Obédience obsidienne - Tome 1

De
Publié par

Obsession... Emprise...
Malak les sentit déchirer sa peau, la douleur explosa en elle juste avant que son hurlement ne fasse vibrer les murs ! Cela suffit à leur faire lâcher un grognement grave, qui ne sonnait pas complètement humain, elle devait bien l'admettre... Sentant qu’elle se noyait, qu’ils la tiraient vers le fond, elle tenta de s’arracher à leur emprise. Elle luttait contre eux, mais, incapable de s’échapper parce que son cœur l’emportait sur sa raison, elle sombra un peu plus sous la puissance de leurs corps, entraînée dans une spirale dont elle ne connaissait pas l’issue... Son seul espoir d’en sortir... Qu’ils décident de la lâcher !


Publié le : jeudi 3 mars 2016
Lecture(s) : 113
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334046800
Nombre de pages : 318
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-04678-7

 

© Edilivre, 2016

Obédience obsidienne

 

 

Saint Raphaël le pensionnat le plus huppé d’Angleterre…

Les têtes couronnées, les aristocrates et les multimilliardaires du monde entier y envoyaient leur descendant pour qu’on leur inculque l’art de briller sans effort !

Pour la fin du second semestre, une centaine de jeunes en uniforme, blazer bleu marine et chemise blanche sur pantalon ou jupe grise arpentaient les couloirs du bâtiment principal.

Les conversations allaient bon train…

Malak El Fahed était trop énervée : elle a cassé son bracelet en or blanc et diamants. Eva Vassili compatit en savourant l’accent aristocratique de son amie d’enfance, aussi exquis qu’une gourmandise !

Des jeunes étudiants passèrent, les regards s’attardèrent sur les deux jeunes filles… Non, seulement sur Malak, Eva a appris à ne plus se raconter d’histoires… En effet, c’était mission impossible de rivaliser avec une poupée de porcelaine aussi fragile que magnifique.

Malak était parfaite de la tête aux pieds ; une beauté renversante, pure et d’une fraîcheur candide. Ses cheveux d’ébène auréolaient son beau front intelligent et ses pommettes légèrement saillantes soulignaient l’éclat de son teint, tandis que ses épais cils noirs ombrageaient ses grands yeux verts… Ses mouvements, empreints de grâce, captivaient le regard, comme tant d’autres, Eva ne pouvait s’empêcher d’être sous le charme extraordinaire de son amie d’enfance.

Certaines femmes, aurait-on dit, n’étaient sur terre que pour susciter la rancœur des autres, et Malak El Fahed était de celles-là !

– Il fallait que le temps se gâte pour rajouter à ma déprime ! Regarde cette lumière glauque qui filtre de l’extérieur ! Malak arrêta sa phrase en tirant sur son cardigan qui lui laissait des marques rouges sur sa peau fine. Elle avait l’air dégoûté de porter l’uniforme.

– Le ciel va peut-être se dégager. Hasarda Eva en lui emboîtant le pas.

À peine rentrée dans leur chambre, Malak se libéra de son cardigan et décida de ne plus jamais mettre cette horrible chose sur sa peau en commandant une série de gilets en cachemire et pulls Over pur laine.

– Alors du noir, bleu nuit, anthracites, nous les aurons demain à la première heure.

– Nous ! Tu sais, j’ai déjà une série d’uniformes complets ! Objecta Eva.

– Peut-être, mais ils sont trop moches, décréta Malak. Je sais que tu adores notre déguisement, mais es-tu bien sûre de supporter cette horreur longtemps ? De toute façon ma commande n’a rien à voir. Ni les mêmes matières ni les mêmes nuances, tu verras et les ballerines une pure merveille ! Avec un foulard Hermès ou un gilet Burberry’s… Une ou deux pièces exceptionnelles peuvent faire toute la différence pour mettre en valeur notre uniforme.

– Tu ferais mieux de t’habituer qu’en cours c’est l’uniforme pour tous les étudiants. Plus vite tu feras le deuil de tes Lou Boutin plus vite tu t’habitueras à ton apparence de la parfaite étudiante-modèle.

– Tu as vraiment le don de casser l’ambiance ! Tu ne sais même pas ce que j’endure tous les matins dans le dressing. Des modèles épurés, magnifiques m’appellent et je tourne le dos à mes bébés. Je suis une mère indigne ! Déclara Malak en éteignant son IPhone avec sa moue légendaire.

Eva imagina sans peine le cinéma de son amie entrain de résister à une paire de chaussures.

