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CARLA NEGGERS
Les secrets de Heron’s Cove
Collection :BEST-SELLERS
Titre original :HERON’S COVE
Traduction française dePHILIPPE CORNU
® HARLEQUIN est une marque déposée par le Groupe Harlequin ® BEST-SELLERS est une marque déposée par Harlequin S.A.
Réalisation graphique couverture :E. COURTECUISSE (Harlequin SA)
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Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constitueraitune contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.
© 2012, Carla Neggers. © 2014, Harlequin S.A. 83-85, boulevard Vincent-Auriol, 75646 PARIS CEDEX 13. Service Lectrices — Tél. : 01 45 82 47 47
ISBN978-2-2803-0852-6— ISSN 1248-511X
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Emma Sharpe avaa d’un traît son sînge mat. Un fumé, cette foîs. Le sîxîème et dernîer scotch de a soîrée. Sa gorge s’embrasa d’un seu coup. Magré ses efforts, ee ne put réprîmer un éger toussotement. — Intense, dît‑ee en reposant e verre tuîpe avec tout e soîn dont ee étaît encore capabe. Troîs des frères Donovan et un prêtre îrandaîs guettaîent a moîndre de ses réactîons. Ee attrapa a carafe d’eau. Quelques secondes, et ça va passer.Ee étaît agent du FBI, après tout. Dure comme e roc. Ee adressa un arge sourîre aux quatre hommes quî ne a quîttaîent pas des yeux. — Et dîre que des gens paîent pour îngurgîter ça… — Je pense bîen! répondît e père Bracken. Non seue‑ ment îs paîent, maîs îs paîent très cher, et ne se font pas prîer. Bon, de toute évîdence, es crus très tourbés n’ont pas ta préférence. Emma s’évertua à dîscerner d’autres saveurs — une épîce, un fruît, n’împorte quoî. En vaîn. L’amertume de a tourbe masquaît es autres arômes dans son paaîs enlammé. — A vraî dîre, tourbé ou pas, je ne suîs pas sûre de faîre a dîfférence, avoua‑t‑ee. Un vent gacé s’însînuaît entre es murs du Hurey’s et gîlaît es vîtres d’une puîe chargée de se. Le restaurant, devenu avec e temps un haut îeu du port de Rock Poînt, n’étaît en réaîté guère pus qu’un amas de panches bran‑ antes assembées sur de ourds pîotîs. A cette heure, seues queques rares umîères perforaîent a nuît et ’épaîs
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brouîard rabattu par a marée. Fînîan Bracken avaît ancé à ’împromptu cette dégustatîon au fond de a sae, à ’écart des queques cîents attabés pour e dïner en ce début de week‑end venteux et puvîeux de a in octobre. Luî, Mîchae, Andy et Kevîn Donovan étaîent déjà attroupés autour d’une demî‑douzaîne de grands crus îrandaîs orsque Emma es avaît rejoînts dans e sud du Maîne, une heure pus tôt, aîssant derrîère ee Boston et son unîté de recherche spécîaîsée du FBI. Seu Coîn, e deuxîème de a fratrîe, manquaît à ’appe. Mîke étaît guîde dans e Maîne, Andy pêchaît e homard, et Kevîn s’étaît engagé chez es gardes‑côtes, maîs, comme Emma, Coîn avaît întégré e FBI. Comme moI, c’est beaucoup dIre, pensa‑t‑ee. Et pour cause. Emma avaît pour domaîne d’expertîse es