Les Amantes (Tome 2) - Rien que le plaisir

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À la mort d’Owen, son protecteur, Mariah se retrouve démunie et contrainte de chercher un autre amant. John Rycroft, le meilleur ami d’Owen, qui la connaît depuis longtemps, s’insurge de cette décision hâtive et, contre toute attente, une passion incontrôlable naît entre eux. Cependant, John ne veut s’attacher à aucune femme. Ils passent alors un marché : le temps qu’elle trouve un homme disposé à l’entretenir, ils auront une liaison, rien que pour le plaisir. Mais quand on joue avec les interdits, les masques tombent et les armures se fissurent. Les coeurs deviennent vulnérables…
Publié le : mercredi 3 juin 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290097069
Nombre de pages : 288
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JESS
MICHAELS

LES AMANTES – 2

Rien que le plaisir

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Catherine Frémov

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Présentation de l’éditeur :
À la mort d’Owen, son protecteur, Mariah se retrouve démunie et contrainte de chercher un autre amant. John Rycroft, le meilleur ami d’Owen, qui la connaît depuis longtemps, s’insurge de cette décision hâtive et, contre toute attente, une passion incontrôlable naît entre eux. Cependant, John ne veut s’attacher à aucune femme. Ils passent alors un marché : le temps qu’elle trouve un homme disposé à l’entretenir, ils auront une liaison, rien que pour le plaisir. Mais quand on joue avec les interdits, les masques tombent et les armures se fissurent. Les cœurs deviennent vulnérables…
Biographie de l’auteur :
Auteure de romances historiques sensuelles, Jess Michaels a été récompensée à de nombreuses reprises et ses livres ont conquis un large public.

Jess Michaels

 

Elle est l’auteure d’une cinquantaine de romances historiques et sensuelles qui sont des best-sellers et ont reçu de nombreuses récompenses. Elle utilise différents pseudonymes dont celui de Jenna Petersen.

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

LES AMANTES

1 – Apprenez-moi l’amour

N° 10870

À tous ceux qui m’ont aidée à me rappeler
qui j’étais, particulièrement Michael
 (qui n’a jamais oublié). Merci pour l’amour,
le soutien et la foi qui m’ont soutenue
à travers une longue nuit obscure.

1

— Mademoiselle Desmond, dit le notaire en feuilletant les papiers étalés sur son bureau.

Depuis le début de l’après-midi, il semblait refuser de la regarder en face.

— Je ne sais vraiment pas quoi vous dire, continua-t-il. Comme je viens de vous l’expliquer longuement, les dernières volontés de lord Heathcote sont très claires. Il vous a légué la somme de mille livres mais, outre les détails annexes, il n’y a rien d’autre.

Mariah s’adossa à son siège inconfortable, face au bureau du sinistre hypocrite qui tenait son destin, son avenir – ou plutôt son absence d’avenir – entre ses grosses mains moites. Les oreilles bourdonnantes, la vision floue, elle prenait peu à peu conscience de ce qu’il lui répétait depuis plus d’une demi-heure.

— Mais, mais… balbutia-t-elle. Owen et moi…

Elle s’interrompit pour corriger :

— Le comte et moi entretenions une relation de longue date. Il m’avait laissé entendre qu’il ferait un legs en ma faveur.

Le notaire fit la moue. À l’évidence, il savait exactement quel genre de « relation » Mariah et Owen avaient partagée pendant trois ans. Mais il ne semblait pas apprécier du tout la jeune femme, et la considérer plutôt comme une moins-que-rien. Chose à laquelle Mariah avait dû s’accoutumer depuis longtemps. Les maîtresses étaient rarement regardées comme des êtres humains dans la haute société.

Pourtant, Owen ne l’avait jamais traitée avec le moindre mépris. Il voyait en elle une partenaire, presque une épouse… du moins l’avait-il toujours proclamé et, surtout, il avait promis qu’elle n’aurait pas besoin de se chercher un autre protecteur s’il devait mourir avant elle.