– Tu t’en remettras ! Maintenant, j’ai aussi une petite nouvelle. J’ai invité un petit groupe d’étudiants assez sympas pour la fin du second semestre. Rien d’extravagant juste assez pour décompresser.

Malak n’était pas très rassurée de l’idée de la petite fête. Entourée des jeunes étudiants, elle ne sera pas très à l’aise. Lorsqu’elle dînait à la même table que les leaders politiques les plus influents et les têtes couronnées de la planète, elle n’avait aucune difficulté de communiquer. Elle connaissait le code de la haute société par cœur tout comme Eva ; sauf que cette dernière avait le cran de se mélanger et être à l’aise avec tout le monde et en toutes circonstances.

– Que vas-tu mettre pour ma petite fête ?

– La seule idée de devoir m’habiller pour cette fête me fatigue, déclara Malak dédaigneuse puis en la toisant des pieds à la tête, elle ajouta le plus sérieusement du monde :

– Peux-tu la remettre à plus tard.

Eva fronça le nez en inspirant bruyamment, avant de repousser d’un geste indigné l’idée de retarder sa fête.

– C’est une promesse que j’ai faite à nos amis en début d’année !

– Je serais présente dans cette chambre pour préparer dès maintenant ma stratégie de rattrapage avec Alex et je tiens à ma tranquillité pour cela ! Je n’ai aucune envie de voir tout ce monde envahir mon espace. Annule tout !

Le visage d’Eva se décomposa et Malak dissimula un début de fou rire en poursuivant…

– D’autant plus que je ne suis pas autorisée à faire la fête ; ma mauvaise moyenne a fait le tour de la planète ! Ton frère a peur que tu n’aies une mauvaise influence sur moi… Alors qu’Élohim n’a jamais été aussi strict, il m’a même fait la morale sur nos devoirs royaux, notre statut dans le monde, et avant tout savoir tenir notre rang…

Eva eut le plus grand mal à rester de marbre en se retenant de la secouer jusqu’à ce que son cerveau se remette à l’endroit.

– À propos de cet Alex… N’as-tu pas trouvé troublant qu’un élève de terminal se retrouve dans tous nos cours !?! Et comme par hasard, il te suit partout comme un toutou !

– Alex ne me suit pas partout !

– J’ai fait ma petite enquête sur Alex Lenny. J’ai découvert que c’est un espion qui avait pour mission de te faciliter la vie au pensionnat et surtout de faire des rapports pour Édouard et Élohim.

– J’en suis sûr que c’est un simple mal entendu.

– Ce n’est pas un malentendu, j’ai surpris Alex en pleine discussion sur tes mauvaises notes. Son rapport a dû être le plus pénible de toute sa vie tant qu’il avait affaire à des obnubilées insensibles.

– Eva, je répète que tu as dû mal comprendre.

– Comment fais-tu pour supporter l’insupportable ? Mon frère et ton cousin, ce sont des maniaques du contrôle ! Des hommes extrêmement possessifs, et ils te considèrent comme leur chose. Allant jusqu’à embaucher un étudiant pour te suivre pendant tes cours ! Je ne comprends pas, comment tu arrives à ne pas te sentir étouffer !?!

À cet instant, l’éclat qui brillait dans les yeux verts n’avait plus rien d’amical ! Malak n’entendait même pas que l’on frappa à la porte et mit quelques secondes à réaliser que Miss Bird était là.

Eva s’enfuit bien vite en voyant leur cerbère en jupon…

*
*       *

Miss Bird déposa un bouquet géant de pivoines, de roses et de lis qui embauma l’atmosphère d’un parfum subtil.

– Ce bouquet est pour vous princesse… Je ne suis pas là pour faire vos caprices ou livrer les cadeaux de vos admirateurs…

Malak l’ignora, en allant s’asseoir sur une chaise rose capitonnée, à la manière furtive d’un petit chat choyé.

La surveillante vit rouge en détaillant le visage de la jeune princesse empreint d’un air supérieur et d’une assurance peu commune qui l’ont fait rougir d’indignation de voir un tel caractère d’esprit et une telle vanité chez une si jeune personne !

– Pas la peine de prendre vos grands airs avec moi, ma petite dame.

Malak fit mine de n’avoir rien entendu en appelant son valet de chambre.

Le valet aux manières impeccables s’inclina devant la princesse en écoutant ses instructions pour ranger ses affaires, ses tenues et ses chaussures de luxe…

Vexée d’être ainsi snobée, Miss Bird s’était mise à piquer le pauvre valet avec sa canne.

– Laissez mon valet tranquille, espèce de vieille sorcière !

