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«Ne Jamais Dire Fontaine...»

Romance

Stéphanie Lebaillif









«Ne Jamais Dire Fontaine...»

Romance

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ISBN979-10-93434-97-1

Décembre 2015

Imprimé en France © Erato–Editions

Tous droits réservés

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

- 1 -

Après une matinée entière consacrée à la préparation des salades, entrées froides, plateaux de charcuterie, sans oublier la cuisson des viandes qui seront mangées froides, accompagnées de chips ; il avait fallu préparer les différentes sauces et le punch. Les sodas et jus de fruits étaient déjà au frais bien entendu.

Le buffet avait été dressé sous une grande tonnelle par son père Henry et son frère Lucas avaient installée dans le jardin, avec des banderoles et des ballons de couleurs plus vives les unes que les autres. Maintenant, tout était fin prêt. Daphnée, qui était la dernière à être montéese doucher, avait juste eu le temps ensuite d’enfiler son caraco bleu ciel et son court short blanc, que sa mère l’appelait pour descendre.

Elle entendit sa mère faire entrer les premiers invités conviés pour l’anniversaire de sa sœur.

Marie fêtait ses vingt ans et pour cette occasion, Monsieur et Madame avaient organisé une petite fête en ce samedi de juin. Daphnée était arrivée la veille au soir après son travail pour aider toute la famille aux préparatifs du grand jour.

— Daphnée ! Les premiers invités sont arrivés !

— Oui maman, j’arrive ! Je suis presque prête !

Après avoir séchéses courtes boucles brunes, elle descendit l’escalier pour rejoindre ses parents sans se soucier de ses cheveux rebelles qu’elle avait essayé en vain de coiffer.

Comme toutes les femmes de son âge, elle aimait regarder les vêtements, les chaussures ou les bijoux qui se trouvaient exposés dans les vitrines des grands magasins, mais sans toutefois leur prêter une réelle attention. Tout ceci faisait partie des choses qu’elle cataloguait comme sans importance. Ce n’était que des accessoires d’apparence qui aidaient à donner une certaine image de soi.

Et cela allait de même pour la coiffure. Alors que ses amies passaient des heures dans leur salle de bain le matin pour avoir un brushing impeccable, avec leurs cheveux longs colorés ; Daphnée, elle, avait préféréles couper court. Cela était beaucoup plus pratique pour elle dans le cadre de sa vie professionnelle, mais aussi tout simplement dans sa vie privée.

Elle ne voulait tout simplement pas s’ennuyer avec cela.

Ne prêtant donc, comme vous avez pu le comprendre, aucun cas de son apparence, cela ne l’empêchait pas pour autant d’avoir quelques soupirants qui n’attendaient qu’un mot d’elle pour la courtiser et, selon leur dire, la combler. Des soupirants dont elle se serait évidemment bien passée, elle n’en avait que faire. Daphnée était à ce qu’on disait une très belle femme, s’il fallait en croire le jugement des autres. Petite brune aux yeux clairs, du même bleu que ceux de sa mère. Mais par contre,à ladifférence de sa mèreAnnie Finn, elle avait une peau blanche, d’un blanc laiteux. A vingt-neuf ans, Daphnée était une jeune femme indépendante, célibataire et comme le disait le dicton : « fière de l’être ».

Elle vivait dans un petit, mais confortable appartement de location, non loin de la maison de ses parents, en Haute-Normandie, dans une ville au bord de la Manche. Dieppe. Daphnée appréciait aussi sa rue piétonne où l’on pouvait marcher encore sur les pavés. Elle affectionnait tout particulièrement ces maisons avec leurs façades rouge, jaune ou orangées que l’on découvrait aux abords de l’arrière-port.

Et, en ces tout premiers jours d’été, la journée était exceptionnelle.

