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Les yeux de Babeth

De
127 pages
Après dix ans de vie commune, Cécile et Robert forment un couple heureux et sans histoire. De l'amour ils en ont l'un pour l'autre, mais aussi du respect et l'envie de poursuivre ensemble cette quête du bonheur, chaque jour renouvelée. Mais rien n'est jamais acquis et Cupidon n'hésite pas parfois à utiliser quelques flèches malignes pour mettre à l'épreuve les cœurs amoureux. La rencontre avec le chômage et la détermination d'une intrigante mère, prête à tout pour sauver son fils de la cécité, auront – elles raison des sentiments et de la confiance qui jusqu'à présent unissaient Cécile et Robert?
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Les yeux de Babeth

3
Pierre Fons
Les yeux de Babeth

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9622-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748196221 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9623-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748196238 (livre numérique)

6 . .

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CHAPITRE : 1
Ton café refroidit sur le bord de la table de la
cuisine. Le séchoir à la main, tu fredonnes du
Higelin dans la salle d’eau. Le tintement des
flacons, fioles, et autres flasques à produits
cosmétiques, annonce l’imminence de la séance
de maquillage.
Du salon, où assis sur le fauteuil noir (simili-
cuir), aussi tanné que le cul d’un babouin, je
m’évertue à trouver dans l’horoscope du jour,
une raison valable pour m’extirper du doux
siège, je t’entends maugréer d’insatisfaction sur
les vertus de telle crème ou tel mascara. Il est
sept heures dix en ce matin de décembre, et le
soleil est encore à la bourre ! De ma fenêtre, je
contemple l’avenue. Telle une immense
guirlande de Noël, les phares blancs croisant les
feux rouges des véhicules qui remontent l’artère
étincellent dans l’aurore naissante.
– Merde, mon café est glacé ! Tant pis j’en
prendrai un au bureau.
Je ne relève pas et prends cela comme ton
Bonjour du matin. Le combat avec la brosse à
9 Les yeux de Babeth
cheveux a tourné à ton avantage, et je te trouve
très bele, mais je ne dirais rien tu ne
m’entendrais pas. Un dernier coup d’œil dans le
miroir du vestibule, tu n’es déjà plus là.
Me voilà seul, un jour de plus. Je me sers un
café, chaud celui-là ! Et je vais retrouver mon
canard au salon où je l’avais abandonné à la
rubrique recette du jour : (Lapin aux
pruneaux…) Certes cela n’avait pas l’air d’être
bien difficile à préparer même pour un
néophyte comme moi. Mais après réflexion, je
me dis qu’il faisait froid dehors et que dans
mon quartier, selon l’expression : Les lapins ne
courent pas les rues ! de plus le premier volailler
du coin devait se trouver à plus de huit cents
mètres d’ici.
Ces prétextes me paraissant un peu légers, je
devais me convaincre avec un argument un peu
plus sérieux. N’étant pas chasseur moi-même, je
me rangeais donc du côté des amis des bêtes, en
considérant que des pruneaux, ils en prenaient
bien assez le jour de l’ouverture de la chasse
pour les leur resservir au plat du jour. La cause
étant entendue, je déjeunerai d’un steak haché
purée, comme hier. Le problème du menu
réglé, je retournais à mon journal pour pratiquer
ce rituel qui consiste à l’ouvrir à la page douze,
jusqu’à la colonne intitulée (Offres d’emploi).
Le téléphone à portée de main, bloc note, stylo,
C.V, livret militaire, carnet de santé, dernières
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fiches de paies etc. Il ne manquait plus que la
petite valise contenant le pyjama et la trousse de
toilette. Je pointais quelques numéros de
téléphone au hasard, puis entourais certaines
propositions. Au bout d’une demi-heure, je me
décidais à composer un numéro. La sueur
commençait à perler sur mon front et ma main
libre tapotait nerveusement le rebord de la table
basse. Dès les premières syllabes perçues de
mon correspondant, ou plutôt de ma
correspondante, mon avant-bras se mit à
trembler et je compris aussitôt que c’était la
tuile !
– Putain ! Encore un répondeur, bordel de
merde ! Ne peut-on plus au vingt et unième
siècle se parler entre êtres humains ?
En fait, cette colère n’était pas justifiée. Tout
le monde aujourd’hui a l’habitude de traiter,
dialoguer, écouter et même prendre un rendez –
vous avec un répondeur téléphonique. Pour
moi, il m’était impossible de négocier ma vie
face à un appareil. Bien sûr une personne
prendrait le relais. Après, je pourrais me
présenter, lui dire « bonjour, au revoir, merci,
joyeux Noël etc. » Chaque fois que cela se
produisait, je ne rappelais plus personne de la
journée ou plus. C’était une phobie. Je devais
être (répondophobe)!

11 Les yeux de Babeth
Pourtant il fallait bien que je me bouge.
Cécile arriverait ce soir et me lancerait tout en
enlevant son pardessus :

– Alors ! Quoi de neuf aujourd’hui, toujours
rien ?
Elle n’en dirait pas plus et moi cela me
suffirait à passer une nouvelle nuit d’angoisse.
Je repris la lecture du quotidien en
remarquant toutefois quelques auréoles grasses
à certaines pages que je n’avais pas encore
parcourues. C’était la signature de notre
concierge Élise qui récupérait la presse vers
cinq heures trente et s’était aimablement
proposée à nous la livrer à domicile, à condition
de pouvoir y jeter un petit coup d’œil avant.
Cela ne me dérangeait point, si ce n’est le fait
qu’elle prenne son petit déjeuner dessus.
J’allumais une gauloise blonde, la première de
la journée, il était dix heures et cela me procura
un léger sentiment de satisfaction. En effet,
j’avais, comme tout bon fumeur ayant décidé
d’arrêter le tabac, pris la décision d’en finir avec
cette satanée dépendance. J’avais déjà fait mille
tentatives de sevrage, passant par les « week-
ends sans tabac », les patchs, et autre séance
d’acuponcture sans réels succès que quelques
jours d’abstinence. Je décidais donc d’essayer
une méthode plus douce qui consistait
simplement à reculer tous les jours d’un certain
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