Les menaces de l'ombre - L'enfant du secret

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Les menaces de l’ombre, Janice Kay Johnson

Jamais plus elle ne se laissera dicter sa conduite par un homme, Jane se l’est juré. Alors quand un certain Duncan MacLachlan se pointe chez elle en lui annonçant qu’il passera désormais tous les jours pour veiller à l’éducation de Tito, un jeune garçon dont elle a la tutelle, elle voit rouge. Ce n’est pas parce qu’il a découvert l’adolescent chez lui, en train de le cambrioler, que Duncan doit s’immiscer dans sa vie, fût-il policier ! Pourtant, très vite, Jane doit s’avouer qu’elle trouve un étonnant réconfort dans les visites de Duncan. Non seulement celui-ci se montre extrêmement attentionné envers Tito, mais en plus, sa présence la rassure. A tel point qu’elle décide de lui parler des menaces dont elle est victime depuis plusieurs semaines, et qui l’effraient chaque jour davantage…

L’enfant du secret, Joanna Wayne

Viviana est bouleversée. C’est bien Dakota Ledger qu’elle vient d’apercevoir, dans l’hôpital où elle travaille, alors qu’elle pensait ne plus le revoir… Doit-elle lui révéler que, suite aux quelques jours de passion qu’ils ont passés ensemble deux ans plus tôt, est née une adorable petite fille ? Et, plus grave encore, que cette enfant dont il ignore l’existence est aujourd’hui en danger, menacée par l’homme qui harcèle Viviana, comme l’atteste la poupée démembrée qu’elle a retrouvée devant sa porte ? Prête à tout pour assurer la sécurité de son bébé – même à supporter le ressentiment de Dakota quand il apprendra qu’il est père –, elle retient son souffle et l’affronte…

Publié le : mercredi 1 mai 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280293969
Nombre de pages : 448
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C’était une journée abominable et Duncan était d’une humeur noire. Il avait dû arrêter personnellement un de ses ofîciers qui avait obligé une îlle de quinze ans à lui faire une fellation. Il n’y avait rien de pire que ça. Rendahl avait trahi la conîance publique. Et il avait été assez stupide pour oublier que sa voiture de patrouille était équipée d’un micro et d’une caméra. Duncan grogna. La stupidité était le dernier des péchés de Rendahl. La laideur de la chose, c’était que cet homme marié de vingt-sept ans avait obligé une îlle à satisfaire ses fantasmes sexuels en la terrorisant. Duncan était si remonté qu’il en grinçait des dents. Il se força à se détendre. Le dentiste l’avait déjà averti qu’il lui faudrait porter une îchue protection en plastique la nuit. « Trouvez une autre façon d’exprimer votre tension », lui avait suggéré le Dr Foster. Aujourd’hui, il aurait aimé l’exprimer en envoyant son poing dans la îgure de ce petit salopard. Entendre son nez se briser et voir le sang jaillir lui aurait sufî comme remède temporaire. Au lieu de cela, il avait suivi les règles, parce que c’était ainsi qu’il se comportait. Il s’était, comme d’habitude, montré glacial. Sa seule consolation était la manière dont Rendahl et son avocat s’étaient recroquevillés devant lui.
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Ils avaient vu quelque chose dans ses yeux qu’il n’avait pas manifesté par un seul tressaillement musculaire. Pour couronner la journée, il avait dû donner une confé-rence de presse annonçant l’arrestation, tout en protégeant l’identité de la îlle. Il avait ignoré la plupart des questions qu’on lui hurlait. Comment expliquer une chose pareille quand lui-même ne la comprenait pas ? Il était rentré à la maison et s’était affalé, une bière à la main, devant le match des Mariners à la télévision. Il s’était levé pour en prendre deux autres, avait vaguement pensé au dïner et s’était décidé pour un sandwich. Le crépuscule mauve et discret s’était fauîlé par la fenêtre. Il n’avait allumé ni dedans ni dehors. Le match ne lui avait fait aucun effet. Il ignorait le score înal et s’en îchait. Finalement, il éteignit l’écran avec la télécommande et se renversa dans son fauteuil en ruminant. Comment avait fait cet imbécile pour échapper à ses antennes depuis cinq ans ? Pour obtenir des appréciations satisfaisantes lors de ses évaluations annuelles ? Duncan aimait à penser qu’il connaissait les hommes et les femmes qui travaillaient pour lui, même s’ils étaient soixante-quatorze au dernier recensement. Qu’il connaissait leurs points forts et leurs points faibles. Le capitaine Duncan MacLachlan n’était pas arrivé là où il était en faisant des erreurs de jugement sur les gens !
