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Œdipe à Colone

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Colone. Petit bourg à huit kilomètres d’Athènes où plusieurs fois les Athéniens arrêtèrent l’avancée de leurs ennemis. Pays natal de Sophocle qui écrit sa dernière pièce, Œdipe à Colone, à 90 ans. C’est donc aussi l’œuvre d’un homme qui attend la mort, la souhaite, et se construit une sorte de tombeau près du lieu où il est né. Au plus près du chef-d’œuvre de Sophocle, Bernard Chartreux, dramaturge et écrivain, donne néanmoins à cette tragédie un ton et une dimension littéraire originales. Il se refuse les facilités de la simplification et produit une écriture faite pour être dite et entendue autant que pour être lue.



Cette traduction n’est pas un acte de dévouement universitaire, ni une extrapolation poétique, ni un mélange des deux. C’est un texte de théâtre.


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ŒDIPE À COLONE

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PERSONNAGES

 

 

Œdipe

Antigone

Etranger

Choeur des vieillards de Colone

Coryphée

Ismène

Thésée

Créon

Polynice

Messager

 

 

La scène est à Colone, près d’Athènes

 

ŒDIPE

Enfant du vieil aveugle Antigone, où

sommes-nous arrivés, au pays de quels hommes ?

Le vagabond Œdipe aujourd’hui

qui va l’accueillir avec de maigres aumônes ?

5 Il demande peu il obtient moins

que peu mais c’est assez pour moi.

Les épreuves et le long temps qui m’accompagne

m’enseignent à ne pas exiger. Et ma noble naissance aussi.

Allons mon enfant, si tu vois où m’asseoir

10 lieu profane ou consacré aux dieux

arrête-moi, installe-moi et demandons

où nous sommes. Etrangers, nous allons

interroger les habitants et ferons ce qu’ils nous diront.

ANTIGONE

Mon pauvre père Œdipe, des murs enferment

15 une cité si j’en crois mes yeux, là-bas.

Ici l’endroit est sacré, comme on peut le deviner, où pousse

d’abondance le laurier, l’olivier, la vigne.

La troupe ailée des rossignols y chante avec grâce.

Repose-toi sur cette pierre brute.

20 Tu as fait une longue route pour un vieillard.

ŒDIPE

Fais-moi asseoir et veille sur l’aveugle.

ANTIGONE

Avec le temps je n’ai plus à l’apprendre.

ŒDIPE

Peux-tu me dire à présent où nous sommes ?

ANTIGONE

Je sais le nom d’Athènes mais pas celui d’ici.

ŒDIPE

25 C’est ce que nous disaient tous les voyageurs.

ANTIGONE

Faut-il que j’aille demander le nom du lieu ?

ŒDIPE

Oui mon enfant, s’il est habité.

ANTIGONE

Il est habité, cela n’est pas nécessaire.

Près de nous il y a un homme, je le vois.

ŒDIPE

30 Vient-il par ici ? Est-ce qu’il s’est mis en marche ?

ANTIGONE

Il est même déjà là. Ce qu’il convient que

tu lui dises, dis-le, l’homme est devant toi.

ŒDIPE

Etranger, j’apprends de celle qui y voit

pour nous deux que, gardien de bon augure

35 tu viens nous expliquer ce que nous ignorons.

ETRANGER

Avant d’en demander plus lève-toi de là.

L’endroit est sacré, défense d’y poser le pied.

ŒDIPE

Quel est cet endroit ? Attribué auquel des dieux ?

ETRANGER

Intouchable et non habitable. Les déesses effrayantes

40 le possèdent, les filles de la Terre et de l’Ombre.

ŒDIPE

De quel nom vénérable les invoquerai-je dis-moi ?

ETRANGER

Les Euménides qui voient tout, diront

les gens d’ici. Ailleurs ce sera autrement.

ŒDIPE

Qu’elles fassent donc bon accueil au suppliant.

45 Je ne sortirai plus de cette terre où je suis assis.

ETRANGER

Qu’est-ce que c’est que ça ?

ŒDIPE

Le dernier mot de mon destin.

ETRANGER

Je ne me risquerai pas à te chasser d’ici sans l’accord

de la cité, avant de savoir ce que je dois faire.

ŒDIPE

Par les dieux, étranger, ne méprise pas

50 un pauvre vagabond, je te supplie de me répondre.

