Mild - Le vent de Lisbeth

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Kate et Dan vivent leur amour entre l’Irlande et les Vosges. Dan comprend enfin ce que veut dire « Le Vent de Lisbeth » lorsque sa femme lui fait découvrir des secrets liés aux Weurths et aux mystères de sa terre irlandaise. Granny a nommé Kate à la tête de la Weurths. Celle-ci devra se partager entre son métier de psycho et ses responsabilités envers le patrimoine irlandais. Nanou s’en est allée sans pouvoir lui délivrer un secret qui serait en rapport avec Hélène, sa belle-sœur. Parviendra-t-elle à le mettre à jour ? La passion qui s’est renforcée entre le couple va-t-elle leur donner cet enfant qu’ils désirent tant...


Publié le : vendredi 21 mars 2014
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EAN13 : 9782332676412
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ISBN numérique : 978-2-332-67639-9

 

© Edilivre, 2014

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• DEJA PARU

Dans une plume trempée dans l’encre

(Poésies)

La Magie de la Vie

(Comédie Musicale)

MILD –Mademoiselle Vous

(TOME I)

(Roman)

• A PARAITRE

MILD – Une autre vie

(TOME III)

(Roman)

Avis aux lecteurs

Les lieux et personnages sont de

Pure fiction, tout droit sortis

De l’imagination de l’auteur.

Béatrice DAMIGNY

Chapitre I
Au moulin Blanc…

Le soleil tombait à l’horizon et la brume s’éparpillait dans la vallée, formant de grandes fibres cotonneuses. L’automne s’annonçait par sa fraicheur et l’humidité des soirées raccourcies.

Kate roulait tranquillement dans ces Vosges qui l’avaient maintenant complètement adoptée. Trois années s’étaient écoulées depuis son mariage avec Dan et, pour la première fois, elle se sentait seule, loin de lui. En pensée, elle déroula le film de son bonheur.

Elle avait repris ses cours, près de Daniel, mais le petit prof rencontrait beaucoup de difficultés. Son accent de l’intérieur passait difficilement dans cette région et les élèves étaient réticents à coopérer. Son caractère volontaire et sa façon d’affronter cette nouvelle mission, par l’intérêt qu’elle y mettait, les firent se rallier à sa demande. Petit à petit, la classe se faisait plus réceptive et plus intentionnée. Le courant s’installait entre le prof et ses élèves. Maintenant elle était admise au milieu de ces jeunes qui lui apportaient tant ! Dan l’avait beaucoup soutenue. Il ressentait parfaitement sa détresse devant les épreuves qu’elle rencontrait. Il savait combien son travail était primordial et l’aidait beaucoup en s’intéressant à ce qu’elle faisait.

Ils avaient acquis un appartement en ville avec une terrasse donnant sur le jardin public. Toute l’année, ils recevaient l’enchantement de la nature qui s’ouvrait à leurs fenêtres. Kate avait amoureusement habillées toutes les pièces. Dan lui en avait laissé l’initiative : il savait combien elle pouvait rendre douillet ce nid à deux. Elle avait magnifiquement réussi… Le soir, ils aimaient échanger leurs impressions de la journée et goûter ensemble ces instants privilégiés. Ils n’avaient qu’une hâte : se retrouver pour savourer leur amour.

Souvent, après ses cours, elle allait le rejoindre. Dan aimait beaucoup la voir arriver dans son atelier. Il lui montrait la façon de tailler les pierres ou la manière de fabriquer un bijou. Devant tous ces objets précieux, elle lui donnait ses idées. Il était sans cesse émerveillé par son esprit créatif. Les jours passaient comme un enchantement et les faisaient se découvrir un peu plus…

Ils n’avaient pas fait de voyage de noces. Dan lui avait proposé de partir au Canada mais elle lui avait simplement suggéré :

– Chéri, nous irons plus tard. J’ai besoin de notre solitude à deux. J’ai besoin de te retrouver dans ton environnement. Je veux t’aimer chez toi. Je veux faire partie de ton paysage. Restons dans ta montagne, au Moulin Blanc.

– Katy, tu me donnes là un merveilleux cadeau. C’est entendu, nous allons parcourir mètre après mètre tous les sentiers dont je te livrerai les secrets.