Le crépuscule laissa place à l’obscurité, et il ne bougea pas, répugnant à aller se coucher. L’obscurité n’était pas complète avec les lampadaires et les phares des rares voi-tures qui passaient. Cela lui convenait de faire ainsi partie de la nuit, d’être invisible, anonyme. Le fauteuil inclinable était assez confortable pour qu’il commence à somnoler. Se lever pour aller au lit lui paraissait demander trop d’efforts.
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Le tintement d’un verre qui se brisait le réveilla en sursaut, alerte et incrédule. On s’était introduit chez lui. Evidemment ! Il n’avait pas allumé les lumières comme d’habitude. A quelqu’un qui ne l’avait pas vu rentrer à 18 heures, la maison devait paraïtre vide. Il allait peut-être trouver un dérivatif à son stress après tout, pensa-t-il avec un brin d’humour noir. Il tendit la main vers son arme qu’il avait déposée plus tôt sur la petite table avec son insigne, et s’extirpa du siège. Il était en chaussettes : un bon point ! Il allait pouvoir se déplacer silencieusement. La lumière qui îltrait par la fenêtre de la façade lui permit de traverser le salon sans avoir à tâtonner. Un autre tinte-ment résonna dans la maison. L’intrus enlevait les éclats de verre du cadre de la fenêtre avant de l’escalader… C’était la fenêtre de la buanderie. A tout moment, il allait entendre… Boum. Il avait laissé le panier de linge sale en plein milieu de la petite pièce. Donc l’intrus n’avait pas de lampe de poche. Duncan se glissa dans le couloir et se posta à côté de la porte de la buanderie. Il voulait savoir s’ils étaient plusieurs. Une ombre le dépassa. Après un instant, il risqua un regard dans la pièce. Ses yeux s’étaient habitués au manque de lumière. Vide. Un seul homme, donc. Il suivit du regard la silhouette qui se glissait dans le couloir et la rejoignit en deux enjambées. Il se jeta sur elle, la projeta au sol où il la maintint sans effort, et pressa le canon de son arme. — Police, aboya-t-il. Vous êtes en état d’arrestation. — Qu’est-ce que… ? Une bordée de jurons suivit, proférée d’une voix assez aigue. Duncan crut avoir maïtrisé l’une des rares femmes cambrioleurs. Mais non ! C’était un gosse, réalisa-t-il la seconde d’après avec dégoût.
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— Mains derrière le dos, lança-t-il. L’enfant lui obéit et il lui saisit les poignets. Des poignets rachitiques. Le gamin n’était pas très grand. — D’accord, mets-toi à genoux. C’est bien. On se lève maintenant. Il l’aida rudement et poussa l’enfant sur une courte distance jusqu’à l’interrupteur. — Face au mur, ordonna-t-il. Mets les mains à plat sur le mur. Il alluma la lumière et fut momentanément aveuglé.Il poussa un juron de son cru, attendant que sa vision revienne. — Quel âge as-tu ? Joue pressée contre le mur, le garçon, visiblement d’ori-gine hispanique, le îxa et resta muet. Duncan le secoua un peu. — Dis-le-moi. L’enfant marmonna quelque chose. Duncan le secoua de nouveau. — Douze ans. Il n’avait même pas attrapé un petit poisson ce soir, celui-ci était un têtard. Emprisonner le gamin ? Appeler ses parents ? Et s’il n’en avait pas ? Il retint un grognement. Il était temps de prendre une décision.
