Les Brumes armoricaines

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Dans la France d'après-guerre, la vie reprend dans la voie que chacun s'est choisie. Florian est devenu médecin dans un hôpital de Bretagne et sa femme Anne continue ses études pour devenir chirurgienne dans un grand hôpital parisien.

Ce couple qui vit désormais loin de l'autre sera-t-il assez fort pour résister à toutes les tentations ? Florian et la jolie infirmière Gaëlle. Marc, le chirurgien des armées, très sensible aux charmes d'Anne. Après Les Larmes océanes, le second roman de Gérard Le Bourbasquet, Les Brumes armoricaines, entraînera Florian vers son destin, loin de sa Bretagne natale, vers les rives du fleuve rouge, la rivière originelle se jetant dans le golfe du Tonkin.

* La Bretagne est mon pays !


Publié le : jeudi 18 février 2016
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EAN13 : 9782334055604
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ISBN numérique : 978-2-334-05558-1

 

© Edilivre, 2016

Les Brumes armoricaines

 

 

Fin octobre 1949, je pris quelques jours afin de rejoindre Anne à Paris. Je retrouvai la gare Montparnasse et son atmosphère. C’était la première fois que j’allai découvrir le petit meublé de la rue Truffaut.

Je montai les cinq étages pour être accueilli par la femme que j’aime.

Je sonnai à la porte qui s’ouvrit, deux bras m’enlacèrent un instant qui laissèrent place à un tendre baiser.

– Mon amour, comme je suis contente de te revoir.

– Moi aussi, cela me fait très plaisir de me rendre dans notre appartement.

– Je vais te faire visiter, c’est petit, mais je suis heureuse ici, sauf que tu me manques, surtout le soir quand je suis seule.

– A Vannes, le soir j’éprouve les mêmes sentiments que toi, en ce moment, notre vie est ainsi, cet effort que nous partageons, nous le devons à notre volonté de réussir et de récolter un jour le fruit de notre travail.

Cet appartement me rappela celui de Marie, je le visitai, mais mes pensées furent ailleurs, je me retrouvai quelques années en arrière.

Je ne dis rien à Anne, elle ne s’aperçut pas de mon trouble, mais dans mon corps j’étais mal.

Les images de mon passé défilaient à une vitesse folle dans ma tête, comme si j’allais quitter ce monde.

L’appartement était composé d’une salle à manger, d’une cuisine, d’une salle d’eau, d’un toilette et de deux chambres.

Anne avait bien fait les choses en prévoyant une chambre pour notre bébé.

Maintenant, je me sentais bien et j’appréciais le dîner préparé, composé de mes plats préférés.

Après le repas, je profitais du confort du canapé. Anne était venue s’asseoir sur mes genoux.

Le lieu était propice pour des câlins, nos mains cherchaient nos corps, caressaient et assouvissaient nos désirs.

Nous étions bien et nous commencions a nous endormir, il était l’heure de gagner notre lit.

Après sa toilette, Anne me rejoignit dans notre chambre, dans la lumière tamisée du lieu, ma petite amoureuse était nue sous sa chemise de nuit transparente.

Elle se blottit dans mes bras, je n’avais plus sommeil !

Je caressai son ventre comme on caresse les joues d’un enfant, ce fut pour nous deux un vrai moment de bonheur.

Dans ce cocon douillet, le sommeil eut raison de nous.

Je me réveillais le premier, le soleil était déjà levé et ses rayons avaient chassé l’obscurité de notre chambre.

Anne dormait toujours, je regardais la belle jeune femme qui partageait ma couche.

Le samedi, c’était le jour du marché couvert de la rue Cardinet, on pouvait mieux se ravitailler que pendant l’occupation. Les commerçants faisaient le maximum pour satisfaire leurs clients.

Nous marchions dans cette rue animée du XVIIe arrondissement en nous donnant la main comme nous le faisions à chaque fois qu’on se retrouvait.

Je me sentis bien auprès de la femme que j’aime, oubliant mes moments de solitude du pays vannetais.