ETRANGER

Explique-toi et tu verras que je ne te méprise pas.

ŒDIPE

Quel est cet endroit où nous sommes arrivés ?

ETRANGER

Ce que je sais tu le sauras comme moi si tu m’écoutes.

L’endroit tout entier est sacré. Il est

55 au vénérable Poséidon. Le dieu porte-feu

Titan Prométhée y réside. le sol où tu marches

on l’appelle seuil d’airain de ce pays

le rempart d’Athènes. Les champs autour

se flattent d’avoir le cavalier Kolonos

60 pour fondateur et ils portent en commun

ce nom qui les nomme tous.

Tel est l’endroit étranger, que les récits ne

célèbrent pas mais plutôt la tradition locale.

ŒDIPE

Des gens habitent donc ces lieux ?

ETRANGER

65 Pour sûr, et leur nom leur vient de ce dieu.

ŒDIPE

Quelqu’un les commande ou la parole est au plus grand nombre ?

ETRANGER

C’est le roi de la ville qui commande ici.

ŒDIPE

Qui est-ce celui qui commande par la parole et par la force ?

ETRANGER

Il s’appelle Thésée, fils d’Egée roi avant lui.

ŒDIPE

70 L’un d’entre vous, en messager, irait-il jusqu’à lui ?

ETRANGER

Pourquoi ? Pour lui parler ou le disposer à venir ?

ŒDIPE

Pour que d’un petit secours il tire un grand profit.

ETRANGER

Quel secours d’un homme qui n’y voit plus ?

ŒDIPE

Les mots que nous lui dirons seront des mots qui voient.

ETRANGER

75 Eh bien étranger, pour ne pas commettre d’erreur

puisque, cela se voit, tu es bien né malgré ton infortune

reste ici où je t’ai trouvé, moi de mon côté

je vais aller parler à mes concitoyens, ceux d’ici

pas ceux de la ville. C’est eux qui décideront

80 si tu dois rester ou t’en retourner.

ŒDIPE

Mon enfant, l’étranger est-il parti ?

ANTIGONE

Il est parti, tu peux parler sans crainte

père, je suis seule avec toi.

ŒDIPE

O souveraines ô terribles, puisque c’est chez vous

85 en premier sur cette terre que je me suis assis

pour Phoibos et moi ne soyez pas impitoyables.

En m’annonçant tous mes malheurs

Phoibos me prédit aussi leur fin après un long temps

quand dans un dernier pays chez les vénérables

90 déesses je trouverais un asile où m’asseoir

où passer la borne de ma pauvre vie

bénédiction pour ceux qui m’y recevraient

fléau de ceux qui m’avaient chassé et mis sur la route.

Et il promit de m’en donner des signes

95 tremblement de terre, ou tonnerre, ou éclair de Zeus.

Je le sais bien maintenant, elle venait de vous sans aucun doute

l’inspiration certaine qui, par cette route

m’a conduit jusqu’au bois sacré. Sinon sur ma route

ce n’est pas vous que j’aurais rencontré d’abord

100 qui comme moi refusez le vin, et je ne serais pas assis

sur ce siège vénérable et non taillé. Eh bien déesses

selon l’oracle d’Apollon, donnez à ma vie

une fin, un dénouement

à moins que vous ne me trouviez encore

105 trop peu asservi aux plus hautes douleurs humaines.

Allons douces filles de l’Ombre originaire

et toi aussi qui porte le nom de la grande Pallas

Athènes, cité honorée entre toutes

ayez pitié du pauvre fantôme de l’homme

110 Œdipe car son corps d’autrefois n’est plus.

ANTIGONE

Tais-toi. Voici des hommes d’âge

ils viennent espionner où tu es assis.

ŒDIPE

Je me tais et toi sors-moi de la route

cache-moi dans le bois, que je sache

115 quelles paroles ils vont dire. Car le savoir

est nécessaire pour agir avec prudence.

CHOEUR

Regarde. Qui était-ce ? Où est-il ?

Où a-t-il pu se sauver

120 le plus impudent de tous les impudents ?

Ouvre les yeux, cherche bien

interroge partout.

Vagabond vagabond ce vieux, un

125 qui n’est pas d’ici. Sinon

jamais il ne serait entré dans le bois sacré

chez les vierges redoutables

que nous tremblons de nommer

130 et près desquelles nous passons

sans lever la tête sans parler sans autres mots

que ceux de la bouche muette de l’esprit.

