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Moi, Lorie 15 ans

De
105 pages

Lorie, 15 ans, n'a pas une vie facile.


Depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne, sa mère la déteste, sans vraiment qu'elle sache pourquoi.


Heureusement, son père rééquilibre la balance ce qui lui permet d'endurer son quotidien. Jusqu'au jour où un deuil la frappe de plein fouet, son père change du tout au tout.


Elle ne pourra plus compter que sur son oncle Franck et son meilleur ami Logan, qui se révèle être bien plus qu’un simple ami ou « frère de cœur ».

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Léaly Morgane Moi, Lorie 15 ans Illustration : Néro Publié dans la Collection Vénus Bleu, Dirigée par Elsa C.
© Evidence Editions 2017
1
La vie n’est pas toujours simple. Chaque être se voit confronté un jour où l’autre à différents problèmes, plus ou moins graves. Les plus chanceux verront leur roue tourner et leur offrir un avenir plus réjouissant alors que d’autres se retrouveront dans une situation plus critique que la précédente. Mais nous ne sommes pas tous maîtres de notre Destin, et lorsque celui-ci s’acharne sur vous, vous n’avez plus qu’à subir votre vie au lieu de la vivre. Mon prénom : Lorie. Mon âge : 15 ans. Je vivais dans une petite bourgade avec ma famille, ma mère, mon beau-père et mes deux petites sœurs : Samantha, 8 ans et Valentine, 6 ans. J’étais scolarisée dans une ville voisine. Mon père, quant à lui, vivait à 150 km plus au nord de là, dans la maison de ma grand-mère. Mon grand-père était décédé lorsque je n’avais que 8 ans, papa était reparti vivre avec Mamie pour ne pas la laisser seule dans sa grande maison. D’un autre côté, il n’avait jamais refait sa vie, alors il était plus pratique de cohabiter ensemble pour réduire les dépenses et frais en tous genres. Je n’ai jamais connu la vie de couple de mes parents. Lorsque maman est partie, j’étais encore un petit être portant des couches et tétant toutes les trois heures. Depuis leur divorce, ma vie consistait à passer un week-end sur deux et la moitié des vacances chez mon père. Rien de plus banal pour quelqu’un comme moi, qui pouvais y voir des avantages, mais qui m’apportaient aussi son lot d’inconvénients. Autant il peut être plaisant d’avoir deux fois plus de cadeaux à Noël, autant les doublons sont fréquents lorsqu’il y a une absence totale de communication entre vos parents. Une situation lambda, qui aurait pu se dérouler le mieux du monde. Il existe des tas de familles séparées, monoparentales, recomposées qui écoulent une existence tranquille. Les enfants n’ont pas à souffrir des déboires affectifs de leurs parents. Il est possible de grandir heureux, enfin je pense car, à priori, ce n’était pas le cas de ma famille.
2
Début septembre, jour de rentrée scolaire. J’avais eu mes 15 ans, il y avait deux semaines de cela et j’entrais au lycée. Le bahut était à quinze minutes de trajet en bus. Tout se passerait bien si j’avais été comme tout le monde, sauf que j’étais quelqu’un de plutôt isolée qui ne communiquait pas beaucoup avec les autres. À l’âge où les filles commencent à gagner en assurance et à montrer leur jolie poitrine, moi j’étais plutôt introvertie et peu sûre de moi. Les raisons : ma vie personnelle n’était pas des plus réjouissantes et mon physique était re sté au stade de la petite fille qui n’a même pas encore atteint le stade pré-pubère. Imagin ez, les cheveux blond foncés, les yeux bleus, 1m65, jusque-là, tout était normal. J’aurais pu être une jolie fille si je m’étais développée comme les autres filles de mon âge et que de grosses et vilaines lunettes ne mangeaient pas la moitié de ma face. Pas les jolies à fines montures, non, non, les grosses avec des verres aussi épais que des culs-de-bouteilles. Vous vous rendez mieux compte, maintenant ? Vous ne vous trompez pas, la description est conforme et sans vices cachés : timide, réservée, pas sûre d’elle, et vraiment pas jolie avec mes longs cheveux raides, la frange qui barrait le front et les lorgnettes qui camouflaient le tout. C’est sûr qu’au niveau sociabilité et estime de soi, ce n’était pas très réjouissant, j’avais encore du boulot. Imaginez donc, arriver dans un nouvel établissement avec des tas d’inconnus plus âgés, et qui vous jugeaient au premier regard. Alors que j’avais déjà galéré à m’adapter au