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Manisa

De
98 pages
Manisa est la fille d'un riche commerçant de Kinshasa, Kawele. Celui-ci décide de l'unir à son ami Diboko, un membre du gouvernement, qui possède beacoup d'argent. Pour cela, il a fallu se débarrasser du jeune Katshi, le fiancé de Manisa. Envoyé au Tchad, celui-ci parvient à revenir dans la capitale congolaise...
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Manisa, un mariage congolais

JEAN MPISI

Manisa, un mariage congolais
Pièce en trois actes

L'HARMATTAN

<9 L'HARMATTAN, 5-7, me de l'École-Polytechnique;

2006
75005 Paris

L'HARMATTAN, Via Degli Artisti

ITALIA s.r.l. 15 ; 10124
HONGRIE

Torino

L'HARMATTAN

Kônyvesbolt;

Kossuth L. u. 14-16;

1053 Budapest

L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96; 12B2260; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - ROC

http://www.librairiehannattan.com diffusi on. harmattan @wanadoo.fr hannattanl @wanadoo.fr

ISBN: 2-296-00950-6 EAN : 9782296009509

Personnages lU WELE, riche commerçant, la cinquantaine. DIBOl<'O, son ami, la cinquantaine. MANISA, sa fille, dix-huit ans. lU TSHI, ami de Manisa, la vingtaine accomplie. La scène se déroule à l<.inshasa (Léopoldville jusqu'en juin 1966), capitale de la République démocratique du Congo (RDC), alors Zaïre (du 21 octobre 1971 au 17 mai 1997). Décidée en 1964, la dénomination RDC était CongoLéopoldville (pour la distinguer de Congo-Brazzaville) à partir du 30 juin 1960, date de l'indépendance de ce pays, et Congo-Belge depuis 1908; en 1885, Léopold II, roi des Belges, en fit sa propriété sous l'appellation de l'Etat indépendant du Congo (ElC). Auparavant, le Congo était un ensemble de royaumes et d'empires plus ou moins grands, hétéroclites et organisés. Note. Cette pièce a été écrite en 1982, alors que j'étais étudiant à l'Université de Kinshasa. Elle décrit donc la situation congolaise (alors zaïroise) de l'époque. Les faits évoqués peuvent dans ce cas paraître aujourd'hui dépassés, ou ont même évolué d'une façon ou d'une autre. Mais leur authenticité demeure largement vraie et leur intérêt dramatique toujours actuel. Aussi, je reproduis la pièce en l'état, en gardant certains concepts comme Zaïre et autres... Manisa est l'appellation de l'une des actrices principales de mes pièces que je montais à Bulungu, chef-lieu du district de l<'wilu, dans le Bandundu, de 1979 à 1982. Cette charmante personne, que j'avais eu la joie de revoir en février 2006 à l<înshasa, était remarquable; aussi avais-je décidé, en 1982, de l'honorer en intitulant le présent ouvrage de son nom.

5

Je clédie clone la pièce à Manisa, mais aussi aux amis qui travaillaient avec moi clans la mise en scène à l'époque, comme I<:'okoDon I<.ing,I<ipoy Mundanda Bazin... Je dois remercier Thierry ldioko, de la Congrégation cles Frères joséphites de Kinzambi, institut religieux dirigé actuellement par mon ami le Très Révérend Frère Général Arthur I<:'asay«Saim's ». C'est Thierry qui, en 2000 et en février 2006 à Kinshasa, m'avait vivement demandé de publier mes pièces de théâtre. Celles-ci, écrites entre 1978 et 1983, seraient toujours réclamées par ceux qui les avaient jouées en primeur et par d'autres personnes qui les avaient vu jouer. Thierry, qui était l'un des acteurs et l'un de mes fervents admirateurs, pense que ces pièces pourraient encore être montées dans le I<wilu ou ailleurs, ou tout simplement être lues avec bonheur. Ces œuvres étaient nombreuses. Je cite: Vocation et Devoir, La Sorcière,Les armes et les larmes de Soweto, L'Intouchable, Le manage de Manisa... Malheureusement, je n'ai retrouvé que ces deux dernières pièces. Les autres ont été perdues... par ma négligence! Je ne pensais pas que les textes de ma jeunesse pouvaient encore avoir de l'intérêt. Je me trompais: le comité de lecture des éditions de L'Harmattan auquel j'avais soumis - en mars 2006 - mes manuscrits sans trop y croire, a donné un avis favorable à leur publication. Belle surprise! Merci Frère Thierry, de m'avoir poussé à rOUV1-1r es m tiroirs... Merci aussi à tous mes amis de Bulungu - que je ne peux nommer, qu'ils m'en excusent - qui me secondaient dans mes activités théâtrales, et qui seraient ravis, je l'espère, de redécouvrir un des objets de leur plaisir de ces années-

là...
en la date du lle anniversaire Paris, 6 mai 2006, de ma BIle Christelle.