Et maintenant on dit

qu’un homme est là, un impie

135 et moi j’ai beau regarder l’enclos sacré

je ne sais absolument pas

où il se cache.

ŒDIPE

Celui-là c’est moi. J’y vois aux paroles

comme on dit.

CORYPHEE

140 Oh oh

terrible à voir, terrible à entendre.

ŒDIPE

Ne me prends pas, je t’en supplie, pour un hors-la-loi.

CORYPHEE

Zeus protecteur quel est ce vieillard ?

ŒDIPE

Il n’est pas à mettre au premier rang des favorisés

145 du sort, ô chefs de ce pays.

Voyez. Je ne me traînerais pas

avec les yeux d’une autre

et grand je ne m’appuierais pas sur petit.

CHOEUR

Hé ! Tes yeux aveugles

150 tu les avais de naissance ?

Vie malheureuse et depuis longtemps à ce que je crois.

Mais je ne te laisserai pas

y ajouter d’autres malédictions.

155 Tu vas trop loin trop loin.

Dans le bois vert et muet

ne t’aventure pas

jusqu’au cratère dont l’eau

160 sert aux libations miellées.

Garde-t-en bien ô

très malheureux. Change de place, sors de là.

Trop de chemin nous sépare.

165 M’entends-tu très éprouvé fugitif ?

Si tu as des mots

à me dire, quitte ces lieux interdits

parle où la loi le permet.

Mais pas avant.

ŒDIPE

170 Ma fille à quoi se décidera-t-on ?

ANTIGONE

Mon père nous devons suivre les gens d’ici

leur céder quand il faut et leur obéir.

ŒDIPE

Alors prends ma main.

ANTIGONE

Je la tiens.

ŒDIPE

Etrangers, pas de mauvais traitement

175 quand je vous fais confiance et change de place.

CORYPHEE

Non, jamais de ce siège

vieillard on ne t’arrachera contre ton gré.

ŒDIPE

Encore un peu ?

CHOEUR

Marche encore un peu.

ŒDIPE

Encore ?

CHOEUR

180 Fais-le avancer jeune fille...

Toi tu y vois.

ANTIGONE

Suis-moi père suis-moi

ŒDIPE

Oh oh.

ANTIGONE

de ton pas aveugle, où je te conduis.

CHOEUR

Résigne-toi, étranger en terre étrangère

185 ô malheureux à detester

ce que le pays n’a pas appris à aimer

et à vénérer ce qu’il aime.

ŒDIPE

Alors mon enfant conduis-moi

où leur piété nous autorisera

190 à parler et à entendre

sans combattre l’usage.

CORYPHEE

Halte. Le degré appuyé

au rocher, que ton pied ne le dépasse pas.

ŒDIPE

Comment cela ?

CHOEUR

Assez tu entends.

ŒDIPE

195 Je dois m’asseoir ?

CHOEUR

Tourne-toi de côté, au bout du rocher accroupis-toi.

ANTIGONE

Père laisse-moi faire, doucement

ŒDIPE

Oh oh

ANTIGONE

ajuste ton pas sur mon pas

200 ton vieux corps appuie-le

sur ma main amie.

ŒDIPE

Misère, lamentable sort.

CHOEUR

Malheureux te voilà plus calme

dis-nous quelle est ta naissance ?

205 Qui es-tu infortuné qu’on guide ?

Et quelle est ta patrie, puis-je le savoir ?

ŒDIPE

Exilé, ô étrangers. Mais n’allez pas

CHOEUR

Que veux-tu m’interdire vieillard ?

ŒDIPE

210 mais mais ne me demande pas qui je suis.

Ne cherche pas plus loin avec tes questions.

CHOEUR

Pourquoi cela ?

ŒDIPE

Affreuse naissance.

CHOEUR

Parle.

ŒDIPE

Mon enfant, misère, que répondre ?

CHOEUR

De quelle semence es-tu

215 étranger, dis-le, par ton père ?

ŒDIPE

Misère de moi, que va-t-il m’arriver mon enfant ?

ANTIGONE

Dis-le, voilà où tu en es réduit.

ŒDIPE

Je le dirai. Je n’ai plus où me cacher.

CHOEUR

Vous tardez trop, dépêche-toi.

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