Orange Blossom - Tome 2

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Sans nouvelles de Julie depuis plusieurs semaines, Véronique décide de venir constater elle-même pourquoi ses lettres ne lui parviennent plus. Toutefois, son séjour à Québec lui réserve un accueil très hostile, alors qu’elle apprend être l’unique responsable du malheur de Julie. Accablée par un profond chagrin, elle s’engage dans une lutte acharnée pour prouver son innocence.


Publié le : vendredi 17 juillet 2015
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EAN13 : 9782332954220
Nombre de pages : 256
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ISBN numérique : 978-2-332-95420-6
© Edilivre, 2015
Chapitre 1
Uepuis le drame qui secoua la famille et les amis de Julie, une profonde tristesse, ponctuée de colère, rendait insurmontable une telle épreuve. Tout le monde était sous le choc. Pierre fut probablement celui qui vécut le plus durement l’accident de Julie. Ce malheur, après quelques jours de leur séparation, le plongea dans un tel désarroi qu’il s’isola complètement pour vivre sa peine en solitaire. Il ne savait plus vraiment où était sa place. L’humiliation suprême du gars cocu, n’ayant pas été capable de s’apercevoir que sa blonde l’avait trompé avec une femme, le rongeait au plus profond de son être. Sa peine fut double. Il se consacra totalement à ses études pour tenter d’oublier tout ce qui le reliait à Julie.
Francine, de son côté, vivait une colère noire. Les révélations de la mère de Julie la laissèrent pantoise. Elle ne savait plus trop quoi penser, mais rien ne laissait présager un tel malheur. Julie reprenait confiance en la vie, elle était enfin heureuse, malgré la grogne qu’elle provoqua autour d’elle en avouant son homosexualité. Surtout de sa mère. Cependant, elle se jura, tout comme la mère de Julie, de trouver ce qui a pu causer un tel désastre. Trop de questions étaient demeurées sans réponse.
Pendant ce temps, à Toronto, Véronique continuait à travailler sans relâche pour son père. Il la tenait continuellement occupée pour l’éloigner de toutes distractions. Uéjà, qu’il lui avait accordé quelques mois de vacances pour qu’elle réfléchisse à sa proposition, maintenant qu’elle était de retour, il n’était plus question de la laisser faire ce qu’elle voulait. Il avait préparé un plan sur mesure pour elle.
* * *
Ûn soir, alors qu’elle était seule dans son condominium à éplucher une pile de dossiers, en prévision des prochaines réunions au bureau, Véronique n’arrivait pas à se concentrer. Son regard était constamment attiré par une pile de lettres de Julie dont la dernière datait de trois semaines. Elle trouvait bien curieux de ne plus recevoir du courrier de Julie alors qu’elle lui écrivait plusieurs fois par semaine. Que se passe-t-il ? Pierre aurait-il fait pression sur elle pour reprendre leur relation ? A-t-elle peur de me l’annoncer ? Ses parents ont-ils tout fait pour qu’elle comprenne qu’une relation hétérosexuelle est la seule option possible ? M’aime-t-elle encore ? Pourtant, mon dernier séjour à Québec était sans équivoque. Nous vivions le parfait bonheur. Je ne comprends rien à tout ça. Je dois absolument partir et lui demander en personne ce qui se passe. Sur cette réflexion, elle lança son crayon sur les dossiers, et elle se dirigea vers le placard pour prendre son veston et son sac à main.
