Liliana mon Amour

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Un enfant de la guerre cachant sa pauvreté et sa soif de vivre dans une mansarde décide d’échapper à la rue et de se mettre en quête de ses origines. S’engage alors une cascade d’aventures surprenantes où se mêlent rêves d’enfant puis fantasmes d’adulte.

Un roman d’apprentissage empreint de sentiments forts, de courage et de droiture où le héros, soutenu par l’amour indéfectible de Liliana, parvient à triompher d’un monde hostile et cupide.


Publié le : jeudi 4 juillet 2013
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EAN13 : 9782332562975
Nombre de pages : 390
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ISBN numérique : 978-2-332-55065-1

 

© Edilivre, 2013

 

Préface

Chers parents ce récit vous est dédié, vous qui avez voulu d’un enfant démuni en faire un descendant heureux.

Mais aussi à tous ceux avec qui j’ai partagé amour et affection.

Ces lignes nous transportent du siècle dernier à l’actualité du XXIème siècle.

Aujourd’hui à l’automne de ma vie, j’ai appris… qu’il est des amitiés vers lesquelles le cœur et la pensée aiment s’envoler ainsi dans les moments de nostalgie, de peine ils viennent s’y réfugier.

Il est encourageant de rechercher et de trouver dans ces souvenirs des moments heureux.

Instants privilégiés où notre cœur reçu la luminosité réconfortante d’une affection sincère.

Ces soupirs vers les temps passés réveillent des périodes délicates qui comme une étole fine, légère et fragile ne peuvent être touché qu’avec la pensée.

On ne peut revivre ces jours enfuis au risque de déchirer ce voile que notre esprit a délicatement tissé pour remplir de soleil et de luminosité les paysages et les personnages de nos décennies parcourues.

Nous retournant, la plume levée, nous apercevons la route de notre vie passée.

Sommes-nous sûr de bien voir dans la brume de nos souvenirs ?

… Imaginaire ? Biographie ou vue de l’esprit ?

En cela chacun décidera.

Chers Parents et vous mes chers amis vous, vous le savez…

Chapitre 1

Où Papé se révèle
Mousquetaire d’Arès

Quelle journée, saurons-nous la vivre en goûtant l’instant de bonheur que notre Dieu bienveillant nous accorde… Tout ou presque peut faire l’objet d’un souffle de bien être ; il suffit pour cela que notre esprit et notre cœur s’habillent de l’innocence de notre enfance qui, bien que démunie était heureuse car éloignée de tant de plaisirs factices et trop souvent éloignée d’un mode de vie, jadis peut-être trop sévère, mais combien habité par les plaisirs simples créant en l’enfant une conscience bien formée, riche de principes que le monde pauvre des classes laborieuses savaient insuffler…

J’entends encore mon « Papé » qui souvent me prenait pour son confident en revivant tout haut sa jeunesse turbulente.

– Tu vois mon petit, quand j’avais ton âge, avec une bande de copains nous parcourions notre quartier qui était notre territoire… L’on jouait et chahutait bruyamment en se racontant l’un à l’autre, des extravagances se vantant de les avoir accomplies…

– « Et toi Papé tu étais le chef… dis… les autres te respectaient ? »…

– Moi tu sais je les écoutais, buvant leurs paroles et naïvement croyant toutes leurs histoires, récits conçues et certainement imaginées dans leurs têtes vagabondes pour paraître le plus hardie ou le plus fort, tout cela devenait incontestable par le sceau de maintes affirmations, en fait quand j’y pense maintenant, je comprends que chacun de la bande poursuivait le but puéril de se grandir, et moi le plus jeune, j’étais pour eux le plus sûr moyen de démontrer leur force et leur supériorité… Progressivement nous arrivions à notre « repaire » le lieu de nos amusements ; l’entrée en était interdite…

– « Et vous rentriez quand même ? Mais il n’y avait pas de gardien, pas de chien non plus ? »

– Non, Non rien de tout ça… C’était une propriété privée qui, avec le temps avait été oublié dans l’indifférence du voisinage et nous pouvions y passer de longues heures de conciliabules complices en « fumant » pour faire comme les grands soit des queues d’ail ou de la barbe de maïs… Ah que c’était mauvais ! C’était aussi notre guerre « pour de rire » car chacun s’était confectionné des pistolets avec des bouts de bois mais aussi des frondes qui, elles pouvaient faire du mal car on « visait » pour de vrai… Ah c’était le bon temps, le temps des poursuites, des prisonniers de l’autre « camp » des coups, des blessures qu’il fallait expliquer au Père et là nous avions tous « juré » de ne rien dire de notre « clan » et encore moins de notre repaire, sous peine de passer devant toute la bande pour être bannis… la bagarre quoi !

Sa voix doucement s’estompait et je ne l’entendais plus seulement une respiration régulière et sa tête qui s’inclinait de plus en plus en avant « Papé Papé tu dors » ? Dis-je doucement… mince juste au moment où j’allais le voir dans l’action… ah mon Papé je l’aimais beaucoup avec le récit de son enfance… Peut-être un jour saurais-je la suite ?

– Eh papé tu t’étais endormi !…

– Non, non je réfléchissais à tous ces jours d’insouciance… tiens… tu te souviens que je te racontais notre vie d’espiègles au « cimetière des bagnoles ».

– Quel cimetière ?

– Mais oui tu sais bien cette petite propriété semblant abandonnée de tous et où avait été entassé des centaines de carcasses de voitures de toutes sortes, sur près de dix mètres de hauteur. Ah c’était un drôle de méli-mélo… Elles étaient comme unies, soudées les unes aux autres dans leur infortune… La nature par toutes sortes de plantes se faufilant par les moindres ouvertures les attachait pour en faire des monts de métal, de verdure inébranlable… Cette tristesse était adoucie par des centaines de fleurs sauvages, elles se joignaient à nos joies, colorant et couvrant l’odeur des vieilleries… le gâchis des grands… Et nous, par nos passages incessants nous avions formé des couloirs, des tunnels, des caches, ah combien je l’ai regretté notre terrain abandonné de tous… Notre trésor ! Tourment du voisinage à cause de nos actions de galopins sans bride…

Tiens je me souviens tout à coup… ça me remonte à l’esprit…

Il s’interrompit comme s’il s’était envolé à l’intérieur de lui-même à la recherche de sa si lointaine enfance, ses deux mains noueuses posées devant lui sur le pommeau de sa canne…

Il me semblait voir comme un sourire au milieu de ses rides… Comme la journée était agréable près de Papé… même son silence était bon car prometteur du récit de ses bons moments sortis de la poussière du temps, comme retrouvés au fond de quelques tiroirs de ses souvenirs… je voyais le soleil qui jouait au travers du feuillage agité par un vent léger comme une caresse, les oiseaux s’étaient tus… leurs chamailleries arrêtées me faisait croire que eux aussi attendaient que Papé revienne parmi nous, puis me faisant sursauter…

– Ah ils ne m’ont pas épargné les « bougres » Ah tu sais fiston… faire partie du groupe ce n’était pas chose facile… Nous avions des cartes d’identités…

– Ah oui des vrais ?

Il fallait donner ses preuves par une action dite courageuse comme initiatique… alors on pouvait avoir nos armes… comme un couteau de poche, un pistolet…

– Tu avais un pistolet ! Mais c’était interdit, dis Papé ? Et puis c’est dangereux ! Vous les aviez gardés de la guerre ?

– Mais non, pas un pour de vrai ! Un en bois que chacun se confectionnait… ah si tu savais toute l’attention et le temps que l’on passait à le sculpter, c’était à celui qui serait le plus vrai… Mais aussi la fronde ! Ah la fronde objet de tant de bêtises pour les voisins…

Ce jour-là, le plus ancien se tournant vers moi m’empêcha de les suivre d’un ton de commandement « toi tu restes en dehors, tu vas attendre, car nous allons nous réunir pour discuter de ta venue dans le groupe » surpris mais content car peut être que moi aussi je vais être un « mousquetaire »… Je m’éloignais pour m’asseoir sur un empilement de roues d’acier, sortes de jantes très anciennes avec encore un reste de bandage de caoutchouc. Ces cerclages s’étaient gorgés de la chaleur de mille mains solaire, assis, cette tiède douceur me pénétrait et je me disais qu’elle serait appréciée après le coucher de l’astre par insectes ou chats errants… Mon esprit s’envolait nonchalamment vers les cieux poursuivant les nuages changeants et fuyants, modelant des paysages instables, horizons imaginaires dans ce monde inaccessible dans lequel telles des flèches noires et blanches se poursuivant avec des « vitts » aigus, les hirondelles et martinets coursiers de l’azur accomplissant un ballet fantastique et secret, était-ce de joie ou de surprise qu’ils criaient ? C’était comme des enfants se poursuivant, courants en criant dans la cour de l’école.

Tu vois mon petit je crois qu’en vieillissant j’ai perdu cette faculté de ressentir avec des petits rien comme à ce moment-là, un bonheur paisible, que je percevais en voyant cette insouciance apparente dans une nature que je pensais heureuse… Comme ils étaient hauts ces voiliers célestes, traçant dans la nue des arabesques sans cesse renouvelées… Comme ils semblaient heureux dans leur liberté, ces oiseaux, se souciaient-ils de leur lendemain ? Qu’est-ce que tu en penses mon petit ? Je parle, je parle et toi tu ne peux pas en dire une… Tu vois lorsque les jambes ne portent plus, alors on marche dans sa tête mais en reculant vers le passé… et tu sais… soit l’ancien parle et raconte dans sa cabèche en se frappant le front avec le pommeau de sa canne ou alors si quelqu’un écoute il parle, il parle… Mais trop souvent les jeunes disent « ça va, ça va le vieux, on connaît… de ton temps (et patati et patata) »…

– Mais toi tu es gentil tu m’écoutes comme si cela était important pour toi, me dit-il en me serrant affectueusement contre son épaule. Son geste me le faisait sentir grand et moi si insignifiant.

– Oh moi Papé, je t’aime et je sais que tu as beaucoup vu et beaucoup travaillé et je suis heureux que tu me racontes ton enfance, pour moi ce sont comme des secrets que tu me dévoiles. Mais continue s’il te plaît, tu me parlais des oiseaux et tu avais de la chance d’en voir et d’en entendre car maintenant il y en a beaucoup moins. Tu me parlais de la vie des oiseaux et tu m’as dit « qu’en penses-tu ? » Eh bien moi je crois qu’ils vivaient tout simplement sans se préoccuper du lendemain, ils vivaient pleinement le moment de leur vie d’oiseaux en se laissant porter par le fleuve de la vie, chantant et volant sous le soleil… Mais j’aime t’écouter c’est comme si j’ouvrais un livre et que j’entendrais les mots me parler.

Dis Papé tu es devenu « mousquetaire d’Arès » ?

– Ah oui… Les copains ils étaient longs à décider, je les entendais rire et chahuter dans notre vieux fourgon abandonné… comme le reste d’ailleurs. C’était notre cabanon, notre refuge, le quartier général du « clan » pour nos réunions et les jours de pluies… Ça faisait bien une heure que j’attendais… ils n’en finissaient pas…

La paix de l’endroit, le gazouillis des oiseaux, les parfums de mille fleurs sauvages, la douce chaleur de cette après-midi m’immergeaient dans une agréable torpeur se muant lentement en une forme d’ennuie qui assombrissait cette tendre quiétude.

Je me demandais s’ils m’avaient oublié, alors m’enhardissant je leur criais « alors ça y est là-dedans… C’est drôlement long ! » Comme un caillou lancé dans une mare, mon interpellation arrêta tout net leur exubérance comme s’ils réalisaient qu’ils avaient perdu de vue le but de leur réunion « Ouais, ouais on arrive »… Du local me parvenaient les voies, se chamaillant, mots aux accents ondulés, encore clairs avec de fluettes élancées coupées par de brèves et inattendues déchirures graves, c’étaient l’annonce de futurs changements dans leur corps, moments s’élaborant insidieusement pour déchirer les fils du cocon d’une enfance insouciante dont il fallait vite profiter pleinement car elle ne devait plus revenir.

Ils apparurent alors l’un après l’autre à l’entrée du fourgon, se bousculant, les cheveux ébouriffés, les joues en feu, les chaussettes en accordéon autour de leurs chevilles. C’était bien la preuve de leur chahut fougueux. De la poche de certains pendaient mollement les élastiques des lances pierres. Ah je me souviens de nos noms secrets, nos noms de guerre, prononçables uniquement par les membres du clan, car par les autres cela devenait une insulte : La Boulange… Gras double… La Grenouille… Susucre… Poiscail… Radeau… et d’autres encore. Tu comprendras qu’à chaque sobriquet se rattachait une histoire, plus tard je te raconterais, le temps les avait consacré et seul l’amour propre de l’adolescence allait doucement les gommer de notre bouche, mais nul doute que chaque fois que l’on se rencontrait devenu des hommes on entendait dans notre tête ces surnoms.

Mais où en étais-je ? Il souleva nonchalamment sa casquette se frottant le dessus de la tête sans lâcher son inséparable galurin.

– Et bien tu attendais la décision des « mousquetaire » alors ?

– Ah oui, j’y suis… L’un d’eux, l’œil malicieux me demanda « tu es toujours décidé d’être des nôtres ? » « Mais oui, bien sûr, pourquoi ? » Je percevais dans leur attitude un piège comme s’ils avaient manigancé de bien s’amuser à mes dépends… Les « rosses » ils me regardaient d’un air goguenard, tirant songeur sur leurs larges bretelles comme pour se donner de l’importance, tu sais, la ceinture et les pantalons longs étaient pour les grands, ceux qui avaient « enfin » de la barbe, pour le moment elles maintenaient nos culottes courtes joliment rapiécées d’où débordait le bouillonnement des chemises malmenées… « He les gars si on lui demandait d’aller aux prunes. C’est le bon moment elles doivent être mûres ! » « Aux prunes t’es pas malade non ! Après ce qui est arrivé l’année dernière » lui répondit de sa voix haut perchée le plus malingre, mais le plus agile de nous tous « Et alors ? Après tout on l’a tous fait nous, non ? On en est pas mort » s’écria « la Boulange » « On en est pas mort, d’accord, mais ça a chauffé pour notre matricule » dit « Poiscail ». Je les regardais les uns après les autres me demandant ce qui avait bien pu leur arriver et surtout ce qui m’attendait… L’un d’eux coupa court à leurs discussions en s’écriant « allez, ceux qui sont d’accord qu’ils lèvent la main » et tous, sans aucune hésitation manifestèrent leur approbation avec de grands gestes criant « allez aux prunes, aux prunes, aux pru.u.u.nes ! Pas de canard boiteux » « hourra » s’écria « la Grenouille »… « En avant, allez suis nous, nous allons te montrer ton épreuve ce que veut dire aller aux prunes »… Ils partirent en courant, comme une volée de moineaux. Alors commençant à escalader les murailles de ferraille et de verdure avec dextérité ils s’élevaient vers le sommet… Je revois comme si c’était hier « la Grenouille » sautant, se balançant, s’agrippant comme un agile batracien, on aurait dit qu’une force le propulsait vers les hauteurs. Ah oui il méritait bien son surnom… « Gras double » était plus lent il se retourna et me voyant immobile en bas, les regardant, s’esclaffa, puis portant deux doigts à sa bouche il fit entendre un coup de sifflet strident pour attirer l’attention d’eux tous, puis s’adressant à eux il dit en riant de bon cœur « vous croyez qu’il va monter on dirait qu’il a la pétoche ? » Ah je te prie de croire qu’il m’avait piqué au vif, comme l’on dit, ma fierté enfantine en prenait un coup, à mon tour je m’élançais dans cette aventureuse expédition, je m’accrochais tant bien que mal aux nerveuses structures de la verdure qui avait l’air de se défendre avec par moment son armée épineuse qui me tirait vers le bas, je m’élevais évitant de regarder en bas, j’essayais de suivre leur trace dans leur sinueuse montée… Un sentiment de force et de liberté m’envahissaient venant du soleil qui me chauffait agréablement le dos, de l’odeur de verdure fraîchement écrasée sous nos pas se mêlant aux parfums sauvage des glycines, lilas du japon et autres que nul n’avait planté… si ce n’est le vent. Notre passage faisait fuir de multiples insectes butineurs et parfois dans un battement d’ailes accompagnées de sifflements avertisseurs des merles tels des fusés, apeurées, fonçaient vers leur ciel protecteur. J’osais à peine regarder vers le haut le chemin encore à faire et encore moins vers le bas, attentif à mes « prises » afin de ne pas dégringoler et ainsi décevoir mes ainés qui pour le moment faisait étalage de leur expérience car certains étaient déjà tout en haut… Ah ce n’était pas drôle d’avancer luttant contre l’adversité des innombrables ramifications griffues pleines de vigueur. J’avais l’impression qu’elles lançaient vers moi leurs lignes pleines de grappins dans lesquelles je m’accrochais inexorablement comme si le lieu m’était refusé… Ah vraiment c’était un vrai combat au cours duquel je me débattais vigoureusement, évidemment mon manque d’expérience suscitait l’hilarité du groupe, car plus je gigotais, plus l’ancrage des épines s’affirmait ne lâchant qu’aux prix d’efforts, d’estafilades ou de sinistres craquements dans la chemise qui me préparaient une rentrée à la maison difficile. Enfin, je ne voulais pas trop y songer car pour le moment je ne pensais qu’à monter à leur hauteur. Aiguillonné par leurs moqueries et leurs plaisanteries je m’activais…

Papé tourna vers moi son regard… son bleu regard lavé par le fleuve du temps, il me dévisageait sans dire un mot. Que cherchait-il à voir ? Ma jeunesse… ou bien si ce que j’entendais était crédible pour moi ? Je ne sais… Par contre ce que je sentais et voyais dans ses yeux fatigués c’était son cœur, oui l’amour de son cœur.

– Tu vois… reprit-il, ces moments m’ont fait comprendre, oh plus tard… que bien souvent l’humain cherche à s’élever dans la société en s’appuyant sur son entourage… Il arrive qu’un individu n’ayant pas de valeurs particulières et personnelles profite de la naïveté, de la crédulité ou de la gentillesse d’un de ses auditeurs pour l’abaisser par la dérision, donnant l’illusion à ceux qui l’écoute ou l’observe qu’il est supérieur. Comprends-tu cela ? Il te faudra fuir ces gens qui vivent et prospèrent aux détriments des autres. Ce sont des opportunistes, des vantards, des prétentieux menteurs qui comme des baudruches sont gonflés du vent de la vanité… Tu sais, ce jour-là je leur en voulais de ne pas faire un geste pour m’aider… mais j’y arriverais pensais-je. En effet après bien des efforts j’émergeais à mon tour apparaissant au milieu de ces amoncellements d’acier et de verdure, c’était comme le sol d’une autre planète. Ils étaient tous là depuis un moment en plaisantant… « Mais regardez qu’y arrive, » cria « Poiscaïl » et ben dis donc tu t’es arrangé ! Ah ya yaille ça va chauffer chez toi ce soir ! « la Boulange » légèrement penché de côté tendait à fond les élastiques de sa fronde, puis ayant bien visé il lâcha son projectile qui déchira au loin le feuillage abondant, puis fit entendre le bruit métallique de l’impact sur l’ossature enfouie… je pensais, tant mieux il a manqué l’oiseau… Mais par contre le choc et la vibration de l’acier provoqua un affolement général et l’envol de volatiles effarouchés cherchant à tire d’ailes refuge dans les toitures des maisons voisines, se perchant sur les gouttières, les cheminées et les câbles aériens. Ils regardaient dans notre direction analysant semble-t-il l’importance du danger et à identifier les importuns. « Susucre et Radeau » assis, les jambes pendant dans le vide s’amusaient à tailler avec leur couteau les tiges environnantes qu’ils pouvaient saisir…

– En fait on était mieux en haut qu’en bas ! dit Papé.

– Ah bon ! Pourtant à plus de dix mètres je n’aurais pas été très tranquille moi, pas toi ?

– Si, bien sûr. Mais là, nous étions vraiment chez nous dans notre territoire, la propriété des « mousquetaires d’Arès » où nul ne pouvait venir. En bas, on faisait toujours partie de la ville.

Ah ce n’était pas le silence, c’était un brouhaha d’anecdotes d’éclats de rire ponctués de « Dion » ou des « antigueil. »

– Ça signifie quoi dit Papé, c’était des mots de reconnaissance ?

– Non, non, à l’époque c’était des expressions bien connues des bordelais et que les enfants utilisaient pour faire comme les grands…

Le « chef » celui qui avait le dernier mot était couché à plat ventre sur le toit d’une guimbarde recouverte d’un lit de feuillage fleuris, la tête relevée il semblait attendre mon arrivée. Je voyais son regard narquois, brillant du feu de l’intelligence d’un battant qui animait son visage bruni sur lequel jouait la tache claire d’une fleur coupée qu’il mâchouillait songeur. Péniblement je me hissais et avec précaution me redressais en donnant un coup d’œil circulaire. La vue valait vraiment l’effort, nous dominions toutes les maisons voisines, mais pour le moment mon plaisir était gâché par le danger que je sentais autour de moi et sous moi. Mon manque d’expérience me faisait craindre l’instabilité de ces entassements, et pourtant je puis t’affirmer que les autres ne se retenaient pas de bondir de carcasses en carcasses, mais non, rien ne bougeait. Moi aussi, à la longue je devais faire preuve de la même inconscience d’un possible danger. De là-haut, on voyait par moment venant de l’intérieur des feuillages des reflets brillants venant de la réverbération d’une vitre, d’un pare-brise des carcasses, éclats vite cachés par les ramures mouvantes, c’était comme le scintillement de regards innombrables et brefs, d’une vie dissimulée et souterraine, nous observant pour disparaître aussi soudainement.

« Je sentais la voix de Papé qui ralentissait et perdait de sa vigueur, je pensais à tous les coups, il va encore s’assoupir. Je ne saurais que plus tard, peut-être, ce que fut son épreuve… Effectivement, son menton vint s’appuyer lentement sur ses mains posées sur le pommeau de sa canne, et ce fut le silence. Moi je me levais avec précaution, très doucement, pour ne pas le réveiller je lui fis un bise comme pour lui dire merci et à plus tard. »

Chapitre 2

Deuxième Journée…
l
épreuve se dessine

Sur le chemin du retour mille et mille pensées tourbillonnaient dans ma jeune tête. Je me sentais dépositaire du récit de Papé et déjà sous mon béret bouillonnait toutes ces informations, non non ses confidences. Je me sentais honoré, car je comprenais que jamais il n’avait ressenti le besoin de faire entendre les pages secrètes de son cœur… Cela me faisait un peu peur, car paraît-il… oh non cette pensée me faisait trop mal, levant les yeux vers les cieux pour supplier, mais qui ? Oui, qui pourrait m’entendre ? Quelqu’un m’écouterait-il ? Le curé nous racontait tant de choses sur le pays de « l’après » que par moment je me disais que ce serait « bath » d’y aller rien que pour voir… Comme personne n’en était revenu je préférais que mon Papé reste avec nous de ce côté de la « barrière ». Oh non pas lui… non, non pas lui.

Mais déjà les préoccupations du présent se manifestaient. Qu’elle heure est-il ? Je trouve qu’il fait bien sombre tout à coup, car si moi j’étais trop jeune pour avoir une montre et ma famille trop pauvre pour m’en offrir une, Père lui était ponctuel, et sa montre à gousset insensible à nos priorités. Á sept heures le soir Père était rentré de son dur travail de maçon et « garre » si l’un de nous n’était pas là. Il valait mieux ne pas déclencher le courroux paternel, car l’obéissance et la ponctualité étaient certaines qualités auxquelles nos parents étaient très attachés.

Demain, oui demain je reviendrais voir et surtout écouter le sage récit de mon incomparable Papé… Oh il devait bien avoir soixante ans ou plus… j’avais entendu les grands dire que c’était incorrect de demander l’âge à une personne âgée. Il me faisait penser avec son visage buriné, ses mains noueuses, et quand il s’asseyait son dos vouté, à un vieil indien rempli de sagesse de savoir et d’expériences.

Au repas à plusieurs reprises Père m’interpella « Alors le rêveur, tu as dû en faire aujourd’hui pour ne pas en être revenu… Mais dis-nous où étais-tu ? » Mais chez Papé ! Ah oui, d’ailleurs il vous embrasse tout. Heureusement que je te demande, faudra que l’on prenne le temps d’aller le voir. »

La nuit, au dire de mon frère avec qui je dormais, fut très agitée par des rêves impossibles qui me réincarnaient tantôt comme papé enfant, ou un autre moi à côté de papé, évidemment nous étions les plus forts et aucune épreuve ne nous faisait peur.

Papé habitait la très proche banlieue, en fait nous étions très vite dans la campagne, la marche ne faisait peur à personne, heureusement, car la bicyclette était le résultat d’économies et à mon âge les économies, il aurait fallu avoir de l’argent de poche et pour nos parents cet argent était trop durement gagné pour le gaspiller en futilités.

Le lendemain les quelques kilomètres furent parcourus sans m’en rendre compte. Mes jambes étaient comme portées par mes pensées, j’étais arrivé. Comme toujours le portillon était juste poussé comme pour inviter le visiteur qui viendrait en ami. Son jardin, où régnait comme disait Papé un désordre organisé, abritait une vie libérée de toutes contraintes du modernisme qui avançait et que Papé semblait craindre. De partout éclatait la vie, les couleurs de fleurs non prévues car non semées, la nature étant le jardinier et quand il faisait beau c’était le bruissement d’insectes s’appelant se cherchant, de ramures fleuries se balançant en agitant doucement son feuillage comme pour bercer les passereaux perchés qui clamaient leur joie de vivre au son de leurs « tihuit, tihuit, triiit » et là sous une charmille, d’où pendaient des grappes odorantes de glycines qui comme des tables servies s’offraient aux butineuses infatigables, attendait un banc, oh un vieux banc au bois usé gris de vieillesse aux nervures saillantes comme des rides, aussi vieux certainement que les troncs noueux et « torturés » de la glycine…

Ce pourrait-il que tout ce que je voyais, avaient accompagné Papé dans sa vie et maintenant son veuvage et soient devenus son refuge, sa retraite loin d’une société qu’il ne comprenait plus, la bêtise humaine avec son égoïsme et sa cupidité meurtrière ne le révoltait plus, alors il s’enfermait dans l’écrin de ses souvenirs…

Là me disait-il j’attends ! Mais tu attends quoi, dis Papé ? La suite, mon petit… Oui la suite ! Que voulait-il dire ?

Mais le banc était malheureusement vide, pourtant la porte de sa chaumière entrouverte laissait passer le « tic… toc… tic… toc… » de sa vieille « comtoise. »

– Papé, Papé tu es là ?

Pour toute réponse son matou vint se frotter à mes jambes, sauta sur le banc comme pour m’y inviter, ce que je fis et lui, vint promptement se lover sur mes genoux ronronnant sous mes caresses. – Ah, je vois que ce galopin de Rouky n’a pas perdu son temps ! Bonjour mon petit, comment vas-tu et la famille ça va ? me dit-il en m’embrassant affectueusement…

Je me demandais si Papé allait bien car aujourd’hui sa casquette était basse sur son front et j’avais remarqué que c’était le signe d’un tourment intérieur car lorsque tout était clair et qu’il était joyeux son couvre-chef était glissé vers l’arrière. Mon pauvre Papé qu’as-tu ? Pensais-je…

– Qu’as-tu Papé ? Tu sais je suis très jeune mais je voudrais que mon amitié, mon affection te fasse du bien dans ta tête, dans ton cœur.

– Mais c’est que tu parles comme un grand. Tu sais parfois dans la vie il y a des départs sans espoir de retour. Ce sont comme des déchirures dans le cœur. Il prit son mouchoir à carreaux et se moucha bruyamment et s’essuya les joues. Mais tu pleures Papé ! Oh qu’as-tu Papé ? Les gens ont été méchants envers toi. Tu es tellement aimable que l’on profite de toi. Non mon garçon, la poussière ou le vent peut-être qui me pique les yeux. Oh les gens tu sais… Non. C’est la vie qui me fait du mal, la traitresse elle a encore dérobé un de mes amis. Mon compagnon, mon complice d’enfance. Lui aussi est maintenant au « boulevard des allongés ».

Son émotion et sa peine étaient vraiment trop grande, je voyais bien qu’il ne pouvait les contenir, de grosses larmes suivaient silencieusement les vallées des rides de son visage et avec des gestes rageurs, il soufflait dans son mouchoir et rapidement épongeait ses joues. De son autre main il serait le pommeau de sa canne avec une telle force que les articulations de ses doigts en blanchissaient, il frappait avec rage la terre avec son soutien de vieillesse auquel il s’accrochait comme pour vaincre cette voleuse… disait-il rageusement… Ce départ sur ce chemin sans retour pris par tous ses amis et son impuissance à les retenir, le révoltait.

– Allez parlons d’autres choses, excuses cette peine mon petit ! me dit-il en s’asseyant près de moi. Puis se relevant vivement, je sais combien tu es gourmand, moi aussi d’ailleurs, allez nous allons changer nos idées avec un bon riz au lait comme ta pauvre Mamée te le faisait…

Il s’arrêta songeur un bref instant, te souviens-tu ? Oh oui je m’en souviens, si douce et si gentille avec moi…

– T’es d’accord bien sûr ! Je reviens car j’ai pensé à ta venue. Il s’absenta seulement quelques minutes, j’entendais le bruit de vaisselle de cuillères maniées précipitamment. Il revint avec un plat plein d’un riz crémeux fleurant la vanille. Rouky s’était redressé sur mes genoux. Mais regardes-le ce gourmand de Rouky, dit-il en lui plaçant sous le nez son doigt chargé de crème que le minou eut tôt fait de laper. Il lui en versa quelques cuillerées dans un bol ébréché. D’un bond Rouky fut au sol et se régala le premier, puis Papé nous en servit… généreusement dans ma coupe.

Tu sais cela me rappelle les bons moments dans notre camp lorsque « Gras double » nous ramenait de la pâtisserie de son Père. C’étaient toutes sortes de gâteaux abimés mais plein de crème, au chocolat, au café, à la vanille. Ah vraiment c’était la fiesta ces jours-là, et nos parents se sont toujours demandés pourquoi le soir nous avions mal au ventre. Tu penses bien que nous nous sommes gardés d’en parler, c’était notre secret, enfin un de nos secrets.

– Oui Papé mais dis-moi, tu m’as dit hier que vous étiez tous en haut des tas des vielles ferrailles, ces carcasses des voitures hors d’usage et après qu’as-tu fait ?

Etant les maîtres du lieu, nous dominions le voisinage et de là nous pouvions observer la présence des adultes dans les jardinets des maisons voisines dans lesquels ils jardinaient, se reposaient ou parfois, c’était cocasse, nous pouvions, couchés dans la verdure assister comme à un théâtre en secret à des scènes de ménages, oh nous ne comprenions pas beaucoup de leurs paroles lointaines, seuls quelques éclats de voix ou paroles assez vives pourtant… Mais la violence de leurs gestes leurs allées et venues l’un vers l’autre suscitaient en nous des crises de fou rire.

Moi, Je n’avais pas bien compris ce qu’avait voulu dire « Frisou » en suggérant que j’accomplisse l’expédition ou « l’épreuve de la Prune ». Du haut de notre « perchoir » je parcourais du regard les environs cherchant à comprendre, je remarquais sans grande difficulté un parc boisé attenant à « notre » territoire. De là se dégageait une impression d’abandon, d’où s’exhalait une sorte de tristesse. Les allées s’effaçaient sous une couverture de feuilles et de bois mort, quelques statues endeuillées par de larges larmes noires laissées par le temps et la pluie. Dans un coin près du mur de clôture, la margelle d’un puits avec curieusement pour cet endroit délaissé des fleurs vives et colorées un petit coin entretenu contrastant avec la nostalgie générale de ce parc. Je remarquais parmi d’autres, un arbre majestueux magnifique et respectable par son ancienneté, visible à la grosseur de son tronc. Il élevait comme une prière ou un hommage ses bras puissants et vigoureux vers les cieux. Il semblait comme oublié, présentant en offrande une partie de sa chair issue de son labeur, sa surabondance de prunes, fruits attirants que nul ne semblait vouloir cueillir, boule à la peau tendue d’un vert doré gorgées de sucre. Cela évidemment attirait, moineaux merles et autres gourmands. Je les voyais plonger vivement leurs becs dans cette chair, donnant l’impression qu’ils dérobaient un bien qui ne leur appartenait pas car tout en dégustant ils étaient sur le qui-vive, regardant vivement de droite à gauche entre chaque prise. C’était donc là ! Ils voulaient que j’aille rejoindre la gent ailée pour prélever un butin de fruits qui serait le témoin de mon « courage ». J’espérais me tromper, mais non, l’air de rien ils me désignèrent l’endroit à voix basse comme voulant faire ignorer au voisinage le projet d’expédition. Comment aurais-je pu reculer et m’entendre traiter de pleutre…

– Mais Papé si la propriété était abandonnée le seul problème était d’y entrer, tu ramassais tes prunes et tout le monde était content et toi tu devenais « Mousquetaire d’Arès ». Où était donc le problème ? Moi j’aurais « foncé » et je leur aurais cloué le « bec » à tous.

– He oui bien sûr, d’abord permets-moi de te dire qu’un ruisseau ou plutôt comme l’on dit en gironde, une jale de trois mètres de large nous en séparait, il y avait aussi un mur si haut pour un enfant avec un faitage de tessons de verre dissuadant les audacieux. Et entre les futaies je voyais une bâtisse importante comme un manoir que la nature voulait semble-t-il tant cacher, lierre et vigne vierge en faisaient l’assaut, il me semblait aussi voir des lumières ! C’était donc habité. Et dans le lointain, ce n’est pas possible ! Mais si, un chien ! Et il me semblait énorme, ha je connaissais bien ces « bestioles » car à côté de chez nous, deux « monstres » semblables faisaient la terreur des enfants du quartier, des danois avec leur oreilles pointues et leur sauts incroyables, leurs aboiement profonds et impressionnant. Je m’écriais, mais c’est habité et il y a ce chien.

Ce monstre !

– Je dois reconnaître Papé que cela n’était pas gagné et que tu as dû avoir une drôle de peur ! Mais je sais que tu y es arrivé ? Mais comment as-tu pu ? Moi je crois que… enfin je ne sais pas… car poussé par les copains peut-être que moi aussi j’aurai essayé.

La décision était prise dans ma tête. Mais je voyais tous ces obstacles à franchir, l’entreprise était hasardeuse, et puis il y avait cette abondante végétation pleine de ronces. Ah, crois-moi c’est avec incrédulité que je les regardais tous, en écarquillant les yeux. Je ne pouvais pas douter de leurs paroles concernant leur propre incursion… Quand je leur disais « Non mais vous avez vu ce que vous me demandez de faire ? Vous plaisantez ! Mais vous avez bien regardé, c’est une forêt vierge pleine de ronces qu’il faut traverser au sol, et puis là-bas ». Mais oui me disaient-ils. Oh oui, pour sûr qu’ils s’en souvenaient très bien et même « Susucre » me montra pour preuve, une longue cicatrice à sa cuisse, il l’arborait fièrement le « bougre ». Alors évidemment, avec de tels arguments…

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