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Tatouage - Tome 1

de hachette-black-moon

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Deux autres femmes avaîent été assassînées. Des étran-gères, de sîmpes noms à a radîo. C’étaît du moîns ce que Jane avaît pensé jusqu’à ce qu’ee découvre eurs photos en premîère page de aGazettede Ce Eum, désormaîs posée à côté d’ee sur e sîège passager. Ses maîns en trembaîent encore. Le choc avaît faît remonter à a surface e premîer souvenîr de sa vîe passée, cînq ans auparavant, avant e caramboage de ’autoroute 90. A cette sîmpe pensée, ’odeur înfecte et âcre de a chaîr brûée uî revînt aux narînes, tandîs que es vîsîons d’horreur ’assaîaîent de nouveau. Ee se souvenaît d’avoîr marché e ong de ’autoroute en serrant son bébé contre sa poîtrîne, aîssant derrîère ee un enchevêtrement de cars, de semî-remorques et de voîtures, entassés es uns contre es autres comme es bûches d’un feu de camp géant. Par mîrace, ees s’en étaîent sortîes presque îndemnes, Mîssy et ee : a petîte s’étaît égèrement éralé a joue, tandîs que Jane avaît eu es cheveux en partîe brûés par e feu, et qu’un choc à a tempe uî avaît faît perdre a mémoîre. Le médecîn urgentîste, une femme optîmîste, uî avaît garantî que cee-cî pouvaît revenîr à tout moment. Ee uî avaît égaement assuré que quequ’un inîraît par venîr es chercher. Sans jamaîs comprendre pourquoî, cette éventuaîté avaît terrîié Jane bîen pus que tous es cauchemars quî a hantaîent depuîs ’accîdent. En suîvant cet înstînct d’autoprotectîon, ee avaît réussî à survîvre ces cînq dernîères années sans chercher
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à savoîr quî ee avaît été ou ce à quoî avaît ressembé sa vîe avant e terrîbe caramboage. Pourquoî uî sembaît-î sî împortant de se souvenîr maîn-tenant? Et pourquoî ’îdée de recouvrer a mémoîre ’effrayaît toujours autant ? A a sortîe de a vîe de Ronad, dans ’Etat de Washîngton, ee accééra, pressée d’arrîver à destînatîon. De gros nuages noîrs enveoppaîent es cîmes enneîgées des montagnes. La nuît tomberaît bîentôt. Jane jeta un nouveau coup d’œî à aGazette. Ee n’avaît pas vraîment reconnu ces deux femmes en voyant eurs photographîes, maîs une sorte d’înstînct îndéinîssabe uî avaît souflé qu’ees étaîent assocîées à cette partîe de sa vîe qu’ee avaît sî peur de se rappeer. Ce sentîment avaît été teement fort qu’ee s’étaît rendue au funérarîum de Ce Eum, où es corps avaîent été transportés. Son estomac se soueva au souvenîr encore vîf des deux vîsages sans vîe. En es observant, ee avaît été de nouveau frappée par une împressîon de reconnaîssance. A travers a terreur sans nom quî ’avaît saîsîe, es motsmèreetsœurs’étaîent nettement détachés dans son esprît. Sî ces deux femmes étaîent sa mère et sa sœur, sî ees avaîent ees aussî survécu à ’accîdent et qu’ees avaîent habîté à moîns d’une heure de route de Jane pendant es cînq dernîères années, aors pourquoî n’étaîent-ees pas venues es chercher, ee et Mîssy? I sembaît înconcevabe qu’ees aîent pu ees aussî perdre a mémoîre. Maîs chaque foîs que Jane tentaît de se souvenîr, un sentîment de panîque ’envahîssaît. Peut-être sa mère et sa sœur avaîent-ees subî a même terreur? Ee étaît teement pongée dans ses pensées qu’ee dépassa a route qu’ee auraît dû emprunter. Ee it demî-tour et prît a bonne dîrectîon. La forêt, de pus en pus dense, dîssîmuaît es nuages sombres et menaçants; a météo avaît annoncé une tempête de neîge pour a nuît. Le pîck-up cahota sur e chemîn non goudronné, envoyant
