Ma raison de vivre - tome 3 : Ma raison de respirer

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Emma aura-t-elle droit à son happy end ?

Deux ans après avoir brisé le coeur d'Evan, Emma ne parvient pas à l'effacer de sa mémoire. Quand un carton plein de souvenirs ressurgit, l'armure d'Emma se fissure. Toutes ses émotions passées reviennent l'assaillir. Pour oublier, elle devient accro à l'adrénaline. Soirées, alcool, garçons : rien ne semble pouvoir combler ce vide qui la consume. Jusqu'à une rencontre décisive,
qui bouleversera toutes ses certitudes...



Publié le : jeudi 19 mai 2016
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823811001
Nombre de pages : 359
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couverture
REBECCA DONOVAN

MA RAISON
DE RESPIRER

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Catherine Nabokov

image

Pour mon amie aimante et sœur de cœur, Emily,
tu es ma joie, et le choix que je n’ai jamais eu à faire.

Prologue

— Je me demande pourquoi j’ai décroché… Je te reparlerai quand tu seras moins con.

J’ai entendu Sara pousser un soupir exaspéré. J’étais sur le palier, près de la chambre, une pile de cahiers dans les bras. J’ai supposé qu’elle avait raccroché. Pour lui signaler ma présence, j’ai fait un peu de bruit devant la porte.

Elle m’avait fait part de sa décision de mettre fin à sa relation avec Jared. Je l’avais écoutée, même si je me sentais incapable de l’aider. Ces derniers temps, Sara se confiait peu à moi. Elle craignait de me perturber davantage.

— C’est bon ? a-t-elle demandé avec un sourire en me voyant entrer.

Malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à masquer la lueur de tristesse dans ses yeux.

— Tu peux m’en parler, tu sais, ai-je tenté d’un air peu convaincu.

— Non, ça va.

Puis, contemplant les nombreux cartons qui l’entouraient, elle a ajouté :

— Comment on va ranger tout ça… Cette pièce est minuscule.

Visiblement, elle préférait changer de sujet. J’ai respecté son choix.

— Je n’ai besoin de rien, je t’assure, ai-je insisté.

— Tu me l’as déjà dit. C’est pour ça que je n’ai apporté qu’une chose pour décorer ta chambre.

Elle a attrapé son sac à main – presque aussi grand qu’un sac de voyage – et en a sorti un cadre. C’était une photo de nous deux, devant la grande baie vitrée qui donnait sur le jardin de sa maison. Anna, sa mère, l’avait prise durant l’été où j’habitais chez eux. Nous avions les yeux brillants et rieurs.

— Non, j’y crois pas ! s’est-elle exclamée. Je rêve ou tu as souri ? Je me demandais si je reverrais ça un jour.

Ignorant sa remarque, je me suis tournée vers l’espace bureau aménagé dans un coin de la chambre.

— Parfait ! a-t-elle commenté en admirant la photo après l’avoir posée sur la commode.

— Bon, on va déballer tes affaires, maintenant. C’est cool que tu n’habites plus le dortoir du campus. En plus, j’adore Meg. Et Serena, même si elle refuse de suivre mes conseils vestimentaires. Cela dit, je ne désespère pas… Et Peyton, qu’est-ce qui se passe avec elle ?

— Juste une embrouille. Mais elle n’est pas méchante.

— Il y a toujours un psychodrame, dans une maison, a-t-elle conclu en rangeant une pile de chemises dans un tiroir. Et tant que ça ne concerne que Peyton, ça me va.

— C’est aussi ce que je pense, ai-je confirmé en accrochant des vêtements dans le placard.

Sara a posé une grande boîte à chaussures noire sur le lit.

— Est-ce qu’on laisse les bottes dedans ? a-t-elle questionné en soulevant le couvercle.

D’un geste rapide, je l’ai refermé. Elle m’a dévisagée d’un air perplexe.

— Ce ne sont pas des bottes, ai-je glissé d’une voix sourde.

— OK, pas de problème, a-t-elle conclu devant mon air sombre. Où veux-tu que je la mette ?

— Je m’en fiche. Ça m’arrangerait même de ne pas savoir. Je vais aller chercher un truc à boire. Tu veux quelque chose ?

