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Les 7 cristaux de Shamballa

De
125 pages
Monde du Soleil doré, an 1275 apr. J.-C. Après avoir échappé aux agents du FBI, Chad, Paul, Vivia et Penilène remontent le temps et se retrouvent en Amérique centrale, en pays maya. Suite au sauvetage d’un jeune prince, nos héros partent à la recherche du cristal rouge du seigneur-roi Tzardès. Ayant besoin de beaucoup d’esclaves pour achever son tombeau, ce dernier conquiert cité après cité. Retenus prisonniers, Chad et Paul sont forcés de participer à un combat à mort dans le cadre d’un redoutable jeu de balles. Au même moment, les prêtres astrologues mayas annoncent la venue d’une ère de ténèbres et de grande misère si l’enfant-jaguar n’est pas immédiatement rattrapé et sacrifié…
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Notez qu’une erreur s’est glissée, à la fin du tome 4, dans l’annonce du titre du tome 5. Le bon
titre étant : Le tombeau de Tzardès. Merci.

Copyright © 2012 Fredrick D’Anterny
Copyright © 2012 Éditions AdA Inc.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que
ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

Éditeur : François Doucet
Révision linguistique : Carine Paradis
Correction d’épreuves : Katherine Lacombe, Nancy Coulombe
Conception de la couverture : Paulo Salgueiro
Illustration de la couverture : Phoenix Lu
Plans de la nef Urantiane : William Hamiau
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89667-746-7
ISBN PDF numérique 978-2-89683-776-2
ISBN ePub 978-2-89683-777-9
Première impression : 2012
Dépôt légal : 2012
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque Nationale du Canada

Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7
Téléphone : 450-929-0296
Télécopieur : 450-929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com

Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99

Imprimé au Canada

Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du
Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités
d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion
SODEC.
Conversion au format ePub par:www.laburbain.comRésumé du quatrième voyage, Les fissures du monde
Récit de Paul.
En l’absence volontaire de Chad, qui prétend ne pas être doué pour raconter des histoires, je
vous certifie que nous avons, Penny, Vivia et moi-même, été enlevés à nos familles à cause du
symbole tatoué sur notre épaule droite. Ce symbole est celui de la quête des sept cristaux de
Shamballa. Ces cristaux ont été égarés autrefois, à l’époque de l’Atlantide, et nous devons les
retrouver et les ramener dans la cité céleste avant la date prévue de ce que la Dame de
Shamballa appelle « Le grand avènement planétaire » : un cataclysme effroyable qui menace
les trois plans dimensionnels connus et les trois humanités qui y vivent.
D’abord, nous nous sommes retrouvés à Baârka où nous avons, après quelques
mésaventures de taille, découvert la nef spatiotemporelle Urantiane. Cette nef nous a permis de
remonter le temps et de gagner l’Atlantide. C’est là que nous avons récupéré le premier cristal.
Suite à cette aventure épique, nous avons été précipités dans le Moyen Âge du monde du Soleil
de cendre, dans le duché de Musqueroi, avec au menu des lycans comme plat de résistance !
Notre quatrième voyage nous a conduits dans le merveilleux monde du Soleil de cristal. Un
bien étrange univers parallèle peuplé de baleines volantes, de cités de lumière, de géants à la
peau mauve, d’atolls paradisiaques et d’un monde de glace. Nous y avions conclu une trêve
avec Estrayan. Le magicien nous a trahis et s’est finalement emparé du cristal jaune de la joie.
Résultat : il en possède deux et nous, un seul ! Détail qui exaspère Penny.
Ce pour quoi nous nous retrouvons maintenant (après une brève escale à Washington DC)
en pays maya, en l’an 1275, à la recherche du quatrième cristal. Chad est parti en mission de
sauvetage, et nous l’attendons…
L’enfant-jaguar
Monde du Soleil doré, Amérique centrale, pays de Chixan, an 1275 apr. J.-C.