L’immeuble de huit ou dix appartements était aussi délabré que Jane s’y attendait. Les locataires devaient se garer dans la rue ou sur un tout petit terrain à côté, qui abritait aussi une carcasse rouillée montée sur des parpaings. Trois hommes étaient penchés devant une autre voiture au capot ouvert. L’un d’eux lui jeta un coup d’œil avec un manque d’intérêt évident quand elle se gara contre le trottoir. Elle ouvrit le dossier sur le siège passager pour vériîer
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l’adresse. Oui, c’était bien ça. L’appartement n° 203 devait se trouver à l’étage. Il n’y avait qu’une seule entrée, bien que des échelles d’incendie pendent de manière précaire à chaque extrémité du bâtiment. Mais elle était allée dans des endroits pires que ça. Elle verrouilla sa voiture et pénétra dans l’immeuble d’un pas vif, saluant de la tête une très jeune femme enceinte qui s’efforçait de faire rentrer un parc pour enfants dans l’un des appartements du rez-de-chaussée. Elle lui tint la porte et lui adressa quelques mots en espagnol. Heureusement qu’elle avait étudié cette langue au collège. Un tiers des enfants scolarisés dans le district étaient d’origine hispanique. Elle ne parlait pas l’espagnol couramment, mais sufîsamment pour ce que son métier exigeait. Elle venait dans cet immeuble en tant que tutrice dési-gnée par le tribunal. Sa tâche était d’interroger les adultes qui s’occupaient ou auraient à s’occuper d’un petit garçon nommé Tito Ortez. Le père de Tito allait bientôt sortir de prison, et le juge devait décider si l’enfant pouvait retourner vivre avec lui. Pour le moment, il vivait avec sa sœur aïnée, Lupe Salgado, dont c’était l’adresse. Jane devait s’entretenir avec le père de Tito, avec Tito, bien sûr, et peut-être avec ses professeurs. Ses bulletins de notes montraient qu’il ne réussissait pas très bien à l’école. La cage d’escalier et le couloir étaient miteux mais propres. Au premier étage, elle frappa avec fermeté à une porte marquée d’un 2 métallique, d’un 0 et d’un 3 à l’envers.  Venga !cria une voix à l’intérieur. Après une seconde d’hésitation, Jane ouvrit la porte et se trouva dans une salle de séjour exiguë. Deux jeunes enfants aux cheveux noirs étaient assis devant la télévision. Ils la dévisagèrent et la petite îlle fourra son pouce dans la bouche. Une planche à repasser était montée dans l’espace étroit entre le sofa taché et le mur. Une table en Formica entourée de quatre chaises et
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d’une chaise haute occupait l’espace restant. Une odeur épicée s’échappait de la cuisine. Jane éleva la voix pour être entendue depuis la cuisine.  Hola ! Me llamo Jane Brooks. Une femme apparut, l’air agité, en s’essuyant les mains sur un torchon.  Sí, sí. J’avais oublié que vous veniez.Perdone. Elle s’adressa aux enfants dans un ot d’espagnol trop rapide pour Jane et lui ît signe d’entrer dans la cuisine. Elle était en train de préparer le dïner, expliqua-t-elle, et elle ne pouvait pas s’interrompre. Elle parlait anglais, mais pas très bien. Vivre dans une maisonnée où l’on ne parlait pas anglais ne devait pas aider Tito à l’école, songea Jane. Elles continuèrent à parler en espagnol. Son hôtesse la pressa de s’asseoir à une petite table tout en s’activant à sa cuisine. — Vous êtes Lupe ? demanda Jane en manière de conîrmation. La jeune femme hocha la tête. Comme l’adolescente enceinte du rez-de-chaussée, elle avait le teint d’un brun chaud, de longs cheveux noirs et des yeux de la couleur du chocolat. Elle était jolie, mais commençait à avoir l’air usé, bien qu’elle n’ait que vingt-trois ans. Elle avait un peu d’embonpoint et se déplaçait comme si elle avait mal aux pieds. Il y avait eu d’autres enfants entre Lupe, l’aïnée, et Tito, le plus jeune, mais ils étaient soit célibataires et incapables d’aider Tito, soit au Mexique avec leur mère. Tito, expliqua Lupe, était resté avec son père, car sa mère pensait qu’il avait besoin de la présence d’un homme. Elle haussa les épaules de manière expressive. — Et puis, un an après que maman est retournée au Mexique, papa a été arrêté. Tellement stupide ! J’ai appelé maman, mais elle vit avec un oncle et il y a beaucoup de
