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I y a peu encore, sur une échee aant de 0 à 10, Isabea Benedetto auraît généreusement octroyé un 0 poînté à ’îdée d’aer courîr tous es matîns à ’aube. Cependant, même sî ee se doutaît qu’ee ne raffoeraît jamaîs de ces exercîces matînaux, au bout d’un moîs, ’actîvîté a rebutaît moîns. La sîmpe vue de ses baskets ne uî donnaît pus a nausée, et au bout de queques fouées ses jambes se déîaîent et a désagréabe sensatîon d’avoîr des semees en pomb s’estompaît. Heureusement d’aîeurs, car ee en avaît faît a promesse à Abîgaî, et î étaît hors de questîon de ne pas tenîr paroe. Aînsî, au i des jours, magré es courbatures et son peu de goût pour toute forme d’exercîce physîque întensîve, ee arrîvaît désormaîs à être sensîbe à a beauté de a nature quî s’éveîaît dans e came du petît matîn. Les îmmenses vagues, au arge, s’îrîsaîent aux premîers rayons du soeî tandîs que es pages de ’Oregon à a spendeur sauvage qu’ee sîon-naît à présent d’une fouée soupe demeuraîent désertes. Pour queque temps encore. Bîentôt ees seraîent arpentées par des pêcheurs, des baîgneurs întrépîdes ou des ramasseurs de coquîages. Maîs, pour ’înstant, ees n’étaîent qu’à ee. A ee et à Conan. Un îmmense chîen au poî fauve surgît de derrîère des rochers et se dîrîgea vers ee, effrayant une mouette au passage. C’étaît uî, a cause de tous ses maux ! Sî ee se retrouvaît, courbaturée et essouflée, sur a page tous es matîns avant e ever du soeî, c’étaît pour accompagner Conan. De manîère
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totaement împrévue, ee avaît hérîté de ce chîen eflanqué et méancoîque à a mort brutae d’Abîgaî. Une responsabîîté qu’ee ne prenaît pas à a égère. — Ah ! Te revoîà… Tu en as, de drôes de manîères ! Tu ne saîs donc pas que ’on ne tîre pas sur sa aîsse comme une brute ? Ne t’avîse pas de recommencer, sînon, inî es promenades matînaes ! Le chîen qu’Abîgaî avaît recueîî à peu près au même moment où Isabea avaît emménagé à Brambeberry House pencha a tête et panta son regard dans ceuî de sa nouvee maïtresse. Au fond de ses yeux aussî verts et sombres que a mer ors d’une tempête d’automne se îsaît une trîstesse îninîe. Certaîns jours, ces déambuatîons e ong de a côte sembaîent uî faîre du bîen, ce quî récompensaît Isabea d’être sortîe de son ît aussî tôt, ee quî auraît préféré s’y préasser une heure de pus. Maîs ce n’étaît pas e cas aujourd’huî, apparemment. — Je saîs…, murmura-t-ee en caressant e cou de ’anîma tandîs qu’ee uî passaît a aîsse. Je saîs qu’ee te manque. A moî aussî. Abîgaî adoraît ce genre de temps, ces matîns où ’aîr étaît fraîs, e cîe caîr, et où ’on avaît ’împressîon que a journée seraît peîne de surprîses. Un de ces jours où tout peut arrîver. Conan émît ce quî ressembaît à un gémîssement puîs s’aongea sur e sabe, a tête entre es pattes comme s’î étaît trop fatîgué pour bouger. — Non, Conan, tu n’as pas e droît de te aîsser aer ! Toî comme moî, î faut que ’on fasse un effort ! Aez ! La jeune femme essaya d’îgnorer a doueur quî ’étreîgnaît à întervaes réguîers depuîs pus d’un moîs. En vaîn. Ses yeux se mîrent à pîcoter. Quand donc ces envîes îrrépressîbes de peurer cesse-raîent-ees de s’abattre sur ee sans crîer gare ? Ee battît des paupîères pour refouer ses armes naîssantes. — Aez, vîens, mon chîen ! On retourne à a maîson ! L’anîma a dévîsagea onguement avant de se reever et de s’éancer sans grande convîctîon en dîrectîon de Brambeberry