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PREMIER ACTE
Scène I : KA TSHI, MANISA

KATSHI, habillé simplement d'un pantalon sombre et d'une chemise à rayures multicolores et chaussé de sandales, est assis sur une chaise-fauteuil ,. ilfeuillette un magazine. Entre aussitôt, gracieuse, MANISA, élégamment vêtue d'une robe légère à dessins de fleurs riantes et ayant les pieds nus,. elle porte sur un plateau deux verres et une bouteille de liqueur. KATSHI: Je t'ai dit de ne pas te déranger pour moi, Manisa. MANISA, s'arrêtant net. Le comble! Ne pas me déranger pour toi, Katshi ! Dois-je me dérober de mon devoir sacré, celui de fiancée accueillant l'élu de son cœur?
KA TSHI : Certes non, chérie. Mais... MANISA, déposant la bouteille et les verres sur la petite table et s'asseyant à côté de Katshi. Mais quoi? KA TSHI : J'estime que... le cadre est... mal choisi. MANISA : Le cadre? Quel cadre? KA TSHI: Celui dans lequel nous nous trouvons présentement et qui sert de lieu de rendez-vous amoureux.

MANISA : Notre maison? KATSHI : La maison de ton père. MANISA : Ah bon! Et tu souhaites que nos rencontres, je dirais nos valses sentimentales, demeurent secrètes et aient lieu dans des coins anonymes, ténébreux, perdus? 7

KATSHI : C'est beaucoup plus prudent... MANISA, ironique. N'est-ce pas? Il est prudent de ne pas signaler notre idylle à nos parents respectifs; iI est prudent de continuer à nous embrasser loin de leurs yeux soi-disant indiscrets, n'est-ce pas? Si tu veux avoir mon avis, un tel amour qui tient à s'épanouir dans l'ombre ou dans la clandestinité n'en est pas un, ou n'a point d'avenir. Il rivalise plutôt avec un flirt mal venu, dangereux et honteux, propre aux petits collégiens. Cet amour qui ne veut pas se manifester en public a un nom terrible: l'amourette. KATSHI : L'amourette L.. MANISA: Parfaitement... Non, Katshi, il n'est pas prudent, ou il n'est pas question, de jouer au cache-cache des lycéens ou à celui des époux qui trichent, sachant que l'un trompe l'autre. Il est temps que nos parents soient informés de ce que font et désirent leurs enfants. Mon père sera le premier à être mis au courant, ainsi en ai-je décidé! KATSHI : Ton père... MANISA: Ça y est! Tu tiques chaque fois que je l'évoque. Aurais-tu peur de lui? KATSHI: Moi avoir peur de mon futur beau-père? Jamais! Seulement, Manisa, j'imagine que le temps n'est pas encore venu pour nous de lui exposer nos projets.
MANISA, versant de la boisson dans les verres. Le temps n'est pas encore là ! Et quand viendra-t-il, prophète? KA TSHI : Quand ton père sera suffisamment nous comprendre. préparé à

MANI SA: I11'est déjà! 8

KATSHI, buvant à la demande gestuelle de Manisa. C'est ce que tu avais prétendu dernièrement, il y a à peu près un mois passé. Je t'avais alors écouté et je m'étais présenté devant ton père. Tu sais quel accueil celui-ci m'avait réservé! MANISA: Un accueil des plus froids et des plus décourageants, je le reconnais. Ce que mon père n'était pas dans son assiette ce jour-là, avais-je essayé de t'expliquer. KATSHI : Le sera-t-il aujourd'hui? MANISA: Pourquoi pas? Le soupçonnerais-tu capable de mauvaise humeur pennanente ?
KA TSHI : Je ne l'ai pas affirmé, Dieu m'en garde! MANISA : Katshi... dis-moi une chose... la vérité... KA TSHI : A quel propos, Manisa ? MANISA : Tu... tu ne... m'aimes pas?

KATSHI : Je ne t'aime pas, moi? MANI SA: Peut-être dois-je dire que tu ne m'aimes plus? KATSHI : Je ne t'aime plus, moi? MANI SA: autrement. Je ne vois pas comment m'exprimer

KATSHI : Ainsi donc, tu crois que je refuse de rencontrer ton père parce que je ne t'aime pas? MANISA : Parce que tu... ne m'aimes plus, à ce qu'il me semble. KATSHI, se levant. Manisa, j'ai vraiment le droit de poser que tu m'incites à affronter ton père pour qu'il me 9