Debout sur son bouclier d’orichalque, Chad filait comme un bolide dans le ciel. Les jambes
légèrement fléchies, le vent sifflant à ses oreilles, il fixait le promontoire de granite au sommet
duquel l’attendaient Urantiane et ses amis.
Sheewa s’accrochait à son épaule. Ils allaient si vite que la femelle singe-araignée était
obligée de rentrer l’extrémité de ses griffes dans la chair du garçon. Mais le jeune Asiatique était
habitué à l’effort comme à la douleur. Ne portait-il pas sur son dos un enfant qu’il avait enlevé
dans un temple en forme de pyramide ? Ne venait-il pas d’éviter deux sagaies lancées dans sa
direction ?
Il ignorait tout ou presque du pays où les avait menés Urantiane. Il ignorait aussi le nom du
jeune garçon qui gémissait contre lui. Il savait simplement que ses forces faiblissaient et qu’il
était urgent qu’il regagne la nef.
Soudain, un fragment de roche translucide lui coupa la lumière du soleil. « Placo ! »
Instinctivement, Chad se rejeta sur la gauche. Surfant avec l’aide des courants ascensionnels
d’air chaud, il put une fois encore apprécier et ressentir le lien solide qui l’unissait à son bouclier
volant. Si le fragment de cristal était dans les parages, Lord Estrayan ne devait pas être loin !
L’enfant battait des paupières. Ses lèvres tremblaient. Était-il encore sous l’effet des drogues
que les prêtres lui avaient fait ingurgiter ?
Chad raffermit sa prise et chercha à voir si le magicien se tenait debout sur son morceau de
quartz rose. Clignant des yeux à cause de la vive clarté du jour, il s’aperçut que le fragment «
volait » tout seul ― ce qui était en soi assez étonnant.
Décidant de le semer, Chad avança son bassin : signe qui permettait d’ordinaire de faire
comprendre au bouclier que son « pilote » voulait descendre, ou plus exactement effectuer un
piqué très prononcé.
Ils se mirent à l’abri sous les immenses frondaisons vertes et sombres de la forêt.
Sheewa poussa un cri d’alarme. Chad baissa la tête : le tranchant d’un glaive en os faillit le
décapiter. Il se retourna et ne fit qu’entrevoir la figure peinte en rouge et mauve d’un homme
effrayant : sans doute un des guerriers attachés au service des prêtres !
Un grognement sourd retentit. Chad vola en rase-motte et évita de justesse le coup de griffes
mortel que lui destinait un jaguar. Les rayures du fauve et celles peintes sur le corps du guerrier
qui l’accompagnait étaient identiques. Cette ressemblance aurait pu distraire le jeune Asiatique,
mais Chad ― et c’était là une de ses grandes qualités ― savait demeurer parfaitement centré.
Il repéra une trouée dans les frondaisons et jaillit de la mer végétale. Ayant regagné le ciel, il
fit une large boucle sur le dos et retrouva la falaise.
Sheewa était de plus en plus nerveuse. L’enfant reprenait conscience. Il était temps de
regagner la nef. Chad longea la paroi. L’ombre était presque froide. Les muscles de ses bras et
de ses jambes étaient tendus à se rompre ; l’espèce d’onde électrique qui le maintenait sur le
bouclier, presque douloureuse.
Il gagna le sommet et se guida aux reflets mauves et mordorés du champ de protection
entourant la nef. Le bouclier rasa le sol, puis stoppa sa course. Chad sauta dans l’herbe, le
ramassa d’une main ferme tout en soutenant l’enfant de l’autre. Sheewa trouva la rampe
d’accès au puits central et s’y engouffra.
Le visage de Vivia apparut à l’extrémité du puits.
― Tu as réussi ! s’exclama-t-elle. Nous étions si inquiets !
Paul aida Chad à hisser l’enfant dans le cockpit.
― Allongeons-le, proposa l’adolescente.