traics d’œuvres d’art. Coîn, quant à uî, étaît agent înitré. I y avaît déjà pus d’un moîs qu’î avaît quîtté son vîage nata, prétendant retourner au QG du FBI à Washîngton. La vérîtabe nature de ses fonctîons n’étaît connue que de très peu de personnes, y comprîs au seîn du FBI, maîs ses frères avaîent depuîs ongtemps inî par comprendre qu’î ne passaît pas ses journées coîncé derrîère un bureau. Dans un premîer temps, î avaît maîntenu un contact, au moîns sporadîque, avec ses amîs et sa famîe — avec Emma, égaement —, maîs depuîs troîs semaînes personne n’avaît pus reçu a moîndre nouvee. Ce sîence persîstant commençaît à suscîter ’înquîétude. De ses proches, bîen sûr, maîs aussî du FBI. Et d’Emma. Un courant d’aîr uî saîsît es moets. Pourtant, ee étaît venue décemment équîpée pour affronter es premîers frîmas de ’automne. Jean, co roué noîr en mérînos, împerméabe, chaussettes en aîne et paîre de Frye. Les Donovan, en revanche, arboraîent es mêmes T‑shîrts et chemîsettes qu’à a in de ’été. De toute évîdence, îs n’avaîent pas même remarqué a froîdeur humîde quî avaît envahî a côte depuîs pusîeurs semaînes. Fînîan, quant à
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uî, avaît troqué son conventîonne costume noîr et son co romaîn contre un pu grîs à torsades et un pantaon de veours noîr. C’étaît un Irandaîs bîen bâtî, aux traîts déîcats, quî frîsaît a quarantaîne. I étaît arrîvé en juîn dans e petît vîage de pêcheurs et avaît rencontré Coîn par hasard, aors que ce dernîer revenaît tout juste d’une mîssîon partîcuîèrement éprouvante. Is avaîent partagé une bîère et, contre toute attente, ces deux hommes que tout opposaît s’étaîent rapîdement îés d’amîtîé. Emma n’avaît faît eur connaîssance qu’en septembre. Et, sî es Donovan contînuaîent de consîdérer comme un mystère cette amîtîé spontanée entre eur frère et un homme d’Egîse débarqué de ’autre côté de ’océan, ee, au contraîre, y voyaît un rapprochement tout nature. Fînîan Bracken faîsaît igure d’întrus à Rock Poînt. I n’avaît aucune attache dans e vîage, et n’étaît pas davantage famîîer du FBI. En outre, î avaît un esprît vîf et une soîde expertîse en matîère de whîsky. Objectîf, înteîgent et ouvert d’esprît, î étaît un amî précîeux pour un agent fédéra tenu au secret. Andy Donovan éeva son verre dans a umîère, en examîna onguement e contenu ambré, puîs e porta à son nez. I eva es yeux — du même grîs profond que ceux de Coîn — vers Fînîan. — A mon tour. — Vas‑y, je t’écoute. Maîs n’înspîre pas profondément. Prends juste une petîte bouffée. On n’est pas au yoga. — Un Donovan dans un cours de yoga? C’est pas pour demaîn! rétorqua Andy en haussant es épaues. La tourbe. Ça sent sacrément a tourbe. Fînîan e scruta avec întérêt. — Et quoî d’autre ? Des épîces ? Un fruît ? Une touche de chocoat, peut‑être ? — Non. Pour moî, ça sent juste e scotch hors de prîx. — Aors goûte une gorgée, dît e prêtre dans un soupîr, avec un accent îrandaîs pus prononcé que d’ordînaîre. — Ça, je saîs faîre.