Trop tard… Miss Bird tiqua en portant sur son visage l’expression d’un juge annonçant au condamné la sentence capitale. Le valet de chambre se précipita pour amorcer une explication.

– La pauvre enfant est un peu surmenée…

– Vous savez le nombre de rapport que je dois passer à écrire à son sujet ! Alors croyez-moi, cette insolente n’a rien d’une pauvre enfant, je peux vous l’assurer ! C’est un monstre, un alien, venu de la planète Mars dans l’unique but de me persécuter !

La surveillante fulminait toujours dans les couloirs et finit par heurter brutalement une haute stature toute en muscles et en puissance !

Tout en se forçant à garder une attitude professionnelle, Miss Bird, ne pouvait s’empêcher d’admirer Édouard Vassili !

Il la détailla yeux mi-clos à travers des cils gracieusement recourbés…

Il était angélique, fascinant et terriblement… inquiétant !

Doux Jésus… Mais quels yeux !

Un pan de ciel imprégné de lavande… Un regard si profond, procurant la sensation de basculer dans l’inconnu ou l’infini… Abyssal était le mot !

Le malaise provient de ce qu’il recélait, exprimait, évoquait…

Il était silencieux, mais le pli de sa bouche sensuelle dénotait une certaine ironie. Et peut-être même… de la cruauté ? Quant à cette flamme qui brillait dans les profondeurs de ses yeux bleus chimériques, elle semblait plus proche de la haine que de la paix…

Malgré les apparences Édouard Vassili n’était pas un ange doré, mais son antithèse ! Il avait une vision de la morale totalement opposée à la sienne en combattant tout ce qu’elle défendait, à commencer par ce en quoi elle croyait par-dessus tout, à savoir qu’il fallait s’impliquer, voire de se sacrifier, pour donner l’exemple aux jeunes pensionnaires.

Miss Bird le foudroya du regard.

– Alors, vous avez l’intention de récupérer votre Vampirella ? C’est hors de question… Le règlement stipule que…

– Fichez le camp ! Ordonna-t-il d’une voix dangereusement calme.

– Je ne veux pas de bazar amoureux ici !

Un choc la heurta en pleine figure ! Une gifle qui ressembla à un coup de poing… Arriva le deuxième coup, plus violent encore !

– T’es malade ! gémit-elle.

– Tu étais prévenue de ne plus m’adresser la parole, répond-il simplement. Tu devrais écouter ce que l’on te dit.

– Merde… T’es complètement barge…

– Continues à me faire perdre mon temps et je t’efface du paysage.

Miss Bird se mit à rire. Ses nerfs lâchaient…

Édouard Vassili n’était pas homme à se laisser facilement emporter, mais cette vielle folle commençait à lui porter sérieusement sur les nerfs…

*
*       *

– Bonsoir mon ange.

Malak sursauta et se retourna vivement, elle découvrit Édouard tapie dans l’ombre en arborant une expression sépulcrale d’un tigre qui revenait d’un festin des plus sanglants.

– Euh… bonsoir, Édouard. J’ignorais que tu devais venir, lança-t-elle à voix basse à peine audible en étant incapable de fixer ses prunelles bleues.

– Qu’as-tu fait de Miss Bird pour être ici ?

– La bête respire encore, nuança-t-il, un petit sourire au coin des lèvres.

– Édouard, bredouilla-t-elle incrédule. Ce n’est pas vrai ! Je t’avais déjà dit qu’il ne faut pas faire cela ! Cette fois, je vais me faire expulser définitivement du pensionnat… gronda Malak d’une voix sourde.

– Nous allons dîner… Je suis affamé, pas toi ? Demanda-t-il simplement agacé de la voir inquiète pour si peu.

– Non, ce n’est pas nécessaire. C’est juste que… Ne te sens pas obligé de me réconforter davantage. Merci !

– Ce n’est pas une obligation mais un plaisir, coupa Édouard plongeant son regard dans le sien.

Malak ne se détendit pas pour autant et elle ouvrit très légèrement la bouche et la referma, soutenant le regard figé d’Édouard, ses propres yeux écarquillés comme ceux d’une biche effrayée.

– Tu vas me faire avoir des ennuis ! Tenta-t-elle suppliante.

Édouard empoigna ses cheveux et lui tira la tête en arrière.

– Je te briserai en mille morceaux si tu me repousses !

La voix d’Édouard descendit de plusieurs octaves, son ton bas, sinistre, dissimulait une rage glacée… En cet instant, elle le vit comme une incarnation du diable.