— De l’eau, s’il te plaît.

Lorsque je suis revenue, Sara était en train de faire le lit et la boîte avait disparu. Je me suis assise sur la chaise à roulettes tandis qu’elle s’allongeait sur le matelas.

— J’ai rompu parce que je n’arrivais pas à gérer la relation à distance, a-t-elle lancé.

J’ai haussé les sourcils d’un air surpris. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle aborde le sujet.

— Tu as toujours eu du mal avec ça.

Elle avait connu la même situation lorsque nous étions au lycée, dans le Connecticut, et que Jared était à l’université, à New York. Elle avait tenu le coup en lui rendant visite presque chaque week-end durant la fin de notre année de terminale.

— Mais quand je serai en France, ça va être pire. Je ne peux pas l’obliger à m’attendre.

— Et ça ne te pose pas de problème s’il voit une autre fille quand tu seras à Paris ? Parce que, en rompant, tu lui donnes la permission de le faire. Mais qu’est-ce qui se passera à ton retour ?

Le menton entre les mains, Sara a laissé flotter son regard. Elle semblait calme.

— S’il sort avec une autre, je préfère ne pas le savoir. De la même manière, si je rencontre quelqu’un à Paris, il n’a pas besoin d’être au courant. En fin de compte, je sais que nous sommes faits l’un pour l’autre. Mais je ne sais pas si nous sommes prêts à l’admettre, lui comme moi.

J’avais un peu de mal à suivre sa logique, mais ça n’était pas le moment de poser des questions. Elle s’est avancée au bord du lit et a lâché, d’une voix hésitante :

— Est-ce que tu crois que… comme je m’en vais… je pourrais dire quelques trucs sur toi à Meg ? Pas tout, juste assez pour que je puisse compter sur elle pendant mon absence. Je déteste l’idée d’être si loin avec personne pour…

— S’occuper de moi, ai-je achevé.

— Ouais…, a-t-elle acquiescé avec un sourire. Parfois tu te fermes comme une huître pendant des semaines, et je n’aime pas ça. Évidemment, je t’appellerai tous les jours, mais ça m’angoisse de te laisser seule… au cas où…

Elle a baissé les yeux, incapable de finir sa phrase.

— Ne t’inquiète pas pour moi, Sara, ça va aller, ai-je promis d’une voix faible.

— Facile à dire…

1

La boîte de Pandore

— Bonne année ! a hurlé Sara au téléphone.

Derrière elle résonnait un brouhaha de cris et de musique qui couvrait sa voix. Ou alors était-ce dû à la mauvaise qualité de la communication entre Paris et la Californie.

— Bonne année à toi aussi ! ai-je répondu en criant à mon tour. Mais ici, on a encore neuf heures à attendre.

— Je peux déjà te dire que la nouvelle année est carrément géniale, là où je suis ! C’est une fête de dingues. Les designers, ils picolent sévère !

Elle a éclaté d’un rire qui montrait qu’elle n’était pas en reste, côté alcool.

— Et figure-toi que c’est moi qui ai dessiné ma robe de soirée !

— Elle doit être magnifique. J’adorerais être là pour la voir.

Nous n’étions peut-être pas obligées de continuer à hurler de la sorte, mais Sara n’avait pas l’air d’avoir envie de baisser le ton. J’ai laissé filer – j’avais trop envie de l’entendre, même si elle gloussait comme une bécasse. Depuis qu’elle était partie à l’automne pour son programme d’échange, elle me manquait trop.

Pendant notre première année d’université, elle était venue me rejoindre en Californie lors des vacances scolaires et nous avions passé l’été ensemble. Le fait de la voir régulièrement rendait ma vie plus supportable. En revanche, la seconde année avait été horrible. S’il n’y avait pas eu mes colocataires, je ne serais sortie que pour me rendre en cours et à l’entraînement de foot.

— Tu ne vas pas t’enfermer à clé dans ta chambre comme l’année dernière, hein ?

— La porte ne sera pas verrouillée, mais je serai quand même à l’intérieur, ai-je répondu. Et Jean-Luc, il est où ?