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monde. Alors elle me supplie de garder Tito. C’est ce que j’ai fait. Comme si la maisonnée n’était pas déjà pleine, songea Jane. — Vous avez des enfants à vous, reprit-elle, avec ce qu’elle pensa être de la retenue. — Sí, trois. Le petit fait la sieste. Elle remua le plat de haricots noirs sur le feu. — Mon mari, il m’a quittée, dit-elle d’un air vaincu. Je travaille à La Fiesta, et une voisine surveille les enfants. Je ne peux pas faire conîance à Tito. Si c’était une îlle… Elle haussa de nouveau les épaules. — Vous rendez visite à votre père en prison ? Le centre correctionnel de Monroe était situé à près d’une heure de route. — Quelquefois. Lupe lui adressa un coup d’œil honteux. — L’argent pour l’essence… Vous savez ce que c’est. Et mes enfants doivent venir, aussi. J’emmène Tito quand je peux, mais ça le bouleverse, alors c’est peut-être mieux que nous n’y allions pas souvent. Jane hocha la tête. Avoir un parent en prison était difîcile pour les enfants de tout âge mais, pour un écolier d’une dizaine d’années, ce devait être particulièrement traumati-sant. Il n’était sûrement pas le seul gosse de l’école à avoir un parent incarcéré, mais il devait croire que si. — Est-ce que Tito vous pose des problèmes ? demanda-t-elle. — Non, c’est un bon garçon. Mais, en fait, je ne le vois pas beaucoup. Je travaille presque tous les soirs et je ne sais pas toujours où il est. Là, il doit être avec un ami. Je ne suis même pas sûre qu’il viendra pour le dïner. Elles parlèrent pendant une demi-heure jusqu’à ce que Lupe soit prête à servir le repas. Jane se sentit soudain de trop et déclina l’invitation polie de se joindre à eux. Elle reprendrait contact ultérieurement.
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Elle était presque à la porte quand la jeune femme lui dit : — Oh ! J’ai oublié de vous parler de ce gentil policier qui voit Tito. Vous pensez que vous pourriez lui parler ? Oh ! oui ! Elle voulait absolument lui parler. A moins qu’il ne soit père d’un enfant de l’âge de Tito, elle s’interro-geait sur ce qui avait bien pu leur faire faire connaissance. — Son nom est Don… Can Mack… Lack… Land. Lupe s’efforça de le prononcer correctement mais ît une grimace. — Ce n’est pas ça. Je l’ai écrit quelque part.Un momen-tito, por favor. Elle revint avec un bout de papier sur lequel une main ferme avait écrit « Duncan MacLachlan » de même qu’un numéro de téléphone. Jane eut un léger choc en reconnaissant le nom. Le capitaine MacLachlan apparaissait régulièrement au journal télévisé. C’était le plus improbable des mentors pour un petit garçon de douze ans. Elle copia le numéro de téléphone et remercia Lupe puis, pensive, retourna à sa voiture. En dehors de l’intrigante et peut-être préoccupante implication du capitaine MacLachlan, elle n’avait pas été surprise par sa visite. Elle était cependant atterrée. Tito ne pouvait pas vivre avec sa sœur sur le long terme. Certes, il n’y avait jamais assez de bonnes familles d’accueil et il avait eu de la chance de pouvoir séjourner chez un membre de sa famille pendant que son père était en prison. Le dossier de ce placement avait été sans doute refermé avec un soupir de soulagement. Mais Lupe ne semblait pas capable de s’occuper d’un adolescent de douze ans en plus de ses trois enfants. Jane parcourut quelques centaines de mètres puis s’ar-rêta pour prendre des notes pendant que ses impressions étaient encore fraïches. Elle gribouilla aussi des questions pour elle-même. Qu’en était-il des autres frères et sœurs ? Peut-être l’un d’eux était-il en meilleure position maintenant pour héberger Tito ? Trouver avec quels amis il passait tant
