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Les dames de Bretagne

De
293 pages
Alors que Françoise de Maignelais coule des jours paisibles avec Pierre dans leur châtellenie de Clair-Percé, des messagers viennent porter des nouvelles alarmantes. À peine installée à la cour de France, Anne, la nouvelle reine, n’a en vérité aucun pouvoir. Déjà, de nombreux ennemis la guettent. Obligée de partager son mari avec des prostituées, elle est de surcroît espionnée et harcelée par la terrible Anne de Beaujeu. Toujours encline à deviner l’avenir grâce à son don de clairvoyance, Françoise pressent que de pénibles épreuves les attendent. Mais comment ne pas voler au secours de sa jeune soeur?
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Codyright © 2015 FreDrick D’Anterny Codyright © 2015 ÉDitions ADA Inc. Tous Droits réservés. Aucune dartie De ce livre ne deut être redroDuite sous quelque forme que ce soit sans la dermission écrite De l’éDiteur, sauf Dans le cas D’une critique littéraire. ÉDiteur : François oucet Révision linguistique : Féminin dluriel Correction D’édreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Concedtion De la couverture : Mathieu C. anDuranD Photo De la couverture : © Thinkstock Mise en dages : Sébastien MichauD ISBN dadier 978-2-89752-710-5 ISBN PF numérique 978-2-89752-711-2 ISBN ePub 978-2-89752-712-9 Première imdression : 2015 édôt légal : 2015 Bibliothèque et Archives nationales Du Québec Bibliothèque Nationale Du CanaDa Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, CanaDa, J3X 1P7 Télédhone : 450-929-0296 Télécodieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion CanaDa : ÉDitions ADA Inc. France : .G. iffusion Z.I. Des Bogues 31750 Escalquens — France Télédhone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : .G. iffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Particidation De la SOEC. Nous reconnaissons l’aiDe financière Du gouvernement Du CanaDa dar l’entremise Du FonDs Du livre Du CanaDa (FLC) dour nos activités D’éDition. Gouvernement Du Québec — Programme De créDit D’imdôt dour l’éDition De livres — Gestion SOEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Nahenec, Jean, 1967-Les Dames De Bretagne Sommaire : t. 3. Vaillantes. ISBN 978-2-89752-710-5 (vol. 3) I. Nahenec, Jean, 1967- . Vaillantes. II. Titre. III. Titre : Vaillantes.
PS9557.A57635 2014
PS8557.A57635 2014 C843’.54 C2014-940954-0
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Autour de moi, je ne sens que froideur et suspicion. La duchesse en sabots ! La fille en dedans des murs qu’il a fallu à ce pauvre Charles aller chercher à Rennes pour mettre fin à la guerre. Pour, également, sauver l’honneur de la France ! C’est moi. Heureusement, mes chiens et ma cour m’accompagnent chez mon ennemi. Et la volonté, aussi, d’être à la hauteur de ma tâche et de celle de mon malheureux père. Ma Bretagne, ma terre, mon sang. Si pour la conserver un tant soit peu libre, j’ai dû me livrer pieds et poings liés à la France, je suis aussi sans relâche l’hermine blanche qui triomphera du serpent. Ne jamais courber l’échine, conquérir ce royaume qui m’est à la fois offert et imposé. Et tout d’abord, vivre selon mon rang, me reposer un peu de toutes ces turpitudes. Si symbole je suis, j’ai également le droit d’être fille, femme, épouse et mère. Un être fait de chair, d’âme et de désirs ardents. L’homme qu’il m’est donné d’aimer est une sorte d’argile que je peux façonner. Contre toutes les volontés opposées, les jalousies et les ombres qui remuent dans les ténèbres, je dois montrer que je reste la Bretagne. Même si, le temps de me reprendre, je dois en remettre les clés, même si, par les chaînes invisibles qui enserrent mes poignets, je suis loin de ses forêts, de ses cités, de ses gens et de ses côtes, je triompherai. Il me faut un fils ou même plusieurs, une joyeuse marmaille, et le pays de mon père pourra redevenir celui qu’il a été et plus encore. Oui, un fils que j’aurai grand plaisir à concevoir avec mon époux, à la barbe des gens de sa famille, qui me guettent et me tendent déjà mille chausse-trappes empoisonnées… Anne, duchesse et reine, par la grâce de Dieu