Ils avaient bivouaqué çà et là, dans la forêt vosgienne au milieu de la nature. Le soir, Dan faisait un feu pour cuire les aliments puis ils s’endormaient à la chaleur de la flamme. Ils s’étaient enfoncés dans une forêt de pins et s’étaient arrêtés plusieurs jours dans une caverne creusée dans les rochers, dominant une rivière qui serpentait joyeusement.

Elle était certaine que cet endroit n’était connu que de lui et savourait ces instants magiques qu’ils passaient à se baigner et à s’aimer, seuls au monde ! Leurs serments d’amour : ils les offraient à la lune. Leurs rêvent brillaient dans les étoiles. Leurs élans de tendresse se mêlaient aux rayons du soleil. Leurs deux soufflent étaient réunis dans le vent et les gouttelettes d’eau qui ruisselaient sur leurs corps enlacés. Leur lune de miel avait été inoubliable et merveilleuse…

Tout ce bonheur lui revenait en mémoire en pensant à son mari qu’elle retrouverait ce soir. Il était à Bâle, pour ses affaires et n’était pas rentré de la journée. Contrairement à son habitude, il n’avait pas téléphoné ni envoyé de texto. Son beau père était passé à l’appartement pour la prévenir que son fils ne rentrerait qu’en fin de soirée. Gentiment, il l’avait invitée à déjeuner avec la famille. Elle aimait bien les parents de Dan et cet après midi avait été très agréable, en leur compagnie.

Elle avait essayé de contacter Bob mais il était injoignable, aussi bien à la clinique que sur son portable. Enfin, elle atteignit le chemin du Moulin Blanc.

Prudemment, elle s’engagea dans la grande allée qui menait au petit pont de bois. Elle aperçut au loin deux véhicules garés près d’un Van, et reconnut les voitures de Dan et Bob. La joie de voir ses deux hommes chéris réunis ici, lui fit oublier son stress. Elle courut les rejoindre. Ils terminaient un enclos pour deux splendides chevaux qui gambadaient près d’eux.

– Mais que faites-vous, ici, tous les deux ?

Ils se retournèrent vers elle, dans un même mouvement.

– Kate, regarde ce que nous sommes allés te chercher.

– Oh ! Ce n’est pas vrai ! Vous êtes deux amours…

Elle enjamba la clôture et s’approcha des deux chevaux qui broutaient paisiblement. La jument était blanche et le mâle était brun. Très émue, Kate s’agrippa à la crinière de la jument.

– Vous complotiez, tous les deux, pendant que je me faisais un sang d’encre ! Voilà la raison de votre silence au téléphone… Regarde, Bobby, elle ressemble à White-Mane !…

– Je sais, Katy. Je l’ai conseillée à ton mari… Il voulait t’offrir un cadeau et nous les avons ramenés ce matin. Mais Bon Dieu ! Ce qu’on a eu chaud à faire cette clôture !

– Tu es heureuse, chérie ? Je savais combien ils te manquaient ! j’avais décidé, avec la complicité de Bob, de te faire cette surprise.

– Dan, tu es le plus merveilleux des maris !

Elle lui déposa un doux baiser sur ses lèvres en sueur.

– Bobby, tu ne peux pas savoir ce que je suis heureuse. Dan est un être extraordinaire !

– C’est vrai sœurette, mais l’être extraordinaire… Je serais très curieux de le voir sur le dos de l’étalon !

En disant cela, Bob partit d’un grand rire… Dan sembla un peu décontenancé.

– Vous avez raison… Je crois que je me suis mis dans un sacré pétrin !

– Non, chéri, je t’apprendrai. Dans une semaine, tu seras un vrai cavalier, je te le promets !… N’est-ce pas Bobby ?

Il tapota l’épaule de son beau-frère.

– Mais oui, mon vieux, ce n’est pas si difficile que çà ! Oh, un peu mal au cul au début, mais vous verrez ça viendra très vite… Et… Si on buvait un verre, j’ai vraiment très soif !

La nuit commençait à tomber et l’humidité de l’air se faisait sentir. Ils rangèrent les outils et se dirigèrent tous les trois à l’intérieur. Dan alluma la cheminée pendant que Kate passait à la cuisine pour préparer un bon repas.

