Les romans d'amour sont dangereux

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Blanche est en grand danger chaque fois qu’elle écrit un roman d’amour parce qu’elle a une fâcheuse tendance à s’éprendre de ses héros. Que se passera-t-il quand Alain, l’homme qui l’a inspirée sans le savoir, lira le roman qu’elle a écrit ? Ressortira-t-il indemne de cette lecture ?
Les romans d’amour risquent de rendre amoureux ceux qui les écrivent autant que ceux qui les lisent. Une variation amusante sur le pouvoir des livres et sur les relations entre la fiction et la réalité.
"Les romans d'amour sont dangereux" a été désigné lauréat du Prix du Livre Numérique 2015.
Publié le : jeudi 5 mars 2015
Lecture(s) : 18
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026201526
Nombre de pages : non-communiqué
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Catherine Choupin

Les romans d'amour sont

dangereux

 


 

© Catherine Choupin, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0152-6

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Photo de couverture : William Dyce, Francesca da Rimini, 1837, Scottish National Gallery, Edimbourg. Domaine public

 

 

 

 

 

 

 

 

A Coralie, Laure et Charlotte, trois « anges qui sont venus au soir de ma vie m’apporter de bien belles choses », et qui ont couru le danger de publier mes romances.

 

 

 

 

« Soucieuse de se former sur le vrai, elle méprisait ces froides et dangereuses fictions »

Bossuet, L’Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, 1670

 

 

 

« Mais si tu as telle envie de connaître / la racine première de notre amour, / je ferai comme qui pleure et parle à la fois. Nous lisions un jour par agrément / de Lancelot, comment amour le prit (…) / mais un seul point fut ce qui nous vainquit. / Lorsque nous vîmes le rire désiré / être baisé par tel amant, / celui-ci, qui jamais ne sera loin de moi, / me baisa la bouche tout tremblant ».

Dante, La divine comédie, chant V de L’Enfer (Paolo et Francesca), 1321, traduction de Jacqueline Risset.

 

Chapitre 1
Un échec cuisant (Alain)

 

 

« Alain est un homme qui, sous des allures souvent un peu rudes et viriles, dissimule, avec plus ou moins de bonheur, une émotivité particulièrement vive et une grande sensibilité. Alain n’est pas l’homme des demi-mesures, ni pour son caractère, qu’il aime afficher trempé, viril, courageux, combatif, ni pour son destin, qui peut être une superbe réussite ou un échec cuisant. »

Alain ferma la « page » qu’il venait d’ouvrir sur la « personnalité » liée à son prénom. Il avait du mal à comprendre qu’un caractère pût se déduire d’un prénom, mais cette description lui correspondait bien, et c’était agaçant. Peut-être en était-il de ce genre d’analyse comme des horoscopes : beaucoup de personnes pouvaient s’y reconnaître sans porter nécessairement le même prénom. Ainsi dans Le dernier métro, le personnage que joue Gérard Depardieu abordait toutes les femmes en disant : « Je sens qu’il y a deuxfemmes en vous ». Il le disait d’un air pénétrant, en visant d’autres types de pénétration, et cela était finalement efficace puisque chaque personne a l’impression d’avoir en elle une part de désir et de folie, qui échappe parfois au contrôle de la raison.

De fait, Alain était extrêmement sensible et l’assurance qu’il manifestait n’était justement qu’une « affiche ». Quant à son destin, l’article avait tout à fait raison hélas, car jusque-là il relevait totalement de « l’échec cuisant » ! Et cela n’allait sûrement pas s’arranger à l’âge qui était le sien, 64 ans.

La première femme qu’il avait aimée de tout son cœur, Béatrice, l’avait quittée pour un autre. Sait-on jamais la vraie raison pour laquelle l’être aimé vous quitte ? Mais ce qu’il avait cru comprendre, c’était qu’aucune femme ne pouvait l’aimer. Béatrice avait enfoncé le clou sur le drame de son enfance : sa mère l’avait placé en nourrice pendant ses quatre premières années. Certes la « servante au grand cœur », qu’il considérait comme sa vraie mère lui avait donné énormément d’amour, mais l’enfant avait bien senti au fond de lui que celle qui l’avait porté dans sa chair, n’avait pas daigné s’intéresser à lui pendant ces premières années de l’enfance, avec leurs impressions indélébiles.