Notre panier fut vite plein car Anne faisait ses courses pour la semaine. Le soir, elle disposait de très peu de temps à cause de son travail à l’hôpital Bichât.

L’appartement était situé à l’angle de la rue Truffaut et de la rue Cardinet.

Du balcon, nous avions vu sur le square des Batignolles. Les enfants profitaient de cet air d’espace et de jeux.

Après le déjeuner, le moment fut opportun de faire une promenade dans ce square.

Nous étions assis sur un banc et je pris la main d’Anne.

– Viens-tu parfois te promener dans ce square ?

– Oui, lorsqu’il fait beau, j’aime bien lire et je regarde jouer les enfants et les amoureux qui passent en se donnant la main.

– J’espère que vu ton joli minois, les hommes te laissent tranquille.

– Parfois certains me font la cour.

– Comment ?

– Ils s’assoient à côté de moi sur le banc, me proposent une cigarette, me parlent de la pluie et du beau temps.

– Ils te semblent sympathiques ?

– Oui, je leur dis que je suis un jeune médecin et ils me racontent tous leurs maux.

– Ils ne te demandent pas d’être auscultés ?

– Si, parfois en plaisantant.

Pour la cigarette, Anne ne fumait pas et je pense que pour le bébé c’était bien, pendant l’occupation, nous avions goûté à la cigarette et après le débarquement aux cigarettes américaines.

Je regardais ma femme, elle était très belle, les hommes tentaient leur chance pour la courtiser et je pense qu’Anne en avait l’habitude.

Je l’embrassai amoureusement en lui déclarant que je l’aimai.

N’oubliant pas le premier jour de notre rencontre, elle m’avait impressionné par sa beauté et par son intelligence, sa facilité à assimiler les cours dispensés par nos professeurs.

Marie était ma petite fiancée de jeunesse, mon premier amour, me retrouvant seul le soir dans ma chambre de l’hôpital Bichât, je l’avoue que souvent j’appréciais la compagnie d’Anne, auprès d’elle il me semblait vivre une autre histoire.

Dans mes soirées de solitude et de doute, il m’arrivait de vouloir franchir le pas et de déclarer ma flamme à celle qui ne semblait pas être une femme comme les autres, elle dégageait le fluide qui transporte les mots d’amours et qui bande l’arc de la flèche qui atteint notre cœur.

Marie a disparu dans les circonstances dramatiques que l’on connaît, je me suis retrouvé seul et perdu, notre destin fut commun.

En remontant le fil du temps, aurai-je résisté au charme d’Anne ?

Le lundi 24 octobre, j’accompagnais Anne à l’hôpital Bichât.

Je retrouvai mes anciens confrères, Solène et Charles les radiologues, je saluai le professeur Petit, les infirmières et infirmiers.

Ma petite femme était affectée au service des urgences et squattait la chambre mise à sa disposition.

Je pris aussi possession de cette chambre en attendant le déjeuner du midi à la cantine de l’hôpital.

Nous partagions le repas à la même table que nos amis radiologues.

– Florian, comment se passent tes journées à l’hôpital de Vannes ?

Me demanda Charles.

– Je suis souvent au service des urgences à donner les premiers soins aux patients qui arrivent. Je les accompagne aussi à la radio et selon le diagnostic, soit ils rentrent chez eux, soit ils sont hospitalisés.

C’est une bonne formation si un jour je veux m’établir. Et vous, j’ai appris que vous étiez mariés !

– Avec Solène, nous nous sommes mariés au mois d’août, en Sologne où se situe la maison de campagne de ses parents.

Je trouvais nos amis épanouis, en particulier Solène, la timide jeune fille qui s’était présentée à nous lorsque nous étions étudiants.

Je fus très content de retrouver nos amis et l’ensemble du personnel de l’hôpital.

Après le déjeuner, je me rendis dans la chambre mise à disposition d’Anne. Je me rappelai les premiers temps de notre rencontre en ce lieu, je n’oublierai jamais mes premiers regards portés sur la belle jeune fille, je détaillai le beau visage, la belle silhouette, homme et futur médecin, je me suis dit : « que cette fille est belle ».