Voyant que leur étrange invité tremblait, Penilène alla chercher une couverture, un oreiller et
un peu d’eau.Vivia se chargea de s’occuper de lui.
― Demande à Urantiane de refermer le sas, fit Chad en gagnant la cabine des garçons.
Nous avons été suivis.
Le premier réflexe de Paul fut de vérifier de visu par la coupole, puis sur ses écrans, ce qu’il
en était vraiment.
― Le fragment de roche de Lord Vikram nous tourne autour, confirma-t-il.
Penilène était adossée à la rambarde métallique entourant le puits central. Elle maugréa «
qu’elle n’aimait pas ça ». Vivia épongeait le front de l’enfant qui demeurait immobile et hagard.
Son souffle était saccadé.
― N’aie pas peur, lui murmura-t-elle en soutenant sa nuque pour lui faire boire une gorgée
d’eau fraîche.
― Chad est parti prendre une douche, déclara Paul, hors propos, tandis que la jeune Noire
répétait que, vraiment, cet enlèvement ne lui disait rien qui vaille.
― Nous avons été nous-mêmes arrachés à nos familles et forcés à accomplir cette quête,
dit-elle. Et voilà qu’à notre tour, nous nous transformons en kidnappeurs. C’est dément !
― Si ce jeune garçon fait parti de la vision de Chad, rétorqua Vivia, c’est qu’il y a une raison
précise derrière ça.
Chad revint de sa douche. Il ne portait ni son armure ni sa cartouchière, mais simplement son
pantalon et son maillot de corps humide que Vivia avait lavé durant son absence. Tous les
quatre s’assirent autour de l’enfant.
― Vraiment, Chad, interrogea Penilène, es-tu certain que l’enlever était bien nécessaire ?
Le jeune Asiatique hocha la tête : sa vision avait été formelle.
― Moi, résuma Vivia, j’ai vu des guerriers aux corps recouverts de peinture. Toi, Penny, tu as
assisté à un duel entre des prisonniers. Paul a vu des cristaux.
La jeune Noire grimaça en entendant ce diminutif qu’elle n’aimait pas.
― Je les tenais dans mes mains, confirma l’Arizonien.
― Et Chad, poursuivit l’adolescente, a vu cet enfant dans cette pyramide.
Paul demanda à l’enfant :
― Qui es-tu ?
Le garçonnet était menu pour son âge. Encore sous le choc de son enlèvement brutal, il
ouvrit la bouche. Les quatre jeunes s’attendaient à entendre une voix fluette et douce. Ce fut au
contraire sur un ton grave et très posé que l’enfant déclina son nom et son titre.
― Je suis le prince héritier Zalec Isha Bamà de la terre sacrée de Chixan.
Penilène s’exclama, outrée :
― Bravo ! Un futur roi ! Tous ses guerriers, ses prêtres et ses serviteurs vont nous tomber
dessus !
― Ainsi que Lord Vikram…, ajouta Vivia.
― Je l’avais oublié, celui-là ! Il nous a volé les deux derniers cristaux. Il veut toujours nous
prendre le cristal de Nebalom. Il tentera sûrement de trouver avant nous le quatrième cristal…
La chose étant entendue, personne ne fit de commentaire.
Vivia voulut à toute force rassurer leur « invité ».
― Tu n’es pas notre prisonnier. Nous nous excusons de t’avoir enlevé. Je m’appelle Vivia
et…
Elle montra tour à tour les trois autres, et les nomma. L’enfant inclina gravement la tête, puis
il sourit.
― Hélas, dit-il, il faut que vous me rameniez au temple. La cérémonie a été interrompue.
Grishara, la déesse-mère-araignée, et Kukulcan, le serpent à plumes, sont très en colère.
― En quoi consiste cette… cérémonie ? demanda Vivia, impressionnée par cet enfant qui
paraissait si mature malgré son jeune âge.
― Les prêtres doivent me noyer dans le bassin sacré. C’est la seule façon de calmer les
dieux.
