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Prologue

— Ne vous inquiétez pas, monsieur Tucker, c’est presque terminé.

Assis à côté de son avocate dans la salle d’audience, Randall Tucker se sentait désespérément seul, même si les bancs derrière eux étaient pleins à craquer.

Il espérait de toutes ses forces qu’elle disait vrai.

Jamais en trente-deux ans d’existence il n’avait vécu une expérience aussi bouleversante, aussi terrifiante, ou aussi douloureuse.

— Ils ne peuvent pas vous condamner en l’absence de cadavre, dit-elle, pour la énième fois depuis la minute où il l’avait engagée. Lorsque le jury reviendra, vous verrez.

Lorsque le jury reviendra…

En tout cas, ses membres prenaient leur temps. Ils avaient délibéré toute la journée, et chaque minute lui avait semblé durer une éternité.

« Malgré tout, cela se terminera bien. Ils ne peuvent pas mettre un innocent en prison. La vérité et la justice triompheront. »

— Je ne l’ai jamais touchée, dit-il.

C’était ce qu’il répétait sur tous les tons depuis la disparition de sa femme, mais personne n’avait l’air de s’en soucier.

Son avocate lui adressa un sourire confiant.

— Vous serez chez vous avec votre fils dans quelques heures.

Sans doute. Mais leur vie ne serait plus jamais la même. Sans Andréa pour s’occuper de Landon, il y aurait inévitablement des ajustements à faire.

La porte s’ouvrit, et la peur saisit Randall à la gorge tandis que les membres du jury pénétraient solennellement dans la salle et regagnaient leur place.

Le premier juré, un homme assez grand aux tempes dégarnies, resta debout.

— Etes-vous parvenus à un verdict ? demanda le juge.

— Oui, monsieur le Président.

— Voulez-vous nous le lire ?

L’homme parcourut la salle d’un regard nerveux puis reporta son attention sur le papier qu’il tenait à la main.

— Le jury déclare l’accusé, Randall C. Tucker…

Il s’éclaircit la gorge et adressa un regard hésitant au juge, qui lui fit signe de continuer.

— … coupable de meurtre au premier degré.

Coupable ?

La sentence atteignit Tucker comme un coup de poing à l’estomac et le laissa quelques instants sonné.

Il ne pouvait plus respirer, ne pouvait plus faire un geste. Son cœur lui-même semblait s’être arrêté de battre.

— Mais je suis innocent, protesta-t-il.

Ou peut-être le crut-il seulement.

Quelqu’un hurlait dans sa tête, couvrant le chaos qui régnait dans la salle, étouffant les paroles de réconfort de son avocate, effaçant tout sauf le souvenir de la promesse qu’il avait faite à Landon.

« Je ne te quitterai pas, fiston. Je n’irai nulle part, je t’en donne ma parole. »

Le juge, dont la voix s’était jusqu’alors fondue dans une lointaine rumeur, évoqua la possibilité de faire appel. Puis Randall fut entraîné sans ménagement hors de la salle d’audience.

Il passa les jours suivants dans un état second, prisonnier d’un cauchemar dont il lui semblait qu’il ne se réveillerait jamais.

Lorsqu’il fut de nouveau confronté au juge Forrester, le subtil dédain qu’il avait déjà ressenti à son endroit durant toute la durée du procès se fit flagrant, surtout quand il remarqua avec un rictus écœuré que la société était décidément tombée bien bas si des hommes qui avaient aussi brillamment réussi que lui se mettaient à assassiner leur femme de sang-froid.

Puis il lui demanda de révéler aux autorités où il avait caché le corps d’Andréa pour que sa famille et ses amis puissent enfin faire leur deuil.

Il ajouta encore qu’il regrettait amèrement de ne pouvoir appliquer la peine de mort dans ce cas particulier.

Enfin, il prononça les mots qui résonneraient longtemps dans l’esprit et dans l’âme de Randall.

— Je condamne par conséquent le défendeur, Randall C. Tucker, à une peine de prison à vie.

1

« Oh, bon sang, encore une bagarre ! »

Gabrielle Hadley ferma rapidement le robinet du lavabo et attrapa une serviette en papier pour s’essuyer les mains.

De l’autre côté de la porte, ce qui avait commencé par quelques cris disséminés se transformait rapidement en un rugissement ininterrompu qui se propageait à travers toute la prison.

C’était un son qu’elle connaissait bien. Et qui l’emplissait d’une peur bleue.

— Ce n’est pas possible ! gémit-elle. Et dire que je ne suis là que depuis trois jours !

La gorge nouée par l’angoisse, elle jeta la serviette dans la corbeille et quitta la minuscule salle de repos réservée aux gardiens. Pause déjeuner ou pas, elle devait aller prêter mainforte à ses collègues.

Un pour Un
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