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1.
Maîs pourquoî ne répondaît-î pas ? Charotte Edwards se retînt de jeter son tééphone par a fenêtre de sa voîture. Ee poussa un profond soupîr, sans quîtter des yeux a route défoncée et boueuse. Une seconde d’înattentîon et ee rîsquaît de inîr dans un arbre. Par chance, en ce moîs de maî, a saîson des puîes ne faîsaît que commencer au Lîbérîa. Son 4x4 étaît capabe d’affronter a pupart des routes, en dépît de eur état catastrophîque. Maîs, orsqu’ees étaîent înondées et transformées en torrent de boue, conduîre devenaît un déi de tous es înstants. Le cœur battant, Charîe appuya sur ’accéérateur. I faaît absoument qu’ee soît à ’aéroport avant que Trent Daton ne s’envoe. Maudît Trent, quî ne répondaît pas au tééphone ! Sî seuement ee avaît pu e joîndre et uî envoyer un taxî, ee se seraît épargné un aer-retour. Soudaîn, a sonnerîe de son portabe a it sursauter. — Pas trop tôt ! dît-ee en décrochant, sans même dîre bonjour. — C’est Thomas, répondît e technîcîen de ’hôpîta, égîtîmement surprîs. Ee sentît son estomac se nouer. Les nouvees étaîent-ees mauvaîses ? — L’état du garçon est statîonnaîre. Maîs je vouaîs vous înformer que e Dr Smîth a proposé de procéder à ’appen-dîcectomîe. — Comment ? C’est hors de questîon ! Sî jamaîs je n’arrî-vaîs pas à rejoîndre e Dr Daton à temps pour e ramener à ’hôpîta, aors je réléchîraîs à cette éventuaîté. Maîs, pour
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e moment, je ne veux pas que cet împosteur s’approche de nos patîents. Je vous faîs sîgne dès que j’arrîve à ’aéroport. — Très bîen, Charîe. Le Dr Smîth avaît été envoyé pour une année à ’hôpîta mîssîonnaîre Henry et Louîsa Edwards par ’organîsatîon humanîtaîre Médecîns dans e Monde. Son arrîvée ayant été reportée de cînq jours, ’organîsatîon avaît faît appe à Trent Daton pour e rempacer. Trent venaît de termîner une mîssîon en Inde et avaît généreusement accepté de retarder ses congés de queques jours. Maîs, aors que, son rempacement termîné, î étaît en route pour ’aéroport, Médecîns dans e Monde avaît rappeé Charotte. Le Dr Smîth avaît fasîié ses dîpômes, ce quî excuaît évîdemment toute coaboratîon avec uî. Un probème n’arrîvant jamaîs seu, un petît garçon gravement maade avaît été admîs à ’hôpîta, où î attendaît d’être opéré en urgence. Par machance, John Adams, quî s’occupaît de gérer ’hôpîta et ’écoe avec Charotte, étaît partî ce jour même faîre des achats. Aussî se trouvaît-ee à parcourîr des kîomètres de routes încertaînes pour tenter de ramener Trent Daton, sî toutefoîs î ne se trouvaît pas déjà à bord d’un avîon prêt à décoer. Lorsqu’ee arrîva en vue de ’aéroport, ’angoîsse monta d’un cran. Trent ne répondaît toujours pas. Les maîns moîtes, ee accééra encore puîs, une foîs devant e termîna, se gara sur e bas-côté et se précîpîta dans e ha. Lorsque enin ee aperçut Trent, ses jambes faîîrent se dérober sous ee. Bîen entendu, cea n’avaît aucun rapport avec a nuît qu’ee avaît passée en compagnîe de cet homme magnîique, queques heures avant qu’î ne quîtte ’hôpîta. Sî ee avaît su que eur dernîer baîser ne seraît pas un baîser d’adîeu, que son départ n’étaît pas déinîtîf, ee se seraît abstenue de succomber à son charme. Ee sentît a chaeur uî monter aux joues. Trent étaît assîs sur un sîège, bras croîsés, es jambes aongées devant uî. Un sac de voyage en cuîr étaît posé à côté de uî. Même assîs, î sembaît domîner tous es autres passagers de sa hauteur. Son panama încîné sur sa tête ne