Elle n’avait jamais compris ce que le visage d’Édouard avait de contradictoires ! Elle n’en avait d’abord vu que pureté, et maintenant elle le voyait ténébreux, dangereux et si vicieux à la fois… Un véritable ange déchu !

– Oh ! Put-elle seulement s’exclamer.

Dans l’intention non dissimulée de lui arracher les yeux, elle se rua sur lui ! Il lui saisit les poignets d’une seule main et il riait… De l’autre main, il la prit par l’épaule et la força à s’agenouiller devant lui sur le sol.

– Tu es à l’ordinaire sublime, mais en colère… Tu deviens tout simplement superbe.

Étourdie, humiliée, envahie aussi d’une peur incontrôlable, elle leva sur lui un regard douloureux, stupéfait ! Il lui avait fait mal, pour rien au monde elle ne l’aurait avoué mais ses yeux ne savaient pas le mensonge en libérant des larmes brûlantes qui déjà trempaient ses joues…

Édouard poussa un long soupir, s’accroupit devant elle, dans un mouvement fiévreux, la prit contre lui en la laissant pleurer un moment…

– Oh, Édouard, ne me comprends-tu donc pas ! J’ai tellement peur de la réaction de mes parents si je me fais renvoyer à cause d’une mauvaise conduite.

– Ce n’est pas la fin du monde mon ange ! Dit-il en caressant la ligne de ses lèvres charnues, admirablement dessinées, exprimant quelque chose d’infiniment doux et tendre.

– Qu’en dis-tu, ma chérie ? reprit-il d’une voix éraillée. Es-tu prête pour une escapade de plaisir partagé loin de ce pensionnat déprimant ?

Lorsqu’il relevait les coins de sa bouche de cette façon, ses fossettes se creusaient de façon adorable. Et cette fois encore, la magie opéra… Car quand il souriait ainsi, exactement ainsi, il parvenait pratiquement à ensorceler Malak pour accomplir ses moindres désirs…

*
*       *

À son retour dans la chambre, Eva trouva son frère entrains de faire son tour d’inspection dans tous les affaires de Malak !

Eva frissonna devant une telle obsession…

Satisfait du contenu des armoires, Édouard recula légèrement pour avoir une meilleure vue d’ensemble. Pour sa poupée, il exigeait la perfection absolue, pas moins, en ce qui concernait son apparence et son environnement.

– Tu as l’air d’un dangereux psychopathe !

Édouard eut un rapide sourire et ses dents étincelèrent… Puis sans dire un mot il lui tendit un paquet.

– J’ai quelque chose pour toi, Eva !

Surprise Eva déchira le papier et découvrit en dessous un gros roman ardu en langue de Molière, « Les fleurs du mal »…

– Cela se prononce comment, le titre ? Demanda Eva masquant mal sa déception, elle s’attendait à une vraie surprise après son assiduité.

Édouard le lui dit laconiquement…

Elle ouvrit le livre, et à l’intérieur, au lieu du petit mot affectueux de la part de ce frère qu’elle vénérait, ne serait-ce qu’un « Pour ma chère Eva »…

Elle trouva une liste établie de la main d’Édouard d’autres ouvrages qu’elle pourrait lire avec profit : biographies, livres d’histoire, de politique ou de littérature.

– Merci, Édouard, dit-elle, les traits défaits par la déconvenue, et elle s’en fut rangé « Les fleurs du mal »…

Certes, frère et sœur avaient toujours des divergences d’opinions, et des disputes terribles, mais avec Édouard, c’était la routine.

Eva avait réfléchi à leurs relations dans tous les sens, sans trouver d’explication pour son dépit ou son silence. Édouard n’avait jamais laissé entendre qu’il l’aimait… Alors qu’il adorait Malak !

Il faudrait du temps, et toute sa maîtrise d’elle-même pour masquer sa jalousie, mais alors même qu’elle réfléchissait, elle vit l’apparition radieuse de son amie.

Elle était belle à se damner dans une cape noire qui flottait autour d’elle comme une aura de mystère. La princesse n’était pas seulement d’une élégance inouïe mais aussi d’une beauté éblouissante !

Plissant les paupières, Édouard posa une énième fois son regard admirateur sur les traits merveilleusement lisses de sa poupée.

– Je vois que tu es prête, Remarqua Édouard en caressant tendrement sa joue… Tu sens le bébé… Évite le moindre contact entre ta peau et les particules à risque…

– Merci de partager ma nouvelle obsession en m’offrant des soins bio, super doux, super velouté. Ils sentent divinement bon et difficile de faire plus apaisant.