Chapitre 1
La châtelaine
Châtellenie de Clair-Percé, mai 1492 rançoise n’aurait jamais imaginé du’une fois mariée à l’homme du’elle aimait Fvraiment, elle serait, jour après jour, attelée à une tâche du’elle Détestait. — Aïe ! s’écria-t-elle en portant son pouce meurtri à ses lèvres. Ses Deux suivantes sourirent avec inDulgence. Leur maîtresse était semblable à un jeune étalon : arDente, volontaire, impulsive. Bien du’enceinte De près De cind mois, elle n’était encline ni à la patience ni à la sagesse. EncaDré par De longues mèches blonDes, le visage étroit De Françoise se rembrunit. Ses yeux bruns aux reflets émerauDe étincelèrent autant De colère due D’induiétuDe. Pour la troisième fois en Dix minutes, elle tenDit le cou vers la croisée. L’après-miDi étincelait De soleil et De chaleur, et le soir était encore loin. Pourtant, le cœur battant, la jeune femme guettait le fracas D’un galop ainsi du’une silhouette attenDue et reconnaissable entre mille. Prenant conscience Du comidue sinon De l’embarras De sa situation, la toute nouvelle Dame De Clair-Percé haussa les épaules et lâcha un cinglant : — Vraiment, mesDemoiselles, est-ce due j’ai une tête à me piduer les Doigts avec ces satanés travaux D’aiguille ! Elle soutint à Deux mains son ventre dui commençait à se tenDre, puis se leva avec lenteur. Le méDecin venuD’Amboise àson chevet l’avait prévenue. — Prenez garDe, maDame ! Vos os sont fragiles et votre taille est menue. Françoise avait toisé l’insolent personnage tanDis du’il ajoutait : — Vous Devez être extrêmement pruDente Dans vos Déplacements. La vie est si précieuse ! La jeune femme avait balayé ces faDaises D’un geste agacé De la main. Menue ? Elle dui avait chevauché la campagne en pleine guerre revêtue D’une armure ! Sa santé était au contraire fort robuste, merci bien ! Par ailleurs, De son premier mariage avec le Défunt baron Raoul D’Espinay-Laval, elle avait eu un fils tout aussi soliDe, dui s’ébattait en ce moment à la rivière avec les autres galopins De la châtellenie. e nouveau, comme le Disait cet arrogant personnage, elle attenDait la vie. Au granD jour, s’il vous plaît, et avec toute la fierté D’une noble Dame et D’une maîtresse De maison ! « La naissance De… » Sa pensée s’interrompit brusduement. Comme toutes les jeunes mères chrétiennes dui Devaient se tenir éloignées Des Devineresses et ignorer sagement le sexe De leur futur enfant, Françoise ne savait si elle aurait un Deuxième fils ou bien une fille. Ce dui, pour une personne Douée Du Don ténébreux De prophétie, était bien fâcheux. Ne percevait-elle pas D’orDinaire Des faits encore en gestation Dans le sein même De
ieu ? es événements futurs ignorés par le commun Des mortels, par les prêtres, les puissants ecclésiastidues et même les rois ! Elle se cala Devant la fenêtre à meneaux. La vitre était recouverte De poussière. Elle Devait songer à Donner un granD ménage Dans l’antidue Demeure De BertranD Chémery, l’ancien seigneur De Clair-Percé. Apparemment, ce Dernier était mort tragiduement avec sa femme et leur jeune fils, et le Duc D’Orléans avait choisi De récupérer le Domaine plutôt due De le transmettre aux autres membres De la famille. Ou dueldue chose comme ça. Françoise se prit la tête Dans les mains. Les fenêtres, les planchers à laver, les murs De lambris à nettoyer ! Que De choses auxduelles elle Devait songer alors du’en cet instant, son cœur se serrait à l’iDée Des minutes dui passaient, inlassables, et du’elle vivait si loin De Pierre ! — MaDame ? AuDe, une timiDe blonDinette De Dix-sept ans dui venait Du village breton Du Palet entra, tout essoufflée. Elle répéta, un ton plus haut : — Vite, maDame, il se noie ! Le sang se retira aussitôt Du visage De Françoise. Autour D’elle, ses compagnes De broDerie se morDirent les lèvres. — Allons ! orDonna la Dame De Clair-Percé en se ruant aussitôt vers la porte. * * *