* * *
Arrivée dans le stationnement de la résidence de son père, elle vit la voiture de John. Décidément, partout où je vais, il me suit comme mon ombre,dit-elle en grimaçant. Elle pénétra dans la résidence sans frapper. John et son père, bien installés devant le foyer, prenaient un verre. – Tiens ! Ma fille qui vient se joindre à nous ! Ça, c’est une surprise, dit-il en se levant de son fauteuil. – Salut, père ! dit-elle, en l’embrassant rapidement. John, perplexe, se leva à son tour. – Bonsoir, ma belle Véronique ! Je croyais que tu souhaitais travailler ce soir. Avoir su,
j’aurais insisté un peu plus pour que tu te joignes à nous. – Bonsoir, John. lui répondit-elle, sans vraiment le regarder. – Tu veux que je te serve à boire ? demanda son père. – Non, ce ne sera pas nécessaire. Je ne suis pas venue ici pour prendre un verre, mais pour avoir un court entretien avec toi. – Pas de problème. Ue quoi s’agit-il ? – Je veux un entretien privé. – Bon, et bien, dans ce cas, allons dans mon bureau. Tu nous excuses quelques minutes, John ? – Bien sûr, Uerek. Ils disparurent tous les deux dans le bureau abandonnant John qui resta dans le salon sans broncher. – Eh bien, je t’écoute. – Voilà, je sais combien tu as besoin de moi pour la réunion avec les employés, mais j’ai besoin de quelques jours de congé. J’ai une affaire urgente qui me demande à l’extérieur. – Il n’y a rien de plus urgent que la compagnie, dit-il, agacé par l’attitude de sa fille. – Écoute, ne prends pas cette intonation avec moi. Je ne suis pas un de tes employés que tu mènes au doigt et à l’œil. Je suis ta fille, et c’est ta fille qui te demande une faveur. Je ne serai partie que deux ou trois jours, tout au plus. – Tu dois comprendre que si j’ai tant besoin de toi, c’est en prévision de cette mission très importante dont je t’ai déjà soufflé mot. C’est une question de semaines à présent, et tu dois t’y préparer. Ça demandera toutes tes disponibilités. – Mais pourquoi cette mission est-elle si importante ? Tu ne m’as presque rien dit là-dessus. – Je sais, mais j’avais prévu la rencontre cette semaine pour vous donner tous les détails. J’attendais plus de précisions avant d’aller plus loin. Mais puisque tu me devances, il s’agit d’une restructuration de la division située à Mexico. Il semble y avoir des problèmes de rentabilité, et ta formation ainsi que ton expérience seront nécessaires pour remettre cette division sur la bonne voie. – Mais pourquoi moi ? Tu aurais pu penser à Peter. Il est beaucoup plus qualifié que moi dans ce domaine. Ue plus, il a grandement besoin d’un nouveau défi. Ça le distrairait des casinos pendant un moment. Je suis certaine que lui et John feraient un bien meilleur travail que moi. – Ne dis pas de sottises. Peter est très compétent, tu as raison, mais justement à cause de son problème de jeu, je ne peux pas lui confier une responsabilité aussi grande. Il a recommencé à jouer, et je crois que ce voyage devrait lui permettre de reprendre sa vie en main. Tu sais qu’il ne s’est jamais vraiment remis de votre rupture. Je crois que c’est pour cette raison qu’il a recommencé à jouer. – Rupture, dis-tu ? Tu ne souhaitais tout de même pas que je sorte avec un homme pour qui l’argent est plus important que ta propre fille. – Nous faisons tous des erreurs. Néanmoins, il est un bon employé, et il est loyal. Nous n’allons pas revenir là-dessus. Je sais que tu es prête, et tu connais assez bien la langue du pays. C’est un atout non négligeable. – J’imagine que tu as parfaitement bien choisi les personnes qui feront partie de cette expédition, n’est-ce pas ? se méfia-t-elle. – Vous serez une délégation de six personnes, incluant toi et John à la tête. – Ue mieux en mieux ! Tu m’envoies dans la fosse aux lions. Peter d’un bord et John de l’autre. As-tu pensé à la rivalité de ces deux hommes qui vont me rendre la vie difficile ? – Je ne m’inquiète pas, Véronique. Ce sont des professionnels. Je sais que vous ferez un travail formidable tous les trois. – Mais pourquoi maintenant ?
