Le vol de l'hirondelle

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La nuit tombe sur les quartiers de la ville. Dans le port, des voyageurs de l'ombre attendent. Certains partent. D'autres reviennent. Ils fuient la guerre. La misère. La faim. Chaque jour des camions remontent du sud pour embarquer au bon vouloir du passeur et de l'Organisation. Dans l'un d'eux Groucha et Paula, une petite fille, sont cachées ; commence pour elles cette longue route où les destins vont se croiser ; celui des clandestins, traqués, abandonnés ; celui des réfugiés, parqués puis expulsés.
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
Lecture(s) : 271
EAN13 : 9782296156111
Nombre de pages : 111
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Le vol de l'hirondelle

<Ç) L'HARMATTAN,

2006

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.1.

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Kônyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC

http://wwwJibraitieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 2-296-01401-1 EAN : 9782296014015

LUDOVIC HUART

Le vol de l'hirondelle
Tragédie

Préface

de SYLVIE THIERRY

L'Harmattan

« L'instant théâtral » Collectiondirigéepar Luc Dellisse
Cette collection existe depuis février 2005. Elle publie en priorité des textes qui unissent modernité littéraire et sens des situations dramaturgiques. Elle attache une attention particulière aux fables d'aujourd'hui, qui rendent compte de manière stylisée du réel «ici et maintenant ». Elle accueille également des traductions de textes contemporains méconnus et marqués par la vérité scénique.

Déjà parus Michèle LAURENCE, Après une si longue nuit, 2006. Jacques ALBERT, Dieu t'aime, 2006. Regis MOULU, Tout recommencer sur Titan, 2006 Alberto LOMBARDO, Les femmes ont-elles une âme?, 2006. Bernard H. RONGIER, Exactitude du malheur, 2006. Marc-Michel GEORGES, Sur liste rouge, 2006. Federico BENINCASA, La ménagerie déconcertée, 2005. Marc DELARUELLE, Manque un cœur, Madame TI, 2005. Pierre-Dominique PARENT, La Caisse, 2005. Régis MOULU, Garder son élan, jeter son couteau, 2005 Pierre TAMINIAUX, Le bord, 2005.

Préface
Parfois notre conscience regimbe. Et nous allons au théâtre. Théâtre des consciences où dans le jeu des ombres et des lumières nous reconnaissons celles qui mènent le grand jeu et qui laisseront quelques lucioles éparses après la représentation pour nous garder éveillés, pour continuer à faire de nous des hommes, dignes, peut-être pas toujours, mais pas forcément indignes de l'humanité à laquelle nous convient les auteurs d'autant plus frais et purs qu'ils sont jeunes et que leurs forces non encore frottées à l'usure de l'inertie les jettent au-devant de nous avec un vigoureux « Halte-là, écoutez... ». Dans cette pièce, où la multiplicité des lieux rassemble les cruautés qui sévissent ici et maintenant il y a une sorte de gageure théâtrale. Comment les représenter? Si ce n'est par la suggestion verbale ou visuelle qui renvoie à une actualité dans laquelle nous reconnaissons ce que nous vivons quotidiennement, une violence des situations et des comportements à laquelle nous ne cherchons plus à échapper parce qu'il faut bien avancer pour vivre mais elle est là, ombre qui met mal à l'aise: maisons en carton, vente d'organes, génocides, guerres et exploitation barbare des survivants à travers le trafic des papiers et la prostitution.