Ce lundi 24 octobre, il y eut beaucoup d’urgences, Anne vint me rejoindre dans la chambre vers 18 heures.

Elle s’allongea sur le lit pour se reposer un peu. Je m’assis à côté d’elle, lui caressa la joue et lui déposa le plus doux des baisers.

Nous regagnâmes notre appartement de la rue Truffaut vers 19 heures 30.

Je préparai le dîner, Anne en profita pour faire sa toilette.

J’avais mis la table et attendais ma petite femme, elle apparut dans la nuisette qu’elle portait lors de notre voyage à Deauville.

Une nuisette assez courte découvrant un corps harmonieux que ma main remonta le long de sa cuisse.

S’ensuivit un petit câlin avant de passer à table.

Je n’oublierai pas mes premières nuits passées dans l’appartement de la rue Truffaut, j’étais de plus en plus amoureux et nous en garderons tous les deux des souvenirs inoubliables.

Je passai quelques jours à Paris et le vendredi 28 octobre, je pris le train pour la gare de Vannes.

Anne m’accompagna à la gare.

– Mon amour, je te laisse seule à Paris, prends bien soin de toi !

– Je te le promets, je prendrai soin de moi, mais je sais que tu me manqueras beaucoup et j’ai hâte de venir te rendre visite dans le courant du mois de novembre.

J’essaierai de te téléphoner à l’hôpital, j’appellerai le soir vers 18 heures 30.

C’est d’accord, j’attendrai ton appel.

– Au revoir mon amour.

Ma main lâcha la main d’Anne et je montai dans le train.

J’avais un pincement au cœur, un moment d’angoisse, j’étais habitué aux séparations, mais je ne savais toujours pas maîtriser ces désagréments.

Vers 17 heures j’arrivai à la gare de Vannes et je pris le volant de « Juva4 » pour gagner mon appartement de la place Gambetta.

Après avoir dîné et écouter la radio, je m’endormis profondément jusqu’au lendemain matin et heureux d’avoir rendu visite à ma femme.

Aujourd’hui, nous sommes samedi et je suis de permanence aux urgences de l’hôpital Chubert.

Je fais équipe avec une jeune infirmière prénommée Gaëlle, je m’entends bien avec elle et constatais pour son jeune âge un très grand professionnalisme.

Gaëlle était secrète et ne se confiait pas aux autres, par contre avec moi, nous avions des conversations qui sortaient souvent du cadre professionnel.

J’auscultais les patients en présence de Gaëlle qui me secondait bien vu son expérience du monde hospitalier.

A la fin de la journée, je lui proposais si cela lui ferait plaisir de venir m’accompagner dans un restaurant que je fréquentais assez souvent dans la banlieue de Vannes.

– Oui, docteur, après cette journée bien remplie, cela nous sera agréable.

– Bon ! très bien, mais appelez-moi Florian.

– C’est entendu Florian.

Je prenais la route vers la commune d’Arradon dans la banlieue de Vannes où se trouvait le restaurant.

Gaëlle était une jolie jeune fille brune aux yeux bleus, je revoyais en elle la silhouette de Marie, elle était assise à côté de moi et sa présence me troublait.

Je sentais ce parfum léger des jeunes demoiselles qui embaumait mon habitacle.

Gaëlle me parla de son travail à l’hôpital, de ses études d’infirmière qui se passèrent pendant l’occupation, mais ne faisait jamais allusion à sa vie privée.

Le restaurant se trouvait sur la place de la mairie, j’y avais dîné plusieurs fois en compagnie d’Anne.

Nous étions bien installés au fond de la salle, sur la table, une bougie diffusait son halo de lumière.

– Ça me fait plaisir Gaëlle que tu aies accepté mon invitation !

– Moi je suis contente de me trouver ici en ta compagnie.

– A l’hôpital, nous n’avons pas le temps de parler de nous, nos conversations sont toujours d’ordre professionnel.

– Oui, c’est toujours le cas.

– Parlez-moi de vous !

– Il est très rare que j’accepte l’invitation d’un homme.

– As-tu des raisons ?

– Oui, enfin une raison, cela c’est passé il y a quelque temps.