collège, je devais recommencer au lycée. Ce n’était pas gagné ! Lorsque je suis arrivée ce matin-là, nous devions tous nous réunir dans le gymnase et nous ranger en colonne devant l’affiche de notre cl asse. J’avais traversé la salle tête baissée, mais j’avais senti le regard des autres se poser sur moi et me dévisager, en s’arrêtant aux endroits où j’étais « différente ». Seulement, lorsque j’ai atteint le fond de la pièce, mon groupe était déjà parti. Super… se retro uver dans une nouvelle classe sans connaître personne, puisque vos anciens camarades n’allaient pas dans le même bahut, ce n’était déjà pas génial, mais se faire remarquer en arrivant en retard, c’était encore pire. Deux filles, aussi perdues que moi, me rejoignirent. — Salut, moi c’est Kiara, et elle c’est Mégane, toi aussi tu cherches ton groupe ? — Salut les filles, moi c’est Lorie. Oui, apparemment ma classe est déjà partie avec le prof principal, et contrairement aux autres, le numéro de salle n’est pas indiqué sur la liste. — Tu es dans quelle classe ? me demanda Mégane. ère — Je suis en 1 Vente. Elles s’extasièrent toutes les deux en sautillant sur place. — Super !! On est dans la même classe. Les surveill ants nous ont dit qu’ils nous
conduiraient dans nos salles de cours respectives dans cinq minutes. En attendant, il faut rester avec le groupe derrière nous. On a le temps de faire connaissance ! me dit Kiara. — Oui super, lâchai-je. J’étais mal à l’aise devant tant d’exubérance. Pourtant, notre amitié est née à cet instant, et nous sommes devenues les meilleures amies du monde. Mégane était une jeune fille rousse aux longs cheveux bouclés et aux yeux verts. Sa peau blanchâtre parsemée de taches de rousseur était parfaite. Elle n’était pas très grande, un petit mètre cinquante, un peu rondelette, une poitrine généreuse et d’une gentillesse sans pareil. Elle était toujours à l’aise, quelle que soit la situation, ne rougissait jamais et rigolait à toutes les blagues qu’elle entendait, même les plus ridicules. Elle était l’aînée du trio, elle avait deux ans de plus que moi. Elle prenait tout un peu trop à la légère, d’où ses redoublements. Elle considérait que les études n’étaient pas si importantes, qu’avec ou sans diplôme, une personne motivée trouverait du travail et construirait sa vie. Mais bon, si elle était aussi absente au travail qu’elle ne l’était en cours, pas sûre qu’elle garderait un boulot très longtemps. Elle était comme ça, sans prise de tête. Kiara, d’un an mon aînée, faisait la même taille que moi, ses cheveux blonds décolorés, ses yeux marron, elle était maigre comme un clou et donnait l’apparence d’une jeune fille anorexique et fatiguée. Pourtant, elle était pleine de vie, toujours enjouée. Ses seuls défauts : elle parlait trop et trop fort, et faisait confiance à n’importe qui. Cela lui avait joué pas mal de mauvais tours avec ses amies d’avant, mais aussi les garçons avec lesquels elle sortait. Je me sentais bien avec ces filles, elles savaient me mettre à l’aise, m’inspiraient confiance. J’espérais ne pas me faire avoir comme à chaque amitié que j’avais laissée naître. Elles avaient beau être devenues mes meille ures amies, elles ne savaient pas le lourd fardeau que je portais. Je ne voulais pas que des rumeurs ou des « on-dit » s’ébruitent, ou même que cela puisse revenir aux or eilles de ma mère. Je pouvais leur faire confiance, elles auraient emmené mon secret d ans la tombe, mais je ne le voulais pas. C’était ma vie, c’était à moi, et à moi seule, de gérer et supporter mes problèmes. *** Vendredi 19 septembre Ce jour-là, je revins du lycée vers dix-huit heures. Comme tous les matins, j’avais pris le bus scolaire de bonne heure. J’avais été discrète et attentive aux huit heures de cours qui avaient suivi. Mais contrairement à d’habitude, je n’avais pas mangé à la cantine. Mes deux seules amies, Mégane et Kiara, insistaient pou r aller se restaurer au snack à quelques minutes du bahut. Ne voulant pas être seul e au milieu du réfectoire rempli d’adolescents, j’avais cédé, à mes risques et périls, car je n’avais pas le droit de quitter l’établissement. Et ce n’était pas les surveillants que je craignais, car au lycée, ils ne vérifient pas si vous êtes demi-pensionnaires ou externes lors de la pause-déjeuner. Ils ne sont présents que pour ouvrir et fermer la grille principale.
