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Les esprits amers

De
235 pages
Ce sont les Années folles, et San Francisco est le nid d’accueil du commerce de l’alcool illégal, de la lubricité et de la magie noire. La région de la baie couverte de brume peut se révéler être une scène enivrante, particulièrement si les esprits constituent votre spécialité… Aida Palmer donne un spectacle de médium spirite sur la scène du Gris-Gris, l’illustre bar clandestin du quartier chinois de San Francisco. Toutefois, sa capacité à faire venir (et renvoyer) les morts est plus qu’un simple numéro.Winter Magnusson est un contrebandier connu qui est plus à l’aise avec les revolvers qu’avec les fantômes. Malheureusement pour lui, il est la récente cible d’un sort malveillant qui fait de lui un aimant à fantômes. Après que l’assistance surnaturelle d’Aida eut été retenue pour bannir les revenants, son aura refroidie par la présence des esprits s’enfamme sous un autre type de sort, déployé par le charmant contrebandier…À la recherche du sorcier responsable de la malédiction, Aida et Winter deviennent grisés par la passion. Et plus ils se rapprochent l’un de l’autre, plus ils prennent conscience qu’ils ont chacun leurs propres démons à exorciser…
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Copyright©2013JennBnnett Titre original anglais : Bitter Spirits opyright © 2016 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cuse Companyette publication est publiée en accord avec Penguin Random H Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Douc t Traduction : Noémi Grenier Révision linguistique: Féminin pluriel rrection d’épreuves : Nancy Coulombe, Catherine Vallée-Dumas, Audrey Faulkner Conception de la couverture : Aleta Rafton Montage de la couverture : Mathieu C. Dandurand Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud papier 978-2-89767-020-7 PDF numérique 978-2-89767-021-4 ISBNePub 978-2-89767-022-1 Première impression : 2016 Dépô légal : 2016 et Archives nationales du Québec BibliothèqueNationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 phone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide fi ancière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pournos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publicatio de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Bennett, Jenn [Bitter Spirits. Français] Les esprits amers (Un roman des années folles ; 1) Traduction de : Bitter Spirits. ISBN 978-2-89767-020-7 I. Grenier, Noémie. II. Titre. III. Titre : Bitter Spirits. Français. PS3602.E494B5714 2016 813’.6 C2015-942217-5
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Hantés par l’amour dès le premier regard
Aida se concentra et l’obligea à partir. L’électricité statique crépita au bout de ses doigts. Lorsque le froid quitta la pièce, Aida sut que le fantôme était parti. Elle envisagea de faire semblant de s’évanouir, mais elle se dit que ce serait exagéré. Elle laissa plutôt ses épaules s’affaisser lourdement, comme s’il allait lui falloir des jours à se remettre. Une respiration légèrement haletante couronnait le spectacle. — Votre souffle a disparu. Elle entrouvrit un œil et trouva le manteau du géant devant elle. En se redressant lentement, elle vit le manteau défiler, des kilomètres d’étoffe noire, avant de poser le regard sur le nœud de sa cravate. Il lui était un peu ennuyant de devoir pencher la tête vers l’arrière pour voir son visage. Mais de près, elle aperçut une anomalie qu’elle n’avait pas remarquée jusqu’alors : quelque chose de différent, au sujet de l’œil et de la cicatrice. Il valait mieux découvrir qui était cet homme avant de le questionner à ce sujet. — Aida Palmer, annonça-t-elle en tendant la main. L’homme examina la main offerte un moment, puis son regard glissa le long du bras d’Aida, s’élevant jusqu’à son visage, comme s’il essayait de décider s’il attraperait la peste en la touchant. Et sa grande main gantée, chaude et ferme, avala la sienne. À travers le mince cuir noir, elle sentit un agréable picotement lui chatouiller la peau. Une sensation inattendue et étrangère qui n’avait rien à voir avec l’électricité statique d’un fantôme.