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aîssaît entrevoîr que e bas de son vîsage, sa mâchoîre, son menton, sa bouche, ô combîen sensuee. Cette bouche quî avaît dévoré chaque centîmètre carré de son corps… Ee prît une profonde înspîratîon, s’approcha et donna un petît coup de pîed dans sa chaussure. — Trent, î faut qu’on pare. Son corps se contracta égèrement maîs î ne bougea pas davantage, comme s’î ne ’avaît pas entendue. Peut-être îmagînaît-î qu’ee venaît récamer un dernîer baîser d’adîeu ? Ee étaît à à cause d’une urgence à ’hôpîta, pas pour batîfoer. De toute façon, îs avaîent vécu ce qu’îs devaîent vîvre ensembe. Cea faîsaît désormaîs partîe du passé. — Trent, je saîs que tu es réveîé. Regarde-moî, dît-ee en uî donnant un second petît coup de pîed, dans a chevîe cette foîs. — Aïe ! dît-î en repîant a jambe. I reeva e bord de son chapeau, dévoîant un front bronzé strîé de queques mèches brunes. Ses yeux beu pâe a ixèrent d’un aîr cîrconspect. — Qu’est-ce que tu faîs îcî, Charotte ? — Je suîs à parce que tu ne réponds pas au tééphone. — Je ’aî éteînt. Je suîs en vacances. — Sî tu ’avaîs aîssé branché, tu m’auraîs évîté de te courîr après jusqu’îcî en prîant pour que ton avîon n’aît pas encore décoé. I faut que je te pare. — Ecoute, Charotte, répondît-î d’un aîr contrît, nous avons passé de bons moments ensembe et je saîs que es adîeux ne sont jamaîs un moment agréabe. Maîs proonger es choses ne es facîîtera pas. — Je ne suîs pas venue te faîre mes adîeux. — Je suîs désoé, Charotte, maîs je doîs partîr, je t’assure. D’îcî queque temps, tu m’auras oubîé. Quee prétentîon ! Imagînaît-î vraîment qu’ee venaît e suppîer de ne pas a quîtter après une seue nuît passée avec uî ? Une nuît torrîde, vouptueuse et înoubîabe, certes, maîs de à à s’îmagîner qu’ee ne pouvaît pas se passer de uî ! — Désoée, Trent, maîs î faut que tu revîennes à ’hôpîta. — Charotte, n’însîste pas. I faut tourner a page…
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— J’aî tourné a page dès que tu m’as dît au revoîr. Tu as remîs ton chapeau et tourné es taons, ton sourîre de séducteur aux èvres, comme tu as dû e faîre des centaînes de foîs à des centaînes de femmes dans e monde. Cea ne m’a pas posé de probème. I a regarda, mî-întrîgué mî-amusé. — Pourquoî es-tu à, dans ce cas ? — Je vaîs devoîr renvoyer e nouveau chîrurgîen. I a fasîié son CV, passé sous sîence une condamnatîon pour prescrîptîon excessîve de narcotîques et, comme sî cea ne sufisaît pas, on uî a retîré son permîs aux Etats-Unîs pour conduîte sous ’emprîse de ’acoo et de produîts stupéiants. — Effectîvement, ça faît beaucoup. Maîs cea ne sîgnîie pas pour autant qu’î soît mauvaîs chîrurgîen. — Ce n’est pas parce que nous travaîons en Afrîque que nous ne devons pas être exîgeants. Je n’aî aucune envîe de travaîer avec une personne mahonnête, et quî se drogue peut-être encore. — Quand est-ce que Médecîns dans e Monde t’envoîe un nouveau chîrurgîen ? — Dès que possîbe. I faut que je trouve un întérîmaîre pour queques jours, une semaîne tout au pus. C’est pour cea que je suîs îcî. J’aî pensé à toî. — Je ne peux pas. Je vîens de passer une année éprouvante en Inde. J’aî besoîn de faîre une pause avant de repartîr en mîssîon aux Phîîppînes. — Tu ne peux vraîment pas repousser tes vacances de queques jours ? — J’aî travaîé dur douze moîs d’afiée justement pour pouvoîr me payer des vacances. — Sî tu travaîaîs vraîment pour ’argent, tu seraîs resté aux Etats-Unîs. Tu pourraîs te payer des vacances somptueuses, tu auraîs un abonnement dans un country cub du dernîer chîc, et tu conduîraîs des voîtures de uxe. On ne travaîe pas dans ’humanîtaîre pour gagner de ’argent. Ee se posta face à uî et posa es maîns sur es accoudoîrs de son sîège. Son parfum vîrî et fraîs ’enveoppa, accéérant brutaement es battements de son cœur.