Eva considéra son frère gravement en pensant qu’il devait souffrir d’un amour inavoué ! Peut-être, en dépit de sa colère, elle l’avait pris en pitié… Car elle savait qu’il serait incapable de se nourrir ou de fermer l’œil sans Malak dans sa vie. Et ses habitudes quotidiennes passeraient à la trappe, au même titre que tout ce qui n’était pas sa poupée aux yeux verts.

*
*       *

Édouard attendait le voiturier devant le pensionnat en serrant Malak contre lui dans un geste si intime qu’elle pouvait entendre les battements de son cœur.

Tout à coup, il scruta le ciel, agacé : les éléments avaient décidé de gâcher sa soirée ! Pourtant, à sa grande surprise, Malak ne semblait pas gênée par la pluie, bien au contraire… Elle tourna son visage vers le ciel et se mit à rire. L’averse avait déjà trempé ses cheveux et sa cape, et ses cils étaient constellés de minuscules gouttes d’eau. Édouard était stupéfait tant l’image qu’elle offrait faillit le rendre fou de bonheur… Le tonnerre gronda au loin et, quand les éclairs zébrèrent le ciel, ils coururent ensemble jusqu’à la voiture, où Édouard l’aida à s’installer avant de démarrer.

– Je vais mouiller ta voiture, dit-elle avec un soupir d’un air désolé.

– Ne t’inquiète pas. La rassura-t-il en regardant sa chevelure lourde et humide ramenée derrière son oreille minuscule, finement modelée, d’une transparence nacrée, et semblable à quelque merveilleux et délicat coquillage.

Elle était délicieusement mouillée !

Édouard passa une vitesse d’un mouvement souple et la voiture bondit, prête à avaler la chaussée. Malak inspira en admirant sa beauté utopique d’une miraculeuse illusion angélique ! Dans un manteau en cachemire et cuir, chemise en cuir, pantalon en drap de laine, le tout, signé Hermès. À son poignet une montre chrono Tudor et des derbys Chevignon… Il avait un goût à l’élégance parfaite et sûre pour s’habiller !

Malak avait bon faire semblant d’un calme de façade, elle était sous l’emprise de la puissance que dégageait le corps d’Édouard entrain de conduire et de l’effet qu’il semblait produire sur elle, lui donnant envie de…

Que lui arrivait-il, bon sang ? La température grimpa brutalement dans la voiture. Comment fait-on pour respirer, déjà ? Bon, elle voulait échapper à ses pensées alors elle se lança dans un bafouillage compulsif.

– Tu es bien bavarde ! J’apprécierai un peu de silence.

Malak s’empourpra… Oui, elle était bavarde. Et ses sujets de conversation n’étaient pas particulièrement intellectuels. Mais depuis quand Édouard la trouvait-il ennuyeuse ? À cette pensée, son cœur se serra. Elle savait qu’Édouard avait aussi une autre face plus dure, insensible, misanthrope. Pour le décrire, même les journalistes usaient de qualificatifs aussi peu engageants les uns que les autres. Richissime et plus puissant qu’un chef d’État, Édouard avait la réputation d’être un génie des affaires. Si doué pour les calculs de toutes sortes que la presse financière le comparait à un ordinateur ambulant. Ce qui ne présageait rien de bon, vu sa propre allergie des chiffres.

– Je ne suis pas à l’aise quand tu es d’humeur lunatique. Tu me rends nerveuse.

– Depuis que je t’ai poussée dans cette bagnole, tu donnes l’impression de vouloir fuir cela n’arrive pas souvent à un homme comme moi. Et je ne suis pas lunatique du tout. Polémiqua Édouard.

« Un homme comme moi » : décidément, il était l’arrogance en personne ! pensa Malak. Certes, il possédait suffisamment de charisme pour se le permettre. Elle pouvait tout pardonner à ces yeux bleus brûlants… Mais pour son côté lunatique, Malak réprima une moue dubitative. Sur ce point, elle connaissait très bien Édouard. Peut-être n’était-il pas exactement d’humeur changeante, mais il avait une personnalité très complexe…

*
*       *

Une heure plus tard, Édouard se garait dans le parking souterrain de son manoir Londonien… Dans l’ascenseur, il plaqua Malak contre la paroi en verre en fixant sa bouche pulpeuse plus tentante que jamais… Transpercé par un éclair de désir, il serra les dents. Elle était très jeune, incroyablement candide, si pure, si innocente alors que son regard était à la fois ardent et empli de secrets !

– Tes cheveux sentent la pluie, murmura-t-il en plongeant son nez dans la somptueuse cascade d’onyx.