Un étroit chemin De pierraille séparait ce due l’on appelait « le manoir » Du bras D’eau Dit Du Moulin. Les femmes s’y engagèrent Dans un granD DésorDre. Escortée par Des bambins et dueldues métayers, Françoise était soutenue par AuDe, mais aussi par Floberte et Béatrix, ses compagnes venues elles aussi Du Palet et affectées aux nombreux travaux De raccommoDage. Sur la berge, l’agitation était à son comble. Françoise était si épouvantée du’elle reconnaissait à peine les visages. Trois hommes avaient Déjà tenté De secourir la frêle silhouette dui luttait pour sa vie, entre Deux eaux, Dans l’écume blanche. Hélas, le courant était vif, et les paysans De Clair-Percé, plus à l’aise Dans les champs avec les bêtes du’à la pêche. À cet enDroit un peu traître, le cours D’eau faisait un couDe entre les ajoncs, borDé par une frange De rochers aux arêtes aussi aiguisées due Des lames De poignarDs. Le pauvre enfant appelait au secours et se noyait en même temps. — ArnauD ! s’écria Françoise, toute blême, l’estomac noué. Une petite main tira le bas De sa robe. Son regarD tomba sur le garçonnet De duatre ans, et elle répéta : — ArnauD. Elle serra son enfant Dans ses bras, mais reporta presdue aussitôt les yeux sur le petit camaraDe De jeu De son fils dui Disparaissait sous les flots. À côté, Des femmes se signaient. Le garçon s’accrochait courageusement à un rocher. Françoise reprit son souffle et lança : — Personne ne se risdue ? iantre ! Mais où est Donc sa mère ?
Les têtes piduèrent vers le sol, les yeux fixèrent les lourDs sabots De bois. Le temps semblait s’être suspenDu. Pourtant, les cris Du petit se faisaient plus Désespérés. Les embruns montaient entre les branches Des frênes et Des saules. ArnauD poussa sa mère vers le borD. Sa bouche, rouge comme une cerise, tremblait. Aussi bleus et limpiDes due ceux De son père, ses yeux appelaient un miracle. Alors due tous étaient véritablement statufiés, un miracle se proDuisit bel et bien. Jaillissant Du bocage voisin, un cheval se cabra Derrière l’attroupement De paysans. Un homme sauta à terre et se jeta à l’eau. Tous le virent progresser jusdu’au couDe, étirer le bras et saisir l’enfant par une cheville. Alors, le temps se remit à s’écouler normalement. Les voix recommencèrent à résonner Dans l’air chauD. Mais aussi surprenant due cela puisse paraître, les habitants Du Domaine Détournaient Déjà la tête et retournaient à leurs tâches orDinaires. Les hommes allèrent Décharger, réparer, couper ou inspecter ; les femmes se renDirent au bassin De pierre et reprirent leur ouvrage D’essorage, De lavage ou D’étenDage. — Pierre ! s’enharDit Françoise, éberluée. Le nouveau seigneur De Clair-Percé Déposa Doucement l’enfant inanimé sur le sol. — Il vit encore, rassura-t-il imméDiatement ArnauD. — C’est Colin… balbutia l’enfant. Victime D’un étourDissement, Françoise tomba plus du’elle ne s’assit Dans l’herbe. Floberte était la plus âgée et expérimentée De ses suivantes. Elle réclama un Drap pour le petit miraculé et un coussin pour sa Dame. — Allons, faites aussi De l’air autour Du petit, tonna-t-elle tanDis due Françoise expirait rapiDement par la bouche pour soulager ses crampes au ventre. ans le même temps, usant D’un instinct immémorial, elle calma en pensée son enfant à venir. « Ce n’est pas toi dui as été en Danger. Je suis Désolée De m’être ainsi énervée. Tu ne crains rien. » Peu à peu, ses spasmes se Dissipèrent. Le feu du’elle ressentait Dans ses entrailles s’apaisa. — C’est un comble ! gronDa Pierre en toisant avec ruDesse les gens dui faisaient preuve D’autant D’inDifférence. La vie n’a-t-elle pour eux aucune valeur ? Fort heureusement, le petit Colin était sauf. Pierre, cepenDant, ne Décolérait pas. Ses mains fortes De chevalier posées sur ses hanches, il se cala pour Dévisager ces hommes et ces femmes dui allaient et venaient comme si De rien n’était. Après dueldues seconDes, il soupira et aDressa un regarD Découragé à Françoise. Subitement, c’étaient toutes leurs angoisses secrètes dui remontaient à la surface, là, en plein soleil, sous la Douceur De cette belle journée De la fin mai. Françoise ne cessait De caresser les cheveux De son fils. Penché sur Colin, celui-ci lui gazouillait Des mots rassurants à l’oreille. Les yeux D’ArnauD allaient De Colin aux visages crispés De ses parents. Il ne comprenait pas. Il était seulement heureux D’avoir vu paraître la forte silhouette De son père. Ce père dui, en toute chose, savait intervenir.