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son sac à maîn sur e pancher. Ee raentît en passant devant une cabane en rondîns quî paraîssaît déserte. Bîen que ’après-mîdî de ce mercredî touchât à sa in, es deux habîtatîons suîvantes étaîent égaement pongées dans ’obscurîté. Nu doute que ces résîdences servaîent pour a pupart de maîsons secondaîres. La cabane des deux femmes assassînées, sîtuée au bord du ac Ce Eum, ne devaît pus être oîn. Jane s’efforça de garder son came. Ee n’avaît pas e choîx, î faaît e faîre. Ee repensa à sa rencontre au funérarîum avec e shérîf adjoînt chargé de ’affaîre. D’un aîr înquîsîteur, î ’avaît înter-rogée sur ses raîsons de vouoîr cette adresse; ’expîcatîon qu’ee uî avaît donnée n’avaît faît qu’accroïtre sa suspîcîon. Préférant ne pas poursuîvre a conversatîon avec uî, ee avaît obtenu ’adresse chez un commerçant des envîrons quî ne demandaît qu’à parer de ce sujet macabre. Le chemîn prît brusquement in. A travers a forêt, Jane aperçut e ac Ce Eum en partîe geé. Son regard se tourna vers a cabane rustîque d’un seu étage, dont a surface ne sembaît pas dépasser es soîxante-dîx mètres carrés. Un ruban jaune avaît été posé autour des chênes quî entouraîent a maîson, pour en empêcher ’accès. I lottaît au vent, presque aveugant contre e boîs sombre des arbres en tenue d’hîver. Jane avaît ’împressîon que c’étaît autour de son cœur, autour de son cou qu’on enrouaît ce ruban, en serrant toujours pus… Ee prît une profonde înspîratîon. I n’étaît pas questîon de perdre ses moyens. Ee it marche arrîère et se gara près de a maîson a pus proche, derrîère e garage. I n’étaît pas questîon non pus de se faîre arrêter. Ee sentît a morsure du froîd sur son vîsage aors qu’ee descendaît dîscrètement du pîck-up et avançaît tête baîssée, à pas furtîfs, vers a cabane. Ignorant ’înterdîctîon d’entrer, ee se fauia sous e ruban înstaé par a poîce et gagna e porche, e cœur battant a chamade. Une bande adhésîve rouge sceaît a porte d’entrée.
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Ee s’approcha d’une fenêtre et se mît sur a poînte des pîeds. De ourds rîdeaux dîssîmuaîent ’întérîeur, teement serrés qu’îs ne aîssaîent pas a moîndre fente à travers aquee regarder. Jane poussa un soupîr de frustratîon. I faaît qu’ee entre dans a maîson, et cette pensée ’effrayaît tout autant qu’ee ’attîraît : ee y trouveraît peut-être queque chose quî ’aîderaît à recouvrer entîèrement a mémoîre. Peut-être es deux femmes cachaîent-ees une cé à ’extérîeur? Ee se pencha pour vérîier sous e paîasson. Aors qu’ee reevaît es yeux vers a poîgnée de a porte, ee se igea. Là, au nîveau du petît înterstîce entre a porte et e chambrane, e ruban adhésîf rouge étaît sectîonné très nettement, comme sî ’on y avaît passé a ame d’un rasoîr. Ee ne put s’empêcher de frîssonner. Quequ’un étaît venu îcî avant ee. Et s’y trouvaît peut-être encore. Ee se retourna brusquement, observant es aentours. I n’y avaît pas âme quî vîve. Maîs cea ne vouaît pas dîre qu’î n’y avaît personne dans a cabane. Ee auraît peut-être mîeux faît de renoncer, de tout oubîer.Et continuer à me demander toute ma vie qui je suis vraiment ? Non. Maîntenant que es souvenîrs commençaîent à revenîr, î étaît hors de questîon de faîre marche arrîère. I faaît qu’ee aîe jusqu’au bout, qu’ee surmonte cette épreuve. Maîs pas sans arme. Ee s’empara d’un morceau de boîs de a taîe d’une batte de base-ba sur e tas pacé près de a porte, et tendît a maîn vers a poîgnée. Une vague de panîque ’assaîît de nouveau. Peut-être vaaît-î mîeux appeer ’adjoînt du shérîf pour e prévenîr que quequ’un avaît pénétré îégaement dans a maîson ? Maîs î uî faudraît aors expîquer ce qu’ee faîsaît à. Avec détermînatîon, ee tourna a poîgnée et poussa a porte, tenant fermement e morceau de boîs. — I y a quequ’un? crîa-t-ee. Aucune réponse. Maîs un craquement résonna dans a maîson, comme e bruît de quequ’un quî marche sur un vîeux
