Les héritières (Tome 1) - Il était une fois un duc

De
Publié par

Enfant, Isolde Goodnight croyait aux histoires merveilleuses de son père, écrivain à succès. À vingt-six ans, l’adversité lui a fait renoncer à ses rêves de petite fille. C’est alors qu’une lettre lui annonce un héritage inattendu. Pleine d’espoir, Isolde puise dans ses derniers deniers pour rejoindre Gostley Castle. Là-bas, elle est terriblement déçue : son parrain ne lui a pas légué d’argent, mais un château sinistre ! Pire, l’ancien propriétaire y réside toujours. Un malotru balafré, qui se présente comme le duc de Rothbury et... qui est aveugle. Comment pourrait-elle décemment le chasser de cette demeure, désormais leur seul refuge à tous deux ?
Publié le : mercredi 2 mars 2016
Lecture(s) : 23
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290124581
Nombre de pages : 384
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
TESSA
DARE

LES HÉRITIÈRES – 1

Il était une fois
un duc

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Julie Guinard

image
Présentation de l’éditeur :

Enfant, Isolde Goodnight croyait aux histoires merveilleuses de son père, écrivain à succès. À vingt-six ans, l’adversité lui a fait renoncer à ses rêves de petite fille. C’est alors qu’une lettre lui annonce un héritage inattendu. Pleine d’espoir, Isolde puise dans ses derniers deniers pour rejoindre Gostley Castle. Là-bas, elle est terriblement déçue : son parrain ne lui a pas légué d’argent, mais un château sinistre ! Pire, l’ancien propriétaire y réside toujours. Un malotru balafré, qui se présente comme le duc de Rothbury et... qui est aveugle. Comment pourrait-elle décemment le chasser de cette demeure, désormais leur seul refuge à tous deux ?
Biographie de l’auteur :

Elle est l’auteure de romances Régence qui nous emportent dans un monde de romantisme, de sensualité et d’humour. Sa célèbre série Les demoiselles de Spindle Cove a été publiée aux Éditions J’ai lu.

Tessa Dare

Auteur de best-sellers, elle s’est spécialisée dans la romance historique de type Régence. Ses romances d’une grande modernité mêlent esprit, sensualité et émotion. Son travail lui a valu d’être récompensée par le prestigieux RITA Award en 2012.

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

TROIS DESTINÉES

1 – L’impulsive

N° 9618

2 – L’aventurière

N° 9725

3 – L’idéaliste

N° 9757

LE CLUB DES GENTLEMEN

1 – Valse de minuit

N° 10030

2 – Le destin de Merry Lane

N° 10079

3 – Trois nuits ou jamais

N° 10130

LES DEMOISELLES DE SPINDLE COVE

1 – Un moment d’abandon

N° 10611

2 – Une semaine de folie

N° 10692

3 – Un mariage au clair de lune

N° 10781

4 – Tant qu’il y aura des ducs

N° 10869

Pour tous ceux qui ont un jour été fans,
de quoi que ce soit.
Et pour Tessa Woodward,
qui n’a pas plus grande fan que moi.

Remerciements

Je remercie du fond du cœur Katie Dunneback et Rachael Kelly de m’avoir aidée dans mes recherches sur la cécité et les mécanismes d’adaptation. Toute erreur en la matière ne saurait être imputable qu’à moi.

Ma gratitude va à ma famille et à mes amis, ainsi qu’à la formidable équipe de chez HarperCollins, pour la patience dont ils ont fait preuve pendant l’écriture de ce livre. Bren, Courtney, Carey, Leigh, Laura, Susan, Kara et tous les autres… vous m’avez sauvée de bien des manières. Je vous aime tous.

Enfin, tous mes remerciements à M. Dare. Je me réjouis à la perspective que nous devenions deux vieux geeks ensemble.

1

Le nom d’Isolde Ophelia Goodnight était synonyme de tragédie. Orpheline de mère dès son plus jeune âge, et maintenant de père. Démunie. Sans amis.

Mais jamais Izzy n’avait été désespérée.

Pas encore.

Pas tout à fait.

Parce que le nom d’Isolde Ophelia Goodnight était également synonyme de romanesque. De légendaires histoires d’amour, romantiques, exaltantes et maudites. D’aussi loin qu’elle s’en souvînt, elle attendait, avec un espoir et une impatience qui ne faisaient que croître, que cette partie-là de sa vie commence.

Lorsqu’elle avait été en âge de comprendre que sa mère était morte, Izzy s’était consolée en se disant que cette perte s’inscrivait dans son épique destin. Les héroïnes de contes de fées étaient toujours privées de mère.

