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O comme Obsession

De
48 pages
Lire à haute voix les fantasmes imaginés par d’autres, c’est le métier de Julie. Chaque jour, elle prête sa voix à des enregistrements audio de romans érotiques. Et chaque jour, alors que les mots prennent forme sous ses lèvres, c’est à Vaughan Hatch, le troublant propriétaire du studio d’enregistrement qui l’observe depuis sa cabine, qu’elle pense en secret. Jusqu’à l’après-midi d’été où elle laisse échapper le prénom de Vaughan à la place de celui du héros…
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couverture
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— C’était vous, la fille de la pub ?

Julie releva brusquement la tête avant que la porte du studio d’enregistrement Shooting Star se referme derrière elle. Dans le mouvement, la bandoulière de son sac glissa de son épaule et tout le poids tira sur son bras, lui faisant lâcher ses clés. Elle les suivit du regard, captivée par l’étrange ballet qu’elles effectuaient en volant dans les airs.

Vaughan les rattrapa à la volée, d’un geste assuré. Elle aurait aimé faire preuve du même aplomb à cet instant, mais c’était loin d’être le cas. Ce n’était pas l’accueil auquel elle s’attendait. Voilà des mois qu’elle luttait contre l’attirance qu’elle éprouvait pour ce grand type tatoué, installé derrière un vieux bureau en bois. Et ce jour-là était précisément celui où elle avait enfin décidé de céder à la tentation et de profiter un peu de la vie. Mais apparemment, c’était aussi le jour qu’il avait choisi pour déterrer un vieux dossier et le lui jeter à la figure.

Vaughan Hatch l’avait googlisée. Et il ne l’avait pas ratée !

Pire encore que sa fascination pour un type aux antipodes des hommes qui lui plaisaient habituellement, l’excitation de gamine qu’elle ressentait à cet instant. Elle savait à quel point il avait dû pousser ses recherches pour être tombé sur cette information. « Pressez-moi » était le slogan qui l’avait rendue célèbre, plus de vingt ans auparavant, mais la carte de la Screen Actors Guild qu’elle avait empochée, à l’âge canonique de quatre ans, était au nom de Julie Joyce. Un nom de scène imaginé par la mère ambitieuse de l’enfant précoce qu’elle était alors. Sa célébrité s’était révélée de bien courte durée et il y avait longtemps, maintenant, qu’elle n’était plus que la simple Julie Poplin.

Néanmoins, le fait qu’il ait cherché des renseignements sur elle lui donnait l’impression d’être la coqueluche du tout-Hollywood. Et ce quand bien même elle essayait de garder secret son flirt d’enfant avec le succès.

Vaughan fixait son porte-clés comme s’il s’agissait d’une grenade dégoupillée. Elle tira avantage de cet instant de distraction pour redresser les épaules et s’éclaircir la gorge. Lorsqu’il releva la tête, la perplexité avait disparu de ses yeux verts et il arborait son éternel sourire narquois. La lumière crue du néon qui pendait au plafond faisait briller les filets argentés dans ses cheveux.

Elle retrouva ses réflexes de défense habituels : l’étonnement feint et le déni. Elle le fixa avec hauteur, rejetant ses cheveux par-dessus son épaule.

— Pardon ? demanda-t-elle d’un air pincé.

— Pressez-moi, répondit-il d’une voix traînante.

Il la gratifia d’un sourire malicieux et se leva de son siège cérémonieusement, comme s’il s’apprêtait à lui dérouler un tapis rouge.

— Vous ne m’avez jamais dit que vous étiez célèbre. Je pensais que votre activité se limitait à la lecture de bouquins cochons.

« Se limitait à la lecture de bouquins cochons. »

Elle secoua la tête avec agacement. Tant d’ignorance la stupéfiait, et la façon dont il venait de résumer sa carrière, en quelques mots peu flatteurs, lui fit l’effet d’une gifle. Cela faisait trois ans qu’elle travaillait avec la conviction que s’immerger dans les faiblesses et les défauts des personnages faisait d’elle une narratrice de livres audio à succès. Peut-être que c’était ridicule de sa part de croire que les connaître par cœur l’aidait à les incarner… Elle avait cru trouver en Vaughan une sorte d’âme sœur, quelqu’un de créatif qui était parvenu à sauver un rêve et construire une carrière ancrée dans la réalité. Elle avait été naïve au point de penser qu’elle avait fini par gagner son respect en tant qu’artiste, au cours de toutes ces heures passées à travailler ensemble. Alors qu’en réalité, son producteur préféré avait l’air de croire que tout ce dont elle avait besoin pour faire son boulot correctement, c’était d’un shot de tequila et d’un vibromasseur.

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4eme couverture