Ils étaient heureux de se retrouver tous les trois. Dan parlait chasse, armes, forêt, nature et Bob prenait une bouffée d’air pur, près de son beau frère. Kate s’était un peu retirée près de la cheminée. Elle savourait son bonheur en regardant danser les flammes.

– Kate tu n’écoutes pas ce que j’ai dit ?

– Excuse-moi Bobby, je n’ai pas très bien suivi votre conversation.

– Je racontais à Daniel la chasse au renard, en Irlande.

– Oh Bob, si on partait en Irlande ?… J’ai envie de voir Granny. Il est temps que Dan rentre définitivement chez les Weurths, Tu ne crois pas ?

Puis s’adressant à son mari :

– Tu veux bien chéri ? Bob viendra avec nous. Tu te sentiras moins dépaysé…

– Alors Kate, il te faudra prendre tes responsabilités, répondit Bob.

Il se tourna vers Daniel,

– Ma sœur est incapable de prendre une décision en ce qui la concerne !…

– Bob ! Je sais très bien ce que je veux ! J’ai voulu profiter de notre amour sereinement… J’ai déjà expliqué à Dan, qu’au moment voulu nous irions tous les deux sur place. Je voulais avant tout, être tranquille loin des Weurths.

Dan comprit, en les voyant discuter ainsi, que cette famille Weurths devait être redoutable. Sa femme lui en touchait quelques mots, parfois. Il sentait que, malgré son amour pour l’Irlande, quelque chose la retenait d’y aller. Elle lui disait souvent que Granny lui manquait. Malgré sa soif de revenir, elle retardait le moment d’affronter sa famille.

– Chérie, je t’aiderai, c’est promis.

– Daniel, je vous épaulerai tous les deux.

Ils avaient convenu de passer un long week-end à Clonmel.

Au petit matin, Bob avait rejoint la capitale, laissant Kate dans la chaleur de son bonheur. Il était confiant : Daniel était un homme bien et savait parfaitement comprendre sa sœur. Il s’entendait agréablement avec lui. C’est avec joie qu’il avait répondu à son appel. Dan lui avait confié ce désir d’enfant que Kate commençait à ressentir. C’est alors qu’il lui avait donné cette idée de cadeau. Le temps qu’elle passerait à cette passion, comblerait quelque peu son manque. Il appréciait cette complicité qui s’était établie entre eux, pour le bonheur de Kate. Il était heureux que sa sœur revienne à Clonmel et mettrait tout en œuvre pour qu’elle prenne ses affaires en main. Il en avait parlé à Dan et avait pu apprécier combien sa sagesse et son calme lui serviraient. Il était certain que son beau-frère rétablirait son équilibre et la motiverait dans sa spontanéité et sa raison d’être. Leur amour transparaissait au premier coup d’œil. Il réfléchirait à cette question d’enfant pour être prêt à lui répondre, si le désir se faisait plus cruel…

Kate regarda s’éloigner son frère dans la brume du jour naissant puis rentra pour sa gym matinale. Dan vint l’aider et trouva bizarre quelle s’attarde si longtemps à répéter ses mouvements.

– Chérie, tu as mal au dos ce matin ?

– Non… Mais je veux essayer de monter à cheval et c’est la première fois depuis mon accident… J’ai très peur, crois-moi, aussi j’essaie d’assouplir mes muscles au maximum…

– Je t’aiderai, Katy. Je te soutiendrai si tu le veux…

– Je sais, chéri, mais surtout, il faut que je surmonte cette appréhension. Je veux être sûre de moi… Et toi, tu n’as pas peur ?

– Non, Katy, j’ai surtout peur pour toi.

Elle s’allongea sur le dos et lui offrit un regard tendre… Il l’entoura de ses bras. Elle sentait son souffle sur son ventre. Ses seins s’arrondissaient à sa chaleur. Son visage effleurait son corps et la remplissait de désir. Elle lui caressa le dos. Il prit sa bouche en glissant ses mains sur ses cuisses avides de plaisir. Elle répondait à son amour en soulevant ses reins. Ses mots doux lui faisaient redoubler de tendresse. Ils mélangèrent leurs corps enfiévrés. Leurs mouvements devinrent intenses… elle le transporta dans une demande ardente et partagée.

– Kate, je t’aime, je suis fou de toi !

Elle laissa couler des larmes.

– Chérie, tu pleures ?