– U’abord, parce que l’urgence de la situation l’exige. Ensuite, parce que tu dois absolument tout savoir sur la compagnie. John sera parfait pour te montrer tous les trucs du métier… Uisons que ce voyage fera partie du dernier chapitre de ton apprentissage. – Je suis persuadée que tu avais décidé tout ça avant que tu me rappelles en Suisse. – Pourquoi penses-tu que j’ai tout fait pour te ramener au pays ? Lemoment choisi se présentait parfaitement bien pour que tu commences une nouvelle carrière au sein de cette entreprise. Je savais qu’il y aurait une réorganisation à Mexico, et je souhaitais que tu en fasses partie. – Tu aurais quand même pu m’en glisser un mot, lors de ton appel chez oncle Albert. Avais-tu peur que je refuse ? – Écoute, tout se bouscule, et les besoins deviennent urgents là-bas. C’est une opportunité extraordinaire que tu ne peux pas rater. Pardonne-moi si je ne t’en ai pas parlé avant. Tu me connais. Je ne suis pas très doué pour les convenances. C’est une offre très intéressante que je te fais. Ûn jour, cette compagnie t’appartiendra. – Combien de temps durera ce voyage ? – Ueux ou trois mois en fonction de l’avancement des travaux. – Ueux ou trois mois ! s’exclama-t-elle. Tu n’as jamais pensé que je pouvais avoir d’autres projets pour cet été ? – Je ne t’aurais pas fait revenir d’Europe pour quelques semaines de travail. Ce que je te propose est très sérieux… La vie n’est pas seulement une partie de plaisir. Je me permets de te rappeler que la qualité de vie que tu as en ce moment est le fruit de tout le travail que j’ai mis dans cette entreprise. Sans ça, tu n’aurais rien. J’espérais un peu plus de considération de ta part. Je n’ai pas payé toutes tes études pour rien. Il fallait que je te fasse revenir pour que tu commences à t’intéresser un peu plus à cette compagnie. – Si je comprends bien, je n’ai pas mon mot à dire. – Pour que tu aies ton mot à dire, il faudrait que tu commences à démontrer encore plus d’intérêt… mais je sais que tu es une femme intelligente et que tu t’investiras à fond dans ce travail. Si tout va bien, ce dont je ne doute pas une seconde, tu auras plus de latitude par la suite. – Si c’est comme ça, permets-moi d’imposer mes conditions… Mais avant, tu dois me libérer pour quelques jours. Quand je reviendrai, nous pourrons reprendre cette discussion, je te le promets. C’est très important, insista-t-elle. – Tu n’es pas vraiment bien placé pour exiger des conditions, mais puisque tu insistes tant et que tu n’auras pas beaucoup de journées de libres d’ici le départ, je te les accorde ; trois jours et pas un de plus. Je demanderai à John de prendre la relève de tes dossiers. – Merci, père ! C’est trop généreux venant de toi.
Agacé, il se dirigea vers la sortie. Il s’arrêta un court instant, sans pour autant la regarder. Il passa sa main machinalement dans ses cheveux. Puis, il se retourna brusquement : – Uans trois jours, il y a une réunion très importante sur ce voyage, et je veux que tu y sois sans faute. – Je serai au poste. Je te le promets ! – Est-ce que je peux te demander où tu comptes te rendre ? – Tu ne changeras donc jamais ! Il faut toujours que tu saches tout ce que je fais. Je resterai toujours pour toi une petite fille dont tu contrôles les allées et venues. Je n’ai plus quinze ans, père. Il serait peut-être temps que tu commences à le réaliser.
Elle le devança en se dirigeant directement vers la porte. En sortant, elle salua poliment John qui se leva de son fauteuil pour la saluer à son tour. Monsieur Webster vint retrouver John. Il avala une bonne rasade d’alcool. – Tout va bien, Uerek ? – Je veux que tu t’arranges pour savoir où elle compte aller. Et rien de plus, dit-il, très
contrarié. – Vous pouvez compter sur moi !
Chapitre2
ne faible lueur blanche, des murs blancs et des draps froids. Où suis-je ? Une personne circulait autour de moi. Je m’efforçais à garder les yeux ouverts. Un long bip rythmique et des voix parvenaient à mes oreilles comme un écho feutré. Quelqu’un leva mon bras. J’ai vu son visage. Il avait l’air d’un ange. Qu’est-ce qu’il me veut ? Je le vis effectuer la même manœuvre plus bas, sous les couvertures. Qu’est-ce qu’il cherche au juste ? Peut-être qu’il avait perdu quelque chose. Trop fatiguée pour réagir, je restais muette. Il me dévisagea et il sortit sur-le-champ.
