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1.

Rome baignait dans une lumière dorée, en cette belle matinée. Le comte Alessio Ramontella releva la tête de son oreiller avec effort. Quel était ce bruit assourdissant ? Le comte ne tarda pas à identifier la voix sonore qui accompagnait le martèlement : c’était celle de son majordome, Giorgio, qui lui enjoignait de se réveiller.

Avec des mouvements légers — pour ne pas déranger la belle blonde qui sommeillait encore à ses côtés —, Alessio se leva, extirpa son peignoir de l’amas de vêtements qui gisait à terre, et l’enfila en traversant la pièce carrelée de marbre.

— Je ne travaille pas, aujourd’hui, dit-il avec humeur en entrouvrant à peine le battant. Ne puis-je donc reposer en paix ?

— Pardonnez-moi, Votre Excellence. Je ne voulais pas vous déranger. Mais c’est votre tante, la signora Vicente…

Il y eut un bref silence. Puis le comte Alessio Ramontella lâcha laconiquement :

— Elle est ici ?

— Elle est en route, Eccellenza. Elle a téléphoné pour avertir de sa venue.

— Nom d’une pipe ! Combien de temps ai-je devant moi ?

— Cela dépendra de la circulation, Eccellenza. Sans doute pas plus de quelques minutes, dit Giorgio, qui ajouta d’un ton de reproche : j’ai frappé, frappé…

Alessio grommela, puis se secoua, passant à l’action :

— Appelle un taxi pour mon invitée. Demande au chauffeur de se présenter à l’entrée de derrière, et vite. Il y a urgence. Prépare ensuite pour la signora du café et les petits biscuits aux amandes dont elle raffole.

Là-dessus, il referma la porte et revint vers le lit. Pour le coup, les effets de l’alcool s’étaient dissipés. Il contempla un instant le joli corps doré et souple qui s’offrait à son regard, savourant le spectacle. Puis il serra les mâchoires et secoua légèrement la belle endormie.

Elle souleva ses paupières frangées de longs cils, et lui adressa un sourire ensommeillé.

— Alessio, tesoro, reviens au lit, murmura-t-elle en étirant les bras pour les nouer autour de son cou.

— Vittoria, il faut que tu t’en ailles sans traîner.

— Comme c’est vilain de me chasser, caro, protesta-t-elle avec une moue adorable. Je t’ai déjà dit que Fabrizio est chez sa mégère de mère, et qu’il ne reviendra pas avant ce soir. Nous avons tout notre temps. D’ailleurs, comment pourrais-je partir ? Tu as gagné mes vêtements au poker, hier soir. Je ne puis les reprendre. C’est une dette d’honneur.

Dissimulant son impatience, Alessio répliqua :

— Et comment expliqueras-tu, bella mia, ta présence et ta nudité à mon inestimable tante Lucrezia, dont la mère de Fabrizio est une fervente admiratrice ? Elle sera ici dans un instant.

Vittoria lâcha un léger cri et se redressa sur son séant.

— Madonna ! Alessio, fais quelque chose ! Sauve-moi ! Il le faut !

Il y eut un coup à la porte, qui s’entrouvrit à peine pour laisser passage au bras de Giorgio, tenant des vêtements de femme. Il annonça d’une voix pressante, de l’autre côté du battant :

— Le taxi est là, Eccellenza.

Alessio alla prendre les vêtements et les lança à Vittoria, qui les happa en se précipitant vers la salle de bains.

Il la suivit du regard. Cette nuit, elle avait été une compagne agréable et imaginative. Mais la venue du jour, et le danger pressant, lui faisaient perdre son charme ! Plus jamais il ne jouerait aux cartes, ou à quoi que ce soit d’autre d’ailleurs, avec la belle Vittoria Montecorvo. Il serait même avisé, à l’avenir, d’éviter toute aventure avec une épouse insatisfaite.

Il enfila un pantalon crème et un polo noir, passa une paire de mocassins souples, et revint dans la chambre. Vittoria l’attendait, habillée de pied en cap, l’air désespéré.

Elle se jeta contre lui et l’étreignit :

— Alessio ! Quand te reverrai-je ?

L’honnêteté aurait voulu qu’il réponde : « Jamais. » Mais cela n’aurait pas été très élégant. Alessio connaissait celui qui l’avait précédé dans les bras de Vittoria Montecorvo, et aurait parié que son successeur était déjà en lice. Vittoria était la superbe fille d’un homme riche, mariée à un autre homme riche et facile à duper. Elle ne songeait qu’à satisfaire ses caprices, aimait à séduire, et se mourait d’ennui. Et pour sa part… eh bien, il était ce qu’il était… C’était peut-être parce qu’ils se ressemblaient qu’ils avaient été attirés l’un par l’autre, pensa-t-il, vaguement écœuré.

Avec une douceur ferme, il la mena hors de la chambre, puis dans le vaste couloir, jusqu’à l’endroit où Giorgio attendait patiemment, en majordome bien stylé. Au même instant, la sonnette d’entrée tinta de façon répétée à l’autre bout de l’appartement.

— J’y vais, dit Alessio à Giorgio. Toi, conduis la signora jusqu’au taxi.

Il assura à Vittoria qu’il penserait à elle, la rappellerait si cela lui semblait sans risque ; elle s’éloigna en lui jetant un regard à la fois soupçonneux et inconsolable.

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