Paul et Penilène ouvrirent de grands yeux horrifiés. Vivia se sentit mal. Chad recueillit
Sheewa dans ses bras.​
― Hein ? s’exclama Penilène. Les prêtres voulaient te sacrifier !
Elle posa une main sur sa gorge.
― Ils sont malades !
― Ils parlent aux dieux. Ce sont de grands savants, corrigea le prince Zalec. Vous êtes des
étrangers, n’est-ce pas ?
Ils s’entreregardèrent. Oui, on pouvait dire ça, en effet.
― Chad, avoua Penilène, toujours sous le choc, je retire ce que j’ai dis. Tu as eu raison de
l’enlever.
Paul était retourné à son poste de commande. Il annonça soudain qu’ils étaient encerclés.
― Urantiane détecte la présence d’une cinquantaine de guerriers, précisa-t-il. Il y a aussi des
prêtres et des animaux. Des jaguars, semble-t-il.
― Il faut que vous me laissiez partir, dit Zalec d’une voix sourde.
― Non ! s’écria Vivia. Il y a sûrement une autre solution.
― Le sas de la nef est-il bien fermé ? s’inquiéta Penilène.
Paul ajouta que Placo décrivait toujours des cercles réguliers à l’aplomb de la nef.
― Lord Vikram ne doit vraiment pas être loin, en déduisit Chad.
― Je ne serais pas surprise qu’il se soit associé à ces barbares, laissa entendre Penilène.
Vivia déclara qu’elle sentait effectivement sa présence.
― Tu n’as quand même pas sauvé Zalec pour le rendre à ces assassins ! s’effraya-t-elle.
Elle contempla l’enfant. Ses yeux bruns caressants étaient doux et bons. En un flash de
voyance, elle entrevit l’adulte et le roi brave et généreux qu’il pouvait devenir… si toutefois il ne
mourait pas à cause d’une cérémonie barbare !
― Es-tu sûr qu’il n’existe pas d’autres moyens pour satisfaire tes dieux ? protesta-t-elle sans
quitter Chad des yeux.
― Les dieux me connaissent, rétorqua évasivement le garçon.
Le jeune Asiatique s’excusa : il n’avait rien vu de plus lors de sa transe avec l’élémentum.
― Ce qui m’embête, déclara Paul, c’est que nous sommes coincés. Ils ne voient pas la nef,
mais ils savent qu’on est là.
― Je ne vois vraiment pas où est le problème, persifla Penilène. On n’a qu’à redécoller !
― Je serais plutôt d’avis, proposa Vivia, d’essayer de comprendre comment Zalec peut nous
mener au prochain cristal. Après tout, nos visions nous donnent d’ordinaire des indices pour le
trouver !
Sheewa poussa un cri bref. Chad approuva. Il ne restait donc plus qu’à décider d’un plan
d’action.Du poisson sans sel
Le souffle généré par le décollage balaya la demi-douzaine de guerriers attroupés autour
d’Urantiane. Trois d’entre eux tombèrent, deux se raccrochèrent les uns aux autres. Le dernier
dégringola de l’arbre sur lequel il était perché. Leurs jaguars apprivoisés grognèrent et se
recroquevillèrent. Il y eut quelques éclairs tirant sur l’or et le mauve, puis la nef quitta le
surplomb rocheux.
― Je l’avais bien dit que nous n’étions pas réellement en danger, fanfaronna Penilène.
Paul mit le cap au nord. Ses paumes posées à plat sur les plaques de direction, il laissait à
Urantiane le soin de les guider. Zalec écarquillait ses yeux sombres et obliques. Sa peau était
hérissée de frissons. Sans doute était-il émerveillé. On le serait à moins ! songea Paul en se
rappelant ses premiers instants passés à bord de la nef.
― Vous êtes des dieux ! s’exclama le garçonnet le plus sérieusement du monde.