Quand l’ascenseur s’ouvrit, Édouard poussa la porte et s’effaça pour la laisser entrer la première. Incapable de résister, il passa les mains dans ses cheveux et les sentit de nouveau…

Lumière allumée, Malak battit des paupières, éblouie en secouant la tête plusieurs fois ! Dans ce décor toutes pensées réalistes semblaient improbables…

– Ton manoir est magnifique, dit-elle avec sincérité. Hélas, comme tes autres résidences, tu ne restes jamais longtemps dans chacune d’elles.

Édouard semblait ne pas le regretter en haussant les épaules.

– Y a-t-il un endroit au monde où tu te sentes chez toi ? demanda Malak, intriguée.

– Mon chez moi c’est là où tu aimes être, les endroits que tu préfères me semblent toujours les plus accueillants, les plus chaleureux…

Levant les yeux, elle croisa son regard plein de douceur qui la bouleversa jusqu’au plus profond d’elle-même… Elle avait conscience qu’Édouard la portait dans son cœur comme une mélodie intérieure ou comme une belle citation dont il aurait fait son adage.

Ils passèrent de nombreuses portes qui donnaient sur le hall, toutes hermétiquement closes. Sauf une !

À travers la porte restée entrouverte, Malak aperçut un bureau, des ordinateurs, des fax et de nombreux téléphones !

– Cette pièce est mon bureau, confirma le seigneur des lieux, un lieu de travail fort ennuyeux et qui donne des rides…

– Tu n’en as pas !

Édouard se mit à rire, ce qui creusa ses fossettes au coin des lèvres, ressemblant ainsi à un irrésistible lingot d’or qu’elle lui donna envie de braquage… Arriver à faire rire cet homme lui procura un étrange frisson.

Il entoura ses épaules d’un bras protecteur en la conduisant fermement vers une autre porte qu’il ouvrit, elle retint sa respiration en découvrant une immense salle à manger avec une belle cheminée rougeoyante adossée à un mur de verre noir.

Au milieu trônait une grande table dressée pour deux comme pour une grande occasion… Les verres étaient du plus pur cristal, les assiettes de la plus délicate porcelaine et les couverts, tout simplement… en or !

De chaque côté de la table se trouvait une pile de cadeaux soigneusement emballés, qui semblaient attendre que ses petits doigts fins en fassent voler les rubans de Bolduc colorés avant d’arracher le papier de soie qui les recouvrait.

Sa poupée semblait complètement hypnotisée par cette scène sortie tout droit d’un livre d’images. Elle avait l’air sous le charme, et Édouard resta silencieux pour mieux l’observer.

– Comme tu es belle, Malak ! Absolument magnifique !

– Merci, répondit-elle simplement en baissant les yeux, moins par modestie que par crainte de rencontrer son regard.

Il lui tendit un petit paquet habillé d’un luxueux papier de soie pourpre.

– J’espère que mon cadeau de la soirée te plaira…

– Mais tu me gâtes beaucoup trop !

– Chut… Ouvre-le, s’il te plaît.

Un peu à contrecœur, elle s’exécuta devant lui, les doigts tremblants, et découvrit sous l’emballage un écrin à Bijou de velours noir.

À l’intérieur se trouvait un magnifique collier d’or blanc avec une splendide émeraude, qui étincelait sur le satin blanc.

– Oh, Édouard !

– Est-ce qu’il te plaît, Malak ?

Elle hocha la tête en regardant le fabuleux bijou d’un air gêné.

– Quelle merveille ! s’exclama spontanément Malak.

– Rien ne saurait trop beau pour toi. Ce soir, nous allons être justes entre nous, donc, je vais te servir moi-même ! lança Édouard gaiement en tirant une chaise pour l’inviter à s’installer.

Puis, il fit sauter le bouchon d’une main experte et remplit les flûtes devant eux.

– À ta santé, Malak ! dit Édouard en levant son verre.

Malak savoura l’expérience divine des petites bulles qui pétillaient délicatement et l’arôme léger qui s’exprimait pleinement une fois en bouche !

– Pas besoin de te demander si cela te plaît, je peux le lire sur ton visage. Murmura-t-il en levant les sourcils. J’aime te voir prendre autant de plaisir et espérant que tu aimeras quelque chose dans cet assortiment proposé par le chef.

– C’est beaucoup pour un dîner ! S’exclama-t-elle devant une débauche de luxe qui couvrait entièrement le dessus d’une desserte rendant le choix encore plus difficile.

– Je veux voir ta mignonne frimousse rosie par le plaisir.