– Raconte-moi ce qui s’est passé.

– C’était pendant l’occupation, il n’y avait pas d’autocar pour rejoindre le domicile de mes parents.

A la tombée de la nuit au mois de novembre, je marchai le long de la route et une voiture s’arrêta, le conducteur me proposa de monter à bord de son véhicule. Ce monsieur d’une cinquantaine d’années était sympathique et j’acceptais la proposition.

– Que s’est-il passé ?

– Nous eûmes fait deux ou trois kilomètres, lorsqu’il posa sa main sur ma cuisse et la serra. Je retirai cette main et je lui demandai de me laisser tranquille.

A ce moment, il prit un petit chemin à droite de notre route, je fus terrorisée, la nuit étant tombée, il n’y eut que les phares qui éclairèrent l’endroit.

Il stoppa sa voiture et m’attrapa le bras, d’un bon j’ouvris la porte et je me retrouvai dehors.

Je courus à travers champs et l’homme me perdit dans la nuit.

J’observai de loin cette voiture arrêtée sur le chemin, quelques instants plus tard, le conducteur redémarra.

Je repris ma route et me cachai dans le fossé chaque fois qu’un véhicule passait.

Je suis arrivée très tard chez mes parents.

– As-tu prévenu tes parents ou les autorités ?

– Non, j’ai gardé tout ça pour moi !

– Il aurait fallu que tu en parles, il ne faut jamais garder pour soi ces choses-là.

– Tu es la première personne qui me libère de ce secret.

– Gaëlle, tu as eu raison de m’en parler, et j’en garderai le secret.

Notre premier rendez-vous dans ce restaurant fut troublé par les faits relatés par cette belle jeune femme devenue ce soir mon amie.

Je raccompagnais Gaëlle dans le studio qu’elle occupait dans l’enceinte de l’hôpital. Pendant le trajet du retour, elle me raconta son enfance à la ferme de ses parents, son parcours scolaire, son adolescence, elle était avec moi comme était ma sœur Émilie, me parlant sans tabou.

Dans la cour de l’hôpital, Gaëlle me dit au revoir et m’embrassa sur la joue.

Arrivé à mon appartement de la place Gambetta, avant de m’endormir, je lus assez tard car je ne trouvais pas le sommeil.

Aujourd’hui est une journée de repos, Gaëlle sut trouver les mots pour expliquer son agression.

Cette façon scélératesse qu’ont certains hommes vis-à-vis des femmes me consternait !

Dans la matinée, je fis un tour au marché pour acheter des légumes et de la charcuterie. A midi, je préparai mon repas et l’après-midi j’écrivis une lettre à Anne. Je ne fis aucune allusion de cette histoire, ma petite femme étant très sensible à ces choses-là.

L’après-midi, il se mit à pleuvoir et je continuai ma lecture du livre écrit par Louis Aragon.

« Le paysan de Paris ».

Le lundi matin, je pris mon service à l’hôpital et retrouvai Gaëlle dans sa tenue d’infirmière.

– Bonjour docteur.

– Bonjour mademoiselle.

– Avez-vous passé un bon dimanche ?

– Oui, malgré ce temps pluvieux.

A cet instant, nous ne fîmes aucune allusion à notre soirée passée ensemble le samedi.

– Mademoiselle, qui sera le premier patient ?

– C’est une jeune fille amenée par ses parents pour des douleurs au ventre.

– Faites entrer la patiente !

– Bien docteur.

– Bonjour mademoiselle.

– Bonjour.

– Où avez-vous mal ?

– Au ventre, de ce côté.

– Retirez votre jupe et monter sur la table.

Lorsque je palpe ce côté, avez-vous mal ?

– Oui, j’ai mal tout le temps.

– Levez votre jambe droite et laissez la tendue.

– J’ai un peu plus mal comme ça.

– Mademoiselle, vous nous faites une crise d’appendicite.

– Ah bon !

– Quel est votre prénom ?

– Hélène.

– Je vais prévenir vos parents et vous faire transférer dans le service de chirurgie.