Penilène voulut lui expliquer que ce n’était absolument pas le cas. Ils étaient plutôt des
voyageurs en quête de…
Le ciel bascula. L’appareil fit un redressement sur le dos. Le jeune maya perdit l’équilibre. La
poigne solide de Chad l’agrippa. Vivia l’installa à côté d’elle sur son propre siège. Penilène
referma la bouche et se retint à ses accoudoirs.
La jungle constituait un véritable océan de verdure à perte de vue. De temps en temps,
Urantiane survolait le tracé sinueux d’une rivière endiamantée par les rayons du soleil. Le long
de ses rives se dressaient parfois des amalgames de pierres grises. Paul expliqua qu’il s’agissait
d’anciennes cités abandonnées.
Il réduisit la vitesse et stabilisa la nef près d’un groupe de bâtiments envahis par les racines
et les végétaux.
― D’après ce dont je me rappelle, lança-t-il du ton de celui qui avait appris quelque chose en
classe, le gros de la civilisation maya s’est éteint peu avant l’an 1000. On n’a jamais su
pourquoi.
Zalec lui jeta un regard de biais. Ces étrangers étaient bizarres. Après tout, lui-même était
maya et vivant ! Et que signifiait leur « an 1000 » ?
― De nos jours… (Paul se racla la gorge), il subsiste de nombreuses ruines magnifiques.
Des temples, des esplanades, des pyramides. Au Mexique, on les visite. Vous ai-je déjà dit que
j’étais allé en vacances dans un « tout inclus » pour Noël, il y a…
Le regard sombre de Penilène lui coupa la parole. Les ruines livrées à l’abandon étaient un
triste spectacle. La jeune Noire consultait ses écrans.
― Il doit y en avoir d’autres, cachées sous la jungle.
― Des centaines, assura Paul. Enfin, c’est ce que j’ai lu sur le Net !
Chad caressait la petite tête grise de Sheewa. Vivia souriait au jeune prince maya.
― Comment s’appelle ta ville ? demanda-t-elle, soucieuse d’intégrer leur invité à la
discussion.
Zalec cligna nerveusement des paupières. Il se remettait encore de son épreuve. Il revoyait
les prêtres chargés de le sacrifier.
― La cité où je vis se nomme Tikral-Kâ.
Un voile sombre de mélancolie tomba sur ses yeux.
― Est-elle loin d’ici ? insista doucement Vivia.
Paul était prêt à diriger la nef sur cette cité. Après tout, ils étaient en mission. Et cette mission
devait forcément commencer quelque part !
Mais Zalec ignorait la direction à prendre.
― On est bien avancés ! se découragea Penilène.
Elle s’entendait parler la langue maya ou bien le dialecte employé par le garçon, et trouvait
que les mots raclaient sa gorge. Elle avait encore dans la tête l’idiome âpre des habitants de
Musqueroi et celui, beaucoup plus flûté, des cités célestes du monde du Soleil de cristal ―lorsque ceux-ci ne lui parlaient pas carrément dans sa tête par télépathie !
Chad proposa de sortir.
― Tu veux vraiment aller de nouveau dans cette jungle ? fit Paul.
― Nous avons du maïs, des fruits et des céréales, mais… (il se tourna vers Vivia) il nous
faudrait du poisson.
La jeune fille approuva. Ses yeux brillaient, car c’est exactement ce à quoi elle pensait.
Sheewa approuva aussi. De son côté, elle avait hâte de grimper de nouveau aux arbres !
― Mais c’est plein de jaguars et de serpents ! râla Penilène.
La nef atterrit non loin des berges d’une rivière. Paul leva les mains.
― Ce n’est pas moi, déclara-t-il. Je n’ai rien fait.
Penilène se mordit les lèvres. Si Urantiane décidait de choisir toute seule leur direction,
alors…
Dans le puits d’accès, ils trouvèrent des vêtements de facture mayas ainsi que les habituelles
plaquettes d’or qui leur seraient utiles comme monnaie d’échange. Vivia demanda à Zalec ce
qu’il était convenable de porter. Le garçon tendit la nuque en direction du placard, et demeura
silencieux.