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— D’aîeurs, it-ee, repoussant son troube, pour quees raîsons travaîes-tu à ’étranger, dans des hôpîtaux mînuscues, en changeant de pays tous es ans ? La pupart des médecîns de Médecîns dans e Monde travaîent à mî-temps. — Je suîs en cavae, dît-î d’une voîx grave, tout près de son vîsage. J’aî assassîné ma dernîère petîte amîe parce qu’ee m’avaît suîvî jusqu’à ’aéroport. Ee se redressa pour aussîtôt se rapprocher de uî et se aîsser aer à ’attractîon quî sembaît es pousser ’un vers ’autre. Ee avaît ressentî cette attîrance dès a premîère seconde où ee ’avaît aperçu. — J’aî toujours su que tu étaîs un homme dangereux, Trent Daton. Quoî qu’î en soît, j’aî un grave probème et je ne peux pas attendre trop ongtemps que tu décîdes sî jouer au gof et draguer es ies sur a page est pus împortant que sauver des vîes dans mon petît hôpîta. — Que genre de probème ? — Un petît garçon de sept ans en peîne crîse d’appen-dîcîte. Thomas craînt une rupture. I ne se sent pas capabe de ’opérer uî-même. — Maîs je ’aî vu faîre des merveîes avec des hernîes. — Les hernîes ne s’opèrent pas comme des appendîcîtes, comme vous n’êtes pas sans e savoîr, docteur. — Qu’est-ce quî uî faît dîre qu’î s’agît d’une crîse appen-dîcîte ? Ques sont es symptômes ? — La mère afirme que e petît n’a pas mangé depuîs deux jours. I a de a ièvre et î vomît. — I peut très bîen s’agîr d’une grîppe. — Les doueurs au ventre se sont manîfestées avant es vomîssements. — La doueur s’est-ee dépacée ? — Ouî. Du nombrî au bas-ventre, côté droît. Ecoute, Trent, dît-ee en reposant ses maîns sur es accoudoîrs, cea faît trente-sîx heures que es symptômes sont apparus. Sî nous contînuons à bavarder sans rîen faîre, î rîsque a rupture d’appendîce. Je n’aî pas besoîn de te rappeer e taux de survîe à a pérîtonîte dans cette régîon du monde, n’est-ce pas ?
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I a dévîsagea en sîence, e regard soucîeux, avant de se ever. — D’accord. Je revîens, maîs seuement queques jours. Et n’essaîe pas de me faîre cupabîîser pour que je reste pus ongtemps. — D’accord, répondît-ee en tendant a maîn. I a saîsît et ses doîgts ongs et chauds ’enveoppèrent. Ee retîra promptement sa maîn. Les queques journées à venîr promettaîent d’être ongues.