Promesses émises dans l’obscurité, au milieu de douces étreintes. Aussi, pour elle, Owen était-il différent de la plupart des autres hommes, qui rejetaient leurs maîtresses une fois qu’ils en étaient lassés.

À présent, elle n’en était plus aussi certaine, et le doute qui commençait à la ronger répandait en elle un lourd sentiment de culpabilité.

— Il avait effectivement pris des dispositions à votre endroit, admit le notaire en refermant son dossier. Mille livres. Et toutes ces petites babioles qu’il vous a achetées et qu’il vous laisse. Vous êtes autorisée à rester six mois dans votre demeure sans payer de loyer, à moins que vous ne trouviez un autre… accommodement durant cette période. Vos domestiques ont également reçu leurs gages d’avance. Franchement, mademoiselle Desmond, vous devriez vous réjouir de ce que le comte ait pris ces dispositions pour une femme telle que vous.

Elle tressaillit. Une femme telle que vous… Autrement dit, une catin. Elle ne s’était jamais sentie une courtisane avec Owen. Jusque-là. Maintenant, il s’avérait clairement que le comte ne s’était pas donné la peine de se soucier de son avenir. Quoi qu’ils aient pu partager.

Retenant son souffle, elle essaya de ravaler les larmes amères qui lui piquaient les yeux.

Sans y parvenir, car l’une d’elles au moins glissa le long de sa joue, malgré ses efforts.

Le notaire prit un air dégoûté devant si peu de retenue, et se leva.

— Il n’y a rien de plus à en dire. L’argent sera déposé sur votre compte et accessible dès aujourd’hui. Je vous souhaite le bonjour.

Il lui désigna la porte, plaquant un mince sourire sur ses dents serrées. À son tour, Mariah se leva, frémissante, et redressa les épaules, essayant au moins de sortir dignement. La tête haute, le visage baigné de larmes, elle passa devant l’homme et quitta son cabinet sans un au revoir ni un regard derrière elle.

Dès qu’elle eut franchi la porte, il la claqua, laissant la jeune femme dans l’entrée, face à un domestique qui semblait guetter son départ avec la même expression de dégoût.

Elle se dirigea vers sa berline, dont le cocher venait de lui ouvrir la portière. Potts lui parut si aimable, après ces faces de carême, qu’elle l’aurait serré dans ses bras. D’autant qu’il poussa la gentillesse jusqu’à sortir un mouchoir propre de sa poche pour le lui offrir, avant de l’aider à monter dans le véhicule.

Elle le remercia d’un mouvement de tête.

— À la maison, mademoiselle ? demanda-t-il.

À la maison. Seigneur, cette maison n’était donc plus la sienne ? Elle allait la perdre bientôt et se retrouver sans toit.

— Non, parvint-elle à articuler. Je crois que je vais rendre visite à miss Manning.

Hochant la tête, il ferma la portière. Il n’avait pas besoin de plus d’indications – après tout, Vivien Manning n’était-elle pas la meilleure amie de Mariah ? Elle lui rendait visite au moins une fois par semaine.

Malgré sa hâte de la retrouver en ces moments d’épreuve, quelque chose en elle redoutait cette rencontre. Vivien aurait certainement beaucoup à dire sur son avenir ; cette femme avait des idées bien arrêtées sur les relations entre maîtresses et protecteurs.

Et Mariah n’était pas sûre de vouloir toutes les entendre.

 

 

— Mille livres ? répéta Vivien d’un ton abasourdi en déposant une tasse de thé devant Mariah.

Sans cacher son émoi ni sa pitié.

Mariah sentit le rouge lui monter aux joues, mais elle parvint à acquiescer.

— Oui, murmura-t-elle. Et la maison et les domestiques assurés pour six mois. Et les bijoux, bien sûr.

— C’est tout de même bien maigre, commenta Vivien. As-tu gardé des économies sur ce qu’il te donnait durant votre relation ?

— J’ai un peu mis de côté mon argent de poche, mais cela ne fait pas beaucoup.

Vivien haussa un sourcil.

— Sans vouloir me montrer indélicate, ma chérie, à combien s’élève ce « pas beaucoup » ?