– Dan, j’aimerai tant avoir un enfant de toi !

– Chuuuut !

Il posa un doigt sur sa bouche et plongea son regard pénétrant dans le bleu de ses yeux.

– Nous trouverons une solution, chérie… D’abord il te faudra passer un examen médical… Ensuite nous réfléchirons tous les deux à la solution qui nous convient le mieux.

– C’est un enfant de toi, que je veux Dan !

– Kate, tu n’écoutes pas ce que je te dis ?

– Excuse-moi chéri… Oui, je sais… Tu me rends tellement heureuse…

– Et toi, tu me fascines de plus en plus, jour après jour… Nous résoudrons ce problème, je te le promets… Pour le moment, viens vite me montrer tes talents de cavalière.

Il l’entraina dans un baiser tendre et délicieux et la porta dans ses bras jusque dans la chambre. Il la déposa sur le lit en chuchotant à son oreille,

– Dépêchez-vous Madame Hertzman, les chevaux vous attendent…

Elle se sentit plus sereine, plus détendue. Il avait su trouver les mots pour la réconforter.

En arrivant à l’enclos, ils virent que les chevaux étaient au loin, dans le pré. Kate se mit à siffler pour les appeler. Dan, très étonné de ce comportement se mit à rire franchement.

– Katy… tu me surprendras toujours !

– Regarde Dan, ils viennent vers nous.

Elle était heureuse et complètement transportée de voir galoper les deux chevaux. On aurait dit une enfant : ses yeux brillaient, son sourire était éclatant. Elle sauta souplement par-dessus la barrière.

– Katy, tu vas te faire mal !

– Non… Regarde… Regarde comme ils sont beaux ! Viens près de moi, chéri… Ne passe pas derrière eux : ils prendraient peur et pourraient te botter !

Il la découvrait dans son univers, toute à sa passion retrouvée. Elle savait exactement comment passer le mors et sangler les chevaux. Ses gestes étaient précis et doux. Elle lui donna des conseils et sella les montures.

– Regarde, chéri… Tu dois toujours serrer la sangle, au maximum. N’oublie jamais que le cheval a toujours l’instinct d’auto-défense : Il gonfle le ventre. Si tu ne serres pas à fond, la selle tournera sous ton poids quand tu vas monter et tu risques, à coup sûr, de tomber !

– Maintenant, tu dois leur donner un nom, Kate !

– Moi je nomme la jument… je l’appellerai… Malika, c’est joli, je crois ? Tu ne trouves pas ?

– Si… Très beau !

– Maintenant tu dois donner un nom très masculin à ton étalon !

– Que penses-tu de Whisky ? Il ressemble à la boisson préférée de ton frère !

Elle se mit à rire :

– Oh la… la ! Tu as raison, sauf que Bob prend avec modération, cette boisson ! Quant à toi… Tu seras obligé de monter Whisky avec exagération ! Non… ne fais pas cette tête, je rigole….

Une fois la jument sellée, elle mit le pied gauche dans l’étrier et souplement l’enfourcha, en tirant légèrement sur les rênes.

– Là… Là… ma belle… Tu es gentille…

Lentement, elle la dirigea au pas. Malika obéissait à ses ordres et répondait calmement aux aspirations de sa cavalière. Elle fit le tour du pré et revint vers Dan.

– Tu vas bien chérie ?

– Oh oui ! C’est merveilleux, ces sensations oubliées…

– Alors, apprends-moi vite à monter ! Nous pourrons partager ensemble ce plaisir qui fait tant briller tes yeux…

Il ne mit pas longtemps à apprendre et se familiarisa vite avec les chevaux. Le désir d’être à la hauteur de son épouse contribua à ce qu’il devint un bon cavalier.

Ils passèrent des moments délicieux à se promener en montagne. Dan montait Malika, plus docile, et Kate préférait Whisky, plus nerveux et qui correspondait mieux à son caractère. Ils étaient heureux de goûter ensemble aux joies de l’équitation. Dan découvrait ce sport et cette passion qui faisaient entièrement partie de la vie de sa femme. Elle savait le diriger dans les sentiers difficiles et lui montrer comment rester maître de sa monture. Il admirait sa façon de communiquer et de faire corps avec l’animal. Parfois, elle donnait des accélérations et faisait trotter son cheval. Dan, trop novice, se contentait de rester en arrière pour faire avancer la jument à un rythme plus raisonnable.