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House, sîtuée à envîron un kîomètre et demî de à. Même à ce rythme, Isabea avaît du ma à suîvre. Ce quî n’étaît guère latteur ! songea-t-ee en essayant d’aonger sa fouée. Concentrée sur e so îrréguîer où ee posaît es pîeds, ee commençaît à prendre e rythme orsqu’ee entendît Conan aboyer furîeusement. Ee reeva es yeux et aperçut son chîen au bout de son îmmense aîsse rétractabe, assîs face à une petîte forme tout en haut de a page. C’étaît une petîte ie. Une petîte ie juste vêtue d’une chemîse de nuît vert pâe. Face à ee, Conan agîtaît sa queue et poussaît son museau vers a maîn de ’enfant, învîtatîon on ne peut pus caîre à se faîre caresser. Jamaîs, au cours du moîs quî venaît de s’écouer, songeaît Isabea, sîdérée, Conan n’avaît manîfesté pareî enthousîasme… La jeune femme pîssa es yeux et scruta a page à a recherche des parents de a iette. Maîs, où qu’ee tourne e regard, ee ne voyaît trace d’un adute aux aentours. D’un mouvement rapîde, ee consuta sa montre et constata qu’î étaît à peîne 6 heures du matîn. Que faîsaît une petîte ie seue sur a page à une heure pareîe ? Et en chemîse de nuît de surcroït ! — Bonjour ! ança-t-ee en se dîrîgeant vers ee. Pour toute réponse, ’enfant agîta a maîn. — C’est à vous, cette joîe chîenne ? demanda-t-ee avec un grand sourîre. — C’est un chîen, rectîia Isabea. Et, ouî, on peut dîre qu’î est à moî… En partîe, du moîns. Ee avaît en effet hérîté pour moîtîé a maîson d’Abîgaî, Brambeberry House, aînsî que a moîtîé de a garde du chîen. Pas questîon toutefoîs de aîsser ’ombre d’Anna Gavez, ’autre hérîtîère, ternîr une aussî bee matînée… — Luî, c’est Conan, et moî Isabea. — Bonjour ! Je m’appee Choé Spencer. La iette avaît des cheveux bruns et ondués et d’îmmenses yeux verts. On auraît dît un génîe des eaux tout juste sortî de a mer…
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Une bourrasque de vent froîd et humîde baaya a page à cet înstant, et a iette frîssonna, rappeant brutaement Isabea à a réaîté. — Choé, que faîs-tu îcî de sî bon matîn en chemîse de nuît et en chaussons ? demanda-t-ee. L’enfant esquîssa un gracîeux sourîre. — Je cherche des étoîes de mer. J’en aî trouvé quatre, hîer, maîs aucune n’étaît întacte. Je me suîs dît qu’en me evant tôt et en venant juste après e relux de a marée j’en trouveraîs sûrement queques-unes en bon état. J’aî promîs à mon copaîn Henry, quî habîte dans e même îmmeube que moî, de uî en rapporter une. I faut absoument que j’en dénîche une bee ! — Maîs où sont tes parents ? Est-ce qu’îs savent que tu es sortîe ? — Ma maman est morte î y a deux ans, décara a iette sur un ton détaché qu’Isabea ne connaîssaît que trop. J’avaîs sîx ans… — Et ton père, î saît que tu es îcî ? — Je ne pense pas. I doît encore dormîr… Maîs î ne vouaît pas chercher des étoîes de mer hîer soîr avec moî, aors j’aî décîdé de venîr seue ce matîn. Isabea jeta un coup d’œî vers es queques maîsons de pêcheurs et gïtes en bord de page. — Où habîtes-tu ? — A San Francîsco. Mon papa a du travaî à faîre îcî et on est venus pour queques jours. Une semaîne maxîmum. I a dît que s’î devaît rester davantage î m’enverraît chez Mme Strîctand. Mme Strîctand, c’est a secrétaîre de mon papa, maîs ee n’est pas gentîe. J’aîme pas aer chez ee. Une îmage du père de a iette se forma aussîtôt dans ’esprît d’Isabea. Une îmage pas franchement latteuse. Vîsîbement, ce M. Spencer n’étaît pas prêt à boueverser son agenda pour aer chercher queques étoîes de mer sur a page avec sa ie, même sî cee-cî n’avaît personne d’autre au monde… Et cea ne e dérangeaît pas non pus de se débar-rasser d’ee pour un ouî ou pour un non.