Gaëlle, voulez-vous noter pour le service de chirurgie :

Examen d’une patiente âgée de 15 ans et présentant une douleur vive et paroxystique de la zone iliaque droite et irradiant les lombes au niveau de la racine de la cuisse droite.

Palpation normale de l’abdomen.

– Merci docteur, je transmets ce message à la chirurgie.

J’étais rentré tard chez moi et de ce fait, je n’avais pas pu téléphoner à Anne, j’essaierai demain soir.

La journée du mardi fut plus calme et vers 18 heures 30, j’appelai l’hôpital Bichât.

– Allô, Anne c’est Florian.

– Bonsoir mon amour, tu vas bien ?

– Oui, je voulais t’appeler hier soir, mais j’ai eu beaucoup d’urgences.

– Nous, c’est pareil, le matin au bloc et l’après-midi en consultation.

– A l’hôpital, je suis bien secondé par une jeune infirmière qui se prénomme Gaëlle.

– C’est un joli prénom !

– Et une jolie fille.

– Mon amour, je suis heureuse que tu travailles avec une jolie fille.

– J’ai eu de la chance dans ma vie d’être entouré de belles créatures.

– Fais-je partie de ce cercle ?

– Oui, mon amour pour toujours.

Notre conversation dura un bon moment avant que je libère la ligne.

A l’hôpital, mon affectation au service des urgences me plaisait, avec Gaëlle, nous formions un binôme compétent, j’étais le responsable de cette petite unité de soins et mon souhait était qu’Anne vienne nous rejoindre au plus vite.

Ma petite amoureuse se perfectionnait dans cet hôpital parisien et je savais que ses études seraient longues.

Pour moi, le principal était d’être bien entouré et j’appréciais chaque jour la présence de Gaëlle qui était devenue une amie.

Je ne doute pas qu’Anne, toute seule à Paris soit entourée de véritables amis. Je sais pertinemment qu’elle plaît aux hommes par son charme et son élégance.

A Vannes, il fallait que j’organise ma vie, mon travail, la visite à ma famille et la présence d’Anne de temps en temps.

A la fin de la semaine, je proposerai à Gaëlle de m’accompagner à une séance de cinéma.

Il va falloir que je consulte les programmes des cinémas du quartier.

Je prenais toujours des nouvelles de mes patients qui étaient hospitalisés et le mercredi en fin de journée, je passais rendre visite à la petite Hélène qui avait été opérée.

– Bonjour mademoiselle.

– Bonjour docteur.

– J’ai vu le chirurgien, votre opération c’est très bien passée !

– Oui, j’ai 8 agrafes au ventre.

– Vous allez les garder un peu plus de quinze jours et après, ce ne sera pour vous qu’un mauvais souvenir.

Bon, je vous laisse vous reposer et je passerai vous voir avant votre sortie.

La semaine passa très vite et le vendredi 4 novembre à la fin de la journée, j’invitai Gaëlle à m’accompagner à une séance de cinéma.

– Oui, Florian, ça me ferait plaisir d’aller au cinéma.

– Je te propose samedi soir, es-tu d’accord ?

– Ça me va.

– Je passerai te prendre vers 20 heures 30.

– C’est entendu.

– Sur Vannes, il y a deux films, « les dernières vacances », un film de Roger Leenhardt, c’est l’histoire d’un garçon qui passe ses vacances chez ses cousins et cousines.

Et dans l’autre salle, il joue « L’éternel Mirage », d’Ingmar Bergman, c’est une histoire d’amour, d’un ancien marin qui retrouve celle qu’il a aimée.

– Je préfère voir ce film.

Le samedi 5 novembre, j’écrivis une longue lettre à ma petite amoureuse et vers 20 heures 30 « Juva4 » entra dans la cour de l’hôpital.

– Bonsoir Gaëlle.

– Bonsoir Florian.

Un baiser se posa sur ma joue, je n’étais plus avec la belle infirmière mais avec une amie.

Je traversais la belle ville de Vannes pour me rendre à la salle de cinéma et devant le guichet, il y avait la queue et d’un geste amical, Gaëlle me donna le bras.