Quand son père avait dépensé tous leurs revenus et que la bonne avait donné son congé, elle s’était dit que la chance tournerait un jour ou l’autre. Tout le monde savait que Cendrillon avait dû lessiver les sols avant de gagner le cœur du prince charmant.

L’année de ses quinze ans, leur situation financière s’était améliorée grâce au succès d’écrivain remporté par son père. Toujours pas de prince, mais rien ne pressait. Izzy se disait que son visage finirait par s’adapter à son nez trop fort et que ses cheveux frisés se disciplineraient.

Cela n’avait pas été le cas. Le vilain petit canard ne s’était pas transformé en cygne.

À son dix-septième anniversaire, aucune quenouille n’avait piqué son doigt.

Lorsqu’elle avait eu vingt et un ans, quelque part entre Maidstone et Rochester, la dure réalité l’avait frappée de plein fouet : dans la vraie vie, les bandits de grand chemin n’étaient ni diaboliquement séduisants, ni animés de nobles sentiments. Ils voulaient de l’argent, et ils le voulaient vite. En fait, Izzy pouvait s’estimer heureuse qu’ils ne se soient pas intéressés à elle.

Elle avait dû renoncer à tous ses rêves d’enfance, les uns après les autres.

L’année précédente, son père était mort, et toutes les histoires s’étaient entièrement et irrévocablement taries. Peu après, l’argent était venu à manquer. Pour la première fois de sa vie, Izzy avait frôlé le désespoir.

Elle avait tiré un trait sur ses aspirations romanesques. Désormais, elle se serait contentée de pain. Quels contes de fées restait-il pour une vieille fille de vingt-six ans au physique sans éclat, que personne n’avait jamais même embrassée ?

Celui-ci.

Izzy crispa la lettre entre ses mains. Là, noir sur blanc, résidait son tout dernier espoir. Elle s’efforçait de ne pas s’y cramponner trop ardemment, de crainte qu’il ne s’évanouisse à son tour.

Chère Mademoiselle Goodnight,

Il m’incombe en tant qu’exécuteur testamentaire de vous informer que le comte de Lynforth est décédé. Son testament stipule qu’il vous lègue, ainsi qu’à chacune de ses filleules, un héritage. Veuillez me rejoindre à Gostley Castle, près de Woolington, dans le comté du Northumberland, ce 21 juin, afin de régler les formalités administratives de votre héritage.

Votre dévoué,

Frederick Trent, lord Archer

Un héritage. Peut-être s’élèverait-il à cent livres ? Même vingt livres seraient une bénédiction.

Quand Gostley Castle surgit devant elle, Izzy écarquilla les yeux.

De loin, l’endroit avait une certaine allure romantique, avec sa succession de tourelles hétéroclites et de longs murs crénelés nichés au cœur d’un verdoyant paysage vallonné. Mais la végétation à l’abandon du parc qui l’entourait était si dense et si touffue qu’avant même qu’elle aperçoive l’édifice, son ombre s’étendait déjà sur elle.

Ce château ne sortait pas d’un conte de fées.

Il était sinistre et menaçant, telle une bête à l’affût prête à bondir sur les intrus.

— Nous sommes arrivés, mademoiselle.

Le cocher ne semblait pas apprécier les lieux plus qu’Izzy. Il arrêta le fiacre loin de la barbacane, une guérite en pierre à quelque distance du château lui-même.

Après l’avoir aidée à descendre de voiture, il releva le col de son manteau et déchargea ses bagages, qui consistaient en une vieille valise abîmée. Il la porta jusqu’aux marches en pierre de la guérite, puis recula vivement, enfonça les mains dans ses poches et s’éclaircit la voix, dans l’expectative.

Izzy savait ce qu’il attendait. Elle l’avait déjà payé à Woolington – il avait refusé de l’emmener sans être rémunéré d’avance –, mais il voulait maintenant un gage de remerciement supplémentaire. Elle extirpa un demi-shilling de sa bourse qui ne sonnait ni ne trébuchait plus.

Le cocher l’empocha et toucha sa casquette.

— C’est comment, vot’nom, mademoiselle ?

— Goodnight. Mademoiselle Izzy Goodnight.

Elle se tut, attendant sa réaction. La plupart des gens qui savaient lire et écrire en Angleterre connaissaient son nom, de même que bon nombre de leurs domestiques.

L’homme se contenta d’un grognement.

— C’était juste pour savoir, au cas où on me poserait des questions. Si on n’entend plus jamais parler de vous.

Izzy rit et attendit qu’il l’imite, mais il n’en fit rien.