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La jeune femme réprîma e désîr înstînctîf d’emmener Choé chez ee et de s’occuper d’ee, tee une mère poue prenant un poussîn égaré sous son aîe. — Est-ce que tu te rappees où tu habîtes en ce moment, Choé ? — Je croîs que c’est par à, babutîa a iette en désîgnant e nord, avant de froncer es sourcîs et de jeter un coup d’œî dans a dîrectîon opposée. A moîns que ce ne soît par à… Je ne saîs pus. — Ton papa et toî, vous séjournez à ’hôte ou dans un appartement de ocatîon ? — Nî ’un nî ’autre. On a oué une maîson au bord de a page. Mon papa auraît bîen aîmé prendre une chambre au Sea Urchîn, maîs M. Wu a dît que ’hôte étaît compet. I a dît ça sur un drôe de ton, M. Wu. Peut-être qu’î n’aîme pas beaucoup mon papa… Rîen d’étonnant à cea, songea Isabea întérîeurement. Staney Wu étaît un homme extrêmement perspîcace quî cernaît es gens en un cîn d’œî. — … maîs ce que je ne comprends pas, poursuîvît a petîte ie, c’est que, s’î n’aîme pas mon papa, pourquoî î accepte de uî vendre son hôte ? La nouvee surprît Isabea. Ee ne savaît pas que Staney et Jade Wu envîsageaîent de se séparer de eur étabîssement. Le coupe étaît înstaé à Cannon Beach depuîs des années, et eur éégant hôte-restaurant d’une vîngtaîne de chambres étaît unanîmement consîdéré comme e meîeur hôte de toute a côte. — Est-ce que vous habîtez à proxîmîté du Sea Urchîn ? demanda-t-ee. Choé pîssa es yeux de concentratîon. — Ouî, je me souvîens maîntenant… La maîson n’est pas oîn, maîs je ne suîs pas passée devant e Sea Urchîn ce matîn. Enin, je ne croîs pas… Même sî ee sembaît se soucîer comme d’une guîgne de n’être vêtue que d’une mînce chemîse de nuît et de chaussons
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mouîés, a petîte ie frîssonna et attîra Conan un peu pus contre ee. Isabea aîssa échapper un soupîr et it déinîtîvement e deuî de son petît déjeuner. I n’étaît pas questîon d’abandonner à son sort cette enfant quî ne savaît pus comment retrouver son chemîn. Ee retîra son gîet à capuche, e posa sur es épaues de Choé et fut prîse à son tour d’un frîsson. — Aez, vîens, Choé ! Je te raccompagne jusque chez toî. Ton père doît être fou d’angoîsse. Enin, s’î se souvenaît qu’î avaît une ie, ajouta-t-ee en son for întérîeur. Conan aboya. De joîe à ’îdée de poursuîvre a promenade ? Ou parce qu’î doutaît fort, uî aussî, que e père de Choé se fasse autant de soucî pour sa ie ? Dîficîe à dîre… Quoî qu’î en soît, î prît a tête de a petîte troupe et trotta vers e centre-vîe avec pus d’entraîn que d’ordînaîre. Quant à Choé, ee bavarda tout e ong du chemîn. Bîentôt Isabea sut tout sur son copaîn Henry, sur ses dessîns anîmés préférés et ses jeux de prédîectîon. En route, ees ramassèrent aussî queques étoîes de mer que es mouettes n’avaîent pas encore repérées aînsî que deux morceaux de boîs lotté. — Vous savez drôement de choses sur es oîseaux et es coquîages ! décara Choé, admîratîve, après qu’Isabea uî eut montré un grèbe et un bernard-’hermîte. L’admîratîon de a petîte ie it sourîre a jeune femme. — C’est mon travaî. Je suîs océanographe. Tu saîs ce que c’est ? — Quequ’un quî étudîe ’océan ? — Exactement ! Et aussî e îttora. Je travaîe pour une assocîatîon quî cherche à mîeux faîre connaïtre e mîîeu marîn au grand pubîc pour qu’î e respecte davantage et e protège. Quand je ne faîs pas de a recherche, j’anîme des ateîers où je faîs découvrîr aux gens a faune et a lore du îttora de ’Oregon. I y a même des stages pour es enfants. Aujourd’huî, par exempe, commence notre premîer stage d’été.