— Un peu plus de cinq cents livres.

Voyant Vivien sourciller, elle s’empressa de préciser :

— Owen s’est chargé de toutes les dépenses de ma vie quotidienne, et il m’encourageait vivement à utiliser mon argent de poche. Et comme il avait promis de veiller à… Enfin, je n’ai jamais songé à mettre de l’argent de côté en prévision de ce genre de circonstance.

Vivien acquiesçait lentement de la tête, cependant Mariah voyait bien qu’elle cherchait juste à l’apaiser.

— Je comprends. Mais cela ne résoudra pas ta situation actuelle. Tu ne pourras survivre tout au plus qu’un an ou deux avec cette somme. Peut-être trois, si tu vends tes bijoux.

Elle venait de formuler ce qui faisait le plus frémir sa visiteuse. Celle-ci sentit sa gorge se serrer.

— Oui, murmura-t-elle. C’est aussi ce que je pense.

La main de Vivien s’abattit soudain sur la table, entre elles.

— Dieu tout-puissant ! s’exclama-t-elle. Tu as donné à cet homme trois ans de ta vie. Et je sais que tu lui en aurais donné vingt, s’il te l’avait demandé.

Incapable d’en supporter davantage, Mariah porta les mains à son visage et fondit en larmes. Vivien se racla légèrement la gorge, avant de se rapprocher de son amie et de lui passer un bras sur l’épaule. Mariah appuya la tête sur elle en sanglotant, laissant enfin s’exprimer sa peine et son sentiment de trahison. Puis elle finit par se reprendre, s’assit toute droite sur son siège.

— Excuse-moi, souffla-t-elle. Toute ma vie est dévastée… D’abord, Owen qui meurt dans ce terrible incendie…

Saisie d’épouvante, elle se tut. Comment imaginer cet homme pris au piège des flammes ? Dévoré dans d’atroces douleurs, anéanti par une peur tout aussi violente ? Chaque fois qu’elle évoquait ces instants, elle se sentait mal.

Quand elle eut récupéré sa voix, elle continua :

— … pour découvrir ensuite qu’il n’a tenu aucune de ses promesses de legs. C’est un tel choc…

— Ce pauvre Owen ne méritait pas une mort aussi affreuse, je te l’accorde. Mais en ce qui concerne ce legs, je ne lui trouve aucune excuse. Visiblement, il n’avait pas l’intention de tenir sa promesse.

— Non ! s’exclama Mariah.

Elle était capable de comprendre bien des choses, mais pas cela.

— C’est impossible ! Il ne se doutait pas qu’il mourrait si jeune. Sans doute a-t-il seulement reporté les démarches à plus tard, sans imaginer qu’il pourrait disparaître aussi vite.

Vivien ravala un rire moqueur.

— S’il n’avait strictement pris aucune disposition, je te croirais volontiers, mais il a fait quelques tentatives minables pour te « protéger » après sa mort. Pourquoi ne pas être allé droit au but ? Car enfin, même s’il avait décidé d’ajouter tous les trois ans mille livres à ce fonds ouvert en ta faveur, qu’en aurais-tu tiré ? Suppose que vous soyez restés ensemble durant vingt années, cela n’aurait donné que six mille livres. À peine de quoi vivre, même modestement.

Mariah ferma les yeux. Vivien ne faisait qu’exprimer à haute voix les pensées qui la harcelaient depuis qu’elle avait quitté le bureau du notaire. Mais, à les entendre ainsi énoncées, elle avait encore envie de défendre Owen. Coûte que coûte.

— Sans doute croyait-il avoir du temps devant lui. Il a peut-être…

Vivien lui saisit les deux mains, les serra doucement.

— Pourquoi tiens-tu tant à le protéger, quand tu sais qu’il s’est montré d’une telle avarice envers toi ?

Mariah laissa échapper un long soupir.

— Parce que je l’aimais.