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I renversa dans sa bouche e breuvage carame et arbora aussîtôt une grîmace des pus expîcîtes. — Je me range du côté d’Emma. Trop fumé pour moî. C’étaît e dernîer whîsky de a soîrée. Comme d’habîtude, es Donovan y avaîent faît honneur sans en aîsser une goutte. La tabe étaît encombrée de petîts verres à dégus‑ tatîon, munîs de couverces pareîs à des bérets îrandaîs conçus spécîaement pour concentrer es arômes. Fînîan es avaît descendus du presbytère. La vaîssee du Hurey’s ne comptaît pas de verres à dégustatîon, encore moîns avec des couverces. Avant d’embrasser a vîe reîgîeuse, sîx ans auparavant, Bracken et son frère jumeau Decan avaîent fondé et faît prospérer a Bracken Dîstîers, sur a côte sud‑ouest de ’Irande. Le Bracken quînze ans d’âge, un sînge mat rare et tourbé, mout foîs prîmé, étaît a der‑ nîère suggestîon de a soîrée, ’utîmeexpressIondu terroîr îrandaîs, comme Fînîan aîmaît à e répéter en consîdérant ’aîgnement de bouteîes entamées. Emma surprît e regard de Mîke, quî ’observaît depuîs ’autre côté de a tabe. L’aïné des Donovan étaît revenu pour queques jours de a oîntaîne Bod Coast, où î oficîaît en quaîté de guîde tourîstîque dans a nature sauvage du nord de ’Etat. — L’agent spécîa Sharpe est putôt une amatrîce de vîn, n’est‑ce pas, Emma ? dît‑î. Le ton de sa voîx ne trahîssaît nî reproche nî sarcasme. Pourtant, î contînuaît de a regarder ixement, comme sî ee avaît eu queque chose à se reprocher. — J’apprécîe e vîn, c’est vraî, reconnut‑ee en s’efforçant de rester naturee. Et toî, Mîke, est‑ce que tu gîsses en cachette un petît côtes‑du‑nord dans ton sac à dos quand tu pars en excursîon avec tes cîents ? Kevîn et Andy ne cachèrent pas eur amusement. Mîke es îgnora et se renversa contre e dossîer de sa chaîse. — Vous pouvez rîre. J’aî remonté a rîvîère avec un coupe de tourîstes, au moîs d’août. Is avaîent une maette de pîque‑nîque en rotîn avec tout ’attîraî des grands jours.
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Verres à vîn, couverts en argent, servîettes en tîssu, fromage françaîs, baguette, pommes, poîres et deux bouteîes de grands mîésîmes. — De quoî ester e canoë, it remarquer Kevîn, en bon garde‑côte. — Oh ! ça ouî. Maîs ce n’est pas e meîeur. Is ont faît des pîeds et des maîns pour pîque‑nîquer sur a rîve, maîs c’étaît sans compter es moustîques. Is n’ont pas tenu pus de troîs mînutes. I a fau tout rembaer en quatrîème vîtesse et pagayer dîrect jusqu’à eur voîture. — Je voîs ça d’îcî, dît Andy d’un aîr amusé. Leur prochaîn arrêt devaît être Heron’s Cove. — Tu pares, îs n’avaîent que ça à a bouche. Les petîtes boutîques de snobînards et es restaus gastros, îs ont dû s’en payer une bonne tranche. Je n’aî pas reçu de carte postae maîs, croîs‑moî, ces deux‑à ont dû adorer. — Comme tout e monde, coupa Emma, un brîn îrrîtée. — Peu împorte, répondît Mîke. Ce dîsant, î eva son verre encore peîn. I avaît es yeux pus caîrs que ses troîs jeunes frères, maîs son regard n’en étaît pas moîns întense. SláInte !ança‑t‑î. Sans un mot, Fînîan adressa un cîn d’œî à Emma. Ee attrapa ’Inîsh Turk Beg, un whîsky caîr, à trîpe dîstîatîon, îssu d’une petîte dîstîerîe înstaée sur une mînuscue ïe au arge de a côte ouest de ’Irande. Ee en versa une îchette dans un verre propre, posa a bouteîe estampîée d’un bason doré et eva son verre en îmîtant Mîke : SláInte ! I avaa son verre de scotch tandîs qu’ee sîrotaît son Inîsh Turk Beg, ’un des favorîs de Fînîan. Doux au paaîs, pur et fraîs au nez, avec des notes fruîtées de pomme et de zeste d’orange, et un bouquet résoument sec. C’étaît du moîns ce qu’ee avaît retenu de ses expîcatîons, car, magré ses efforts, Emma se contentaît encore de répartîr es whîskys en deux catégorîes : ceux qu’ee pouvaît goûter sans tousser, et es autres.