Je suis un homme et les hommes sont comme ça, ils ne sont pas insensibles à la beauté féminine et la séance commençait bien.

Installé dans de beaux fauteuils, le film débuta.

Un beau film sentimental et bien écrit tourné en 1948.

Gaëlle était près de moi, j’appréciais l’odeur que diffusait son doux parfum et j’étais satisfait de la voir heureuse.

La séance se termina vers 23 heures 30 et je raccompagnai mon amie dans l’enceinte de l’hôpital.

Je ne pus m’empêcher de caresser sa joue avant que nous nous séparions.

C’était une bonne soirée que nous avions passée, cela nous changeait de la routine quotidienne.

Le dimanche, je rendis visite à mes parents et partageai le repas du midi, j’aimai bien retrouver mes racines à la ferme du Châtelet.

Installé dans mon fauteuil de l’appartement de la place Gambetta, j’écoutai à la radio du jazz de la nouvelle Orléans. J’appréciai beaucoup cette musique afro-américaine vulgarisée chez nous surtout après la guerre.

Anne et moi partagions le même engouement pour cette musique.

Le lundi 7 novembre, le directeur de l’hôpital me fixa un rendez-vous pour le début de l’après-midi et j’étais étonné d’être reçu par lui.

– Bonjour docteur.

– Bonjour monsieur le directeur.

– J’ai provoqué cet entretien pour vous faire part de mes félicitations en ce qui concernent vos compétences et votre assiduité au service des urgences.

Je suis satisfait des soins que vous et Mlle Gaëlle apportés aux malades.

– Monsieur le directeur, nous faisons toujours le maximum pour les malades qui nous sont confiés.

– J’ai décidé l’attribution d’une prime exceptionnelle pour vous et Mlle Gaëlle que vous toucherez à la fin du mois.

– Merci monsieur le directeur.

C’était une bonne nouvelle que je m’empressai d’annoncer à Gaëlle.

– Docteur, nous formons une bonne équipe dans ce service et j’espère que nous travaillerons ensemble très longtemps.

– Mademoiselle, je le souhaite aussi.

– Il va falloir que l’on fête ça !

– Que voulez-vous dire !

– Allez au restaurant ou au cinéma, comme vous voudrez.

Venez avec moi ce soir prendre un verre et on en reparlera.

– C’est entendu, nous serons mieux pour en parler et faire le choix.

Les relations que j’avais avec Gaëlle au travail, n’étaient pas du tout les mêmes que celles que je m’étais instaurées au-dehors et je ne voulais pas mélanger les deux.

A l’hôpital, c’était mademoiselle et à l’extérieur Gaëlle.

A la fin de notre service, nous nous sommes rendus dans le café de la place de la Rabine que j’avais fréquenté avec Marie lorsque nous étions étudiants dans cette ville.

– Gaëlle que désires-tu boire ?

– J’ai envie d’un chocolat.

– Moi, je vais prendre un café.

– Florian, j’aime bien ce café avec la vue sur le port.

– Avec Anne, nous venons ici de temps en temps.

– Avez-vous une photo de votre femme ?

– Oui, j’ai une photo dans mon portefeuille.

– Que cette femme est jolie, vous en avez de la chance.

– Vous aussi Gaëlle, vous êtes très jolie et j’ai de la chance de sortir avec vous.

– Merci docteur, oh pardon Florian.

La jeune femme assise en face de moi, avec son beau visage et ses yeux bleus qui me fixaient avait paralysé mon regard.

Tout en moi était comme figé, j’appartenais au musé Grévin et je dus reprendre mes esprits.

– Gaëlle, préférez vous aller au cinéma ou au restaurant ?

– Pour cette fois, je préfère aller au cinéma, j’aime bien voir des films, l’ambiance des salles de cinéma, les fauteuils rouges, les lumières qui s’éteignent doucement et ta présence.

– Je crois que tu seras comblée.

La nuit était déjà tombée lorsque je raccompagnai la jeune infirmière à son studio de l’hôpital Chubert.

Je rentrai à mon domicile de la place Gambetta triste d’avoir abandonné Gaëlle.

