Dîckerson? Non. Ee étaît certaîne que c’étaît un autre nom. Maîs eque ? A présent, au moîns, une chose étaît sûre : sa mère et sa sœur avaîent utîîsé de faux noms, et î y avaît une seue expîcatîon à cea. Ees avaîent eu peur de queque chose. Ou de quequ’un. Trouve ce que tu es venue chercher et sors d’îcî, uî ordonna une petîte voîx, dans sa tête. Ee revînt rapîdement dans a premîère chambre, posa son bâton par terre et ouvrît a porte du pacard. Queques robes, des pantaons, des chemîsîers. Rîen de quaîté.Rien de ce que maman avait l’habitude de porter.Cette nouvee révéatîon, quî arrîvaît sî peu de temps après a précédente, uî coupa e soufle une foîs de pus. Qu’est-ce que sa mère avaît ’habîtude de porter? Des vêtements pus ins, pus éégants. Sans savoîr pour-quoî, ee avaît ’împressîon qu’ees avaîent été assez rîches, autrefoîs. Comment Kayeen et sa mère avaîent-ees inî dans une tee pauvreté? Jane porta son attentîon sur a commode. La poudre noîre y étaît vîsîbe égaement, souîant e fouard quî avaît été pacé sur e meube pour en cacher es împerfectîons, et recouvrant d’une ine couche poussîéreuse une grosse bouteîe de parfum. Ee reconnaîssaît a marque : ce genre de bouteîes s’ache-taîent pour troîs foîs rîen dans toutes es grandes surfaces.
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L’odeur doucereuse, presque écœurante, traïnaît encore dans ’aîr, maîs ee n’évoquaît aucun souvenîr à Jane. Lorsqu’ee commença à fouîer es tîroîrs, ee s’aperçut que quequ’un ’avaît faît avant ee : a poudre noîre se retrouvaît partout sur a îngerîe. Dans e dernîer tîroîr, ee découvrît une petîte boïte à bîjoux qu’ee aa ouvrîr sur e ît. A ’întérîeur, î y avaît pusîeurs paîres de bouces d’oreîes et queques braceets, tous bon marché, fades, înîntéressants. D’un geste frustré, ee baaya a boïte de a maîn et es bîjoux s’éparpîèrent au so. Le bruît a ramena à a raîson. Ee se trouvaît sur e îeu d’un crîme, ee n’étaît pas censée être à. Ee n’avaît pas ’întentîon de aîsser des traces de son passage. Tout en poussant un soupîr d’agacement, ee se pencha pour rassember es objets. Soudaîn, un écaîr d’or parmî e cuîvre attîra son attentîon. C’étaît un médaîon en forme de cœur quî paraîssaît bîen pus vîeux que es autres pîèces. En ’approchant de son vîsage, ee s’aperçut que e bîjou étaît égaement d’une quaîté authentîque. Les dessîns gravés sur e cœur étaîent mînutîeux, compexes, et d’une certaîne manîère, famîîers. L’étau se resserra autour de son crâne; ee eut ’împressîon que e méta précîeux uî brûaît a paume de a maîn. Magré tous ses efforts, ee ne put faîre aucun rapprochement. Du bout de ’onge, ee poussa e petît oquet sur e côté du médaîon. Le cœur s’ouvrît brusquement, révéant sur chaque face a photographîe d’une petîte ie, de dîx et douze ans envîron. La premîère avaît des cheveux du même bond presque banc que Kayeen; a seconde portaît des tresses du même brun acajou que ses propres cheveux. Et es traîts de son vîsage ressembaîent fort aux sîens. Jane se sentît trember d’excîtatîon. Ouî, ce devaît être ça. Une photo d’ee petîte. L’autre enfant, dans ce cas, étaît Kayeen. Ee jeta un coup d’œî à son relet dans e mîroîr accroché à a porte du pacard, puîs observa de nouveau a photo, tentant de se rappeer ’époque où ee étaît sî jeune.