La deuxième femme qui avait eu le bon (ou le mauvais ?) goût d’être amoureuse de lui, il l’avait épousée tout de suite, persuadé qu’il devait sauter sur une occasion qui ne se représenterait pas. Précisons au passage que le « tout de suite » et le « sauter sur » incluent les deux années qu’il mit à se rendre compte que cette femme l’aimait. Mais une fois qu’il lui eut fait un enfant, elle se consacra entièrement à leur fils unique et repoussa presque systématiquement ses « avances », si l’on peut nommer ainsi les tentatives d’intimité d’un époux dont on partage la couche ! A part une ou deux aventures, sa vie avait été et était un véritable désert sexuel et sentimental. Car sa femme jamais ne l’embrassait ni ne venait dans ses bras. Elle lui refusait même cette tendresse propre aux vieux couples.

Le plus drôle, c’est qu’il avait une réputation de séducteur, auprès de ses collègues à cause de son succès auprès de la gent féminine ; en réalité, toutes les femmes de l’hôpital dans lequel il avait travaillé, au service des grands brûlés, étaient ses amies, et seulement ses amies, parce qu’elles croyaient qu’il aimait profondément son épouse et qu’ils formaient un couple uni et enviable. Elles étaient ravies de l’amitié sans ambiguïté qu’Alain leur donnait sans compter. Toute sa vie, il avait fait croire à la profonde harmonie de son couple, sans jamais laisser soupçonner une ombre quelconque. Toute sa vie, il avait joué la comédie du type heureux et sûr de lui, toujours prêt à aider les autres. Toute sa vie avait été jusque-là une vaste mascarade.

Heureusement, il avait eu son fils, son Gregory, le seul être qui lui était vraiment cher, et qui lui rendait bien son affection. C’était un bon garçon, gentil, drôle, sportif, comme son père, mais comme lui aussi, secrètement mélancolique. N’importe quelle personne de son entourage aurait pu déceler cette mélancolie en écoutant les chansons préférées du père et du fils. C’étaient des chansons pleines d’espoirs brisés, d’amours déçues, des chansons souvent noires, à côté desquelles Les Feuilles mortes de Prévert étaient une vaste rigolade. Ces chansons disaient la vérité sur celui qui les appréciait. Seul un être sensible et romantique, amèrement déçu par la vie, pouvait aimer de telles chansons.

Or ce fils adoré, avec qui il partageait tant de choses, ce fils qui l’appelait tous les jours, où qu’il fût, pour prendre des nouvelles, lui avait été arraché brutalement par la Grande Faucheuse. Gregory était mort la nuit dans son lit, et le coup de fil qu’Alain reçut des pompiers le 4 juin 2009 au matin transforma une vie presque ratée en une catastrophe. Oui « un échec cuisant », à cause de sa mère peut-être , à cause de Béatrice un peu, à cause de lui sûrement, à cause d’un destin cruel. Gregory avait 33 ans. Lors de la cérémonie, l’on écouta la chanson préférée du père et du fils : « Mais où sont passées leslumières / Qui nous guidaient… ? de Gérard Manset. Tout le monde pleura à chaudes larmes. La chanson si triste, qui déplorait l’absurdité de la vie et la fin des illusions, prenait enfin tout son sens !

La vie d’Alain, elle, n’en avait plus aucun. Il était déjà à la retraite quand il perdit son « bien » le plus cher. Pourtant l’idée du suicide ne l’effleura presque pas. Il se réfugia, non dans les bras de sa femme, qui refusait les étreintes, mais dans l’art, la musique, la lecture. Surtout il se réfugia dans le cimetière. Au début, il y allait pour rester près de son fils, et il continua à y aller aussi pour cela pendant des années. Mais peu à peu, il découvrit, au fil de ses « promenades » solitaires entre les tombes, tous les trésors culturels et tout le charme de cette oasis de silence, de verdure et de pierre en plein Paris. Il s’intéressa à tous les hommes célèbres qui étaient enterrés là, non loin de son enfant ; il se forgea ainsi au fil des sépultures une culture diverse et étonnante. Il lut ou relut tout Maupassant, qui se trouvait près de Gregory. Il l’indiqua des centaines de fois aux touristes qui la cherchaient ; il indiqua de la même manière Gainsbourg, Sartre et Beauvoir. Son anglais étant approximatif, il tenta d’expliquer très souvent, avec des gestes dignes du mime Marceau, la différence entre la tombe de Baudelaire et son « cénotaphe » : il avait découvert le sens de ce mot, grâce à Baudelaire justement. Dans le premier monument, à l’ouest, se trouvait le corps, dans le second, à l’est, rien ! Il se muait en sémaphore pour désigner les deux directions opposées et faisait « non » de l’index, après avoir montré son propre corps, pour signifier l’absence de restes. Allez savoir ce que les étrangers pouvaient comprendre ! Mais aucun ne se plaignit. Après tout, cela mettait de l’animation dans ce lieu voué à l’immobile.

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