Je n’avais pas d’argent de poche. Maman ne travaill ait pas, la principale source de revenus était le salaire d’ouvrier de mon beau-père . Maman avait de son côté les allocations familiales et la pension alimentaire qu e papa versait. Elle estimait qu’elle subvenait largement à mes besoins, et que, par cons équent, je n’avais pas lieu de me promener avec de l’argent sur moi pour acheter « n’importe quoi ». Les quelques pièces que j’avais sur moi étaient donc la monnaie que mon père m’avait laissée lorsque nous étions allés à la station-service au début du mois. Ma mère fouillant fréquemment dans mes affaires, je les avais donc cachées dans mes chaussettes lorsque mon père m’avait ramené à la maison. Non pas que ce soit agréable de marcher avec des pièces en alliage de nickel et d’aluminium sous les pieds, mais si elle les avait trouvées, elle me les aurait prises. — Ok Mégane, c’est bon, allons-y, mais on ne reste pas longtemps et on rase les murs. Si quelqu’un me voit et balance à ma mère, je suis morte, lui dis-je. Je ne fus pas étonnée de la voir ricaner. Je leur avais seulement expliqué que ma mère était stricte et refusait que je sorte du lycée. El le ne pouvait pas comprendre, et je ne pouvais pas lui en vouloir. Qui comprendrait de toute façon ? — Au pire tu te feras juste engueuler, y a pas mort d’homme ! me répondit-elle. — Oui, allez, ajouta Kiara, on en a pour moins d’une heure, ta mère n’en saura rien, et puis là-bas, personne ne fera attention à nous, on se fondra dans la masse. Personne ne me verra me dis-je… c’est donc d’un pas vif et tête baissée que je me suis rendue à la sandwicherie. Nous avons vite acheté nos menus et nous sommes reparties aussitôt dans l’enceinte du lycée. Mais je n’avais pas ma conscience tranquille. C’est sans grande surprise que j’ai vu ma mère m’attendre derr ière la porte d’entrée, le soir à mon retour. J’eus à peine le temps de franchir le seuil , qu’elle me gifla si fort que ma tête frappa le battant tout juste refermé. Elle m’avait attendu là, planquée en embuscade. — Ta petite journée s’est bien passée ? persifla-t-elle. — Oui, maman, comme d’habitude, répondis-je tête baissée. Pas la peine de lui dire que je m’étais adaptée au lycée, que j’avais pris le rythme, que je ne me sentais pas aussi perdue que d’autres dans l’établissement et que ma classe semblait plutôt sympa, toute discussion avec moi ne l’intéressait nullement. Nous n’avions aucune conversation ensemble. D’ailleurs, je devais diriger mes yeux vers le sol et ne pas redresser le visage lorsqu’elle me parlait. Rien qu ’à son regard, j’ai su. J’ai su, avant même de me retrouver la tête dans le mur, que la réponse n’était pas celle qu’elle espérait entendre. — Tu n’es qu’une sale petite menteuse. Tu penses pouvoir me manipuler ? Tu ne sais vraiment pas à qui tu te frottes sale petite garce. Elle savait, par le biais d’une nièce de son amie (que d’ailleurs, je ne connaissais même pas ni de vue ni de nom), que j’étais sortie. Même si cela ne nous a pris que trente minutes tout au plus, j’étais sortie. Et voilà, je savais comment tout cela allait finir : une bonne embrassade avec le mur, quelques mèches de cheveux en moins et je serais enfermée dans le noir de ma chambre pour le reste de la soirée, et bien sûr, pas question de manger. Bien entendu, mes « corrections » laissaient rarement des traces corporelles visibles. Du moins sur le visage, car mes bras, mes cuisses et mon fessier, eux, avaient