- 2 -

La jeune femme salua ses oncles et tantes, tout en prenant le temps de bavarder avec chacun, de tout et de rien. Certains lui posaient toujours la même question,à savoir si elle avait un petit ami ; elle répondait simplement et elle ne s’en offusquait pas, le prenant toujours avec le sourire. Elle savait pertinemment que cette ancienne génération avait du mal à comprendre son envie de liberté, d’indépendancemais à force, elle avait parfois l’impression de se répéter, tant ses réponses pouvant être évasives et c’était peu dire ; sa mère avait deux sœurs et un frère, son père était l’aîné de cinq garçons.

Ils s’étaient tous mariés jeunes, ayant crééleur propre famille.

Il était rare de réussir à réunir autant de monde en même temps, car hormis les oncles et tantes, il y avait aussi une bonne moitié de ses cousins et cousines, seuls ou accompagnés de leurs conjoints et bien sûr de leurs enfants respectifs. Rien qu’avec la famille, le jardin de ses parents était envahi. Mais c’était sans compter les amis de la famille ainsi que ceux de Marie, la reine du jour.

Monsieur et Mme Finn, ses parents, habitaient cette maison depuis le tout début de leur mariage.

Daphnée, Marie et leur frère Lucas y avaient passé toute leur enfance. Jouant sur la balancelle encore présente, courant sur la pelouse fraîchement tondue. C’était un endroit agréable, confortable et familiale.

La journée se prolongea sous un soleil encore plus radieux qu’en début de matinée. Les enfants s’amusaient, les adultes heureux de se revoir discutaient vivement, se racontant les dernières nouvelles, les projets, les prochains départs en vacances. Le buffet eut un immense succès, quelques grands mangeurs y retournèrent deux ou trois fois. Les enfants picorèrent par-ci par-là. Daphnée regarda, avec le sourire son père, décrocher les ballons pour les donner aux enfants qui faisaient partie de cette nouvelle génération. Un rose pour Laurie, un bleu pour Tom, Valérie en réclama un vert, Sophie préféra un jaune. Son père distribua une dizaine de ballons pour les combler tous avant qu’ils repartent tous courir dans le jardin.

La jeune femme vit ensuite sa sœur se diriger vers elle avec le sourire.

— Daphnée !

— Oui Marie ?

— Viens, je vais souffler mes bougies.

— Je te suis.

Totalement différente l’une de l’autre, Marie était aussi blonde que sa sœur était brune, . Quant à leur frère Lucas, c’était un bel homme blond de vingt-quatre ans, déjà marié à Lucie, une amie d’enfance et père d’une petite Mégane. Lorsque les bougies furent soufflées, Mme Finn coupa les différents gâteaux pendant que Marie ouvrait ses cadeaux. L’après-midi se finissait agréablement, sous la musique, les danses et les jeux.

- 3 -

En tout début de soirée, certaines personnes prirent congé, ne pouvant rester davantage et préférant prendre la route avant la nuit.

Marie et Daphnée les raccompagnèrent en leur souhaitant bon retour et s’en retournaient vers la tonnelle où la fête continuait tout de même à « battre son plein » avec les invités restants. Tout à coup, Daphnée s’arrêta, le regard fixe et apparemment de mauvaise humeur d’un seul coup. Sasœur la regarda, inquiète.

— Qu’y a-t-il ? demanda Marie.

— Regarde qui parle à Lucas en me regardant, avec ce sourire sournois qui plus est, lui répondit-elle.

Sa sœur se retourna lentement et aperçutÉric,à quelques mètres d’elles, les regardant de temps en temps, effectivement avec un sourire sournois, voir arrogant.

— Oui et alors ? Ce n’est qu’Éric ! déclara la jeune femme sans comprendre la réaction de sa sœur.

— Depuis plusieurs semaines, j’ai refusé par trois fois de sortir avec lui quand il m’a invitéà aller boire un verre ou à dîner au restaurant. J’ai également dû refuser ou inventerune excuse lorsqu’il se faisait insistant pour que je l’accompagne au cinéma et cela par deux fois. J’ai beau lui montrer mon manque total d’enthousiasme à l’accompagner où que ce soit, lui signifier un refus à chaque tentative, mais non, il insiste encore et encore. J’ai réussi jusqu’à aujourd’hui à l’éviter, depuis son arrivée pour ta fête d’anniversaire faisant celle qui ne l’avait pas vu ou qui ne l’entendait pas quand il m’appelait, mais là je ne vais pas pouvoir lui fausser compagnie. Malheureusement pour lui ma patience est à bout et j’ai bien peur que s’il continue de ses assiduités, je vais m’énerver.