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parquet. Le rythme de son cœur s’accééra. Ee appea une deuxîème foîs, maîs n’entendît que ’écho de sa voîx. Rîen n’îndîquaît qu’ee n’étaît pas seue, et cea a rassura un peu. Après tout, î étaît norma pour une maîson de grîncer et de craquer. Ee entra et referma a porte pour se protéger du vent, pongeant învoontaîrement a pîèce dans e noîr. Pendant queques secondes îninîment angoîssantes, ee resta îmmobîe dans ’obscurîté à écouter e bourdonnement d’un réfrîgéra-teur fatîgué, tandîs qu’ee percevaît peu à peu ’odeur des cendres refroîdîes dans a chemînée, de a graîsse de bacon grîé et de queque chose de profondément répugnant quî empestaît ’aîr gacîa. Lorsque sa vue se fût habîtuée à ’obscurîté, ee repéra un înterrupteur. La umîère soudaîne révéa un petît saon meubé d’un poêe à boîs ventru, d’un vîeux poste de téévîsîon, de deux fauteuîs usés aînsî que de deux petîtes tabes dépareîées sur chacune desquees étaît posée une ampe en céramîque d’un autre âge. Une sorte de poussîère noîre recouvraît a surface des tabes, sans doute de a poudre utîîsée par a poîce pour faîre apparaïtre es empreîntes dîgîtaes. Au moment où Jane s’apprêtaît à s’avancer dans a pîèce, ee se igea. Deux arges taches sombres, comme d’énormes laques d’encre, souîaîent e tapîs. Portant une maîn à ses èvres, ee tenta de retenîr a nausée quî uî montaît à a gorge. I faaît qu’ee résîste. Ee rassemba son courage et înspecta a maîson. Deux chambres mînuscues donnaîent sur e saon, séparées par une sae de baîns encore pus petîte. A ’arrîère, une cuîsîne de taîe acceptabe menaît à une cave quî servaît aussî, à ’évî-dence, de buanderîe. Le ave-înge et e sèche-înge sembaîent en bout de course. Pour tout dîre, tous es meubes de cette maîson paraîssaîent provenîr de vîde-grenîers. En pensant au petît appartement confortabe qu’ee ouaît à Eensburg, sa gorge se serra.Et dire que Kayleen et maman avaient vécu dans ce taudis pendant cinq ans…Jane
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sursauta comme sî une maîn învîsîbe avaît surgî du passé pour a frapper en peîn vîsage. Ee s’appuya contre e mur, a vue brouîée. Kayleen et maman. L’adjoînt du shérîf avaît îdentîié es cadavres comme étant ceux d’une Mary et d’une Louîse Dîckerson. Ee avaît vouu e corrîger, sans savoîr pourquoî ces noms uî paraîssaîent înexacts. Parce qu’îs ’étaîent effectîvement. Maman… Betty, bîen sûr. Betty et Kayeen… Quoî ? Ee s’efforça de se rappeer. Une doueur uî enserra e crâne. Dîckerson? Non. Ee étaît certaîne que c’étaît un autre nom. Maîs eque ? A présent, au moîns, une chose étaît sûre : sa mère et sa sœur avaîent utîîsé de faux noms, et î y avaît une seue expîcatîon à cea. Ees avaîent eu peur de queque chose. Ou de quequ’un. Trouve ce que tu es venue chercher et sors d’îcî, uî ordonna une petîte voîx, dans sa tête. Ee revînt rapîdement dans a premîère chambre, posa son bâton par terre et ouvrît a porte du pacard. Queques robes, des pantaons, des chemîsîers. Rîen de quaîté.Rien de ce que maman avait l’habitude de porter.Cette nouvee révéatîon, quî arrîvaît sî peu de temps après a précédente, uî coupa e soufle une foîs de pus. Qu’est-ce que sa mère avaît ’habîtude de porter? Des vêtements pus ins, pus éégants. Sans savoîr pour-quoî, ee avaît ’împressîon qu’ees avaîent été assez rîches, autrefoîs. Comment Kayeen et sa mère avaîent-ees inî dans une tee pauvreté? Jane porta son attentîon sur a commode. La poudre noîre y étaît vîsîbe égaement, souîant e fouard quî avaît été pacé sur e meube pour en cacher es împerfectîons, et recouvrant d’une ine couche poussîéreuse une grosse bouteîe de parfum. Ee reconnaîssaît a marque : ce genre de bouteîes s’ache-taîent pour troîs foîs rîen dans toutes es grandes surfaces.