― Quoi ? Ce n’est pas ce qui se porte chez toi ? s’étonna la jeune Noire.
Vivia choisit une longue pièce de tissu beige en fibre végétale. Si elle comprenait bien, elle
devait s’en entourer le corps. Des sandales toutes simples, en fibres d’aloès, lui serviraient de
chaussures. Et pour le soir, quand viendrait la fraîcheur, une chasuble en laine ouvragée. Elle
partagea les parures ― bracelets, colliers et boucles d’oreilles ― avec Penilène.
La jeune New-Yorkaise était toute énervée. Elle voulait voir tout ce qui était disponible. Elle
porta finalement son choix sur une tunique en coton teint en rouge et en bleu, et sur un
manteau en laine de vigogne ― sorte de chèvre brune d’environ 80 centimètres au garrot.
Comme bijoux, elle se para d’un collier de perles et d’une paire de boucles d’oreilles en
turquoise.
― Allez ! dit-elle. Après tout, c’est facile. On y va, on retrouve le cristal, et on repart. Non ?
Paul et Vivia pouffèrent de rire sous le regard grave du jeune prince maya.
Les garçons se choisirent des vêtements selon leur tempérament. Chad prit un pagne simple
et un manteau en coton beige. Il porterait sa cartouchière directement sur la peau, garderait son
armure légère, son ceinturon, son étui de cuir et son sabre, de même que son révolver à
*énergie vibratoire hérité de son aventure dans la cité de Baârka . Fidèle ou bien obstiné, il
insista pour conserver aussi son serre-tête ainsi que ses gants. Comme chaussures, il troqua
néanmoins ses mocassins contre des sandales en cuir.
Les filles allèrent se changer dans leur « cabine ». Chad empêcha Sheewa de faire main
basse sur les parures qui restaient dans le réduit. Après avoir choisi un pagne en tissu rouge, un
linge de corps et un bel habit d’étoffes ornés de motifs colorés, Paul se passa fièrement une
bague en or au doigt. Il essaya deux serre-têtes en métal, en prit finalement un en cuir. Ainsi
vêtu, il ressemblait à un acteur dans un des films d’action historique qu’il regardait chez lui.
Aussi heureux qu’un ado lâché en plein magasin avec la carte de crédit de son père à la
main, il essaya le manteau sans plus tarder et déclara qu’il ressemblait sans doute à un noble.
― Qu’en penses-tu, Zalec ?
Il se retourna. L’enfant était remonté dans le cockpit. Fasciné à la fois par l’élémentum et par
la petite tour transparente dans laquelle brillait doucement le cristal bleu de Nebalom, il rappelait
à Paul le jeune atlante qu’ils avaient rencontré à Posséïdonis. Kumi les avait aidés. Alors,
pourquoi pas Zalec ? En passant au travers de la baie vitrée, la vive clarté du jour mettait en
relief la finesse de sa peau sombre et ses épaules maigres.
Chad sortit, suivit par Vivia. Paul voulut les suivre, mais Penilène le retint par le bras.
― Laisse-les. Je crois qu’ils préfèrent être un peu seuls.
Paul fit la moue. Chad avait dit qu’il allait pêcher des poissons. Le connaissant, c’est très
exactement ce qu’il ferait, non ? Penilène fit claquer sa langue d’agacement et lui reprocha de
ne pas être romantique pour deux sous.
― Et toi, dit-il, tu ne veux pas aller te promener dans ces ruines ?Elle secoua la tête. En rentrant hier soir, Vivia avait parlé de moustiques aussi gros que des
taons. Des « bibittes » que Penilène ne tenait absolument pas à rencontrer.
― Et toi, prince Zalec, fit alors Paul. Nous cherchons un cristal particulier. Magique ou bien
alors célèbre. En as-tu entendu parler ?
Le garçon les contempla de son regard si perçant et « oblique » des gens de sa race.