Ils s’arrêtaient, de temps à autre, près d’un ruisseau pour laisser souffler les chevaux. Ils se rafraichissaient et s’aspergeaient en jouant comme des adolescents. Ils retrouvaient leur tendresse dans leurs enlacements amoureux et passionnés. Les week-ends devenaient des enchantements : Ils bivouaquaient dans cette nature qui s’ouvrait à eux comme un paradis terrestre. Ils oubliaient tout : Il n’y avait plus d’élèves, plus de copies, plus de clients, plus de bijoux. Seuls deux êtres existaient, enivrés l’un de l’autre, marchant main dans la main… Ils voulaient profiter de ce bonheur qui leur était donné.

Ils ne rentraient à l’appartement que le matin où Kate reprenait ses cours, puis repartaient au Moulin Blanc en fin de semaine. Dan se perfectionnait. Kate l’aidait à se familiariser avec Whisky qui était plus nerveux : Elle désirait en faire un très bon cavalier pour leur séjour en Irlande. Il suivait ses conseils et cela lui réussissait bien : Il avait pris de l’assurance et l’animal lui faisait confiance.

Octobre les comblait par un soleil éclatant et durable. L’automne mettait ses couleurs aux feuilles fragiles de la saison dorée. Les sentiers retenaient les traces des chevaux. Bientôt la nature s’endormirait… Le soir, ils distinguaient le ronronnement de la vallée comme un doux murmure dans le ciel faiblissant : on aurait dit qu’il lançait ses derniers rayons avec sa palette aux mille couleurs chatoyantes.

Tout respirait bon le foin coupé qu’ils avaient rentré dans la grange. Ils avaient aussi entassé la paille pour l’hiver, afin de préparer un bel abri pour Malika et Whisky. Ils étaient en sueur avec des brins de paille dans les cheveux.

– Kate, ici, près de toi, je suis heureux, je vis vraiment…

– Je sais, je ressens la même chose que toi… J’aime ce paysage, l’odeur des sapins, notre vallée… Je voudrais que jamais notre bonheur ne se ternisse…

– Chérie, n’oublie jamais ce que je t’ai dit, le premier jour où tu es venue ici !

Ils reprirent dans un même élan : « Si un jour, la vie nous faisait mal, nous nous retrouverons ici, dans cette nature et cette maison ».

Ils s’enlacèrent dans un baiser passionné. La rivière et son petit pont de bois étaient témoins de leurs serments. Elle se dégagea doucement de ses bras et plongea ses yeux bleus dans le regard tendre de son mari.

– Je veux que tu connaisses la beauté de l’Irlande en cette saison : je suis certaine que tu l’aimeras…

– Je l’aime déjà, chérie, par tout ce que tu m’en as raconté. Nous allons appeler ton frère et nous partirons la semaine prochaine. Tu es heureuse ?

– Avec toi, près de toi, j’irai au bout du monde…

Ils avaient contacté Bob, le soir même, afin de convenir du départ. La semaine avait été bien employée, surtout par le remplissage des valises. Dan voyait d’un mauvais œil, cette manie qu’avait sa femme, de toujours vouloir bourrer les valises, de vêtements qui ne seraient même pas déballés ! Il la laissait faire, bon gré, mal gré…

Le voyage vers Paris fut assez silencieux : Kate, bien que très motivée, restait dans ses pensées. Daniel, très attentionné à conduire, n’osait la déranger. Juste en arrivant, il prit sa main :

– Je suis là, maintenant Kate, tu n’as plus rien à craindre d’eux…

– Je sais… Je ne les crains pas… Je veux seulement préserver notre amour…

Marie-Pierre, heureuse de retrouver Anty, se jeta dans ses bras, dès l’ouverture de la portière. Elle avait grandi et devenait une belle fillette. Anne-Lise n’était pas encore rentrée. Elle recommençait à sortir et oubliait Jamy : Jamy son premier amour qui lui avait fait si mal !