Au cinéma de notre quartier il jouait : (La fille du diable, film réalisé par Henri Decoin, Lesdémons de l’aube, film d’Yves Allégret, Sérénade aux nuages, film d’André Cayatte).

Il faudra que l’on choisisse entre ces trois films.

Gaëlle aimait les séances de cinéma et moi le restaurant et de ce fait, il me vint une idée de partager nos désirs par l’invitation de Gaëlle dans un restaurant.

Allons d’abord au cinéma et une autre fois au restaurant, je pense que la jeune infirmière sera ravie par ma proposition.

Le mardi matin, j’arrivai de bonne heure au service des urgences voulant mettre de l’ordre dans mes dossiers.

Il était 8 heures lorsque Gaëlle arriva.

– Bonjour docteur.

– Bonjour mademoiselle.

– Ce matin, vous êtes de bonne heure.

– Oui, je voulais mettre à jour et de l’ordre dans tous les dossiers se trouvant sur mon bureau.

– Je vais me changer et j’arrive.

– Faites mademoiselle.

Les infirmières s’habillaient d’une tenue de couleur blanche et étaient coiffées d’un voile de couleur bleu marine, la tenue des aides-soignantes était de couleur bleu marine et coiffée d’un voile de même couleur.

Pour les médecins, la blouse blanche était la tenue de rigueur.

– Mademoiselle, faites entrer la première personne.

C’était un jeune homme d’une quinzaine d’années qui se plaignait de la cheville.

– Bonjour mon garçon, que vous arrive-t-’il ?

– Hier, j’ai joué au football et depuis, j’ai mal à la cheville.

– Je vais regarder ça, enlevé votre pantalon et monté sur la table.

– Oui, docteur.

– En effet, votre cheville est enflée, là ça vous fait mal ?

– Oui.

– Je vais prendre votre jambe et laisser-moi faire pour les mouvements, avez-vous mal ?

– Non.

– Mademoiselle, prenez une ordonnance pour noter la prescription.

A mettre trois fois par jour, crème antalgique et masser la zone douloureuse avec bandage de la cheville, plus des comprimés antidouleur.

– Jeune homme, vous pouvez vous rhabiller et je vous donne un arrêt de quinze jours.

Voilà et bon rétablissement.

– Au revoir docteur.

– Au revoir.

– Mademoiselle, il fallait que je vérifie aussi le genou, car dans certains cas, suite à un traumatisme, les ligaments croisés du genou peuvent avoir souffert.

– Docteur, avec vous, je bénéficie d’une bonne formation.

– Merci pour cette reconnaissance.

Dans cette unité de soins consacrés à l’urgence, je faisais le maximum pour soulager et guérir les patients. Je bénéficiai de la très bonne formation acquise à l’hôpital Bichât et je voulus en faire profiter Gaëlle de mon expérience, je dois dire que moi aussi chaque jour j’apprenais auprès de mes malades.

Je me rappelle encore ce que me disait notre vieux médecin de campagne.

« Florian, chaque jour tu apprendras, car chaque jour tu seras confronté à des pathologies différentes, tu acquerras le savoir qui fera de toi un bon médecin ».

Le samedi 12 novembre au matin, j’ai téléphoné à Anne pour prendre de ses nouvelles et surtout entendre sa voix déformée par le courant électromagnétique du téléphone.

– Bonjour ma chérie.

– Bonjour mon amour.

– Comment vas-tu ?

– Ça va, malgré ce temps d’automne.

– En Bretagne, il ne fait pas beau et nous avons beaucoup de vent.

– Je suis un peu fatiguée car cette nuit, j’ai assisté les chirurgiens pour une opération urgente.

– Quel genre ?

– Une péritonite pour un jeune homme.

– L’opération c’est elle bien passée ?

– Oui, parfaitement, il est sauvé.

– Et toi, comment vas-tu ?

– Ça va, ce soir je vais au cinéma en compagnie de Gaëlle.

– Tu as raison, j’espère que tu auras l’occasion de me présenter Gaëlle.

– Oui ma chérie, lorsque tu viendras en Bretagne.