Voler, S'élever dans un élan, Prendre de la hauteur. Dans le vol de l'hirondelk, le message n'est autre que l'idée de liberté et de dignité humaine à préserver coûte que coûte au même titre que la Vie et parfois par le sacrifice de cette vie même. Vie qui doit trouver comment échapper à l'infamie du passeur et de ses aides ou Vie qui, au moyen de l'écriture et du jeu théâtral, parle de toutes les souffrances humaines contemporaines tout en maintenant très haut les valeurs morales qui nous permettent de ne pas basculer dans la barbarie. L'écriture poétique de Ludovic H-irondclle met à distance la bassesse des comportements pour donner à chaque personnage sa part d'espoir, ce demier pourrait être l'échappée dans la mort par refus de l'innommable. Sombrer dans les eaux, les noires eaux, Etre dévoré par les poissons, Le monde des ombres. Pour leur faire atteindre des lieux symboliques et essentiels, Ludovic Huart, homme de théâtre, auteur de 24 ans, meut les êtres qu'il crée dans les jeux d'ombre et de lumière mais aussi dans ceux qui renvoient aux noirs ensevelissements ou, au contraire, à l'envol dans le ciel, miroir des âmes, des nôtres. Mais il ne dédaigne pas, bien au contraire, ces lieux quotidiens si ordinairement sinistres dans lesquels ses personnages se débattent, araignées prises dans les toiles des événements extérieurs et de leurs comportements usant parfois d'un cynisme, façade qui laisse parfois apercevoir leurs lignes de faille. 8

Quelquefois, elles semblent fragiles à l'excès, se réfugiant dans la mort ou le rêve lorsque la dureté de la réalité les écrase. Et alors, au plus fort de la folie apparente, mais revêtue d'onirisme, s'échappe la parole de l'enfance de la vieille bouche et l'on entend alors l'enfant étouffé par la vie qui s'est tapi dans l'ombre de l'adulte; la voix, les rythmes, les silences sont ceux mêmes que l'on perçoit quand on prend la peine de l'écouter. La cruauté n'a pas assassiné cela chez l'être humain. La vieille femme brandit une poupée, semblable à la marionnette que l'on est entre les mains meurtrières de l'existence, objet auquel se raccroche affecttvement l'enfant qui a tout perdu; elle est devenue la famille, l'humanité à elle seule. Les jeux de l'enfance, Ses jouets détournés, A travers les âges mêlés, Afin de mieux laisser L'hirondelle s'envoler.
SY'LVIETHIERRY

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PERSONNAGES

PAULA, iillULTE. LES :MENDIANTS. .l\DRIl\NA, UNE PROSTITUEE. L'AUTRE. L'EN\TOYE DU PASSEUR. LEILA, UNE PROSTITUEE. LE N.l\RRA TEUR. UNE FEMME. UNE JEUNE FEMME. L'HOMME, SA FEMME, UNE ENFANT. GROVCHA, UNE DONŒSTIQUE. lLKA, LA l\ffiRE DE PAULA. UN SOLDAT. Y AKOV, LE FRERE DE ILKA. OLGA, LA FEMME DE YAKOV. UNE \lIEILLE DAl\ffi. DEUX ENFANTS. UN JEUNE HONIME. LE VIEUX. LE COUSIN. UNE ETRANGERE. DES NOMADES. 5 FEMMES REFUGIEES. LES SANS-P.l\PIERS. DES CRS. LE MARI.
SE FEMME. IRINA, UNE PETITE FILLE. P.A.ULA, ENFANT.

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EPILOGUE

ADIEUX

Paula Groucha. Groucha, vous donnez? Vous vous êtes endormie dans votre fauteuil. Relevez-vous. Ne restez pas ici. Pas dans votre salon. Vous allez tomber m.alade. Groucha. Groucha? Je vais vous couvrir. Vous paraissez tellement tranquille. Votre visage est tout reposé. Vous êtes si belle. Groucha, je venais pour vous parler. J'espère que vous m'écoutez. Je vous remercie. Merci. Merci pour tout. Vous avez veillé sur moi. Vous m'avez appris à lire alors que je ne pouvais pas aller à l' école. Vous vous êtes privée pour que je puisse manger. Chaque jour. De petites choses. Et puis des grandes. Et puis, vous m'avez soignée. Lorsque j'étais malade. Vous avez su être une mère pour moi pendant toutes ces années. De longues années passées ensemble. Vous m'avez sauvée. Aujourd'hu4 sans votre aide, sans votre soutien, sans votre présence, je serais déjà morte. Je n'aurais pas grandi. Je ne serais pas devenue une femme. Une femme. Quel beau mot. Quelle image radieuse. Votre image. Votre exemple. Je ne sais comment vous remercier. Et pourtant, le temps passe. Le temps passe si vite. Hier enfant, aujourd'hui prête à sortir de mon nid, prête à m'envoler librement. Sans crainte. Sans peur de représailles. De quiconque. Libre. Je ne veux pas dire qu'avec vous je n'étais pas

