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Lieutenant Eve Dallas (Tome 13) - Fascination du crime

De
350 pages
Bryna Bankhead est tombée du douzième étage à 1 h 30 du matin. Mais les tests sont formels : son décès est survenu un quart d’heure plus tôt. La jeune femme vivait dans la tour au pied de laquelle on a trouvé son cadavre, et les vidéos du hall révèlent qu’elle est rentrée ce soir-là au bras d’un compagnon fort séduisant et attentionné. Or, pour Eve Dallas, tout ceci est une vaste comédie, et cet homme aux allures de chevalier servant n’est qu’un pervers. D’ailleurs, si elle ne l’arrête pas au plus vite, il risque d’ajouter d’autres victimes à son tableau de chasse...
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Nora Roberts
Lieutenant Eve Dallas – 13
Fascination du crime
Maison d’édition : J’ai Lu
Seduction in Death Traduit de l’anglais (États-Unis)par Sophie Dalle © Nora Roberts, 2001 Pour la traduction française : © Éditions J’ai lu, 2005 ISBN numérique : 9782290142967 ISBN du pdf web : 9782290142981 Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782290139066 Ce document numérique a été réalisé par PCA
Présentation de l’éditeur : Bryna Bankhead est tombée du douzième étage à 1 h 30 du matin. Mais les tests sont formels : son décès est survenu un quart d’heure plus tôt. La jeune femme vivait dans la tour au pied de laquelle on a trouvé son cadavre, et les vidéos du hall révèlent qu’elle est rentrée ce soir-là au bras d’un compagnon fort séduisant et attentionné. Or, pour Eve Dallas, tout ceci est une vaste comédie, et cet homme aux allures de chevalier servant n’est qu’un pervers. D’ailleurs, si elle ne l’arrête pas au plus vite, il risque d’a jouter d’autres victimes à son tableau de chasse…
Couverture : © Anneka / Shutterstock
Biographie de l’auteur : NORA ROBERTS s’est imposée comme un véritable phénomène éditorial mondial avec près de cent cinquante romans publiés et traduits en vingt-cinq langues.
Certes, j’évoque les songes, Ces fruits du cerveau au repos Qui n’engendre que des fantasmes vains.
William SHAKESPEARE
Mais tout homme tue ce qu’il chérit, Que chacun se le tienne pour dit. Les uns, d’un regard méchant, Les autres, d’un mot indulgent. Le lâche le fait avec un baiser, Le brave à l’aide de son épée ! Oscar WILDE
1
La mort peuplait ses cauchemars. Elle était une enfant sans en être une, confrontée à un spectre qui ne mourrait jamais. Derrière la vitre sale, le néon clignotant baignait la pièce d’une lueur rougeâtre. La lumière se répandait sur le sol, le sang, le corps. Recroquevillée dans un coin, elle agrippait encore le couteau ensanglanté. Une douleur intense, insupportable la submergeait p ar vagues successives, imprégnant chacun de ses pores. L’os du bras qu’il avait cassé, la joue qu’il avait giflée. Le cœur de son intimité déchiquetée par le viol. Elle avait huit ans. Elle était hors d’haleine. Une petite voix lui murm urait qu’elle était vivante. Elle avait dans la bouche un goût de sang mêlé de whisky. Elle était vivante, et il était mort. Elle était vivante, et il était mort. Elle se répétait ces mots sans cesse, en boucle, essayant de comprendre. Elle était vivante, et il était mort. Ses yeux grands ouverts la fixaient. Il souriait. Tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça, ma fille ! Ses halètements se précipitèrent. Un cri allait jai llir de sa gorge. Elle n’émit qu’un gémissement. Tu as vraiment tout gâché, n’est-ce pas ? Décidément, tu ne sais pas obéir. Sa voix était agréable, presque enjouée. Et tandis qu’il riait, le sang giclait des plaies qu’elle lui avait infligées. Qu’est-ce qu’il y a, ma fille ? Tu as perdu ta langue ? Je suis vivante, et tu es mort. Je suis vivante, et tu es mort. Tu crois ? Il remuait les doigts, comme pour la narguer, et elle poussa un grognement de terreur. Pardon. Je ne l’ai pas fait exprès. Je t’en supplie, ne me fais plus mal. Tu m’as fait mal. Pourquoi ? Parce que tu es stupide. Parce que tu ne m’écoutes pas ! Parce que – et c’est là le vrai secret – jai le pouvoir. Je peux faire ce que je veux avec toi, tout le monde s’en fout. Tu n’es rien, tu’en n’es personne. Surtout, ne l’oublie jamais, petite salope. Elle se mit à pleurer ; ses larmes creusaient des sillons dans le masque sanglant qui lui couvrait le visage. Va-t’en ! Va-t’en et laisse-moi tranquille ! Jamais. Je ne te lâcherai jamais. Contre toute attente, il se redressa sur les genoux . À quatre pattes, tel un crapaud répugnant. Il souriait. Il la scrutait. J’ai beaucoup investi en toi. Du temps, de l’argent . Qui t’offre un toit ? Qui te remplit l’estomac ? Qui t’emmène en voyage à travers ce gra nd pays qui est le nôtre ? La plupart des mômes de ton âge n’ont rien vu, toi si. Est-ce que ça t’a servi ? Non. Est-ce que tu y mets du tien ? Non. Mais tu vas apprendre. Tu te rappelles ce que je t’ai dit ? Il est temps que tu gagnes ta vie. Il se leva, immense, menaçant, et crispa les poings. Seulement maintenant, papa doit te punir. Il s’avança vers elle d’un pas chancelant.
Tu es une vilaine fille. Encore un pas. Une très vilaine fille. Ses hurlements la réveillèrent. En nage, le corps secoué de frissons, elle cherchait son souffle, se débattant furieusement avec les draps qui s’étaient entortillés autour d’elle. Parfois, il l’avait attachée. À ce souvenir, elle geignit comme un animal blessé. Enfin libérée, elle se laissa rouler à terre et se tapit près du lit dans l’obscurité, prête à prendre la fuite. — Lumières ! Pleins feux ! Ô mon Dieu ! Mon Dieu ! Toutes les lampes s’allumèrent, chassant les ombres de l’immense chambre. Elle n’en scruta pas moins chaque recoin, à la recherche des démons qui étaient revenus la torturer. Elle ravala un sanglot. Pleurer ne servait à rien. C’était une marque de faiblesse. De même, se laisser effrayer par un cauchemar était lâche et inutile. Mais elle tremblait encore en s’asseyant au bord de son lit. Un lit vide, car Connors était en Irlande. Y dormir sans lui ne lui réussissait guère. En était-elle pitoyable pour autant ? N’était-elle que stupide ? Ou simplement… mariée ? Le gros chat Galahad vint se frotter contre elle, et elle le prit dans ses bras. Le lieutenant Eve Dallas, flic depuis onze ans, tenta de se réconforter en le serrant contre elle. — Afficher l’heure, ordonna-t-elle. Aussitôt, le réveil se mit à clignoter. Il était 1 h 15, constata-t-elle. Parfait. Elle avait fermé les yeux à peine une heure avant d’être réveillée par ses propres cris. Elle posa le chat, se leva puis, avec la prudence d’une vieille dame, descendit de l’estrade et gagna la salle de bains. Elle s’aspergea la figure d’eau froide, tandis que Galahad venait s’enrouler autour de ses mollets en ronronnant comme un tracteur. Elle s’examina dans la glace. Son visage était blêm e, presque translucide, ses yeux cernés. Ses cheveux plaqués sur le crâne tel un bon net mal façonné, ses pommettes trop saillantes. Sa bouche, trop grande, son nez, banal. Que lui trouvait donc Connors ? Tiens, justement, pourquoi ne pas l’appeler ? Il ét ait plus de 6 heures du matin, en Irlande, et son mari était un lève-tôt. Il suffisait qu’elle branche le vidéocom, il apparaîtrait sur l’écran. Et il verrait le cauchemar dans son regard. À quoi bon ? Quand un homme possédait la majeure partie de l’uni vers, il devait pouvoir voyager pour ses affaires sans être harcelé par son épouse. Cette fois, cependant, ce n’était pas son travail qui le retenait loin d’elle mais les obsèques d’un vieil ami. Elle n’allait pas le déranger pour si peu. Elle savait, sans qu’ils en aient vraiment discuté, que Connors limitait au maximum ses séjours à l’étranger. Ses cauchemars étaient rareme nt aussi violents lorsqu’il dormait à ses côtés. Et jamais encore son père ne lui avait parléaprèsqu’elle l’eut tué, lui répétant des choses qu’il lui avait dites de son vivant. Le Dr Myra, psychologue et profileuse du départemen t de police de New York, s’amuserait comme une folle à en analyser les significations et les symboles, songea Eve.