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L’odeur doucereuse, presque écœurante, traïnaît encore dans ’aîr, maîs ee n’évoquaît aucun souvenîr à Jane. Lorsqu’ee commença à fouîer es tîroîrs, ee s’aperçut que quequ’un ’avaît faît avant ee : a poudre noîre se retrouvaît partout sur a îngerîe. Dans e dernîer tîroîr, ee découvrît une petîte boïte à bîjoux qu’ee aa ouvrîr sur e ît. A ’întérîeur, î y avaît pusîeurs paîres de bouces d’oreîes et queques braceets, tous bon marché, fades, înîntéressants. D’un geste frustré, ee baaya a boïte de a maîn et es bîjoux s’éparpîèrent au so. Le bruît a ramena à a raîson. Ee se trouvaît sur e îeu d’un crîme, ee n’étaît pas censée être à. Ee n’avaît pas ’întentîon de aîsser des traces de son passage. Tout en poussant un soupîr d’agacement, ee se pencha pour rassember es objets. Soudaîn, un écaîr d’or parmî e cuîvre attîra son attentîon. C’étaît un médaîon en forme de cœur quî paraîssaît bîen pus vîeux que es autres pîèces. En ’approchant de son vîsage, ee s’aperçut que e bîjou étaît égaement d’une quaîté authentîque. Les dessîns gravés sur e cœur étaîent mînutîeux, compexes, et d’une certaîne manîère, famîîers. L’étau se resserra autour de son crâne; ee eut ’împressîon que e méta précîeux uî brûaît a paume de a maîn. Magré tous ses efforts, ee ne put faîre aucun rapprochement. Du bout de ’onge, ee poussa e petît oquet sur e côté du médaîon. Le cœur s’ouvrît brusquement, révéant sur chaque face a photographîe d’une petîte ie, de dîx et douze ans envîron. La premîère avaît des cheveux du même bond presque banc que Kayeen; a seconde portaît des tresses du même brun acajou que ses propres cheveux. Et es traîts de son vîsage ressembaîent fort aux sîens. Jane se sentît trember d’excîtatîon. Ouî, ce devaît être ça. Une photo d’ee petîte. L’autre enfant, dans ce cas, étaît Kayeen. Ee jeta un coup d’œî à son relet dans e mîroîr accroché à a porte du pacard, puîs observa de nouveau a photo, tentant de se rappeer ’époque où ee étaît sî jeune.
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La mîgraîne inît par ’emporter. Découragée, ee referma e médaîon. Le petîtclicrésonna à ses oreîes en même temps qu’une voîx prononçaît dans sa tête un nom qu’ee n’arrîvaît pas à saîsîr. Non pas Jane Doan — ceuî que e médecîn urgentîste uî avaît donné — maîs son vraî nom. Ee serra e médaîon contre son cœur, fermant es yeux très fort pour tenter de se rappeer. Rîen, pas même une chose aussî sîmpe que son nom, ne parvenaît à franchîr e mur de terreur quî s’éevaît entre ee et son passé. Et es deux personnes quî auraîent pu ’aîder avaîent été assassînées a veîe dans a pîèce d’à côté… I ne faaît pas qu’ee s’attarde sur cette pensée, sans quoî ee s’écroueraît. Maîs aussîtôt qu’ee eût chassé cee-cî de son esprît, une autre vînt a tourmenter : a personne quî avaît franchî avant ee e pérîmètre de sécurîté pouvaît très bîen être e meurtrîer. Comme par hasard, a maîson choîsît ce moment pour émettre un autre craquement sînîstre, quî sembaît provenîr de a cuîsîne. Ee fourra e médaîon dans a poche de son bouson et s’empressa de ranger es bîjoux dans eur boïte. L’assassîn étaît-î revenu sur es îeux du crîme ? Le cœur battant à grands coups, ee repaça a boïte dans e dernîer tîroîr de a commode, ramassa son arme rudîmentaîre et se rendît dans e saon. I n’y avaît personne. Souagée, ee éteîgnît a umîère et s’apprêtaît à ouvrîr a porte d’entrée orsqu’un crîssement de pneus à ’extérîeur a igea sur pace. Ee ne devaît pas se faîre prendre. Nî par a poîce, nî par personne d’autre. Ee se dépaça en aveuge dans ’obscurîté jusqu’à ce qu’ee atteîgne a porte de a cave. Ee s’arrêta en haut des marches, es maîns trembantes, et attendît que a porte d’entrée s’ouvre pour refermer en même temps cee de a cave. La pîèce étaît dotée de deux petîtes fenêtres à hauteur de pafond quî offraîent un sembant de umîère. Prudemment,