Penilène battit des cils. Elle ne savait pas si cet enfant lui était ou non sympathique. Il y avait ce
« quelque chose » en lui qui la dérangeait, mais quoi ?
En attendant le retour de Chad et de Vivia, Paul se mit à prendre quelques photos et bouts
de films avec son nouveau téléphone cellulaire. Il visita chaque recoin de la nef et s’en donna à
cœur joie, puis il prit Zalec comme modèle. Penilène désapprouvait. Avec ce joujou dans les
mains, Paul lui rappelait trop les jeunes gens insouciants, moqueurs et sans cœur qui
l’effrayaient tant quand elle vivait à New York.
― Si tu continues à nous mitrailler, tu vas vider la pile ! lâcha-t-elle sur un ton de reproche.
Elle-même se tenait occupée et utile. Examinant tous les écrans, elle tentait de savoir si les
fameux guerriers peints de tout à l’heure les avaient retrouvés. Zalec posait plein de questions
auxquelles Paul se plaisait à répondre.
Penilène les vit tous les deux près du fauteuil de Paul et du convecteur temporel, et elle
fronça le nez. Son ami parlait décidément trop ! Peu après, heureusement, elle entendit les cris
familiers de Sheewa.
Penilène se retint de presser Vivia de questions. Avaient-ils pêchés des poissons ou bien
visité les ruines main dans la main ! Vivia rit ― un peu bêtement selon la jeune Noire ―, ce qui
tendait à confirmer son idée « qu’il se passait quelque chose entre eux ».
― Nous n’avons même pas été piqués par les moustiques ! fanfaronna la jeune fille.
Chad exhiba cinq poissons, dont deux assez maigrichons. Comme il n’avait ni ligne ni filet, il
avait dû s’y prendre autrement.
― Avec les mains ? s’exclama Paul, admiratif.
Les deux filles argumentaient pour savoir comment les apprêter. Chad alla allumer un feu
près de la berge. Lorsque vint la nuit, ils furent très heureux d’avoir des manteaux en laine sur le
dos. Zalec aussi en avait un, prêté par Vivia.
Vivia parla des oiseaux multicolores qui s’ébattaient dans les ruines, ainsi que des lézards qui
ressemblaient à des dragons en miniature. Penilène frissonna rien qu’en l’entendant dire qu’il y
avait aussi des fourmis géantes, noires et rouges, et apparemment carnivores qui avaient
effrayé Vivia elle-même !
Les bruits nocturnes de la jungle résonnaient autour d’eux.
― Sans sel, se permit Paul, ce n’est pas si bon.
― À qui le dis-tu ! renchérit Penilène.
― Pesquoi ! annonça alors Zalec qui pour un prince avait l’air de très bien s’accommoder de
cette viande sans aucun assaisonnement.
Vivia avait posé sa main sur le bras de Chad.
Le soir était étrange, rempli de vie et pourtant vide et morne. Zalec expliqua que ce vide était
en raison, en grande partie, des ruines. À l’entendre, les dieux avaient déserté cet endroit. Tout
comme ses habitants.
― Ton peuple sait-il ce qui est arrivé aux gens qui vivaient ici ? demanda Paul en pointant
son cellulaire sous le nez de l’enfant, pour enregistrer sa réponse.
Qu’espérait-il ? Une déclaration aux allures de révélation ?
Zalec était peut-être un prince : il n’en était pas moins encore un enfant.
Ils mangèrent le restant des fruits rapportés la veille, burent un peu d’eau recueillie sous une
cascade dans une tasse en terre cuite trouvée dans les ruines. Zalec refusa de boire dans cette
tasse. À son avis, des esprits malins s’y cachaient encore. Il se leva et alla plutôt laper son eau
directement à la rivière. Puis il s’éloigna, sans doute pour soulager sa vessie.
Penilène en profita pour faire le point.
― D’après les écrans de la nef, ni les guerriers-jaguars ni Placo ne nous ont retrouvés ; mais
pour combien de temps ?