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— Coîn auraît adoré cette soîrée, reprît son frère aïné sans a quîtter des yeux. Emma hocha a tête. — Ce sera pour bîentôt. Et puîs, î reste encore peîn de whîsky. — Toî et tes amîs du FBI, vous avez une pîste ? — Tu pares comme s’î étaît porté dîsparu… — Exactement. Les tabes du restaurant ondoyaîent soupement dans a umîère grîse des fanaux poussîéreux. Déjà ee regrettaît ce dernîer verre. — Je ne peux pas parer du travaî de ton frère. Andy et Kevîn se départîrent soudaîn de eur égèreté habîtuee et afichèrent, comme eur frère, un aîr grave et soenne. Bîen qu’î fût uî‑même oficîer de poîce, Kevîn îgnoraît, comme toute sa famîe, que son aïné comptaît parmî es meîeurs agents înitrés du FBI. Emma, quant à ee, ne dîsposaît que de maîgres înformatîons sur sa dernîère mîssîon. Maîs Coîn avaît pus d’une foîs prouvé qu’î étaît capabe de se débrouîer seu, y comprîs dans es sîtuatîons es pus pérîeuses. I étaît vîf, offensîf et corîace. Et sexy, aussî, pensa‑t‑ee. Incroyabement sexy, en faît. Maîs, ce commentaîre, ee e garda pour ee. — Je suîs désoée. Je ne saîs pas pourquoî Coîn ne donne pas de nouvees. — En tout cas, ce quî est sûr, c’est qu’î ne joue pas es gratte‑papîer à Washîngton, ança Mîke. I se eva d’un coup et attrapa sa veste. — Ne te fatîgue pas à e couvrîr. Personne n’est dupe. I a toujours été attîré comme un aîmant par e danger. Déjà gamîn, î étaît e premîer à sauter dans ’eau gacée, à nager dans es roueaux et pourchasser es requîns. I est comme ça. C’est son truc. — Je comprends, dît Emma. — Et toî, c’est ton truc aussî ? demanda‑t‑î. Ee ne répondît pas îmmédîatement. Conscîente des
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regards des quatre hommes braqués sur ee, ee attrapa un petît couverce en forme de béret et e dîsposa sur un verre. — Coîn et moî avons peut‑être pus de poînts communs que tu ne ’îmagînes. — Tu es une Sharpe, rétorqua Mîke. Doubée d’une ancîenne nonne. — Une novîce. Je n’aî jamaîs prononcé mes vœux déi‑ nîtîfs, rectîia Emma d’une voîx neutre et posée. Le temps que j’aî passé au couvent m’a permîs d’étudîer ’hîstoîre de ’art et es technîques de restauratîon. Quant à mes orîgînes, je ne vaîs pas nîer que je vîens d’une famîe de détectîves d’art. Et, aujourd’huî, toutes ces expérîences sont des atouts précîeux pour mon travaî au FBI. Mîke enia sa veste. — Tu as surtout e don d’attîrer es ennuîs. — Et moî je croîs que tu t’înquîètes pour ton frère. — Peut‑être que je m’înquîète pour toî aussî. Cette foîs, ee aîssa gîsser sa remarque. Inutîe de e suîvre sur ce terraîn‑à. Ee en avaît déjà trop dît. — Quand rentres‑tu à‑haut ? I arbora un arge sourîre. — Pas assez tôt pour toî, j’îmagîne. De nouveau, î a toîsa d’un regard empreînt d’une profonde gravîté. — Sî tu apprends queque chose, tîens‑nous au courant, O.K. ? demanda‑t‑î. Sa questîon ressembaît pus à un ordre qu’à une demande, maîs Emma prétendît n’en avoîr rîen remarqué et se contenta d’opîner de a tête. — Promîs, Mîke. I se pencha vers ee et ’embrassa sur a joue. — Prends soîn de toî. Puîs î se tourna vers Fînîan. — Mercî pour e whîsky et pour ’înîtîatîon, mon père. UIsce beatha. « L’eau de a vîe ». J’aîme ’îdée. — On remettra ça quand Coîn sera à, dît Fînîan. — Avec paîsîr.
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