Les Nuées d'Aristophane

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Les Nuées, la comédie d'Aristophane la plus étudiée, ne constituent pas seulement le premier témoignage consacré à Socrate, elles sont aussi une prodigieuse mine de renseignements sur la religion de l'Athènes classique. Aristophane a fait de l'initiation aux Mystères d'Eleusis la toile de fond de sa comédie, sans pour autant faire preuve de la moindre impiété.
Publié le : mardi 1 mai 2007
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EAN13 : 9782296171794
Nombre de pages : 92
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LES NUÉES D'ARISTOPHANE

L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03176-0 EAN:97822960031760

Simon BYL

,

LES NUEES D'ARISTOPHANE
UNE INITIATION À ÉLEUSIS EN 423 AVANT NOTRE ÈRE

L'Harmattan

Quelques ouvrages de l'auteur Vocabulaire grec de base, Bruxelles, Dessain-De 1965-200611. Boeck,

Initiation à la civilisation grecque, Liège, Dessain, 2 vol., 1966-1967 (avec rééditions). Tableau synoptique des frincipales Liège, Dessain, 1966-1976-. Petite anthologie Dessain, 1974. de la Biologie racines d'Aristote, grecques, Liège,

(En collaboration avec Claire Préaux Nachtergael) Le paysage grec, Bruxelles, l'Université de Bruxelles, 1979.

eJ Georges Editions de

Recherches sur les grands traités biologiques d'Aristote: sources écrites et préjugés, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1980. (En collaboration avec Robert Joly), Hippocrate. Le Régime, Akademie der Wissenschaften (CMG I, 2, 4), Berlin, 1984-20032. Mythe et Philosophie dans les Nuées d'Aristophane, Bruxelles, Ousia, 1994 (ouvrage collectif publié en collaboration avec Lambros Couloubaritsis). Hippocrate et sa postérité (éd.), Bruxelles, Ousia, 2001.

INTRODUCTION Avant de commenter une œuvre littéraire
-

que ce soit

une comédie ou une tragédie -, il faut en connaître le contenu. Dans nos manuscrits, ce rôle est dévolu aux Hypothèses. R, le manuscrit de Ravenne 429 du Xe siècle, ne contient pas d' Hypothèse de la comédie de 423 a.C., mais V, le Venetus Marcianus 474 du XI" siècle, en contient sept dont je traduis la plus circonstanciée: «Un vieillard, Strepsiade, tourmenté par les dettes qu'il a contractées à cause de la passion des chevaux qu'a son fils (= Phidippide), lui demande de fréquenter Socrate afin d'apprendre le raisonnement faible, pour qu'en tenant des propos injustes au tribunal il puisse vaincre ses créanciers et ne rien leur restituer. Comme le jeune homme n'y consent pas, Strepsiade décide d'aller luimême étudier; il fait sortir l'un des disciples (= du Pensoir) de Socrate et il converse avec lui; les disciples étaient assis en cercle; ils apparaissent sales, et Socrate lui-même est suspendu dans un panier; on le voit en train d'examiner les choses d'en haut (= les astres). Après cela, il reçoit le vieillard et il l'initie (telei Alde: telein V didaskei M) ; il invoque ceux des dieux qui sont honoré,s chez lui: l'air et aussi l'éther et les nuages (nephelas). A sa prière arrivent les nuées en forme de chœur et, après que Socrate se soit préoccupé de problèmes d'histoire naturelle, non sans vraisemblance, elles se tournent vers les spectateurs et elles conversent sur un grand nombre de sujets. Après cela, le vieillard, qui reçoit son instruction en public, se moque de certains enseignements. Lorsqu'il est chassé du pensoir (ek tau phrontistêriou) à cause de son ignorance, il conduit son fils et le présente, de force, à Socrate. Ce dernier lui amène, au théâtre, le raisonnement injuste et le raisonnement juste; le raisonnement injuste l'emporte à la lutte sur le raisonnement juste; il prend en mains (Phidippide) et ill' instruit. Son père reçoit ensuite son fils qui a été bien formé et il menace ses créanciers; parce qu'il réussit, il invite son fils à un repas gastronomique. Mais une dispute s'élève durant le repas; le père reçoit des coups de son fils et il pousse des cris; il

entend son fils qui lui dit qu'il est juste que les pères soient à leur tour battus par leurs fils; comme sa dispute avec son fils le fait beaucoup souffrir, le vieillard détruit et incendie le pensoir des Socratiques ».