libre ou que je n'étais pas heureuse. Non. Loin de moi
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cette idée. Mais, aujourd'hui, aujourd'hui c'est un jour particulier. Et voilà qu'il y a quelques jours, je recevais cette lettre. Une étrangère. Une étrangère d'abord. Une femme. Quelqu'un. Et puis les souvenirs. La mémoire. L'oubli. L'incompréhension. La méconnaissance. L'ignorance. Elle. Une femme. Une mère. Une mère peut-être. Une mère enfin. Enfin. Retrouvée. Aujourd'hui, j'ai mis ma plus belle robe. Un peu de fard à paupières. Du rouge à lèvres. Pas trop. Suffisamment. Je viens vous dire au revoir. Au revoir. A demain. Nous nous reverrons peut-être demain. Je reviendrai vous voir. Je reviendrai comme le font les enfants qui rendent visite à leur famille. Non. C'est impossible. C'est trop loin. Nous ne nous reverrons pas demain. Ni demain ni plus tard. Au revoir. Adieu peut-être. Je ne sais pas. Vous ne me comprendrez sans doute pas. Les gens ne me comprendront pas. Vous vous êtes battue pour moi et aujourd'hui je vous quitte. Je vous laisse pour retrouver celle qui m'a portée, mise au monde. Je le sens en moi. C'est un besoin. Une nécessité. Je ne vous abandonne pas. Je penserai à vous. Demain. Les autres jours. Je reviendrai. Vous devez comprendre. L'accepter. Nous reviendrons toutes les deux. C'est votre amie. Pas une étrangère. Hier j'étais avec vous, nous prenions notre repas ensemble. Le dernier. Le dernier. Qui aurait pu le dire? Je serais allée cueillir des fleurs. Quelquesunes. Le temps manque. Je crois que personne n'en a réellement conscience. Le temps manque et il manque de plus en plus. Le manque. Manque. TI y en a tellement. Tenez, ma mère par exemple. Elle me manque. Je ne la connais pas. Mais je le ressens. C'est un sentiment étrange. Dans quelques heures je vais la 12

retrouver. Elle sera là, devant moi. Que vais-je dire ? Comment l'appeler. Maman? Je suis troublée. Vous me troublez. Je vous parle. Vous dormez.. Vous dormez si profondément. Si calmement. Vous ne m'entendez peut-être pas. Je dois partir. Vous entendez, Je dois partir. C'est difficile pour moi, alors je ne répèterai plus. Je pars. Merci. Je vous remercie. Je m'en vais retrouver ma mère. Je dois prendre le train. Il me conduira à elle. Elle. Comment est-elle? Comment vais-je la reconnaître? Elle ne me connaît pas. Elle ne m'a jamais vue. Si. Une fois. A la télévision. Vous vous rappelez. Le prix. Le concours. Je l'ai remporté. Le prix pour la paix.. Un roman. Mon prenùer. Mon pendentif. Le pendentif qu'elle vous avait laissé. Je suis tellement heureuse. Elle m'a reconnue juste à l'aide de ce pendentif. Je lui ressemble sans doute. J'ai peur. Et si j'étais déçue. Si cette femme, si cette mère que j'ai tant imaginée était différente. Différente de mon imagination. Différente de mes rêves.. Etrangère.. Et si finalement elle le restait. Pour toujours? Bon. Je dois partir. Je ne le répèterai plus. Au revoir. A bientôt. Non. Adieu. Voilà. Bien. Merci. Vous dormez? Je pars. J e n'aime pas les adieux. Vous fi' entendez sans doute mais vous ne voulez pas me voir pleurer. Vous avez raison. Merci pour tout. Au revoir. Je m'en vais.

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