souvent des bleus. Ne croyez pas que je n’ai jamais eu envie de me plaindre à qui que ce soit. Mais je la craignais bien trop pour risquer de la mettre dans une fureur extrême. Mon père et mon beau-père n’étaient au courant de rien. Ou ce dernier faisait mine de ne rien voir. Et c’était bien mieux comme cela. Si papa avait appris ce qui se passait chez maman, il aurait fait les démarches nécessaires pour récupérer ma garde. Seulement, j’aurais pu dire adieu à mes deux petites sœurs et à mes grands-parents maternels. Et puis, je la craignais tellement que je m’imaginais qu’elle paye le juge pour que l’affaire soit classée sans suite et me le faire regretter par la suite. Non, il fallait que je tienne bon. Si je partais, il lui faudrait un autre bouc émissaire, et il étai t hors de question qu’une de mes sœurs endure un tel châtiment. Je les aimais trop pour su pporter de les voir souffrir. Moi je pouvais encaisser, j’étais rôdée, mais les petites, non, hors de question de vivre avec cela sur la conscience ! *** Tout a commencé peu après la naissance de Samantha, j’avais exprimé le souhait de connaître la vie chez mon papa. Je devais avoir 6 ans, et j’ai dit cela comme j’aurais pu dire que ma robe était jolie, ou que les épinards ne sont vraiment pas bons, des mots d’enfant tout simplement. Me faisant passer pour une petite fille ingrate, ma mère s’était empressée de le dire à ses parents. Étant leur première petite-fille, elle détestait le fait qu’ils me chouchoutent et me gâtent constamment. Elle espérait certainement que je baisse dans leur estime s’ils apprenaient que je voulais partir avec mon père. Il faut dire qu’ils ne le portaient pas vraiment dans leur cœur. Ils avaient toujours haï mon père, et je n’en ai appris les raisons que récemment : papa avait mis maman enceinte alors qu’elle n’avait que 17 ans. Et il y a 15 ans de cela, on ne tombait pas enceinte sans être mariée. Alors avant que la petite surprise cachée au fond du petit ventre ne soit visible, Mamie a organisé un mariage express avec deux témoins et le consentement des familles. Donc, lorsque mémé est venue voir ma petite sœur à la maison, elle m’a regardé dans le blanc des yeux, et m’a bien fait comprendre que j’avais des responsabilités en tant qu’aînée, et que si un jour je décidais de partir vivre chez mon père, je ne les reverrais plus jamais. Et puis la menace du courrier au Père Noël, pour l’avertir que j’étais une vilaine petite chipie, marchait encore à l’époque. Elle m’a rappelé également que c’est chez elle que je vivais lorsque mes parents se sont séparés, que c’est elle qui s’occupait de nous pendant que mon père vivait de son côté. J’avais souvent des bribes de souvenirs de no tre vie chez eux : mémé qui me donnait des bonbons, pépé qui m’avait appris à marcher, les promenades dans les bois et la cueillette de mûres sauvages que j’engloutissais sur la banquette arrière de la voiture, mes siestes inopinées dans le panier à linge, ma pe tite moto électrique avec laquelle je traversais la salle à manger à 3km/h, vêtue du grand imper de mémé et de son casque de mobylette, mes cascades sur le dos du chien que je montais comme un cheval, et j’en passe… Mes plus beaux souvenirs d’enfance avaient eu lieu chez eux. Alors, à compter de ce jour-là, ma mère m’a traitée comme si je ne valais rien à ses