..
Ce résumé est rédigé dans un style maladroit, d'une très grande sécheresse; mais il suffit pour nous donner une idée de la trame de la comédie et il nous permet, avant même de lire la comédie, de constater que le rédacteur de cette Hypothèse - et sans doute tout son entourage considérait que l'enseignement que Socrate s'efforçait de donner à Strepsiade était une initiation (1. Il telei, avec la variante de M : didaskei). Mon livre n'aura pas d'autre but que d'établir la réalité de cette affirmation.

..
À partir du XIXe siècle, des historiens et des philologues ont mentionné parfois quelques éléments parodiques du rituel de la purification initiatique qu'ils ont découverts dans les Nuées, mais ils l'ont fait d'une façon extraordinairement timide et sans tenir compte des scholies de la comédie. Le premier d'entre eux est, à ma connaissance, C. Petersen, Der geheime Gottesdienst bei den Griechen, Hambourg, 1848, p. 41. Un peu moins de cinquante ans plus tard, Albrecht Dieterich, Ueber eine Scene der aristophanischen Wolken (in Rheinisches Museum, 48, 1893, p. 275-283), sans connaître apparemment l'étude de son prédécesseur, ou sans la cityr, estimait que les Nuées ne visaient pas les mystères d'Eleusis et il concluait son article (p. 283), plein d'intérêt mais quelque peu rapide,

par ces mots: « La scène des Nuées (notamment depuis le
v. 250 jusqu'à la fin de la prière de Socrate, v. 275) est une imitation parodique des mystères orphiques et des hymnes orphiques ». L'essentiel de l'étude d'A. Dieterich a été repris par Jane Ellen Harrison dans ses Prolegomena to the Study of Greek Religion, Cambridge, 19082, p. 511-516 et par 8

Thomas Gelzer, dans son article Aristophanes Sokrates publié dans le Museum Helveticum, p. 65-93 (particulièrement aux p. 67-68).

und sein 13, 1956,

En 1965 dans un livre paru initialement en italien et traduit en français en 1982 par Jean-Pierre Darmon sous le titre Essai sur le mysticisme grec, Dario Sabba!ucci a consacré de nombreuses pages aux mystères d'Eleusis (p. 127-196), mais à aucun moment, il ne songe à faire appel au témoignage des Nuées. Deux contributions plus récentes s'interrogent sur les raisons d'un vocabulaire mystique dans les Nuées; A.M.H. Adkins, Clouds, Mysteries, Socrates and Plato, in Antichthon, 4, 1970, p. 13-24 et G.J. de Vries, Mystery Terminology in Aristophanes and Plato, in Mnemosyne, 1973, p. 1-18 (cet article est la réfutation du précédent qui tente de démontrer que la présentation des faux mystères dans les Nuées a eu pour but d'insister sur l'attitude blasphématoire de Socrate). Le grand historien de la philosophie et de la religion grecques W.K.e. Guthrie, Orphée et la religion grecque (trad. de l'anglais par S.M. Guillemin), Paris, 1956, p. 233-237, a consacré un peu plus de trois pages au problème de la parodie d'une initiation dans ce passage et il adopte une opinion qui n'est pas toujours d'une grande clarté; c'est ainsi qu'il écrit à la p. 235 ; « pO,urquoi ne pas admettre qu'Aristophane ait voulu parodier Eleusis ? » et qu'à la p. 237, il note; «à tout prendre, la thèse d'une parodie de rites orphiques est assez plausible» ; il conclut

finalement à la même page;
pour corser l'effet comique,

«

Le plus vrai doit être que,
Aristophane ait mélangé

certains rites. »
En 1966, Léo Strauss fit paraître à Chicago un gros livre Socrates and Aristophanes qui fut traduit en français en 1993 par O. Sedeyn; l'auteur a consacré un long chapitre (p. 13-67 de l'édition française) aux Nuées. A quatre reprises (p. 19; 23 ; 27 [bis]), il se contente d'écrire que Socrate a initié Strepsiade et à la p. 63, il affirme que « Pheidippide ne semble pas le moins du monde avoir été initié au culte des Nuées ou à la croyance

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