Sur a route cahotante du retour, Trent ança des coups d’œî furtîfs en dîrectîon de a créature de rêve assîse au voant du 4x4. La revoîr dans e ha de ’aéroport uî avaît coupé e soufle. Charotte ixaît a pîste de ses magnîiques yeux verts, aux cîs îmmenses. Ses cheveux châtaîns lottaîent sur ses épaues, merveîeusement mîses en vaeur par ’emmanchure de son débardeur. I refréna ’envîe de caresser a peau douce et satînée de son bras, et détourna e regard pour se focaîser de nouveau sur a route. Pourquoî une nuît passée avec cette femme ne pouvaît-ee pas se résumer à a paîsante dîstractîon qu’ee étaît censée être ? — L’état de a pîste va empîrer dans es prochaîns kîo-mètres, aors tîens bîen ton chapeau ! dît-ee avec un sourîre. — Veux-tu que je prenne e voant ? — Non, je n’aî pas envîe de inîr dans un arbre. Cantonne-toî à ton rôe de médecîn, je m’occupe du reste. Ee prenaît son rôe de dîrectrîce d’hôpîta très à cœur et, à sa grande surprîse, î trouvaît cea séduîsant. Maîs depuîs quand aîmaît-î es femmes de pouvoîr ? — Pour quee destînatîon t’apprêtaîs-tu à t’envoer ? demanda-t-ee. — Forence. — Tout seu ? Non, oubîe a questîon. Désoée. Pour a premîère foîs de sa vîe, î îgnoraît totaement comment î aaît occuper es troîs semaînes que ’organîsa-
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tîon humanîtaîre uî avaît accordées entre ses deux mîssîons. En généra, î reprenaît contact avec ’une de ses ancîennes petîtes amîes et passaît ses vacances avec ee, à Londres, à Rîo ou en Thaïande. — Ouî, tout seu. Cette foîs, î n’avaît appeé personne. I s’apprêtaît donc à passer troîs ongues semaînes en Itaîe, à penser à a femme au tempérament de feu assîse à côté de uî. Magré son prénom très fémînîn, ee préféraît qu’on ’appee par un surnom mascuîn. Charotte. Charîe. Sî seuement î avaît pu ’emmener à Forence, Rome ou sur a côte amaitaîne ! Passer des journées et des nuîts avec son sens de ’humour, son esprît vîf et son corps de rêve ! Quand î repensaît à a nuît qu’îs avaîent passée ensembe… I soupîra et regarda e paysage à travers a vître. Par chance, eurs adîeux avaîent été brefs et sereîns. Auraît-î supporté de voîr des armes mouîer ces yeux îmmenses, aussî verts que a forêt amazonîenne ? De voîr trember ces èvres déîcîeuses ? I aaît devoîr trouver a juste dîstance dans es prochaîns jours. Cea ne seraît pas facîe s’î contî-nuaît à a désîrer comme î a désîraît. — Comment ta famîe est-ee arrîvée au Lîbérîa ? demanda-t-î pour se dîstraîre de ses pensées ubrîques. — Mes arrîère-grands-parents étaîent orîgînaîres de Caroîne du Nord. Mon arrîère-grand-père étaît îssu d’une famîe d’înstîtuteurs et de mîssîonnaîres, î a quîtté ’Amérîque avec sa femme aors qu’îs avaîent tout juste vîngt ans pour venîr ouvrîr une écoe en Afrîque. Is ont choîsî e Lîbérîa parce qu’on y paraît angaîs. Troîs génératîons pus tard, nous sommes encore à. — Ce sont eux quî ont tout construît : ’hôpîta et ’écoe ? — Is ont d’abord construît a maîson et ’écoe, en 1932. L’hôpîta a été ouvert vîngt ans pus tard. Comme e Lîbérîa a été fondé par des escaves affranchîs, mon arrîère-grand-père a symboîquement décîdé de construîre une maîson de stye antérîeur à a guerre de Sécessîon. Maheureusement, depuîs, a guerre cîvîe a sévî aussî au Lîbérîa, aîssant derrîère
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ee des mîîers de morts et de bessés. Des gens choqués, déigurés, estropîés. — Qu’est devenue ta famîe pendant a guerre ? Is sont restés ? — Non, a guerre a contraînt mes parents à rentrer aux Etats-Unîs. J’étaîs petîte. Puîs îs sont partîs au Togo pour fonder une nouvee mîssîon. Icî, ’hôpîta et ’écoe ont été pîés et saccagés, maîs John Adams et moî avons tout reconstruît, peu à peu. I n’osaît pas îmagîner ’énergîe et e coût inancîer des travaux. — Pourquoî t’es-tu învestîe îcî ? Tu n’y as pas vraîment vécu, à part toute petîte. — Ce n’est pas parce que je n’y aî pas vécu que mes racînes ne se trouvent pas îcî. Mon ambîtîon est de es consoîder, ques que soîent es efforts à dépoyer. Le véhîcue raentît devant e bâtîment en cîment peînt de ’hôpîta. — Aons nous occuper du petît garçon, dît-ee en coupant e contact. Et, Trent… Ee se tourna vers uî et panta ses doux yeux verts dans es sîens. — Mercî d’être revenu. Je te promets que ce ne sera pas pour rîen.
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