Elle l’avait quitté le jour même où Bob lui apporta la preuve de son infidélité. Il l’avait vu en galante compagnie dans un restaurant où il était allé déjeuner, par hasard, avec un confrère. Jamy, trop absorbé par son amie, n’avait même pas remarqué sa présence. L’après-midi, comme Anne-Lise était à Moret, Bob était passé à l’appartement que sa fille partageait avec Jamy. La voiture de celui-ci était garée sur le parking. Il n’eut pas longtemps à attendre pour le voir sortir, accompagné de la femme et partir en voiture. Bob lui téléphona pour lui signifier de rompre avec sa fille et de bien vouloir quitter l’appartement.

Anne-Lise en pleurs appela souvent Kate qui sut trouver les mots pour apaiser son cœur. Les grands rires d’Anne-Lise avaient fait place à la tristesse. Mais sa jeunesse reprit le dessus. Elle se jeta dans ses études, ce qui l’aida à oublier. Parfois elle accompagnait son père dans ses déplacements : Kate était heureuse de les savoir ensemble. De cette façon, Anne-Lise fermerait plus facilement ses blessures.

Dan appréciait Anne-Lise mais ne tenait pas de longues conversations avec elle : il la trouvait trop superficielle. Il avait établi une certaine complicité avec son frère qui le ramenait à sa jeunesse. Laurent avait pris plus d’assurance et aimait se confier à lui. Dan lui donnait des conseils et sentait qu’il se détachait de sa mère.

Hélène était égale à elle-même : parfois hautaine, parfois plus réceptive suivant l’humeur du moment. Elle avait repris ses soirées cocktails et s’absentait souvent depuis qu’Anne-Lise la remplaçait près de Bob. Kate était persuadée qu’elle menait une autre vie. Leurs relations ne s’étaient pas spécialement améliorées depuis son mariage. Depuis son retour en Irlande elle avait l’impression qu’Hélène fuyait les conversations relatives aux Weurths. Elle en avait fait part à Daniel en lui demandant son avis. Sa réponse la rassura :

– Tu sais, chérie, je ne la connais pas bien… Bob et toi semblez complètement en dehors de tout, lorsque vous évoquez votre famille, alors essaie de la comprendre un peu…

Elle pensa que Dan avait probablement raison. Aujourd’hui ils rejoignaient les Weurths et Kate s’était jurée de ne pas laisser son mari, en marge de sa famille : Il l’accompagnerait à chaque instant, à chaque discussion. Elle l’imposerait, s’il le fallait ! Elle se battrait et les obligerait à le considérer comme ils le devraient.

C’était une autre femme qu’elle sentait vivre en elle. Pour la première fois, elle se trouvait une raison de rejoindre son île : Il lui fallait trouver ce qui la troublait tant. Depuis son mariage, aucun des Weurths ne s’était manifesté, comme s’ils ignoraient son existence. Elle se sentait nerveuse en montant dans l’avion. Cette fois encore, elle remarqua qu’Hélène fuyait son regard. Kate chercha la main de Dan qui comprit l’inquiétude de sa femme. Il avait l’air serein : son calme apaisa son angoisse. Elle ne se sentait plus seule, son amour était avec elle et la soutiendrait. Elle leur montrerait qu’elle était mariée avec l’homme qu’elle seule avait choisi….

Chapitre II
En Irlande…

Ils étaient arrivés à la tombée de la nuit et s’étaient levés tôt le matin. Bob leur avait donné rendez-vous au lever du jour pour aller visiter le haras. La veille, ils avaient rencontré Granny qui se reposait dans sa chambre et qui tenait à leur souhaiter la bienvenue. Anna, très distante, leur avait fait servir un diner copieux dans le petit salon. Ils avaient discuté très longuement et Bob avait tenu à faire visiter le manoir à son beau frère. Il lui commenta les divers portraits accrochés aux murs et lui fit prendre connaissance d’une belle page d’histoire, de la famille Weurths…

Kate les avait laissés entre hommes et Laurent les accompagnait. Elle préféra aider ses nièces à ranger les vêtements tout en discutant joyeusement. Hélène s’était vite retirée dans sa chambre.

Il était tard, lorsque Dan revint près de sa femme qui s’était endormie. Il n’osa la réveiller et déposa un baiser léger dans ses cheveux. Il mit du temps à trouver le sommeil. Cette journée avait été insolite pour lui. Il avait ressentit un grand malaise au contact de la tante Anna : Sa ressemblance avec sa femme était évidente mais son regard était froid et pénétrant. Granny était une gentille petite grand-mère qui devait adorer ses petits enfants : il l’avait ressenti dans ses gestes chaleureux et accueillants. Il appréciait cette vieille femme qui l’avait reçu avec beaucoup d’affection. Son visage s’était éclairé devant le sourire resplendissant de sa petite fille. Elle était sûre maintenant, qu’elle avait rencontré l’homme de sa vie.