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de temps. Impératif de parler à ses professeurs. Avait-il des loisirs après les cours ? On ne lui avait pas signalé qu’il ait eu des ennuis avec la loi, mais elle vériîerait. En lisant entre les lignes de ce que lui avait dit Lupe, il était mûr pour ça. MacLachlan ? écrivit-elle dans la marge. Tito avait-il un suivi judiciaire que le tribunal de la famille ignorait ? Le père sortirait de prison d’ici deux semaines, et Jane voulait étudier toutes les possibilités de placement entre-temps. Bien sûr, elle effectuerait le trajet jusqu’au centre correctionnel pour parler à Hector Ortez. C’était une chance, pensa-t-elle avec ironie, qu’elle n’ait aucune vie sociale digne de ce nom. En rentrant à la maison, elle s’efforça de se souvenir de ce qu’elle savait sur Duncan MacLachlan. Elle n’avait jamais rien lu ou entendu qui laisse penser qu’il était « gentil ». Dans la police de la ville, il était un échelon en dessous du chef de la police. Il était exceptionnellement jeune pour ces fonctions, dans la trentaine. Mais il avait l’air plus vieux, avait-elle pensé devant sa photo dans le journal. Peut-être parce qu’il avait toujours l’air sévère. S’il lui arrivait de sourire, encore fallait-il que le moment soit capturé sur photo. Elle était un peu déconcertée par la facilité avec laquelle elle se rappelait son visage. Elle se souvenait d’avoir été interpellée par une photo de lui à la une du quotidien local. Elle devait bien admettre rétrospectivement qu’elle avait ressenti une étincelle de désir. Non pas qu’elle y aurait accordé de l’importance même si elle l’avait rencontré en personne. Il n’était pas du tout le genre d’homme avec qui elle pourrait envisager de sortir, même si la rumeur au tribunal disait qu’il était célibataire. Mais ce visage… Elle soupçonnait que la photo avait été prise au téléob-jectif tandis qu’il quittait une scène de crime. Il écoutait ce qu’un homme à côté de lui disait. Il avait la tête légèrement penchée et fronçait les sourcils, plus concentré qu’irrité. Son visage était… dur. C’étaient sans doute les rides entre
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ses sourcils noirs et sur son front qui le vieillissaient. Elle avait eu l’idée idiote qu’il aurait pu être un ministre calvi-e niste du X siècle, inexible et catégorique et, pourtant, indéfectiblement conscient du bien et du mal. Mais ces ministres calvinistes n’avaient sans doute pas des épaules comme les siennes ni le tonus musculaire que ses costumes bien coupés ne parvenaient pas à déguiser. Elle n’avait rien entendu non plus qui puisse faire douter de son intégrité, mais la question demeurait : en quoi diable Tito Ortez l’intéressait-il ? Sur son bloc-notes, elle entoura son nom d’un cercle. Elle devait découvrir ce qu’il avait à voir avec un garçon plutôt ordinaire dont le père allait sortir de prison.
— Tu peux le lancer comme ça ? le taquina Duncan en faisant rebondir le ballon vers le garçon. Il essuya la sueur de son front avec l’ourlet déchiré de son T-shirt et regarda Tito se mettre en position derrière la ligne de tir et se concentrer avec férocité. C’était sans doute trop loin pour lui ; il était petit pour son âge mais il n’aimait pas perdre non plus. Et Duncan en était venu à ressentir une sorte d’admiration mitigée devant sa détermination. Tito échit les genoux comme il le lui avait montré et se servit de son élan pour propulser le ballon en le lâchant du bout des doigts. Celui-ci décrivit un arc parfait et retomba dans l’anneau en efeurant à peine le îlet. — Oui, oui,ouiii! Tito se lança dans une danse de victoire, et Duncan rit. — Très joli, Tito ! Il leva la main pour que le garçon la frappe. — C’est trop facile pour toi maintenant. — Je me suis entraïné, avoua Tito. Il y a de la lumière jusque tard en ce moment et j’ai le ballon que tu m’as offert ! Ils jouaient aussi au football, et Tito se débrouillait mieux
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