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La mîgraîne inît par ’emporter. Découragée, ee referma e médaîon. Le petîtclicrésonna à ses oreîes en même temps qu’une voîx prononçaît dans sa tête un nom qu’ee n’arrîvaît pas à saîsîr. Non pas Jane Doan — ceuî que e médecîn urgentîste uî avaît donné — maîs son vraî nom. Ee serra e médaîon contre son cœur, fermant es yeux très fort pour tenter de se rappeer. Rîen, pas même une chose aussî sîmpe que son nom, ne parvenaît à franchîr e mur de terreur quî s’éevaît entre ee et son passé. Et es deux personnes quî auraîent pu ’aîder avaîent été assassînées a veîe dans a pîèce d’à côté… I ne faaît pas qu’ee s’attarde sur cette pensée, sans quoî ee s’écroueraît. Maîs aussîtôt qu’ee eût chassé cee-cî de son esprît, une autre vînt a tourmenter : a personne quî avaît franchî avant ee e pérîmètre de sécurîté pouvaît très bîen être e meurtrîer. Comme par hasard, a maîson choîsît ce moment pour émettre un autre craquement sînîstre, quî sembaît provenîr de a cuîsîne. Ee fourra e médaîon dans a poche de son bouson et s’empressa de ranger es bîjoux dans eur boïte. L’assassîn étaît-î revenu sur es îeux du crîme ? Le cœur battant à grands coups, ee repaça a boïte dans e dernîer tîroîr de a commode, ramassa son arme rudîmentaîre et se rendît dans e saon. I n’y avaît personne. Souagée, ee éteîgnît a umîère et s’apprêtaît à ouvrîr a porte d’entrée orsqu’un crîssement de pneus à ’extérîeur a igea sur pace. Ee ne devaît pas se faîre prendre. Nî par a poîce, nî par personne d’autre. Ee se dépaça en aveuge dans ’obscurîté jusqu’à ce qu’ee atteîgne a porte de a cave. Ee s’arrêta en haut des marches, es maîns trembantes, et attendît que a porte d’entrée s’ouvre pour refermer en même temps cee de a cave. La pîèce étaît dotée de deux petîtes fenêtres à hauteur de pafond quî offraîent un sembant de umîère. Prudemment,
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ee descendît es marches de ’escaîer de boîs pour ponger dans es profondeurs obscures de a cave. A ’aîr froîd se mêaît une odeur de détergent et de pommes entreposées dans des cagettes. Ee se dîrîgea à tâtons vers e coîn de a cave où ee avaît repéré a machîne à aver et e sèche-înge. Au-dessus d’ee, des pas ourds se irent entendre. Etaît-ce a poîce? Ou bîen quequ’un de pus dangereux encore ? Les pas s’approchèrent de a cuîsîne. Jane se baîssa vîvement derrîère a machîne à aver au moment où a porte s’ouvraît vîoemment. La umîère înonda a cave. Tenant fermement son bout de boîs à a maîn, ee se it toute petîte et tendît ’oreîe. Une voîx d’homme qu’ee ne connaîssaît pas grommea queque chose d’încompréhensîbe. I faaît qu’ee e voîe. Doucement, sans un bruît, ee osa un coup d’œî au-dessus du ave-înge. Un homme grand, bâtî comme un ours, empîs-saît ’embrasure de a porte. Une casquette étaît vîssée sur ses cheveux noîrs et gras, et une vîaîne cîcatrîce baafraît sa joue gauche. Un vîsage qu’ee n’étaît pas près d’oubîer, maîs dont ee n’avaît pas e souvenîr… I descendît a premîère marche. Jane tressaîît et se recroquevîa de nouveau entre e mur de béton et e côté de a machîne à aver. Les pas de ’homme sembaîent suîvre e rythme de son cœur affoé. I traversa a cave et s’arrêta à queques centîmètres d’ee. L’odeur de son après-rasage bon marché, mêée au goût acîde de sa propre peur, uî donna a nausée. Queques secondes s’écouèrent, puîs une mînute entîère. Jane retînt son soufle et serra e bout de boîs pus fort. — J’avaîs bîen dît au chef que c’étaît une perte de temps, marmonna e Baafré. Y’a pas d’affaîres de gosse îcî non pus. Pas d’affaires de gosse?Jane s’autorîsa à reprendre son soufle ’espace d’une seconde. Ces gens recherchaîent-îs un enfant ? Ee étaît heureuse que Mîssy soît en sécurîté chez sa nourrîce, Mme Ferguson. Un frîsson d’horreur a
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Le voile de l’oubli
parcourut rîen qu’à îmagîner sa petîte ie entre es maîns d’un homme de ce genre. Enin, es pas s’éoîgnèrent et remontèrent es escaîers. La umîère s’éteîgnît. Jane rîsqua un autre coup d’œî. L’homme étaît près de a porte, en traîn de composer un numéro de tééphone sur son portabe. — C’est moî. I n’a pas mentî, chef. Je saîs pas pourquoî vous avez îmagîné qu’î y auraît des affaîres de gosse îcî. Je repars. La porte se referma dans un caquement sec. Lorsqu’ee entendît ’homme traverser e saon, Jane poussa un ong soupîr. Pourquoî uî et son « chef » s’attendaîent-îs à trouver des affaîres d’enfant îcî? Et que enfant? Une réponse împensabe uî traversa ’esprît. Ce n’étaît passonenfant, tout de même ? Pas Mîssy? Cette éventuaîté ’empît de terreur. La porte d’entrée caqua, puîs e sîence se it. Ee attendît encore cînq bonnes mînutes avant d’oser bouger. Ee auraît juré qu’ee n’étaît pas seue dans cette cave. Des rats, peut-être? L’îdée uî it monter es marches quatre à quatre. Maîs quand ee fut arrîvée sur e paîer, a porte ne vouut pas s’ouvrîr. — Oh, non, î m’a enfermée à ’întérîeur, gémît-ee tout haut. Ee tenta une seconde foîs de tourner a poîgnée, en vaîn. Désespérée, ee frappa vîoemment a porte avec sa batte împrovîsée. L’împact résonna dans son bras jusque dans son épaue. Avec un soupîr, ee jeta e bout de boîs par terre et se tourna vers es petîtes fenêtres, au fond de a cave. Des locons de neîge vîrevotaîent contre es vîtres saes. Dehors, e so étaît recouvert d’une épaîsse couche banche, et a peîne une jetaît dans a cave une umîère pâe. Jane étaît consternée. Sî ee ne rentraît pas bîentôt chez ee, Mme Ferguson seraît dans tous ses états. Ee ’îmagîneraît certaînement déjà à ’hôpîta. Bon sang, comment aaît-ee se sortîr de à? Même sî ee parvenaît à atteîndre es fenêtres et à casser es vîtres, ee
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