Malak s’apprêtait à répondre, lorsque Édouard lui adressa un clin d’œil complice, ce qui lui fit perdre tous ses moyens. Sentant ses joues s’enflammer, elle se rendit compte à quel point leur tête-à-tête prenait une tournure intime.

Cependant, elle était impatiente de goûter à tous ces mets sans doute plus succulents les uns que les autres…

Tout en mangeant, Malak adorait écouter Édouard, se raconter, prendre un moment pour les confidences… C’en est presque troublant à la fin qu’il s’ouvrait à elle sans réserve !

Puis en s’arrêtant entre deux bouchées, elle lança avec une pointe de nostalgie :

– J’aurais voulu que mes parents me parlent davantage sur leur rencontre. Ma mère n’en parle que vaguement et mon père fait preuve d’un réel entêtement ! Le questionner s’était apparenté à donner un assaut militaire bien futile contre une forteresse… À part quelques anecdotes déprimantes sur leur mariage et des photos, je ne sais rien d’autre. Mais j’ai des vrais souvenirs d’enfance pendant les coulisses des films de maman : une actrice hyper coquette, sophistiquée, se maquillait beaucoup, toujours bien coiffée ! Ce n’était jamais assez pour elle : jamais assez de bijoux clinquants ! Elle est toujours comme cela. Incroyable !

– Si les USA te manquent trop… Peut-être pourrions-nous y passer quelques week-ends dans l’année. Ce sont tes racines aussi et je tiens à ton équilibre.

– Oui, mais maintenant, je me rends compte que tout cela, c’est surtout l’expression de la nostalgie de l’enfance ! La réalité aujourd’hui que maman ne cuisine plus les tartes, les cakes et les cookies et qu’elle préfère les bonnes adresses gastronomiques à la mode ! Son point de non-retour, c’était la cuisine moléculaire.

Malak partit dans un fou rire en racontant son refus de manger la nourriture de labo… En l’écoutant parler Édouard ne pouvait pas s’empêcher de la dévorer des yeux. Sexy, séduisante, intelligente, elle possédait un corps de rêve, souple comme une liane. Et sa bouche ! Il la désirait avec une intensité troublante…

– Goûte ! C’est délicieux. Proposa-t-il en lui tendant un plat de crème glacée au chocolat et des morceaux de noix au naturel aromatisée au cacao.

– Je ne peux plus rien avaler à mon plus grand regret,… dit-elle.

Édouard en prit alors une bouchée qu’il enfourna dans sa propre bouche.

– Mmh…

Elle l’observa hypnotiser. Oh, mon Dieu !

Édouard avait dû lire dans ses pensées, car il se saisit d’une nouvelle cuillère qu’il porta cette fois à ses lèvres.

– Allez, juste une bouchée, l’encouragea-t-il.

Elle ouvrit la bouche, et le dessert fondit sous son palais… Son hôte ne la lâcha pas du regard tandis qu’elle savourait sa bouchée, et elle vit soudain ses pupilles s’assombrir.

– C’était délicieux, dit-elle.

À la fin du repas, elle lui expliqua avec un détachement qui la surprit elle-même, sa mauvaise moyenne et sa stratégie de rattrapage.

Quand elle comprit qu’Édouard, occupé à détailler chaque parcelle de son visage et de sa robe, à suivre le mouvement de ses lèvres qui parlaient un anglais très pur, ne l’écoutait nullement, elle s’interrompit et soupira :

– À quoi bon poursuivre. Tu ne m’écoutes même pas.

– Pourquoi es-tu si belle ?

Leurs regards se croisèrent gravement…

Malak baissa les yeux et Édouard éclata de rire.

Puis, jetant un coup d’œil à sa montre, il découvrit avec étonnement qu’il était onze heures passées.

– Tu veux que nous allions ailleurs ? Proposât-il d’un ton désinvolte.

Malak faillit s’étrangler… Après une nouvelle quinte de toux, elle balbutia :

– À… ailleurs ?

– Dans un endroit nocturne où il y la bonne vodka ?

Édouard n’avait pas envie que la soirée s’achève. Pas déjà !

Malak le suivit, saisie d’un brusque frisson face à sa beauté scandaleuse et son air peu engageant… Elle sentait chez lui quelque chose de dangereux qui la désarçonnait…

*
*       *

Au centre londonien, ils arrivèrent devant un club le Crépuscule au cœur du quartier de Mayfair.

Moderne, élégant et psychédélique en deux couleurs l’or et le noir indémodable. L’accueille était excentrique, sophistiquée et digne d’un club branché, d’exception qui promettait des nuits inoubliables.