— Il est parti nous chercher une bouteille de champagne. Dès qu’on aura raccroché, je t’envoie une photo de ma robe.

— Hé Em…, a lancé Meg en passant la tête par la porte entrouverte, avant de remarquer que j’étais au téléphone. Oups, désolée. C’est Sara ?

J’ai hoché la tête.

— Salut, Sara ! a-t-elle crié.

— Salut, Meg ! a hurlé Sara dans le téléphone.

— C’est bon, je crois qu’elle t’a entendue, ai-je dit en me bouchant l’oreille. Mais tu m’as rendue sourde…

Meg a souri.

— Je dois y aller, là ! s’est exclamée mon amie au milieu des rires assourdissants. Mon homme et le champagne sont arrivés. Je t’appelle demain. Je t’aime !

— Bisous, Sara, ai-je répondu.

J’ai raccroché et un grand vide m’a envahie. Je n’avais pas osé lui avouer combien c’était difficile de la savoir si loin.

— J’ai l’impression qu’elle passe un super nouvel an, a commenté Meg en s’asseyant sur mon lit. J’entendais les bruits de la fête depuis le couloir.

— Oui, je crois aussi. Tu pars quand ?

Elle devait retrouver des amis à San Francisco pour le réveillon.

— Dans une heure. On dîne tous ensemble avant d’aller à la soirée.

Mon portable a vibré et la photo de Sara s’est affichée sur l’écran. Elle était sublime dans sa robe d’un vert chatoyant qui épousait ses courbes et laissait apparaître ses épaules. Ses cheveux roux étaient relevés en un chignon sobre, soulignant son cou gracile. Elle affichait un sourire rayonnant tandis que Jean-Luc l’embrassait sur la joue en brandissant une bouteille de champagne.

J’ai montré la photo à Meg.

— Sexy. C’est elle qui a fait la robe ? Incroyable !

J’ai posé le portable sur le bureau, à côté de mon ordinateur.

— Je peux t’emprunter tes bottes noires ? a interrogé Meg.

— Pas de problème, prend-les.

J’ai ouvert l’ordinateur pour continuer à télécharger les lectures au programme du prochain semestre.

— Elles sont dans la boîte, sous le lit, ai-je ajouté.

— Tu peux encore changer d’avis et venir avec moi, tu sais.

— Merci, mais je préfère rester ici. Je ne suis pas fan des fêtes du nouvel an.

J’ai pris un ton dégagé, pour masquer les vraies raisons de cette aversion. La dernière fois que j’avais célébré l’année à venir, le futur était un rêve dans lequel j’avais ma place. Désormais, c’était une date comme une autre.

— Em, pour la dernière fois : s’il te plaît, viens avec moi, a lancé Peyton en entrant dans la chambre. Je n’ai vraiment pas envie d’y aller avec Brook. Je sais que tu ne veux jamais sortir mais ce soir, c’est le nouvel an. Je t’en supplie, fais une exception !

J’ai pivoté sur ma chaise, prête à refuser pour la millième fois. Mais je n’ai pas eu le temps d’ouvrir la bouche. Peyton regardait Meg, les yeux brillants.

— Waouh ! C’est quoi ?

J’ai suivi son regard tandis qu’elle s’avançait dans la pièce. Meg avait soulevé le couvercle de la boîte qu’elle avait trouvée sous le lit. La mauvaise boîte. Les souvenirs ont aussitôt étreint mon cœur, j’avais du mal à respirer.

D’un geste vif, Meg a repris le tee-shirt blanc avec les traces de mains bleues que Peyton avait déplié.

— Arrête, Peyton ! s’est-elle énervée.

Le passé m’avait assommée. J’étais tétanisée.

Disparaître n’est pas une solution. Sa voix résonnait dans ma tête, j’en avais la chair de poule.

— J’adore ! s’est exclamée Peyton en brandissant mon pull rose. Je peux l’avoir ?

— Non et dégage de là ! a lancé Meg en arrachant le pull de ses mains pour le remettre dans la boîte.

