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Les dramaturges femmes dans l’Espagne contemporaine
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54246-4 EAN : 9782296542464
Emmanuelle Garnier Les dramaturges femmes dans l’Espagne contemporaine Le tragique au féminin L’Harmattan
Univers Théâtral Collection dirigée par Anne-Marie Green  On parle souvent de « crise de théâtre », pourtant le théâtre est un secteur culturel contemporain vivant qui provoque interrogation et réflexion. La collectionUnivers Théâtralest créée pour donner la parole à tous ceux qui produisent des études tant d’analyse que de synthèse concernant le domaine théâtral. Ainsi la collectionUnivers Théâtral entend proposer un panorama de la recherche actuelle et promouvoir la diversité des approches et des méthodes. Les lecteurs pourront cerner au plus près les différents aspects qui construisent l’ensemble des faits théâtraux contemporains ou historiquement marqués.Dernières parutions Françoise HEULOT-PETIT,?,L’altérité absente Dramaturgie de la pièce monologuée contemporaine, 2011.Françoise QUILLET,Le théâtre s’écrit aussi en Asie(Inde, Chine, Japon),2011.Salah EL GHARBI,Yasmina Reza ou le théâtre des paradoxes, 2010.Marjorie SCHÖNE,Les figures géométriques et arithmétiques dans le théâtre d’Eugène Ionesco, 2009.Jean VERDEIL,L’acteur et son public. Petite histoire d’une étrange relation, 2009. Stina PALM,Bernard-Marie Koltès, vers une éthique de l’imagination, 2009. e Romuald FÉRET,Théâtre et pouvoir au XIX siècle. L’exemple de la Seine-et-Oise et de la Seine-et-Marne, 2009. Johannes LANDIS,Le théâtre d’Henry Bernstein, 2009. Daniela PESLIN,Le théâtre des nations, une aventure théâtrale à redécouvrir, 2009. Isabelle BARBERIS,Philippe Adrien, un théâtre du rêve éveillé, 2009. Colette DERIGNY,Jean-Paul Farré. Le monde burlesque d’un homme de théâtre, 2008.
Table des matières INTRODUCTION........................................................................................................... 9 I.LE TRAGIQUE HISTORIQUE DE LAFFRONTEMENT.................................... 21 1. La violence de genre Como si fuera esta noche, de Gracia Morales ;Pared...... 25, de Itziar Pascual 2. La condition sociale au cœur du néolibéralisme : Un horizonte amarillo en los ojos, de Gracia Morales ;Y los peces salieron a combatir contra los hombres, de Angélica Liddell ........................................... 38 3. Le diktat du politique El gat negre45, de Lluïsa Cunillé ....................................................................... 4. Le poids de l’HistoireUn lugar estratégico, de Gracia Morales ;Père Lachaise, de Itziar Pascual . 50
II.LE TRAGIQUE EXISTENTIEL..........................................................................95... 1. Affronter la mort Pullusde Beth Escudé................................................................................... 60 2. La peur de la solitude Libraciónde Lluïsa Cunillé ;Memoria fotográficade Beth Escudé ............. 68 3. L’incommunicabilitéDotze treballsde Lluïsa Cunillé ;Jaulade Itziar Pascual............................ 81 4. Le difficile héritage de la mémoire Memoriade Yolanda Pallín ;Interrupciones en el suministro eléctricode Gracia Morales ........................................................................................................... 94 5. L’absence de projectiondans l’avenirPapelde Gracia Morales ;Rodeo108de Lluïsa Cunillé................................. 6. Une insupportable liberté El aniversario................................................................... 120de Lluïsa Cunillé III.AU-DELA DU TRAGIQUE:«LE REMEDE ET LA PROTECTION DE LART»........................................................................................................................ 129 1. Des personnages peu individués.................................................................. 131 2. La (dés)organisation de la fiction................................................................. 157 a. La sagesse tragique du cycle............................................................. 158 b. La liberté du rhizome ....................................................................... 166 c. Un binaire redéfini ............................................................................ 172 3. Les langages du tragique ............................................................................... 175 7
a. Une parole dramatique cloisonnée ................................................. 176 b. Pour un « théâtre pauvre »............................................................... 214 c. Le langage poétique comme dépassement tragique..................... 217 CONCLUSION............................................................................................................ 231 BIBLIOGRAPHIE....................................................................................................... 234
1 « Le tragique est impensable, et nous avons pourtant à le penser. » Michel Maffesoli Introduction Qu’il s’agisse de contextes sociaux, politiques ou artistiques, dire que les femmes occidentales de la période dite « moderne» n’eurent guère de place dans le concert des voix masculines relève du truisme. L’activité littéraire et le spectacle n’échappèrent pas à cette vérité: dans ce domaine, comme dans d’autres, le masculin dominant produisait les conditions de sa propre conservation et, par tous les moyens, maintenait le féminin dans la marginalité. En Espagne, les anthologies du théâtre moderne ne comptent qu’une proportion extrêmement réduite de textes écrits par des femmes. Parmi les motifs avancés par les historiens pour expliquer ce silence des femmes espagnoles dans le répertoire dramatique moderne, figurentcôtés de aux l’autoprotection du pouvoir masculin dominant –l’absence de généalogie féminine, et donc de modèles suceptibles d’être suivis, ainsi que l’influence de facteurs sociologiques tels que le poids de la morale bourgeoise et 2 l’analphabétisme accru dans une population féminine alors pluri-marginalisée . Et pourtant, du fond de ce mutisme auquel furent historiquement condamnées les femmes espagnoles, s’étaient élevées de nombreuses voix 3 dramatiques fémininesque l’Histoire intellectuelle, artistique et sociale de l’Espagne n’avait, à l’époque, pas considérées comme des éléments constitutifs de son identité. Depuis l’avènement de son régime démocratique, l’Espagne a ressenti successivement la nécessité, tout d’abord, d’exhumer les œuvres féminines que l’historiographie dominante avait trop rapidemententerrées ; puis, de créer des structures fondées sur la discrimination positive des femmes, afin que leurs travaux puissent être menés à l’abri d’une domination masculine toujours 9
menaçante; enfin, de favoriser la production d’une critique solide et continue qui permette une approche qualitative des œuvres sorties de l’oubli, ainsi qu’une meilleure évaluation de celles que l’histoire n’avait pas tout à fait éclipsées.C’est ainsi que de récents travaux permirent de mettre au jour une e e 4 imposante production féminine entre le XV et le XX siècles . Le catalogue de la Asociación de Directores de Escena (ADE), intituléAutoras en la historia del 5 teatro español(4 vol.), répertorie un très grand nombre d’auteures dramatiques, et la dramaturge Itziar Pascual rappelle que pour la seule période 1975-2000, 6 311 auteures de théâtre furent inventoriées . Après avoir montré qu’une production féminine avait bien existé, et qu’elle était absente du patrimoine théâtral espagnol, il était important d’analyser les raisons qui avaient conduit à une telle marginalisation du 7 féminin, afin d’éviter que l’histoire ne se répète. C’est ainsi qu’apparut, en 8 Espagne, la nécessité d’implanter un système de «quidiscrimination positive » excluait le masculin de certains espaces d’analyse et de production dramatique. Des associations constituées exclusivement de femmes virent alors le jour, telles 9 que la Asociación de Dramaturgas Españolas en 1987 , le Teatro de las 10 11 Sorámbulas en 1992 (Alicante), le Projecte Vaca en 1998 (Barcelone), le 12 13 collectif des Marías Guerreras en 2001 (Madrid), les Dones en Art en 2005 (Valence). Elles ont pour objet essentiel de rendre plus accessible aux femmes actuelles le marché de la mise en scène, l’investissement des théâtres, des festivals, et de favoriser la diffusion de leurs œuvres. Ce passage «stimulant, 14 amer et nécessaire » (pour détourner une formule de Ernesto Caballero ) par la discrimination positive, pour actuel qu’il soit, n’est pourtant pas une novation propre à la communauté des femmes dramaturges de l’ère post-franquiste. Dès les années 1920, en effet, des associations, des résidences, des syndicats de femmes avaient vu le jour en Espagne, reconnus, pour certains, comme des foyers d’innovation culturelle et littéraire (on pense en particulier à laResidencia de Señoritas, fondée en 1915, à laAsociación Nacional de Mujeres Españolas, etc.). En matière de création dramatique, on compte aujourd’hui un nombre considérable d’associations de femmes, sur tout le territoire espagnol, 15 notamment celles de Malaga, Grenade, Barcelone, Valence et Madrid . Parallèlement, un certain nombre d’initiatives, basées également sur la discrimination positive, permit récemment de mettre en lumière la production des femmes jusqu’alors restée dans l’ombre. Des prix dramatiques réservés aux dramaturges femmes furent ainsi lancés : le prix María Teresa León, impulsé en 16 1994 par la ADE (Asociación de Directores de Escena), avec édition à la clé ; le prix Teatre Casandra, initié en 1985 par María-José Ragué-Arias. Simultanément, des événements furent montés, en particulier des festivals ou des rencontres, tel l’Encuentro de Mujeres Creadoras Iberoamericanas, conçu
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