Au fantôme de Mary Ellen Pleasant
Remerciements
Je ne pourrais exercer mon métier sans mon agente extraordinaire, Laura Bradford, qui ne s’impatiente jamais ni ne lève les yeux au ciel lorsque je lui lance (souvent) mes idées littéraires insensées. Je suis également extrêmement reconnaissante envers ma nouvelle réviseure, Leis Pederson, qui non seulement comprend ma voix, mais la défend aussi avec grâce et positivisme. Un grand merci à la talentueuse Aleta Rafton pour sa magnifique illustration de couverture, et à toute l’équipe de Penguin qui travaille sans relâche dans l’arrière-scène. Je tiens à remercier Ashley Diestel du Palace Hotel pour son aide dans la recherche d’archives, le journalSan Francisco Chronicle, la Bancroft Library de l’Université Berkeley, le Swedish Club of San Francisco et les nombreuses personnes qui ont répondu à mes questions au sujet de l’histoire (souvent douloureuse) du quartier chinois, en particulier Philip Choy. Je lève mon chapeau à Stacey Luce, qui m’a fourni la carte des années vingt de San Francisco. Toute mon affection à la fabuleuse Sandy Williams et à mes merveilleuses lectrices critiques : Miriam Blackmon, Cat Lauria et Katie Morley. Un merci spécial à Annika Einarsson (qui a corrigé mon suédois défaillant) et à Daphne Yeung (qui m’a appris à jurer, trinquer et remercier en cantonais et grâce à qui je me suis éprise de Hong Kong). Et je ne pourrais jamais remercier assez mon mari (colossalement créatif) ; ses idées ingénieuses pour venir à bout des problèmes narratifs sont toujours meilleures que les miennes. Toujours. Enfin, je tiens à exprimer ma gratitude immense envers tous les libraires et bibliothécaires qui offrent mes livres, les blogueurs qui écrivent sur mes récits et les lecteurs qui les lisent.
Chapitre 1
North Beach (San Francisco), 2 juin 1927
Les doigts tendus d’Aida Palmer agrippèrent le médaillon d’or pendu à son cou au moment où le tramway s’arrêta près de Gris-Gris. Il était presque minuit, et Velma l’avait fait venir au bar clandestin de North Beach même si c’était son soir de congé. Sans lui donner d’explications, elle lui avait demandé de venir immédiatement. Un millier de raisons possibles tournoyaient dans la tête d’Aida. Aucune d’elles n’était positive. — Eh bien ! Sam, marmonna-t-elle au médaillon, je crois que j’ai peut-être fait une bêtise. Si tu étais ici, tu me dirais probablement d’y faire face, alors, advienne que pourra. Elle posa un petit baiser sur le bijou, puis descendit sur le trottoir. L’entrée de la ruelle était bloquée par une luxueuse limousine de couleur foncée et quelques Ford T entourées d’hommes, aussi Aida se dirigea-t-elle vers l’autre côté de l’immeuble. Les commérages et la fumée de cigarette flottaient sous les lampadaires enveloppés du brouillard frais de l’été. Elle endura les regards curieux des noceurs nocturnes et arpenta le trottoir en pente, longeant une longue file de gens qui attendaient de pouvoir entrer dans le bar. Cachées de la rue, trois affiches garnissaient le corridor aux murs de briques qui menait à l’entrée du bar, chacune d’elle étant éclairée par une guirlande d’ampoules rondes. Les deux premières affiches annonçaient un quartette de jazz en vogue et une troupe d’acrobates chinois. La troisièmeprésentait le portrait peint d’une brunette entourée de spectres livides.
VOYEZDEVOSYEUXDESESPRITSMYSTÉRIEUXÀGLACERLESANG! MADAMEAIDAPALMER,LACÉLÈBREMÉDIUM,FAITVENIRLESESPRITSDELAU-DELÀPARLATRANSE, RÉUNISSANTLESMEMBRESDUPUBLICAVECLEURSPROCHESDÉFUNTS. LESCLIENTSSOUHAITANTPARTICIPERDOIVENTAPPORTERUNMEMENTOMORI.
L’un des hommes se tenant près de l’affiche leva la tête vers Aida lorsqu’elle passa à côté de lui, un souvenir flou troublant son regard. Peut-être avait-il assisté à son spectacle… Peut-être avait-il été trop saoul pour s’en souvenir. Elle lui offrit un sourire pincé, puis s’approcha de l’entrée grillagée du cabaret. — Pardon, s’excusa-t-elle au couple en tête de la file, puis elle monta sur le bout des pieds pour jeter un coup d’œil à l’intérieur à travers une petite fenêtre. L’un des portiers lui rendit son regard. — Bonsoir, mademoiselle Palmer. — Bonsoir. Velma m’a appelée. Une lumière chaude et cuivrée et un chœur d’acclamations l’attirèrent à l’intérieur. — L’allée est bloquée, nota-t-elle lorsque la porte se referma derrière elle. Vous savez ce qui se passe ? — Aucune idée. Il y a peut-être un problème, répondit le premier portier. Un deuxième portier entreprit de préciser la situation jusqu’à ce qu’il remarque que le directeur du bar, Daniels, lui lançait un regard d’avertissement tout en s’adressant à une paire de durs à cuire. Les yeux du directeur trouvèrent ceux d’Aida ; d’un signe de tête, il lui fit signe de monter. Merveilleux. Il y avait effectivement un problème.