Une tempête douloureuse m’a dévastée, brisant la carapace que j’avais réussi à me forger depuis un an et demi. Le moindre bruit, le moindre souffle, m’étaient soudain devenus insoutenables. J’avais les nerfs à vif, comme si on venait de pulvériser de l’acide sur ma peau.

Avant que Meg n’ait eu le temps de refermer le couvercle, Peyton a sorti une petite boîte en velours bleu.

Ne le prenez pas. Je vais vous payer. S’il vous plaît, ne le prenez pas…

Un éclair de désespoir m’a traversé le corps et le souvenir des yeux froids et durs a déclenché en moi un accès de panique qui a agi comme un électrochoc. J’ai bondi de ma chaise pour prendre l’écrin des mains de Peyton. Devant ma réaction brutale, elle a reculé. Je l’ai jeté dans la boîte et refermé le couvercle d’un coup sec. Mon cœur battait si vite que mes mains tremblaient. J’ai attendu que la souffrance se dissipe. Trop tard. Le mal était fait. La boîte, en s’ouvrant, avait fait remonter la culpabilité et la douleur tapies au plus profond de moi. La refermer n’avait pas suffi à éteindre le feu.

— Désolée, Em, a murmuré Peyton.

Sans même me retourner, j’ai glissé la boîte sous le lit et me suis forcée à respirer profondément pour neutraliser l’émotion qui me submergeait. Dans ma poitrine, mon cœur brûlait et je sentais les braises gagner du terrain. J’ai fermé les yeux. Rien à faire : je ne pouvais pas dompter la bête qui s’était réveillée en moi.

— Je vais aller courir, ai-je lâché d’une voix à peine audible.

— OK, a répondu Meg avec douceur.

Je l’ai laissée entraîner Peyton hors de la chambre sans croiser son regard. J’avais trop peur de ce qu’elle pourrait lire dans mes yeux.

— On se voit à ton retour, a-t-elle ajouté.

J’ai mis mes écouteurs et suis sortie. La seconde d’après j’étais dehors et, la musique à fond, j’ai commencé à courir. J’allais si vite que les muscles de mes cuisses me brûlaient. J’ai longé les rues en direction du parc. Une fois arrivée, je me suis effondrée sur un banc, incapable de lutter davantage. Serrant les poings, j’ai laissé échapper un cri désespéré. Puis, sans même prêter attention aux gens autour de moi, je me suis relevée et ai repris ma course.

Lorsque je suis rentrée à la maison, mon visage était couvert de larmes et de sueur. L’effort m’avait aidée à atténuer le feu qui me consumait, mais seulement en partie. J’ai réfléchi à la manière dont je pouvais renvoyer cette souffrance là où j’avais réussi à la maintenir, et retrouver mon état d’insensibilité. Mais je n’étais pas capable de gagner seule cette bataille. J’étais trop mal. J’avais besoin d’aide.

— Peyton ! ai-je crié, au pied de l’escalier.

Elle a baissé la musique dans sa chambre et a sorti sa tête.

— Oui, Em ? Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je vais venir avec toi, ai-je lâché, le souffle court.

— Comment ??

— Je viens avec toi à la fête, ai-je répété d’une voix plus claire.

— Cool ! s’est-elle exclamée. J’ai un haut qui t’ira super bien !

— Génial, ai-je marmonné en me dirigeant vers la cuisine pour boire un verre d’eau.

 

— Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureuse que tu aies changé d’avis, a lancé Peyton tandis que nous sortions de sa Ford Mustang rouge après s’être garées au bout d’une longue file de voitures.

À plus de cent mètres de la maison, nous entendions déjà la musique.

— Tant mieux, ai-je répondu d’un air absent.

L’idée était surtout de trouver un moyen de me distraire, de fuir ces voix qui tournaient à l’infini dans ma tête, comme un refrain diabolique. Je devais me ressaisir à tout prix, redevenir insensible, anesthésiée.

— Tu ne peux pas garder ce sweat-shirt pourri, a-t-elle dit avant que je n’ai claqué la portière.

— Mais il fait froid !

— Pas là où on va, et c’est à trois minutes. Allez, Em, fais un effort.

À contrecœur, j’ai enlevé le sweat. Bras nus dans mon haut en lamé argent, j’ai frissonné.

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