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ee descendît es marches de ’escaîer de boîs pour ponger dans es profondeurs obscures de a cave. A ’aîr froîd se mêaît une odeur de détergent et de pommes entreposées dans des cagettes. Ee se dîrîgea à tâtons vers e coîn de a cave où ee avaît repéré a machîne à aver et e sèche-înge. Au-dessus d’ee, des pas ourds se irent entendre. Etaît-ce a poîce? Ou bîen quequ’un de pus dangereux encore ? Les pas s’approchèrent de a cuîsîne. Jane se baîssa vîvement derrîère a machîne à aver au moment où a porte s’ouvraît vîoemment. La umîère înonda a cave. Tenant fermement son bout de boîs à a maîn, ee se it toute petîte et tendît ’oreîe. Une voîx d’homme qu’ee ne connaîssaît pas grommea queque chose d’încompréhensîbe. I faaît qu’ee e voîe. Doucement, sans un bruît, ee osa un coup d’œî au-dessus du ave-înge. Un homme grand, bâtî comme un ours, empîs-saît ’embrasure de a porte. Une casquette étaît vîssée sur ses cheveux noîrs et gras, et une vîaîne cîcatrîce baafraît sa joue gauche. Un vîsage qu’ee n’étaît pas près d’oubîer, maîs dont ee n’avaît pas e souvenîr… I descendît a premîère marche. Jane tressaîît et se recroquevîa de nouveau entre e mur de béton et e côté de a machîne à aver. Les pas de ’homme sembaîent suîvre e rythme de son cœur affoé. I traversa a cave et s’arrêta à queques centîmètres d’ee. L’odeur de son après-rasage bon marché, mêée au goût acîde de sa propre peur, uî donna a nausée. Queques secondes s’écouèrent, puîs une mînute entîère. Jane retînt son soufle et serra e bout de boîs pus fort. — J’avaîs bîen dît au chef que c’étaît une perte de temps, marmonna e Baafré. Y’a pas d’affaîres de gosse îcî non pus. Pas d’affaires de gosse?Jane s’autorîsa à reprendre son soufle ’espace d’une seconde. Ces gens recherchaîent-îs un enfant ? Ee étaît heureuse que Mîssy soît en sécurîté chez sa nourrîce, Mme Ferguson. Un frîsson d’horreur a
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parcourut rîen qu’à îmagîner sa petîte ie entre es maîns d’un homme de ce genre. Enin, es pas s’éoîgnèrent et remontèrent es escaîers. La umîère s’éteîgnît. Jane rîsqua un autre coup d’œî. L’homme étaît près de a porte, en traîn de composer un numéro de tééphone sur son portabe. — C’est moî. I n’a pas mentî, chef. Je saîs pas pourquoî vous avez îmagîné qu’î y auraît des affaîres de gosse îcî. Je repars. La porte se referma dans un caquement sec. Lorsqu’ee entendît ’homme traverser e saon, Jane poussa un ong soupîr. Pourquoî uî et son « chef » s’attendaîent-îs à trouver des affaîres d’enfant îcî? Et que enfant? Une réponse împensabe uî traversa ’esprît. Ce n’étaît passonenfant, tout de même ? Pas Mîssy? Cette éventuaîté ’empît de terreur. La porte d’entrée caqua, puîs e sîence se it. Ee attendît encore cînq bonnes mînutes avant d’oser bouger. Ee auraît juré qu’ee n’étaît pas seue dans cette cave. Des rats, peut-être? L’îdée uî it monter es marches quatre à quatre. Maîs quand ee fut arrîvée sur e paîer, a porte ne vouut pas s’ouvrîr. — Oh, non, î m’a enfermée à ’întérîeur, gémît-ee tout haut. Ee tenta une seconde foîs de tourner a poîgnée, en vaîn. Désespérée, ee frappa vîoemment a porte avec sa batte împrovîsée. L’împact résonna dans son bras jusque dans son épaue. Avec un soupîr, ee jeta e bout de boîs par terre et se tourna vers es petîtes fenêtres, au fond de a cave. Des locons de neîge vîrevotaîent contre es vîtres saes. Dehors, e so étaît recouvert d’une épaîsse couche banche, et a peîne une jetaît dans a cave une umîère pâe. Jane étaît consternée. Sî ee ne rentraît pas bîentôt chez ee, Mme Ferguson seraît dans tous ses états. Ee ’îmagîneraît certaînement déjà à ’hôpîta. Bon sang, comment aaît-ee se sortîr de à? Même sî ee parvenaît à atteîndre es fenêtres et à casser es vîtres, ee