*
*       *

– Tu es prêt, chéri ? Tiens… Mets cette casquette… Tu as l’air d’un véritable Irlandais…

– Mais, tu n’es pas mal non plus, ainsi bottée ! répondit-il ironiquement.

Il la prit par la taille :

– Depuis notre arrivée, tu n’es plus la même… Je te sens nerveuse et anxieuse.

– C’est cette maison… Cette atmosphère et tante Anna, toujours aussi aimable ! J’espérais qu’elle se serait forcée à te dire au moins quelques mots…

– Ne t’inquiète pas pour moi, je saurai faire avec… Tu sais ce qui m’a le plus embarrassé ?

Elle avait passé ses bras autour de son cou. Son regard plongeant dans le sien, il murmura :

– Quand je suis rentré, hier soir, je te voyais à peine dans ce grand lit. Seul ton souffle m’indiquait ta présence. Je n’ai pas osé te réveiller : tu étais si belle et pourtant si lointaine. Kate, ici tu sembles une autre femme…

– Non, près de toi, je suis ta femme… N’oublie pas que je t’aime plus que tout…

Il l’enlaça tendrement… Ici, elle se donnait l’apparence d’une femme forte et déterminée, mais lui seul savait lire sa fragilité, derrière sa carapace.

– Je suis là… pour toi et avec toi…

Son calme rétablissait son équilibre.

– Dan, tu es merveilleux… Tu sais tout… Tu comprends tout…

– Non, je t’aime tout simplement…

Les deux hommes marchaient en avant, tandis que Kate et Anne-Lise suivaient à quelques pas derrière eux.

Ils traversèrent la Lande au milieu des genêts. La campagne avait mis son manteau jaune : des pavés de fleurs les enveloppaient d’un halo de douceur. La bruine ajoutait un aspect lubrifiant au vert omniprésent des prés alentours. Tout était paisible et ce jour naissant éclairait les personnages entre rêve et réalité. Kate avait rejoint Dan et lui tenait la main. Un léger rayon de soleil jouait avec les nuages dans un même élan poétique.

– Dan, regarde… Admire cette diffusion de couleurs dans le soleil. Ici, tout est nouveau, tout est pour l’œil et l’épiderme.

Il la voyait vivre son ile : c’était vrai, ici, elle était toute autre…

– Bobby, le vent de Lisbeth vient à nous… Ecoute sa chanson… Tu te rappelles comme Père aimait l’appeler quand on venait ici, avec lui…

– C’est véridique Daniel… Notre père avait l’habitude de parler au vent. Nous avions assurément l’impression d’entendre un vrai dialogue. Lorsque notre mère était loin de lui, il disait qu’il lui renvoyait ses paroles. A chaque fois que le vent se levait il l’appelait « Le Vent de Lisbeth »…

– Cette région semble mystique avec ce vent chantant sur les murets de pierre. C’est impressionnant de saisir cette luminosité mêlée à la pluie. Votre île est magnifique. La sensation qui en ressort est vraiment unique !

– Tu vois, Dan, tu te prends à sa féérie…

– Tu as raison, chérie, je commence à l’aimer.

Ils avaient atteint les écuries et Teddy venait à leur rencontre. Il souleva sa casquette et les salua respectueusement. Bob lui tendit amicalement une poignée de main :

– Teddy… Comment allez-vous, mon vieux ?

– Bien Monsieur… Je suis très heureux de vous voir ici avec Mademoiselle Kate…

– Madame, Teddy… Madame !… Kate est mariée maintenant, avec celui qui lui tient la main…

– Oh, je vous demande pardon…

Bob lui tapa gentiment l’épaule,

– Ce n’est pas grave, Teddy, comment auriez-vous pu savoir… Je suppose que les Weurths n’ont pas l’habitude vous parler de ma sœur… J’en suis même persuadé ! Soyez gentil de préparer une monture pour chacun de nous. Pendant ce temps, nous allons faire le tour des écuries.

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