– Je pense venir le 25 novembre, c’est un vendredi et je repartirai le mardi après-midi.

– Merveilleux, je suis impatient de te voir.

– Mon amour, je te laisse car je suis fatiguée.

– Au revoir mon amour, reposes-toi bien.

La ligne raccrocha.

J’avais prévenu Anne que le soir je sortirai en compagnie de Gaëlle pour assister à une séance de cinéma. Il était normal que j’informe ma femme que la belle jeune femme m’accompagnerait pour voir le film d’André Cayatte « Sérénade aux nuages ».

Le samedi matin, il y avait un marché pas trop loin de mon domicile et j’aimais faire un tour pour me ravitailler des bons produits de notre région.

Les fruits, les légumes, la viande et le poisson remplissaient souvent mon panier et j’étais tranquille pour la semaine par les provisions faites ce jour.

La séance de cinéma débutait à 21 heures, Gaëlle m’attendait dans la cour de l’hôpital, elle avait mis un corsage blanc et une jupe de couleur crème légèrement courte qui laissait apparaître de jolies jambes, c’était la première fois qu’elle se paraît de cette tenue.

– Bonsoir Florian, je suis contente de sortir avec toi ce soir.

Gaëlle m’embrassa, je fis de même et profita du parfum de jasmin déposé dans son cou.

Médecin et non voyeur, je profitais de la vue de sa jupe remontée sur le siège, cette assise semblait tout à fait naturelle à la belle jeune femme qui m’accompagnait.

La nuit commençait à tomber, il faisait froid et le vent soufflait, dehors les gens faisaient la queue devant les caisses d’entrées du cinéma.

Comme à son habitude, Gaëlle me donna le bras et me serra un peu plus que la première fois, que signifiait cette attitude, quel message voulait-elle m’adresser, ou bien avait-elle froid, il fallait que je découvre cette énigme.

L’éclairage de la salle s’assombrit et le film commença.

Je me rappelai ce qui s’était passé avec Juliette dans une salle du XVIIIe arrondissement de Paris.

L’attente peut-être angoissante ou merveilleuse et il fallait que je patiente.

Gaëlle était captivée par ce film, elle semblait être transportée au cœur de l’action et soudain sa main se posa sur le dos ma main.

Je sentais la douce chaleur de son corps par ce fil invisible et conducteur qui sait donner aux hommes les plus belles sensations.

Je regardais le film, je ne bougeais pas ma main de peur qu’elle enlève la sienne, mon amie était heureuse et je savourais le plaisir qu’elle me procurait.

A une autre scène du film, dans la pénombre de la salle, elle se pencha vers moi en me prenant le bras. Je sentais le souffle de sa respiration tout prêt.

A côté de moi, la jeune et belle infirmière n’existait plus, c’était la jeune et belle jeune femme qui m’accompagnait.

Le film terminé, nous marchions vers mon automobile, Gaëlle me donnait le bras, nous étions comme un vrai couple dans les rues désertes de la ville de Vannes.

Je démarrai la voiture, je roulai vers l’hôpital Chubert et je sentis la main de Gaëlle qui caressa mon cou.

Je ne disais rien, comment pouvais-je interpréter ce geste, de l’amitié certainement, de la tendresse peut-être, mais je savais que Gaëlle était heureuse.

Elle voulait aussi je pense me témoigner toute la confiance qu’elle avait en moi, elle avait su se libérer en me narrant sa triste aventure d’un soir, parlant sans occulter ces instants douloureux.

J’arrivais dans la cour de l’hôpital et le moment était venu de nous séparer.

– Voilà Gaëlle, j’espère que tu as passé une bonne soirée.

– C’était très bien et le film m’a plu.

– Repose-toi bien, car le lundi il y aura pas mal d’urgences.

– Oui, il est tard, autrement tu m’aurais fait plaisir de venir boire un verre.

– Si cela te dit, je peux venir demain après-midi.

– Ça marche pour demain.

– Vers 14 heures, es-tu d’accord ?

– Oui Florian, d’accord.

Gaëlle m’embrassa et rejoignit son studio.

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