Ce qui ne l’avancerait pas beaucoup, décida-t-elle. Aussi n’en parlerait-elle à personne. Elle allait prendre une douche, ramasser le chat et monter dans son bureau. Là, elle s’installerait sur son divan et finirait sa nuit en paix. Demain matin, son cauchemar ne serait plus qu’un lointain souvenir. N’oublie pas ce que je t’ai dit. Elle ne se rappelait rien. Pénétrant dans la cabine, elle commanda une douche pleins jets à trente-neuf degrés. Elle ne se rappelait rien, et n’en avait aucune envie. Ayant enfilé une des chemises de Connors – geste pathétique s’il en était, songea-t-elle – elle prenait Galahad dans ses bras quand son vidéocom bipa. « Connors ! » se dit-elle, remplie d’espoir. — Dallas. Commissariat. Dallas, lieutenant Eve… La mort n’existait pas uniquement dans les cauchemars. En ce mardi de juin, Eve la contemplait dans l’air tiède de la nuit. Le ruban jaune de la police encerclait la chaussée et les jardinières de pétunias qui ornaient l’entrée de l’immeuble. Eve avait un faible pour les pétunias, hélas, cette fois-ci, ils ne suffiraient pas à la rasséréner. La jeune femme gisait à plat ventre. À en juger par l’angle de son corps et la mare de sang, il ne devait pas rester grand-chose de son vi sage. Eve leva les yeux sur la tour grise agrémentée de balcons en demi-lune et d’ascenseurs transparents. Tant qu’ils n’auraient pas identifié le cadavre, ils auraient du mal à déterminer d’où elle était tombée. Ou d’où elle avait sauté. Ou encore, d’où on l’avait poussée. Une chose était certaine : la chute avait été longue. — Relevez ses empreintes et effectuez une recherche, commanda Eve. Elle fixa Peabody, son assistante, qui se tenait accroupie devant un kit de terrain ouvert, sa casquette d’uniforme posée sur ses cheveux noirs parfaitement lisses. Elle avait la main ferme et du flair. — Déterminez donc l’heure du décès. — Moi ? s’exclama Peabody, surprise. — Procédez à l’identification, déterminez l’heure du décès, enregistrez la description de la scène et du cadavre. Peabody eut du mal à masquer son excitation. — Bien, lieutenant. Lieutenant, le premier agent ar rivé sur les lieux a un témoin potentiel. — Un témoin d’ici, ou de là-haut ? — D’ici. — Je m’en charge. Eve demeura cependant un instant encore à observer Peabody en action. Satisfaite, elle la gratifia d’un signe de tête, puis rejoignit les hommes en uniforme positionnés autour du périmètre. Il était 3 heures du matin, pourtant, les badauds é taient nombreux, et les policiers avaient du mal à les repousser. Quelques requins de la presse étaient déjà sur place, essayant de grappiller des informations pour le premier journal de la matinée.
Un opérateur de glissa-gril plus malin que les autr es avait sauté sur l’occasion pour effectuer quelques heures supplémentaires. Son gril exhalait une fumée qui sentait les hot-dogs au soja et les oignons réhydratés. Apparemment, les affaires marchaient très fort. En ce magnifique printemps de l’an 2059, la mort co ntinuait de fasciner les vivants, et tous ceux qui voulaient profiter de l’aubaine. Un taxi volant passa sans ralentir. Au loin, une sirène hurla. Ignorant les bruits et les odeurs, Eve s’adressa à l’un des policiers : — Il paraît qu’il y a un témoin. — En effet, lieutenant. Elle est dans la voiture de l’agent Young, à l’abri des vautours. — Parfait. Eve balaya du regard les visages derrière les barri ères. Certains exprimaient l’horreur, d’autres, l’excitation ou la curiosité, et une sorte de soulagement. Je suis vivante, et tu es morte. Chassant cette pensée de son esprit, elle partit à la recherche de Young et de son témoin. Vu le quartier – en dépit de sa façade bien entretenue et des pétunias, l’immeuble était situé à la frontière entre le centre-ville chic et les bas-fonds –, Eve s’attendait plus ou moins à découvrir une compagne licenciée, ou une dealeuse. Mais certainement pas la minuscule et ravissante jeune femme blonde qui la salua. — Docteur Dimatto. — Lieutenant Dallas ? Louise Dimatto inclina la tête. — Vous montez, ou vous préférez que je descende ? — Descendez plutôt. Elles s’étaient rencontrées au cours de l’hiver, à la clinique de Canal Street où Louise luttait contre vents et marées pour secourir les sa ns-domicile et les sans-espoir. Issue d’une famille fortunée, elle avait du sang bleu, mais n’hésitait pas à se salir les mains. Elle avait failli mourir en aidant Eve. Eve jeta un coup d’œil à sa robe rouge pivoine. — Vous effectuez des visites à domicile ? — J’avais une soirée. Certains d’entre nous s’efforcent d’avoir une vie sociale. — Comment ça s’est passé ? — J’ai pris un taxi pour rentrer chez moi, vous pou rrez vérifier… Pourquoi les hommes sont-ils aussi ennuyeux ? ajouta-t-elle en se passant la main dans les cheveux. — C’est une question qui me hante jour et nuit, répondit Eve. Louise pouffa, et elle sourit. — Je suis heureuse de vous voir, malgré les circonstances, reprit-elle. — Je pensais que vous passeriez à la clinique, histoire de constater à quel point votre don nous a été utile. — Dans la plupart des milieux, ça s’appellerait plutôt du chantage. — Don, chantage, cessons de couper les cheveux en quatre. Grâce à vous, Dallas, des vies ont pu être sauvées. Cela doit être aussi satisfais ant pour vous que d’arrêter ceux qui les éliminent. — Pour aujourd’hui, c’est raté, répliqua Eve en glissant un regard au cadavre. Que savez-vous d’elle ?