Bientôt, cocher, voiture et chevaux ne furent plus qu’un lointain écho sur la route.

Izzy ramassa sa valise et franchit la barbacane. Un pont de pierre enjambait ce qui avait jadis été des douves, au fond desquelles elle aperçut un filet d’eau verdâtre.

Elle s’était un peu renseignée avant de venir, mais n’avait pas trouvé beaucoup d’informations sur Gostley Castle. Tout ce qu’elle avait appris, c’était que le château avait été le siège du duché de Rothbury, au temps des Normands.

L’endroit ne paraissait même pas habité. De nombreuses fenêtres étaient dépourvues de carreaux, et aucune n’était éclairée. Une herse aurait dû tomber pour barrer l’entrée, mais il n’y avait rien, ni portail ni grille.

Elle pénétra dans la cour.

— Lord Archer ?

Sa voix s’éteignit dans les airs.

— Lord Archer ? Êtes-vous là ?

Cette fois, son appel reçut un écho, mais aucune réponse.

Elle était seule.

Étourdie par cet étrange environnement et affaiblie par la faim, Izzy ferma les yeux et se força à respirer calmement.

Ne t’évanouis pas. Seules les chochottes et les tuberculeuses s’évanouissent, et tu n’es ni l’une ni l’autre.

C’est alors qu’il se mit à pleuvoir, de lourdes et grasses gouttes de pluie estivale. Curieusement, elle avait toujours trouvé cela vaguement obscène. Ces gouttes de pluie d’été lui faisaient l’effet d’ivrognes bedonnants qui dégringolaient sur le sol en gloussant et s’y écrasaient avec jubilation.

Elle commençait à être mouillée, mais préférait encore se faire tremper plutôt que d’aller s’abriter sous l’une des voûtes plongées dans l’ombre.

Un froissement soudain la fit sursauter et pivoter sur elle-même. Ce n’était qu’un corbeau qui battait des ailes. Izzy le regarda survoler les remparts.

Un petit rire lui échappa. C’était invraisemblable. Un vaste château abandonné, la pluie, et maintenant un corbeau ? Quelqu’un lui jouait un tour cruel.

À l’instant où elle se faisait cette réflexion, elle aperçut un homme à l’autre bout de la cour, debout sous un porche cintré.

Si c’était un tour, il n’était pas cruel.

Il existait dans la nature des choses qui tiraient leur beauté de leur structure délicate et de leur symétrie complexe – les fleurs, les coquillages, les ailes de papillons. Et il y en avait d’autres dont la beauté résidait dans une puissance sauvage et indomptable – les sommets enneigés, les gros nuages d’orage, les lions aux crocs acérés.

Cet homme dont la silhouette se découpait devant elle appartenait incontestablement à la deuxième catégorie, de même que le loup assis à ses pieds.

Ce ne pouvait pas être un loup, se raisonna-t-elle. Ce devait être un chien. Les loups avaient été si ardemment chassés que leur race s’était éteinte. Le dernier loup d’Angleterre était mort depuis bien longtemps.

Cela dit… elle aurait cru qu’il n’existait plus non plus d’hommes comme celui-là.

Il fit passer le poids de son corps d’un pied sur l’autre, et un rai de lumière éclaira la partie inférieure de son visage, dévoilant une bouche large et sensuelle et une mâchoire carrée assombrie par le chaume d’une barbe. Des cheveux trop longs effleuraient son col. Enfin, ils l’auraient effleuré, s’il avait eu un col, car il ne portait sous sa redingote qu’une chemise en coton largement ouverte. Son pantalon en daim épousait ses hanches étroites et ses cuisses fuselées. Ses jambes disparaissaient dans une paire de vieilles bottes cavalières poussiéreuses.

Miséricorde ! Izzy avait un faible pour les bottes qui avaient vu du pays. Cela lui donnait désespérément envie de savoir quelles contrées elles avaient foulées.

Les battements de son cœur s’accélérèrent, ce qui n’arrangea pas son problème de vertige.

— Êtes-vous lord Archer ? demanda-t-elle.

— Non.

Un seul mot, grave, sévère.

La bête à ses pieds grogna.

— Oh. Lord Archer est-il là ?

— Non.

— Êtes-vous le gardien ? L’attendez-vous prochainement ?

— Non. Et non.

Discernait-elle une note amusée dans sa voix ?

Elle déglutit.

— J’ai reçu une lettre de lord Archer. Il me priait de le retrouver aujourd’hui ici même, pour discuter d’une affaire relative à la succession de feu le comte de Lynforth. Apparemment, il m’aurait légué quelque chose.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.