Si cette révélation ne la surprit pas, Vivien haussa tout de même les sourcils. Pourtant, Mariah ne s’était jamais cachée de son amour pour son protecteur, car elle partait du principe qu’ils resteraient toujours ensemble. Ce qui, en soi, n’avait rien d’extravagant. Bien des hommes de la haute société avaient conservé leur maîtresse toute la vie, la comblant d’autant de respect et de faveurs qu’une authentique épouse.

Avec Owen, il avait été question d’une entente à long terme afin qu’elle puisse compter sur une vie quotidienne confortable, mais elle n’aurait jamais cru que ce genre d’accord puisse la concerner avant plusieurs dizaines d’années.

— En tombant amoureuse de lui, tu as commis ta première erreur, observa doucement Vivien. Une maîtresse n’aime pas son protecteur, pas plus qu’elle ne doit espérer qu’il puisse l’aimer en retour, quoi qu’il puisse affirmer dans les moments de passion. Trop de femmes de notre condition sont bernées par de belles promesses et de grandes émotions.

— Comme moi, conclut son amie dans un soupir tremblé.

Vivien lui décocha un regard attendri, sans toutefois la détromper : Mariah se trouvait rabaissée au rang de ces jeunes femmes qu’elles avaient toutes deux tant plaintes pour leur imprévoyance.

— Alors, dis-moi, demanda Vivien, maintenant que tu sais à quoi t’en tenir, que comptes-tu faire ?

Mariah réfléchit un instant. Elle n’avait jamais songé à ce qu’elle deviendrait si Owen disparaissait. À présent, elle y était bien forcée.

— Je ne sais pas, bredouilla-t-elle.

D’un claquement de langue, Vivien la contredit.

— Si, tu sais, affirma-t-elle en soutenant son regard.

Mariah finit par baisser la tête. Bien sûr, il ne restait qu’une option possible…

— Je suppose que ma meilleure, ma seule chance consiste à me remettre sur le marché, en espérant trouver un nouveau protecteur, soupira-t-elle, le cœur gros. Il faut que je recommence.

— Bien ! Je suis contente que tu voies les choses avec réalisme. Tu as la tête sur les épaules, je n’en attendais pas moins de toi.

— Merci. Quelque part, c’est un réconfort.

— Je pourrai t’aider, si tu le désires.

Mariah se mit à rire ; c’était la première fois que cela lui arrivait depuis la mort d’Owen.

— Tu crois pouvoir mettre tes talents de médiatrice à mon service ?

— Je ne vois pas en quoi c’est drôle. Voilà un moment maintenant que je me suis fait une réputation dans ce domaine.

— Oui, je sais. La dernière fois, ça s’est même terminé par un mariage.

Vivien fit la moue, à la fois gênée et fière d’elle. Après tout, le récent mariage du vicomte Andrew Callis et de son ancienne maîtresse, Lysandra Keates, avait provoqué un scandale romantique propre à secouer la haute société jusque dans son cœur. Longtemps, les cancans en avaient fait leurs choux gras.

— Au moins, c’est un heureux mariage, commenta-t-elle.

Mariah haussa les épaules. C’était pourtant vrai. Le couple en question semblait parfaitement heureux. Il faudrait plus qu’une remarque acerbe par-ci par-là pour les empêcher de rayonner à leur entrée dans une soirée.

— Un mariage, répéta-t-elle. Et tu disais que la règle numéro un pour une maîtresse consistait à ne jamais tomber amoureuse de son protecteur, c’est bien cela ?

Vivien eut un mouvement de la tête.

— Oui, oui. Andrew et Lysandra forment visiblement l’exception qui confirme la règle.

— J’hésite. J’ai l’impression que tes arrangements risquent d’être un peu trop dangereux pour moi, ma chérie.

Vivien écarta cette taquinerie d’un petit sourire.

— Très bien, je ne jouerai pas les entremetteuses avec toi si tu n’y tiens pas. Mais tu dois venir à ma soirée dansante de demain.

Saisie d’une bouffée de chagrin à cette idée, Mariah recula.

— Je ne sais pas. Owen n’est mort que depuis quelques semaines. Comment pourrais-je sortir si tôt ? Comment pourrais-je me lancer avec un tel cynisme à la recherche d’un nouvel amant ?

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