— Alors, accepte une fois son invitation et comme ça il sera content.

— Oh que non ! Je n’ai nullement envie de sortir avec lui, ne serait-ce qu’une seule fois. Car premièrement, je sais pertinemment qu’il ne se contentera pas de cette seule fois et deuxièmement c’est tout simplement, parce que je ne veux pas lui faire se plaisir en l’accompagnant où que ce soit. Je me suis montrée cordiale et gentille, car c’est un ami de la famille, et parce que j’apprécie beaucoup ses parents, mais c’est l’unique raison.

— Pourquoi ne veux-tu pas sortir avec lui justement ? Tu le trouves moche ? se demanda curieusement Marie.

— Cela n’a rien à voir avec son physique, même s’il ne me plaît guère, je ne m’arrête pas à cela non. Je le trouve lourd,étouffant. C’est un homme grossier qui plus est. Et je n’ai nullement envie de me trimballer un « pot de colle » derrière mes talons. Sous prétexte que nos parents sont amis, monsieur ne trouve rien d’autre que de nous imaginer mariés !Pfff n’importe quoi !

— Je n’avais pas remarqué qu’il te courait après comme cela. Et il vous imagine marié ! s’étonna la jeune femme.

— Oui, il me l’a dit l’autre jour. Il nous imagine déjà vivants non loin d’ici, dans une grande et belle maison. Et bien sûr, j’aurai trois ou quatre morveux me collant aux jambes en brayant toute la journée pendant que je remplirai mon rôle de femme au foyer.

— Tu n’aimes pas les mômes ! s’étonna Marie.

— Rien à voir, tu le sais bien, mais je n’aime pas qu’on nous catalogue, nous les femmes, comme des personnes inférieures et donc dans ce rôle de femme à la maison qui n’aura pas son mot à dire, et devra attendre le retour de son seigneur et maître. Mais il croit vivre à quelle époque cet imbécile !

Marie ricana devant l’esclandre de sa sœur.

— Oh et rien que de le voir près de moi… il me dégoûte, alors dans le même lit, je n’aime mieux pas y penser ! Alors c’est donc pour ça que j’ai bien peur de ne pas pouvoir rester calme avec lui.

— Tu veux vraiment qu’il te laisse tranquille, une bonne fois pour toutes  ?

Daphnée regarda sa petite sœur,étonnée.

— Oui bien sûr ! Si tu as une solution miracle, je suis preneuse.

— Dis-lui que tu es avec quelqu’un. Cela t’évitera comme ça de l’envoyer promener, même si tu en meurs d’envie.

— Mais je ne suis avec personne, tout le monde le sait.

— Et alors, peu importe. Tu aurais très bien pu faire la connaissance de quelqu’un sans que quiconque soit au courant. L’important c’est que lui le croit.

— Il saurait pertinemment que c’est encore une excuse. Tous ceux qui me connaissent savent que je me fous comme d’une guigne de la gente masculine.

— Tu as le droit de changer d’avis. S’il doute, tu n’auras qu’à inventer un prénom au hasard pour faire plus vrai, une soi-disant rencontre où tu veux et le tour sera joué. Même si tu ne le convaincs pas totalement, il aura certainement un doute, ce qui est beaucoup mieux que de te savoir totalement libre.

— Et merde le voilà ! Je ne pense pas que cela marche. Je crois que je ferai mieux de l’envoyer carrément promener.

— Essaie mon idée en premier. Il ne tient qu’à toi pour que cela marche. Fais ce qu’il faut pour qu’il croie que tu n’es plus libre.

— Facile à dire. murmura Daphnée.

Bonjour, Marie ! Belle journée d’anniversaire !

— Oui très belle, merci à toi d’avoir été là.

— C’était un plaisir. Bonjour Daphnée, ajouta-t-il en se tournant vers la jeune femme.

— Bonjour.

— Tu n’as pas l’air aussi ravie que ta sœur que je sois là aujourd’hui ma biche. Je t’ai à peine vu de toute la journée et encore de loin. Je souhaitais te parler deux minutes, mais à chaque fois tu étais soit en grande conversation avec une autre personne, soit quand je me dirigeais vers toi tu disparaissais je ne sais où. J’ai eu l’impression que tu faisais tout pour m’éviter ma poule, dit-il avec un sourire suffisant.

— Et c’est peu dire. Tu as vu justeÉric, très juste.

— Bon, je vous laisse,interrompit Marie qui sentait venir un conflit. Dahpnée  ?

— Oui ?

— Passe le bonjour à ton fiancé de ma part, c’est un véritable amour ce gars-là.

— Pardon ! s’exclama la jeune femme médusée.

— Oui, je vous souhaite un bon dîner demain, chez lui. Salut,Éric, conclut-elle en s’en allant et en envoyant un clin d’œil à sa sœur.

Éric regarda Marie s’éloigner et reporta toute son attention sur Daphnée.

— Mais que raconte-t-elle ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de fiancé ? s’emporta le jeune homme, médusé.

— Oh, fiancé est un bien grand mot. Mais tu connais ma petite sœur, elle exagère toujours un peu.

— Tu l’es oui ou non ? demanda-t-il menaçant.

— Disons simplement que je fréquente un homme, oui.

Il s’était rapproché d’elle, et la prit fermement par le bras.

— Première nouvelle ! Daphnée fiancée, vraiment n’importe quoi ! ricana-t-il.

— Je ne vois pas ce qu’il y aurait de si surprenant, dit-elle en se mentant à elle-même.

— Je t’en prie Daphnée, pas à moi !

— Alors tu es prêt à croire que je m’intéresse à toi, mais tu crois que c’est impossible que je puisse être intéresséepar un autre homme !

— Si cette histoire est vraie, pourquoi ne m’en as-tu rien dit quand je t’ai invitéeà plusieurs reprises à sortir avec moi ?

— Cela ne te regardait pas, pas plus qu’aujourd’hui. Je n’avais aucune explication précise à te donner et j’ai pensé qu’après plusieurs refus tu aurais compris que je n’étais pas libre et donc pas intéresséepar tes invitations répétées. Et en aucun cas, je ne voulais me montrer grossière avec unamide la famille, conclut-elle en prononçant plus fortement le mot ami.

— Mais bien sûr ! se moqua-t-il. Et si ce mensonge est vrai, pourrais-je savoir qui est cet homme ?

Daphnée essaya en vain de se dégager, mais plus elle voulait se libérer, plus il pressait son bras, méchamment, n’acceptant pas qu’elle veuille s’éloigner de lui.

ÉcouteÉric, je te prierai de me lâcher tout de suite ! Tu me fais mal !

— Non ma toute belle, tu es à moi tu m’entends, rien qu’à moi et tu ne seras à personne d’autre !

— Je n’ai jamais été à toiÉric, et met toi bien ça dans le crâne une bonne fois pour toutes, je ne le serais jamais !

— C’estce que tu crois, ma poule.

Il la lâcha pour entourer sa taille afin de la serrer contre lui. Au moment où il baissa la tête afin de tenter de l’embrasser, Daphnée réussit à le repousser quelque peu et lui flanqua une gifle retentissante.

Il desserra tout de suite son étreinte sousle coup de la surprise et recula de quelques pas.

— Je te conseille de ne plus m’importuner à l’avenir. Je t’ai dit que j’avais quelqu’un, alors laisse-moi tranquille. Et je tiens à t’informer que même si j’étais seule, je ne voudrais surtout pas de toi, déclara-t-elle en perdant patience.

— Je ne te crois pas ! hurla-t-il.

— C’est ton problème, pas le mien.

— Je sais parfaitement que ce fiancé est une invention de Marie et toi !

— Que tu le crois ou non m’importe peu !

— Alors, donne-moi son nom, si cela est bien vrai.

— Je ne vois pas pourquoi je te le donnerais.

— Pour que j’y croie à ton histoire tout simplement. Mais tu ne peux pas me donner son nom, parce qu’il n’existe pas !

— Oh que oui il existe, crois-moi. C’est un homme merveilleux,à tous les points de vue.

— Qu’entends-tu par là ? demanda-t-il le regard mauvais.

— Je ne vais pas te faire un dessinÉric ! Tu es en âge de comprendre, je suppose.

— Petite garce !

— Pourquoi ? Parce que je ne me suis pas préservée pour toi  ?

— Ne me provoque pas Daphnée ! dit-il en avançant vers elle.

— Tu n’es qu’un maladeÉric, renchérit-elle, nullement intimidée.

— Qui est-ce alors ? Je veux savoir qui c’est, si tu veux que je te croie, demanda-t-il hors de lui.

Comprenant qu’elle n’aura pas la paix tant qu’elle ne lui aura pas donnésatisfaction, la jeune femme se retourna pour réfléchir vite fait à un nom possible.

Tout à coup elle vit un homme de grande taille devant la maison, assis sur le capot d’une voiture, la sienne certainement. Elle ne le connaissait ni d’Ève ni d’Adam, et c’était de même pourÉric, elle en était convaincue sinon celui-ci n’aurait pas omis de le saluer,étant face à lui.

— Lui, dit-elle en désignant l’inconnu.

— Qui ? chercha le jeune homme, mécontent.

— L’homme là-bas en costume noir, assis sur le capot de sa voiture.

— Mais qui est-ce ?

— Je te l’ai dit, mon fiancé, répondit-elle évasivement. Comme tu peux le voir, il m’attend. Je te laisse, car il serait extrêmement jaloux si je continuais cette conversation avec toi.

— Non tu resteslà ! déclara-t-il en essayant de lui prendre le bras, mais elle se recula avant.

— Cette conversation n’a déjà que trop duré ! Et tu as de la chance qu’il ne t’ait pas vu tout à l’heure me malmener !

— Malmenée, il ne faut pas pousser !

— Et comment appelles-tu le fais de me serrer fortement les bras, au point de me faire mal, pour me retenir contre mon gré !

Sur ces mots, elle se dirigea d’un pas vif vers le portail, sentant bien le regard d’Éric dans son dos.

Son enthousiasme et sa fierté diminuaient au fur et à mesure qu’elle s’approchait de l’inconnu.

De loin, il lui avait paru moins impressionnant. De plus, comme il s’était redressé à son approche, elle pouvait remarquer maintenant qu’il était plus grand qu’elle le pensait, et ses épaules beaucoup plus larges qu’elle ne l’avait supposé au premier coup d’œil.

Avec sa taille fine, ses cuisses apparemment musclées, il représentait la force et la solidité. Elle n’avait jamais rencontré un homme d’une telle prestance. Qu’allait-elle bien pouvoir lui dire ?Éric la surveillait toujours, elle l’aurait juré.

Et si cet homme la repoussait avant qu’elle ait pu lui expliquer…mais quoi au juste ? Qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir lui dire ?

Jamais elle ne s’était retrouvée dans une pareille situation. Mais avecÉric épiant tous ses faits et gestes, il allait lui falloir être convaincante pour donner le change.

Daphnée n’était plus qu’à quelque pas de lui. Mon Dieu ! Qu’il était beau ! Non pas qu’elle juge une personneàson physique, surtout elle, mais il fallait bien lui reconnaître ça. Cheveux châtain clair, un peu trop longs. Nez fin et droit, mâchoire volontaire. Et un sourire…oui un sourire…il devait se demander ce qu’elle pouvait bien lui vouloir. Mais lui, que faisait-il là justement ?

- 4 -

Matthias attendait sa sœur qui lui avait demandé de venir la chercher vers dix-neuf heures.

Comme il était arrivé un peu en avance, il avait décidéd’attendre tranquillement, assis sur le capot de sa voiture par cette belle fin de journée. Moment rare et appréciable.

Il avait souri en voyant au loin cette petite brune flanquer une superbe gifle à l’homme, toujours immobile là-bas, et qui l’a méritait largement vu la façon donc il l’avait maintenu. Il avait été lui-même à deux doigts de s’en mêler quand la jeune femme avait réagi.

Et maintenant voilà que cette femme, très mignonne qui plus est, se dirigeait droit sur lui. Il était curieux de savoir ce qu’elle pouvait bien lui vouloir.

Peut-être s’étonnait-elle de sa présence devant la maison.

Il la détailla au fur et à mesure que la distanceentre eux diminuait.

Oui, vraiment beau brin de fille ! Simple, sans artifices et naturelle, comme il les aimait. Il remarqua en premier ses jambes bien galbées, avec une démarche souple, mais déterminés. Ses cuisses qu’il imaginait, douces, largement découvertes avec ce short plus que court. Ensuite sa taille mince, sans exagération. Puis sa magnifique poitrine, bien ronde, bien pleine, apparemment ferme et qui se soulevait légèrement pendant qu’elle marchait. Ses yeux remontèrent jusqu’à son visage pour rencontrer son regard franc et apparemment en colère se dit-il avec un sourire. Elle n’avait certainement pas beaucoup appréciéd’être détailléeainsi.

Quand Daphnée fut arrivée au portail, elle ouvrit la barrière et essaya de retrouver son calme. Ce n’était pas la première fois qu’un homme la détaillait ainsi, alors elle n’allait pas en faire toute une histoire, surtout quand elle avait besoin de son soutien. Mais ce qui la mettait en colère, devait-elle bien admettre, ce n’était pas seulement d’avoir été détailléeainsi, mais c’était plus sa réaction à elle qui l’intriguait. Pourquoi cette fois-ci, et pour la première fois, se sentait-elle touchée, troublée par cet examen ?

Bon ce n’était pas le moment de tergiverser ! Elle vint se placer devant lui, mais n’osa pas ouvrir la bouche. Son regard était comme hypnotisédevant cet homme.

— Bonjour, mademoiselle ! Puis-je vous aider ? demanda Matthias souriant devant son mutisme.

— Euh…oui, murmura-t-elle.

— Oui, mais à quoi ? En quoi puis je vous être utile ? ajouta-t-il de plus en plus intrigué par cette jolie fille.

Embrassez-moi! déclara-t-elle précipitamment.

— Je vous demande pardon ! dit-il riant de surprise.

— S’il vous plaît, je ne peux pas vous expliquer, mais je vous en prie, ne chercher pas à comprendre et embrassez-moi vite. Vous me rendriez un énorme service je vous assure.

— Vous êtes très jolie et ce serait pour moi un réel plaisir…

— Ne discutez pas, le coupa-t-elle. Embrassez-moi, ajouta-t-elle plus fermement.

Écoutez mademoiselle…

— Daphnée.

— Ok Daphnée. Je voudrais savoir pour quelle raison vous me demandez de…

— Pourquoi chercher une raison ?Ce que les hommes peuvent être compliqués ! Embrassez-moi vite et ne cherchez pas pourquoi, je vous le demande.

— J’ai connu des femmes directes, mais à ce point... Non pas que cela me dérange, c’est très plaisant de temps en temps même si en règle générale je préfère quand même prendre l’initiative.

Daphnée remarqua qu’Éric les fixait toujours il devait se poser des questions devant son attitude.

Si elle ne faisait pas quelque chose tout de suite, n’importe quoi, il se douterait qu’elle lui avait mentit. Elle se retourna de nouveau vers l’inconnu et après lui avoir passéles bras autour du cou, Daphnée se colla à lui, et essaya de ne pas se dégonfler, malgré les frissons que ce contact lui provoquait.

Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres, et elle pouvait sentir son souffle chaud sur sa joue. Son corps était dur comme du marbre contre sa poitrine, mais il n’en avait pas sa froideur, bien au contraire.

— Même si vous préférez faire le premier pas en règle générale, commença-t-elle en essayant de rester calme, acceptez l’inverse pour une fois. Vous n’allez pas rater cette belle occasion, n’est-ce pas ! ajouta-t-elle mielleuse et provocatrice.

— Ce serait dommage effectivement ! répondit-il en fixant ses lèvres.

— Alors qu’attendez-vous ? Ne vous contenter pas de les admirer, je suis certaine que vous avez envie d’y goûter. Si cela peut vous tranquilliser, je peux vous affirmer que je ne vous demanderai rien d’autre. Un baiser, un seul et vous ne me reverrez plus.

— Comme vous voudrez. Si vous êtes en manque au point de vouloir être embrassépar le premier venu,à moins que vous ne vouliez rendre jaloux l’homme là bas, et je serai effectivement idiot de refuser, non ?

— Vous n’êtes pas le premier venu, loin de là. Et je ne suis pas en…et non ce…et puis zut ! Pensez ce que vous voudrez, mais dépêchez-vous. Embrassez-moi, c’est votre dernière chance, conclut-elle.

— OK, je suis d’accord, pourquoi chercher à connaître vos raisons, déclara-t-il avecun sourire, la faisant attendre exprès. Que de paroles inutiles n’est-ce pas?

Quand Matthias sentait que la jeune femme était sur le point de se détacher de lui, il passa ses bras autour de sa taille, fermement, comprimant davantage ses seins contre son torse. En la sentant reprendre son souffle, il sourit.

— Rien ne vaut l’acte, n’est-ce pas Daphnée.

Il posa une main sur la cambrure de son dos.

— Cela vous plaît comme ça ? demanda-t-il le souffle court lui aussi.

— Oui parfait, murmura-t-elle.

Il lui sourit et se pencha pour poser ses lèvres sur cette bouche offerte, doucement, tendrement.

Un frisson parcourut la colonne vertébrale de Daphnée, une sensation inconnue pour elle. La jeune femme fut étonnée de réagir aussi vivement à un simple baiser. Mais était-il vraiment simple ce baiser ? Elle voulut s’écarter pour y mettre vite une fin, mais il la serra davantage contre lui. Lorsqu’il força de sa langue le barrage de ses lèvres, elle voulut encore une fois le repousser, surprise par cette vive excitation qu’elle sentait montée en elle, mais il l’en empêcha encore une fois. C’était trop fort, trop intense pensa-t-elle, mais en même temps ses forces l’abandonnaient et elle se sentait comme transportée. Ses mains fermes se mirent à lui caresser le dos, ce qui fit bouillir son sang dans ses veines. Comment pouvait-il faire réagir son corps comme cela, presque contre son gré ? Cela parut durer une éternité et au moment où elle se sentit totalement défaillir, il se releva, la libérant et la fixant d’un regard ardent.

Elle avait le souffle court, les yeux brillants. Ses lèvres étaient humides, gonflées. Elle tremblait et ses joues étaient toutes roses. Cette constatation le fit sourire, fier de lui. Mais cela le rassura également, apparemment il n’avait pas été le seul à être surpris et chamboulé par ce baiser. Surpris de réagir aussi fortement.

— Merci bien…de m’avoir…rendu ce service, bégaya-t-elle.

— Mais de rien, Daphnée. C’était un vrai plaisir, c’était absolument délicieux, vous n’êtes pas d’accord ?

Sans prêter attention à sa question, car il était hors de question qu’elle lui réponde, elle s’écarta de son étreinte et se retourna légèrement pour voirÉric qui partait en direction de la maison d’un pas pressé.Çaa marché ! s’écria-t-elle intérieurement. Enfin maintenant il me laissera tranquille, se dit-elle soulagée. Daphnée allait partir sans un mot quand Matthias la rattrapa par le poignet.

— Oh là, où croyez-vous aller ? dit-il d’un air moqueur.

— Mais qu’est-ce que vous voulez ? s’écria-t-elle.

Il tira doucement, mais fermement sur sa prise pour la rapprocher un peu plus de lui. Puis il lui posa ensuite son autre main sur les reins.

Àvotre avis ? Si vous êtes aussi libérée que cela, pourquoi n’en profiterais-je pas moi aussi ?J’aurais bien tort de m’en priver, non ?

— Vous en avez largement assez profité, comme vous dîtes !

— C’est vous qui m’avez demandé, supplié même de vous embrasser, me semble-t-il !

— De m’embrasser oui, je suis d’accord, mais pas comme…pas comme vous l’avez fait. Un simple baiser aurait suffi.

— Et comment vous ai-je embrassé ? demanda Matthias, tout sourire.

— Vous le savez parfaitement, ne faites pas l’innocent ! Pourquoi m’avoir retenu quand j’ai voulu me dégager ? Pourquoi avoir insistéet approfondi autant ce baiser ?

Écoutez Daphnée, quand je fais quelque chose, je n’ai pas par habitude de le faire à moitié. Je n’aime pas les choses inachevées. Et d’autres parts, j’y ai pris un tel plaisir que je ne regrette nullement d’avoir insistécomme vous dîtes.

— Merci, j’avais remarqué !

— Je ne suis pas le seul, me semble-t-il,à avoir apprécié, se moqua le jeune homme.

— Passons, vous m’avez rendu service, c’est le principal pour moi.

— Pourquoi refusez-vous de répondre à mes questions ?

— Voulez-vous bien me lâcher ?

— Certainement pas. Je ne sais pas ce qui vous a pousséà venir vers moi comme vous l’avez fait, même si j’en ai une petite idée, mais après tout, peu m’importe. Mais en tout cas, j’exige un paiement, dit-il sérieusement.

— Un quoi ! s’exclama Daphnée,ébahie.

— Vous m’avez très bien entendu. Un paiement pour service rendu.

— Vous êtes complètement fou ! C’est une plaisanterie j’espère ? s’écria-t-elle, soudain blanche.

— Je crains bien que non, ma chère demoiselle.

Écoutez, je vais tout vous expliquer. Un homme, qui s’appelleÉric…

— Celui que vous avez giflétout à l’heure ?

Elle resta muette quelques instants, il avait donc tout vu. Et bien tant mieux, il comprendra mieux la situation dans ce cas, se dit-elle.

— Oui exactement, continua-t-elle. DoncÉric n’arrête pas de…enfin pour ne pas entrer dans les détails, il ne cesse de m’inviter, et ce malgré mes refus répétés. Il devenait de plus en plus collant et je commençais sérieusement à en avoir marre. Alors ma sœur Marie m’a suggéré de lui faire croire que j’avais un fiancé pour qu’il comprenne enfin que je

n’étais plus libre et qu’il me fiche par ce fait enfin la paix. Et apparemment, grâce à vous je l’admets,ça a marché.

— Et c’est sur moi que votre choix s’est porté.

— Oui.

— Pourquoi moi ? questionna-t-il, intéressé.

— Parce qu’Éric ne vous connaîtpas, c’était primordial pour qu’il y croie justement.

— Je ne vois pas pourquoi il était si important que nous ne nous connaissions pas.

— Simplement parce qu’il sait très bien que les hommes de notre entourage ne me plaisent guère…et pour une autre raison, continua-t-elle évasivement. Voulez-vous bien me lâcher dorénavant ? demanda Daphnée, toujours dans ses bras.

— Non, rétorqua le jeune homme tout simplement. Pourquoi n’aimez-vous pas les hommes de votre entourage ? questionna-t-il comme si de rien n’était, comme si l’avoir dans ses bras était tout à fait naturel.

— Qu’est-ce que cela peut bien vous faire ! s’emporta-t-elle.

— Je suis curieux.

— Bon ! Je les trouve immatures et leurs manières de m’aborder ne me plaisent pas. Voilà vous êtes satisfait ?

— Pas encore. J’aimerai que vous soyez plus claire.

Avec un soupir, elle se résigna à tout lui dire. Elle cessa un moment d’essayer de se dégager de l’étau de...

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