yeux, comme si j’étais un poids pour elle, comme si j’étais un être indésirable, comme si elle avait désiré ma sœur, mais n’avait pas voulu d e moi, comme si je n’étais qu’une moins que rien… ce qui devait être le cas, au fond. Avec le temps, j’ai appris à encaisser et à me taire…surtout me taire. Parfois, je m’imaginais fuguer, et faire du stop jusqu’à ce que j’arrive chez mon père. Même si j’avais envie de quitter la maison, je ne voulais pas perdre mes sœurs et mes grands-parents. Ils me donnaient tout l’amour que ma mère était incapable de me fournir, et cela me suffisait, de ce côté-là de la famille du moins. Pourtant, parfois, pendant un bref instant, je leur en voulais de ne pas voir, de ne pas savoir, de ne pas m’aider à me libérer de cet Enfer. Une fois enfermée, j’ai eu tout le loisir de masser mon crâne endolori. Mes larmes avaient déjà séché. J’ai vite appris à mes dépens q ue, lorsqu’elle me passait un savon, elle prenait comme un affront le fait que je ne ple urais pas. Mais à force de recevoir des coups, on finit par ne plus montrer notre douleur. Sur ce point, c’était une grossière erreur, car s’il n’y avait pas de larmes, c’est que je n’av ais pas assez mal, donc, la leçon n’était suffisamment pas rentrée. Alors, depuis, je laissai s libre cours à mes pleurs, et bien souvent, lorsque j’atteignais ma chambre, mes canaux lacrymaux étaient taris, mes yeux gonflés, et je regrettais tout simplement ma venue au monde.
3
Samedi 20 septembre Je me suis levée dès la première sonnerie de mon réveil pour ne pas réveiller la maisonnée. Pour les autres élèves, avoir cours le samedi était une corvée, un supplice qui fichait en l’air leur week-end. Pour moi, c’était une échappatoire : moins j’étais présente à la maison, moins je me faisais corriger. Le fait de beaucoup pleurer aidait à s’endormir. Mes yeux étaient encore gonflés, mais mon crâne ne me lançait plus. Plus aucune trace, co mme d’habitude. Je me suis levée comme chaque matin en me demandant ce qui se passerait au petit déjeuner. Si elle était encore couchée, j’avais du répit, si elle était levée, son humeur dépendrait du reste de ma journée : qu’elle soit bonne ou mauvaise, tout se jouerait au premier regard du matin. Je descendis silencieusement l’escalier et aperçus la lumière de la cuisine. Un court arrêt au milieu des marches, ma main qui se resserrait autour de la rambarde, je soupirais intérieurement et reprenais ma descente en me demandant comment je pouvais trouver le courage de l’affronter de si bon matin. Arrivée dans la cuisine, je la vis attablée avec son bol de café devant elle. Si c’était son second bol, j’avais plus de chances que cela se passe mieux. Je me penchais pour lui dire bonjour car chez nous, il fallait embrasser nos parents. Elle se recula brusquement. Instinctivement, j’eus le réflexe de vouloir protéger mon visage pensant que j’allais me prendre une claque. — Ne me touche pas. Ne nous touche pas pendant une semaine ni moi, ni tes sœurs, ne rentre même pas dans les pièces où nous sommes, sauf pour manger et faire la vaisselle. Et arrête de faire ton enfant battue, ce n’est pas comme si je te frappais sans arrêt. Non, ce n’était pas comme si… Un hochement de tête pour signifier que j’avais com pris et je partis me laver avant d’attendre qu’elle quitte la pièce pour pouvoir déjeuner. Cela faisait dix bonnes minutes que je poireautais, debout, le dos bien droit collé au mur du couloir, les mains dans le dos et les yeux fixés sur la porte de la cave face à moi. Elle prit tout son temps pour sortir de la cuisine, ce qui fait que je n’avais plus que cinq p etites minutes pour déjeuner si je ne voulais pas rater le bus. Et il ne valait mieux pas que je le rate, croyez-moi, car les représailles elles, je les aurais vues venir. En plus d’être enjouée d’aller en cours ce matin-là, le week-end s’annonçait « calme ». Mon père passait me prendre à quatorze heures, nous devions manger chez son meilleur ami qui avait un fils un peu plus âgé que moi. Loga n était mon meilleur et seul ami