Gabarits imposants, tout sourire comme des anges gardiens, on ne pouvait pas rater les hommes de la sécurité qui veillaient sur l’ambiance survoltée du Crépuscule. Ils étaient aussi efficaces que discrets, leur mission première, c’était avant tout d’accueillir, d’informer, d’être aux petits soins.

Sur le passage du propriétaire, ils ont pris une posture militaire parce que ici on ne badinait pas avec la sécurité.

La soirée avait commencé, comme il fallait s’y attendre, le Crépuscule était plein, constata Édouard avec satisfaction voulant se mêler à la foule.

Cependant, il ne pouvait pas ne pas remarquer les regards curieux qui se tournaient vers eux, quelques instants plus tôt alors qu’ils descendaient l’escalier…

Malak descendit les dernières marches à toute vitesse et elle s’exclama :

– Tout le monde te dévisageait !

Il laissa échapper un petit rire sonore en l’entraînant avec lui…

– Où allons-nous ? Demanda Malak intriguée.

– Tu vas voir.

Sans un mot, ils se dirigèrent vers des escaliers, un colosse décrocha le cordon de velours qui en barrait l’accès et s’effaça pour les laisser passer.

Le bruit du bar s’atténua peu à peu, tandis qu’ils montaient à l’étage puis suivaient un couloir sur lequel donnaient plusieurs portes fermées.

Édouard s’arrêta devant celle qui portait le numéro 17 et l’ouvrit. Malak laissa échapper une exclamation extasiée en pénétrant avec curiosité dans l’immense pièce rouge du sol au plafond !

Elle comportait une baie vitrée occupant toute la largeur d’un mur et offrant une vue panoramique sur la scène et la piste de danse.

Vue d’en haut l’ambiance était folle, électrique et très joyeuse !

Le cœur battant, Malak regarda autour d’eux en savourant pleinement cette escapade.

– C’est ce que l’on appelle un salon privé, n’est-ce pas ?

– Oui.

– C’est… Wow !

Édouard était bien d’accord sauf que c’est à elle qu’il voulait dire Wow !

Elle posa sa cape sur le dossier d’un fauteuil, puis elle s’approcha de la table dressée où Édouard attrapa un objet qui ressemblait à un étui mystérieux, il en sortit un objet graphique noir.

– Ce boîtier permet de contrôler les enceintes. Si tu le souhaites, tu pourras entendre la musique ou demander au DJ un morceau en particulier. Ou appeler une serveuse. Personne ne viendra sans en avoir reçu le signal.

Les cheveux blond pâle étaient complètement décoiffés à présent et les yeux bleus s’étaient posés sur elle, en s’attardant sur ses courbes, Malak en avait des frissons tout le long de la colonne vertébrale.

Édouard en voyant ses larmes déposa un baiser sur son front en articulant :

– À présent, tu vas rester. Ou pas du tout. Mais ne pleure plus comme une petite fille !

– Il ne s’agit pas de cela, protesta Malak, avec la sensation désagréable d’être ridicule.

Il la regarda à bout de nerfs mettant la tête dans les mains et refoulant sa colère.

– Que veux-tu, Malak ?… Qu’est-ce qui te rendrait heureuse ?

– J’aimerais rentrer au pensionnat, il se fait tard, chuchota-t-elle.

Il se figea tandis qu’un froid glacial se propageait en lui.

– Comme cela ne risque pas de se produire avant demain matin, je te suggère de trouver une autre solution pour être heureuse.

Malak serra convulsivement les doigts dans les cheveux dorés, les tirants d’une manière douloureuse. Puis contente de l’effet de son caprice, elle lui sourit brusquement avec tant de douceur ! Cette créature le rendra fou !

Elle lui prit le boîtier des mains en caressant les initiales « EV » ; gravées comme une invitation à un voyage digital, facetté, épuré et luxueux.

Les commentaires (1)
Écrire un nouveau message

17/1000 caractères maximum.

nora32

Oh là je me suis perdue, je n'aurais jamais dû ouvrir ce bouquin. Une lecture qui m’a mené par le bout du nez, je dois dire que je suis à la fois impressionnée et horrifié.
Attention, l’auteur nous manipule du début à la fin mais je dois avouer que l'intrigue est excellente, très bien maîtrisé et menée. Les personnages sont travaillés et leurs psychologies sont très intéressantes, je peux honnêtement dire que je n'ai jamais rien lu de tel.
Moi qui aime les personnages bien complexes, voir tordus, j'ai été servie... J'ai beau les détesté, ils me rendaient accros, suspendu à leurs lèvres (Miam).

jeudi 18 août 2016 - 16:09

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant