Les écrits

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Liam Carlier est un jeune homme à l'avenir incertain jusqu'à ce que sa défunte mère lui laisse un héritage insolite. Une lettre va le mener vers une quête haletante sur fond de destins croisés. De Paris à Dublin, en passant par Bangkok, en cherchant à connaître davantage sa mère, il va finir par se découvrir lui-même...
Publié le : lundi 2 mars 2015
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EAN13 : 9791026201519
Nombre de pages : non-communiqué
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Marie D.

Les écrits

 


 

© Marie D., 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0151-9

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"Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous."

Paul Eluard

 

- PROLOGUE –

 

 

Dublin...

"Alors ? Qu'en penses-tu ?

- J'adore ! C'est génial ! Je l'ai lu d'une traite. C'est super bien écrit ! Ta mère avait raison, tu es douée. Et il est placé en tête des gondoles des romans étrangers à Eason1...

- Je ne m'attendais pas à un tel succès, c'est fantastique !

- Je suis vraiment heureuse pour toi ...

- Pour nous tu veux dire ! Hors de question de m'attribuer cette réussite à moi toute seule ! On y est tous pour quelque chose...

- Ok ok, si tu y tiens... Et on fêtera ça la semaine prochaine quand tu seras là...

- Et comment !

- Tiens voilà ton frère, je te le passe... "

 

 

 

 

- PREMIÈRE PARTIE -
LIAM, TROIS ANS PLUS TÔT...

 

 

- CHAPITRE UN - LA LETTRE –

 

Humm... Quelle heure est-il ? ... 8h30... 8h30 !! C'est pas vrai ! Le réveil n'a pas sonné... et je suis à la bourre... d'au moins deux heures !... Où sont mes fringues ? Pas le temps de prendre une douche, ni de me raser... Pas le temps pour un café ?... Ah si, un café !

Je n'aurais jamais dû suivre Juju hier soir. Cette beuverie était une très mauvaise idée... Mal aux cheveux là... Sauf que les beuveries me font du bien en ce moment, elles me font oublier mes idées noires... avant de revenir me tarauder au petit matin... On ne m'y reprendrait plus.

Le costume d'hier fera l'affaire... le même que le jour d'avant d'ailleurs. De toute façon, ils ne remarqueront rien au bureau.

8h45. Je trace. Choper le prochain RER jusqu'à Châtelet...

Hou ! J'ai une haleine de chacal ! Le brossage de dents était en option ce matin... Éviter d'embrasser Mélanie... l'éviter elle tout court.

10h00. Bureau. Une heure et demie de retard et plus de crédit sur mon téléphone pour prévenir... Ceci dit, personne n'avait pris la peine de m'appeler non plus. J'aurais pu, entre hier et aujourd'hui, passer sous une rame de train, me faire renverser par une voiture, décider de mettre fin à mes jours en me jetant de la tour Eiffel, me faire assassiner sauvagement par une maîtresse qui ne se serait jamais remise de notre rupture... Mouais... Bref, personne n'avait pris la peine de m'appeler en s'inquiétant de mon retard. J'étais, aux yeux de mes collègues, inintéressant, transparent, minable... Et j'allais finir sous une petite motte de terre ornée d'une plaque discrète sur laquelle on lira : "Liam... comment déjà ?".

Pointage, ouverture des portes automatiques, je me dirige vers l'ascenseur sans même saluer l'agent de sécurité que je trouve particulièrement antipathique. J'entre dans la boîte métallique à taille humaine et presse le troisième bouton.

Finalement, j'ose presque espérer que Mélanie s'y faufile avant la fermeture des portes, l'imaginant vêtue d'un tailleur mini jupe, de bas et de porte-jarretelles affriolants. Ouais, finalement, ce matin, j'aimerais me laisser aller à une douce enfilade avec Mélanie...

"Oh oh oh oh oh en apesanteeeuuurr2..." Houlà, j'ai des restes de la soirée d'hier...

Ding ! Troisième étage. Monsieur Liam Carlier, votre mission, si vous l'acceptez, est de longer le couloir dans la plus grande discrétion, pénétrer dans votre bureau et feindre de bosser sur un dossier de la plus haute importance.

"Bonjour Monsieur Carlier... Alors ? On a eu une panne de réveil ?"

Votre mission, Monsieur Carlier, si vous aviez suivi les consignes plus scrupuleusement, aurait été de longer le couloir et... d'éviter le boss.

"Heu... Bonjour Monsieur Bodin... Oui. Je suis désolé.

- Écoutez Monsieur Carlier, vu les circonstances, je vais fermer les yeux mais veillez à ce que cela ne se reproduise plus.

- Oui Monsieur Bodin."

Les circonstances... Je suppose qu'il faisait allusion à la mort de ma mère. Ça faisait quatre semaines et trois jours. Mon patron avait pitié de moi, voilà où on en était.

Mon bureau était devenu Verdun3depuis que j'étais revenu de mes cinq jours "de convalescence" ... Un bordel matériel et psychologique qui sabotait mon travail. J'avais même failli faire perdre l'un des plus gros clients de la société. Bodin avait rattrapé le coup... Trop fort Bodin ! Et il n'avait pas osé me virer... "vu les circonstances".

J'ai autant envie de bosser que de me faire arracher une dent... Je ne suis plus à une minute près de toute façon. Je commence donc cette journée de travail productive en ouvrant un bon gros dossier de derrière les fagots, THE file, the biggest one4... j'ai nommé le Spider Solitaire5. Mais attention ! Le top level6, celui à quatre couleurs... dont je suis venu à bout deux ou trois fois en un an d'entraînement intensif.

"Toc toc..."

Mélanie affectionnait les onomatopées... un truc de filles peut-être. Son "toc toc" montre qu'elle est dans la place... même si elle n'a pas besoin de faire ça pour qu'on la remarque. Mélanie, mon doux fantasme, là, dans l'encadrement de la porte, une apparition divine, très belle comme à l'accoutumée. Tailleur pantalon, chemisier vaporeux d'une couleur vieux rose, légèrement transparent, sous lequel on peut aisément deviner un soutien-gorge à dentelles et balconnets qui me fait déjà un petit effet au niveau de l'entrejambe.

"Salut Mélanie.

- Salut Liam... Alors ? T'as balancé ton réveil contre le mur ce matin ?

- On peut dire ça...

- Une soirée chaude ?...

- Je n'dirais pas ça... une murge entre potes... trop arrosée pour lever quoique ce soit...

- Ah..."

Aurais-je perçu un petit air satisfait en saisissant que ce n'était pas une partie de jambes en l'air qui m'avait cloué au polochon ?

"Heu Liam... Ça te dirait qu'on sorte un de ces soirs ?... Ça fait longtemps..."

La relation que Mélanie et moi entretenions se qualifiait d'histoire de fesses occasionnelle. Depuis un an, depuis le jour où j'avais mis les pieds dans cette boîte, elle et moi avions ressenti une attirance difficilement contrôlable et purement physique. Fut un temps où j'aurais aimé que nos ébats sexuels émanent sur une histoire plus sérieuse, durable... une vraie relation amoureuse quoi... Cesser immédiatement de penser comme une meuf... Mélanie n'était pas le genre de femme à s'engager. Et là, c'était elle qui portait le slibard. Trop ambitieuse, trop éprise de liberté et de réussite professionnelle pour s'encombrer d'un fardeau masculin et de mioches. Et Mélanie était une bombasse, une femme fatale à laquelle il était difficile de ne pas succomber. Une longue chevelure blonde, des yeux d'un bleu Mer des Caraïbes, des lèvres pulpeuses juste comme il faut, un bon 90C à vue d'œil, une taille fine, un cul d'enfer, des jambes interminables toujours fraîchement épilées... et un parfum enivrant de fleur de vigne qu'elle répandait sur son passage comme une traînée de poudre.

Sa question me laisse perplexe. Elle me fait du rentre dedans ou j'hallucine ! Ce : "Ça te dirait qu'on sorte un de ces soirs ?" sonne dans mon cerveau de mâle comme : "Et si on baisait ?". Et le "Ça fait longtemps" ne fait que confirmer ma position de mâle face à une femelle en rut.

"Heu... Ouais, pourquoi pas...

- T'as quelque chose de prévu ce soir ?"

Ah oui ! Ça urge !... En rut ? Que dis-je ? Elle est chaude bouillante !

"Ce soir ? Heu... ouais."

Bzzzz, bzzzz, bzzzz...

"Excuse-moi Mélanie, c'est mon père, je dois répondre.

- Ok."

Et je vois mon doux rêve s'éclipser dans un nuage de son odeur planante... Y'a pas à dire, elle est vraiment bonne...

"Salut papa !

- Salut mon grand ! Ça va ? Je ne te dérange pas ?

- Non pas du tout." (Je mens) "Ça va et toi ?

- On fait aller..."

Bien sûr, toujours les circonstances.

"Tu viens dîner à la maison ce soir ?

- Ce soir ?" (Et merde !) "Heu oui.

- Sept heures et demi ça te va ?

- Ok."

Papa m'invite à dîner, impossible de refuser. Je suis sur un coup là mais non. Trop peur qu'il se mette une corde autour du cou ou qu'il ingurgite volontairement une dose massive de somnifères si je refuse. Bon, Mélanie...

"Toc toc..."

Cette fois-ci, c'est à mon tour de me prendre pour une bulle de bande dessinée ambulante...

"Liam ?...

- Heu... Mélanie, pour ce soir, ça va pas être possible... le padre7a besoin de moi tu comprends ?

- Je comprends. Une autre fois...

- Ouais..."

Quand elle veut, demain, après-demain, lundi prochain...

"À plus." Achève t'elle.

Gentille façon de me dire : "C'est tout pour le moment" ou "Tu peux disposer maintenant..." et peut-être te taper une veuve main en passant par les toilettes pour hommes... Pff.

Où en étais-je ? Ah oui ! Le Spider Solitaire !... Encore perdu... "Souhaitez-vous recommencer cette partie ?" ... Non ! Une nouvelle !

17h30. L'araignée avait eu raison de moi, performance toute aussi désastreuse à Freecell8, épluchage succinct de trois ou quatre dossiers, quelques coups de fil et mâchouillage d'un crayon de bois jusqu'à la mine. Fin de journée de travail, je sors, il pleut comme vache qui pisse... Next step9 : douche à l'appart' et je file chez papa.

19h30. Je suis ponctuel. Je frappe à la porte d'entrée et l'ouvre en même temps. J'ai toujours été chez moi chez mes parents... sauf que je ne suis plus vraiment chez mes parents, je suis chez mon père. Il vient à ma rencontre et m'embrasse.

"Bonsoir mon grand.

- Bonsoir papa."

J'emboîte son pas pour entrer dans le salon. Une photo du mariage de mes parents orne le buffet et une autre, un portrait de maman, est posée sur le linteau de la cheminée. Elle était belle, gracieuse. Elle avait la particularité d'avoir la couleur de ses yeux assortie à celle de ses cheveux qui étaient auburn. Les traits de son visage étaient fins et son sourire, d'une extrême douceur. Le soir, quand j'étais petit, elle passait des heures à fredonner des chansons jusqu'à ce que je m'endorme. Elle ne connaissait pas de berceuse ou les trouvait ridicules, alors, elle puisait dans des classiques... "Aimer à perdre la raison10", "L'aigle noir11"... Et elle me tenait la main. Parfois, maman et papa m'ouvraient leur lit quand mes nuits étaient saccadées. Léonie n'avait pas eu ce privilège par la suite. Il ne fallait pas commettre les mêmes erreurs avec le deuxième. Et maman m'aimait tant... tout comme je l'aimais.

"Léo n'est pas là ?

- Non, elle est à Milan cette semaine.

- Ah oui c'est vrai, j'avais oublié. "

Ma petite sœur était en passe de devenir une styliste de renom. Grâce à son talent et son audace, elle s'attirait toutes les fashion victims12 et travaillait aujourd'hui pour un grand magazine, ce qui lui permettait de voyager, de prendre du bon temps et là, il semblerait qu'elle soit amoureuse.

"Que veux-tu boire ?"

Hou ! Pas sûr de vouloir ingurgiter quoique ce soit là.

"Un jus d'orange si tu en as..."

Papa me tend un verre de jus d'orange, se sert un whisky bien dosé et prend place sur le canapé à côté du fauteuil dans lequel je suis assis.

"Alors ? Comment se passe ton travail ?" Reprend-il.

"Ça peut aller, je n'ai pas à me plaindre. Et toi ? Tes journées ?

- Beaucoup de jardinage, surtout en ce moment. J'ai planté des rosiers aujourd'hui et j'ai mis des géraniums sur le balcon aussi... j'espère que la flotte ne va pas les ratatiner."

J'entends ce que papa me dit mais n'ayant aucun lien de parenté avec Tistou13 les pouces verts, ces notions de "fleuristerie" me laissent quelque peu indifférent. Papa, lui, avait toujours eu la main verte.Dès l'arrivée du printemps, il s'attelait à de multiples plantations de manière à ce que le jardin regorge de variétés de végétaux, fruits et légumes, plantes diverses et surtout de fleurs... des fuchsias, des rosiers, des tulipes, des jonquilles, du muguet... Il passait les samedis après-midi à faire en sorte que le semblant de pelouse soit ras. Et les dimanches, on partait à la pêche en famille. L'automne, on s'adonnait à la cueillette des champignons dans les bois avec en option, quelques leçons de braconnage. Mais ça, c'était avant.

J'ai de l'admiration pour mon père. C'est un homme sain, un véritable amoureux de la nature, très attaché aussi aux valeurs humaines, un vrai gentil. Et il était fou amoureux de maman.

"J'ai fait du lapin.

- Très bien. Tu l'as chopé où celui-là ?

- Au marché ce matin. Je n'ai plus l'âge de courir dans les ronces.

- Dis pas de bêtises, t'es frais comme un gardon.

- Pas vraiment non."

Et il a raison. Je ne reconnais plus mon père depuis que maman l'a, nous a quittés. Il avait été anéanti par la douleur et le chagrin. Et il décrépit au fil des semaines. Je vois bien qu'il fait semblant de s'en sortir, tout n'est que fausseté, il est en train de mourir à petit feu lui aussi.

"À table.

- Super, j'ai faim et j'ai très envie de goûter le lapin du marché."

Dîner plutôt silencieux, néanmoins ponctués de banalités sur la pluie et le beau temps, les nouvelles des oncles, des tantes, des cousins...

"Je suis allé chez le notaire aujourd'hui.

- Ah ?

- La succession pour ta sœur et toi devrait être conclue dans une semaine."

Que dire ? L'idée d'hériter de mes parents ne m'avait jamais effleuré l'esprit jusqu'à ce que papa l'évoque. Et maman avait bien planifié les choses. De notre naissance à sa mort, elle avait mis de l'argent de côté tous les mois. Et Dieu sait si elle avait eu besoin de ce pécule.

Mais elle voulait nous assurer un avenir dénué d'importantes difficultés financières. Donc, Léonie et moi héritions chacun d'une somme d'environ trente mille euros, un cadeau tombé du ciel qui allait largement combler mon découvert.

Mes parents s'étaient rencontrés en Irlande et y avaient vécu quelques années. À la suite de leur séjour au pays des Leprechauns14, ils avaient élu domicile dans un logement à loyer modéré d'une coquette banlieue parisienne qui nous avait vu grandir Léo et moi. Et ils profitaient des résidences secondaires des grands-parents pour nous offrir de vraies vacances. Ils n'étaient pas riches mais nous étions heureux.

"Tu sais Liam, si je t'ai demandé de venir ce soir, c'est parce que ta mère t'a laissé quelque chose...

- Ah bon ? Quoi ?

- Une lettre.

- Une lettre ?

- Oui. Je ne l'ai pas lue. Elle est pour toi."

Je regarde mon père se lever, se diriger vers le buffet pour en ouvrir le tiroir du milieu et en sortir une enveloppe épaisse sur laquelle est écrit d'une écriture harmonieuse que je reconnais d'entre mille : "Pour Liam, mon fils chéri."

Soudain, Mes mains sont emprises d'une grande fébrilité lorsque je saisis l'enveloppe. Réaliser que ma mère m'avait écrit cette lettre avant de mourir la faisait ressusciter et allait la faire mourir une seconde fois. J'ignore si je suis en mesure de le supporter. Mais bien évidemment, je vais lire cette lettre, très certainement ce soir parce que oui, malgré la douleur que cet acte va engendrer, je ressens le besoin de la faire revivre, ne serait-ce que quelques minutes.

Séquence émotion pour cette fin de soirée.

Papa et moi nous embrassons et je repars sous une pluie battante sans même regarder si les rosiers avaient flanché sous les trombes d'eau, étant trop préoccupé par la lettre.

23h30. Chez moi. Ce soir, cette nuit, pas question de biture avec mon meilleur pote ou d'une câlinerie torride avec ma collègue de bureau. Non, ce soir, je rencarde ma mère.

Mais je ne veux pas non plus me précipiter. J'enfile d'abord une tenue confortable, un bas de survêtement usé que j'étrenne depuis plus de dix ans et un tee-shirt du même siècle. Je me verse une bonne rasade d'une bouteille de Château Margaux15 dénichée dans la cave de papa... Fameux... J'allume la lampe de chevet qui orne une petite table à côté de mon vieux clic-clac et je m'empare de l'enveloppe que je décachette de mes doigts tremblotants.

Rien qu'en dépliant le précieux document, elle me réapparaît... avec ses cheveux flamboyants dans la lumière du soleil, son regard tendre, son doux sourire, sa robe rouge à fleurs et... ses carnets d'écriture.

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