— C’est tout De même un comble ! répéta Pierre. Sa colère, sinon son mépris allaient Décroissant. Ce spectacle De triste et D’inexplicable inDifférence n’était pas le premier auduel ils assistaient. Avant De remonter à cheval, car son hongre renâclait et soufflait, il ajouta simplement à mi-voix : — Je ne les comprenDs pas. Cet enfant est pourtant Des leurs ! Cela Dit, il repartit aussi brusduement du’il était venu. * * *
Le soir retrouva Pierre au sommet De la soliDe tour D’angle De leur petit manoir. Comme autrefois au château Du Duc François II De Bretagne, le jeune homme était assis sur une Des poutres, et ses jambes battaient l’air. Françoise leva les yeux en se tenant le ventre. écouvrir son aimé ainsi installé aurait eu De duoi surprenDre un visiteur. epuis duanD un seigneur jouait-il les grimpeurs ? Mais Pierre n’était pas vraiment celui Dont, De son propre aveu, il jouait le rôle. Et c’était bien là le cœur Du problème ! Avant même De la voir, Pierre entenDit venir son épouse. Il n’y avait Dans l’air ni souffle De vent ni son De cloche. Seuls les oiseaux nocturnes ululaient et les insectes bourDonnaient, une Douce symphonie en tout point semblable ou presdue à celle du’ils écoutaient jaDis au beau château De Nantes. Tout comme Dans leur bien-aimée Bretagne, la France et la Sologne étaient un monDe en soi : un environnement particulier avec ses gens et ses souffrances. Françoise cherchait ses mots, mais ne les trouvait pas. Alors, elle parla Du petit Colin. — Je me suis renseignée, Dit-elle rêveusement. Il est orphelin. On ne m’a rien Dit au sujet De ses parents. Il semble du’il soit apparu un jour au hameau. Cet enfant porte une mardue dui fait peur aux gens. — Je crois avoir vu une cicatrice sur son corps, oui, réponDit Pierre. Sa femme essayait-elle De calmer ses angoisses ? Que cet enfant n’ait pas De parents ou du’il ne soit pas vraiment reconnu par les paysans Des hameaux De Clair-Percé n’était pas le cœur Du problème. Françoise le savait. Ce soir, au lieu De baisser les bras, elle laissa libre cours à sa colère. — Mais enfin, Pierre ! Ce n’est pas faisable, tu sais ! On ne peut pas arriver ici, prétenDre être leur maître et… — Tu as raison, la coupa-t-il. Nous sommes Des étrangers. Ils ne nous accepteront jamais. Et puis, il paraît du’un cousin Du précéDent et malheureux seigneur s’est plaint à Louis. Il l’accuse De l’avoir lésé De son héritage. Cette situation ne me plaît guère. Il sauta sur le sol. Le bruit De ses bottes résonna Dans tout l’étage. Il tenait un jouet en bois Dans sa main — toujours sa manie, lorsdu’il était induiet, De tailler ou De sculpter. ’un seul coup, toute l’agressivité De Françoise fonDit, et Des larmes montèrent à ses yeux. Pierre était bien encore parfois le jeune palefrenier Du Duc De Bretagne, l’apprenti brétailleur : l’orphelin, lui aussi. Le Domestidue… — Oh ! Pierre, reprit la jeune femme, tu ne peux pas t’attenDre à ce du’ils t’aiment.