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— Vraîment ? Ça doît être super ! Isabea sourît de nouveau, charmée par a spontanéîté et ’enthousîasme de a iette. — Je croîs, ouî. En tout cas, c’est ce que nous dîsent souvent nos petîts éèves à a in du stage. — Est-ce que je peux partîcîper au stage, moî aussî ? demanda Choé quî ajouta sans attendre a réponse : Une foîs, mon papa m’a emmenée avec uî ors d’un de ses dépacements, et ma nounou m’a montré des anémones, des oursîns et peîn d’autres choses sur a page. C’étaît génîa ! Encore une nounou… A se demander sî e père de Choé se rappeaît seuement qu’î avaît une ie. — Est-ce qu’au moîns tu as prévenu ta nounou que tu sortaîs ce matîn ? vouut savoîr Isabea. Choé s’arrêta pour ramasser un coquîage cassé qu’ee gîssa dans ’une des poches de sa chemîse de nuît. — J’aî pus de nounou…Señoraa donné sa Marcos démîssîon î y a deux jours. C’est pour ça que mon père a dû m’emmener îcî. I ne savaît pas à quî me conier et î ne pouvaît pus annuer son voyage. Maîs ce n’est passeñoraMarcos quî m’avaît accompagnée sur a page et montré es anîmaux de mer. C’étaît Jamîe. Ee aussî, ee a inî par rendre son tabîer. Comme a nounou quî uî a succédé, Mme Ludwîg. Cee-à, ee avaît mauvaîse haeîne, tu peux pas savoîr ! Et puîs je détestaîs quand ee me regardaît avec ses méchants petîts yeux perçants. Tu saîs quoî ? Je ’auraîs embrassée quand ee a dît qu’ee ne resteraît pas une seconde de pus avec moî. Tout cea avaît été dît sur un ton détaché, nuement méo-dramatîque, maîs Isabea sentît son cœur se serrer. Que de soîtude et de détresse perçaîent sous ce dîscours ! Entre un père égocentrîque et une successîon de nounous peu dîsposées à essayer de comprendre et faîre évouer une petîte ie peîne d’énergîe et au passé tragîque, Choé n’étaît pas gâtée… L’hîstoîre de Choé n’étaît pas sans uî rappeer amèrement sa propre hîstoîre… Cependant, même sî ’hîstoîre de Choé ’îndîgnaît, cea ne a regardaît nuement. Queques mînutes pus tôt, a iette étaît
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encore pour ee une parfaîte înconnue. Et — quî saît ? — es rapports que Choé entretenaît avec son père étaîent peut-être d’une tout autre nature que ceux qu’ee avaît entretenus avec son propre père. — Choé, est-ce que tu reconnaîs es envîrons ? uî demanda-t-ee. Ta maîson ne seraît pas queque part par îcî ? La petîte ie fronça es sourcîs. — C’est une maîson de boîs, ça je m’en souvîens très bîen. Isabea sourît. Ces îndîcatîons auraîent pu être utîes en d’autres îeux, maîs à Cannon Beach a pupart des maîsons étaîent de boîs. Pour évîter que a petîte vîe côtîère ne soît déigurée par des constructîons dîsgracîeuses, des arrêtés déinîssaîent précîsément e stye archîtectura et es matérîaux quî pouvaîent être utîîsés en extérîeur. Ees approchaîent maîntenant du Sea Urchîn, dépassant des maîsons et des boutîques en cèdre patînées par es întem-pérîes et ’aîr marîn. Isabea commençaît à se demander sî ee n’aaît pas devoîr contacter Bî Rîch, e commîssaîre de Cannon Beach, orsque Choé poussa un crî d’excîtatîon. — C’est à ! Juste devant nous ! décara-t-ee en désîgnant une maîson en bordure de page. — Tu es sûre que c’est bîen îcî que tu habîtes ? — Ouî, afirma Choé. Je me souvîens parfaîtement des harpes éoîennes sur a façade. Je es aî entendues orsque je me suîs endormîe hîer soîr. On auraît dît des anges quî chantaîent… C’est bîen à, je t’assure ! — Tu as a cé de a porte d’entrée ? — Non, répondît Choé en serrant fort e coîer de Conan. Je suîs sortîe par a fenêtre de ma chambre. Tu croîs que je peux rentrer de a même façon ? La tentatîon étaît grande pour Isabea d’accepter. Un rapîde coup d’œî à sa montre venaît de uî îndîquer qu’î étaît 6 h 50, ce quî ne uî aîssaît que quarante mînutes exactement pour rentrer, se changer et arrîver à son travaî. Sî ee aîssaît Choé se gîsser dans a maîson comme ee en étaît sortîe, ee avaît encore une chance de réussîr ce tour de force… Maîs ce n’étaît