Aida laissa les portiers et traversa le hall bondé. Au bout, une voûte béante ouvrait sur la salle principale du cabaret. L’orchestre de la maison s’échauffait sous le bourdonnement des conversations et le tintement des verres tandis qu’Aida se dirigeait tout droit vers une deuxième porte éloignée de la foule. Gris-Gris était l’un des plus grands bars clandestins qui acceptaient aussi bien les Noirs que les Blancs de la ville. Les règles sociales concernant la race et le statut socio-économique y étaient ignorées. Quiconque achetait une carte de membre y était bienvenu, et les clients dînaient et dansaient avec qui bon leur semblait. Comme pour de nombreux autres divertissements de scène, les services d’Aida n’étaient réservés que jusqu’au début de juillet. Elle travaillait maintenant ici depuis un mois et elle était plutôt satisfaite. C’était beaucoup plus charmant que la plupart des trous de l’est dans lesquels elle avait travaillé, et dire que la propriétaire appréciait ses compétences était un euphémisme. Velma Toussaint faisait certainement jaser ses employés. Les gens l’étiquetaient de sorcière 1 ou de magicienne, ce qu’elle était, et prétendaient qu’elle pratiquait lehoodoo, ce qu’elle faisait. Mais ce qui alimentait réellement les cancans, c’était une vérité toute simple : la société polie ne savait tout simplement pas comment agir en présence d’une femme qui dirigeait à elle seule une entreprise prospère, sinon illicite. Malgré tout, Velma jouait son rôle jusqu’au bout, et Aida admirait n’importe quelle femme qui n’avait pas peur de défier les conventions. Même si c’était un soulagement de travailler pour quelqu’un qui croyait réellement en ses talents, pour Aida, tout ce qui comptait vraiment, c’était d’avoir un emploi. Elle avait besoin de ce boulot. Et à ce moment, elle croisait les doigts dans l’espoir que le « problème » qui l’attendait n’était pas assez grave pour qu’on la mette à la porte. Un client qui s’était montré particulièrement mécontent au spectacle de la veille la préoccupait. Ce n’était pas sa faute s’il n’avait pas aimé le message que sa défunte sœur lui avait apporté de l’au-delà, et comment Aida était-elle censée savoir que l’homme était un sénateur de l’État ? Si elle avait su qu’il préférait le numéro d’un charlatan au lieu de la vérité, elle aurait obtempéré à son souhait. Elle grimpa l’escalier de service en maugréant, puis suivit un couloir étroit menant aux bureaux administratifs du bar. Le bureau avant, où était habituellement assise la jeune fille responsable de la paperasse de Velma, était noir et vide. Au moment où Aida traversa la pièce, son souffle s’exhala hâtivement de sa bouche comme une bouffée hivernale blanche. Un fantôme. Elle s’approcha prudemment du bureau principal. La porte était entrebâillée. Elle hésita, puis tendit l’oreille vers un méli-mélo de mots étrangers qui ruisselaient de la pièce, prononcés tout bas par une voix masculine grave. Au-delà du nuage de son souffle froid, elle aperçut une femme coiffée de peignes chinois traditionnels desquels pendaient des cordons de billes rouges. Ses pieds nus dépassaient sous sa robe de nuit ultrafine. Elle se tenait derrière un homme très large à la tête foncée, qui portait un long manteau et regardait au travers d’une grande fenêtre donnant sur la pièce principale du cabaret. Le souffle froid d’Aida lui indiquait que l’un d’eux était un fantôme. Cette prise de conscience était remarquable, car Aida n’avait rencontré qu’un seul fantôme dans le club depuis qu’elle avait commencé ce travail. C’était un menuisier qui avait subi une crise de cœur en construisant la scène et qui était mort plusieurs années avant que Velma n’ait pris possession de Gris-Gris. Aida l’avait exorcisé sur-le-champ. Selon son expérience, les fantômes ne bougeaient pas beaucoup ; ils restaient attachés à la scène de leur mort. Par conséquent, à moins que quelqu’un soit mort dans le bureau de Velma pendant la soirée, aucun fantôme ne devait s’y trouver.