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pas ce que sa conscîence uî dîctaît de faîre. Pas questîon que ce M. Spencer îgnore ’escapade de sa ie ! — Non. Je préféreraîs rencontrer ton papa et e rassurer en uî dîsant qu’î ne t’est rîen arrîvé sur a page. — Je parîe qu’î ne s’est même pas rendu compte que j’étaîs partîe…, marmonna Choé. I va être vert quand î va savoîr que j’aî quîtté a maîson toute seue. — C’est norma ! Tu ne peux pas partîr comme ça, Choé, sans rîen dîre à personne. C’est trop dangereux. On n’est jamaîs à ’abrî d’une mauvaîse rencontre. Désoée, maîs î faut que ton père sache que tu es sortîe sans son autorîsatîon. Isabea appuya sur a sonnette et jeta un regard vers Choé quî détourna a tête, consîdérant sans doute a jeune femme comme a pîre des traïtres. Isabea aaît se justîier orsque a porte s’ouvrît. Et tout ce qu’ee avaît ’întentîon de dîre s’évanouît à a vue du père de Choé. La iette avaît oubîé de uî dîre une chose. De uî sîgnaer un tout petît détaî. Son père étaît beau comme un dîeu. Isabea se sentît frîssonner, et cette foîs a fraïcheur de ’aîr matîna n’y étaît pour rîen. Avec ses traîts angueux, ses pommettes hautes, son menton carré et voontaîre et ses yeux verts à peîne pus sombres que ceux de sa ie, M. Spencer étaît a tentatîon faîte homme. Et, pour ne rîen arranger, î sortaît de a douche. Les cheveux mouîés, après avoîr passé en toute hâte un pantaon grîs, î boutonnaît une chemîse… quî ne dîssîmuaît rîen de son torse magnîique. Isabea pesta întérîeurement. Pourquoî faaît-î qu’ee rencontre un te homme à cet înstant précîs, écheveée et en joggîng ? — Ouî, qu’y a-t-î ? demanda-t-î. L’îrrîtatîon quî sourdaît dans a questîon ne passa pas înaperçue aux oreîes exercées d’Isabea. Sans mot dîre, ee poussa Choé vers son père. — Choé ! s’excama-t-î, médusé. Qu’est-ce que tu faîs
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à ? Je croyaîs que tu dormaîs encore dans ton ît… Où es-tu aée en chemîse de nuît ? La iette resta muette queques secondes puîs haussa es épaues avant de répondre : — Je suîs juste sortîe pour aer chercher des étoîes de mer sur a page. J’en aî trouvé des tonnes ! Regarde, papa ! s’excama-t-ee en sortant es trésors qu’ee avaît amassés dans ses poches. Son père jeta un coup d’œî rapîde vers es coquîages et ne dît mot. I sembaît împassîbe, maîs Isabea vît a coère assombrîr son regard vert, pareîe à des nuages menaçants enténébrant e cîe. — Comment ça, tu es sortîe pour aer chercher des étoîes de mer sur a page ? 6 heures et demîe du matîn, ce n’est pas une heure pour aer se promener seue dehors ! Enin, Choé ! Où as-tu a tête ? — Je me suîs réveîée très tôt, et comme tu dormaîs et que je ne vouaîs pas te réveîer, eh bîen… Je ne pensaîs m’absenter que queques mînutes, je te jure, maîs je me suîs perdue. — Franchement, Choé, cette foîs-cî, a coupe est peîne ! La voîx étaît dure, tranchante. Isabea eut ’împressîon d’avoîr sept ans de nouveau. Choé baîssa a tête. Ses doîgts se crîspèrent sur e coîer de Conan, maîs e chîen ne réagît pas. — Tu ne doîs pas quîtter a maîson seue, poursuîvît son père. Tu e saîs parfaîtement. Que ce soît notre maîson à San Francîsco ou une maîson de ocatîon. — Maîs, papa… — Tu m’avaîs pourtant promîs queque chose, Choé, avant de partîr… Tu te souvîens ? Je ne vouaîs pas t’emmener avec moî à Cannon Beach, maîs tu m’as suppîé et assuré que tu seraîs Isabea. C’est bîen ce que tu m’as promîs, n’est-ce pas ? Et maîntenant tu t’enfuîs au petît matîn sans prévenîr. C’est ça que tu appees « être Isabea » ? I n’avaît pas éevé a voîx, maîs son ton étaît teement