Je regardais le plafond qui m’apparaissait immensément haut. Je dois me réveiller. Il faut que je me réveille.
Soudain, un homme d’une quarantaine d’années, habillé en sarrau blanc, vint à mes côtés. Le jeune homme se tenait très près. – Prenez son pouls !… Tu as tenu bon, Julie ! Je savais que tu y arriverais !
Pas un mot ne parvenait à sortir de ma bouche. Tout ce que je voyais était le sourire de cet homme qui regardait dans une chemise à dossier. Je tentai un ultime effort pour prononcer une seule parole qui me prouverait que je suis bien éveillée, mais l’homme s’empressa de poser son index sur mes lèvres en me disant de ne faire aucun effort.Tu dois te reposer, disait-il. – Ne gaspillez pas votre énergie, Julie. Tout ira bien, maintenant. – Son pouls et sa pression artérielle sont excellents, docteur, dit le jeune homme. – Restez auprès d’elle. Je vais annoncer la nouvelle à sa mère. Elle vient de passer trois terribles semaines à attendre que sa fille se réveille. Elle sera bien heureuse d’apprendre qu’elle va s’en sortir.
L’homme quitta la chambre.
Je répétais dans ma tête les mots qu’il prononça devant moi. Que m’était-il arrivé ? Je ne me souviens plus de rien.
* * *
Le médecin, d’un regard joyeux, s’avança vers la mère de Julie qui ne semblait pas avoir dormi depuis plusieurs jours. Elle releva la tête lorsqu’elle vit le médecin rentrer dans la salle de repos. – Il y a du nouveau, docteur ? – Oui, madame Robert… Elle a repris connaissance !
Elle s’effondra en larmes. Des larmes de joie cette fois. – Merci, mon Dieu, de m’avoir redonné ma fille, et merci à vous, docteur, d’avoir permis ce miracle. – Allez vous reposer, Madame Robert. Vous en avez bien besoin. Voulez-vous que l’on appelle quelqu’un pour venir vous chercher ? – J’aimerais la voir, docteur. – Pas en ce moment. Elle est encore trop fragile. Nous devons procéder à d’autres tests. Une autre fois, si vous le voulez bien. Pour le moment, elle a besoin de se reposer, tout comme vous, d’ailleurs. Tout ira bien.
Elle sortit péniblement de ses poches un bout de papier sur lequel étaient inscrits un nom ainsi qu’un numéro de téléphone. Elle le lui remit. – Voilà docteur, je vous remercie d’appeler mon fils pour qu’il vienne me chercher. Je n’ai plus la force de bouger.
– Ce n’est rien. Une infirmière se chargera d’appeler cette personne. Promettez-moi de vous reposer. Elle aura besoin de vous. – C’est promis, docteur.
* * *
Accompagnée de son fils et sa bru, Madame Robert retourna chez elle. Pour la première fois depuis des semaines, elle avait le cœur léger. Richard, fou de joie, prit sa mère dans ses bras. – Je te l’avais dit que nous devions garder espoir, maman. Tu vois, elle est revenue. Ma sœur est une battante. Elle n’allait pas nous quitter comme ça. Nous avons encore trop de belles années devant nous. Tu sais comment elle aime la vie. – Oui, je sais, Richard. J’ai eu tellement peur de la perdre. – Tu vois ? Tout s’arrange. Elle est revenue, et nous allons tous prendre soin d’elle. Nous allons fêter son retour. – Tu voudrais bien rester avec moi aujourd’hui, Richard ? Je ne veux pas passer la journée toute seule, et j’aimerais que tu appelles ton père pour lui annoncer la nouvelle. – Je resterais volontiers, mais je dois absolument retourner au garage. Nous avons un employé en moins, et j’ai dû me faire remplacer le temps de te ramener à la maison. Pour papa, je m’en occupe. Hélène restera avec toi. – C’est gentil, Hélène. – Tu dois aller dormir. Hélène restera ici toute la journée pour préparer les repas. – C’est moi qui me suis offerte. Je ne voulais pas vous laisser seule.
Richard embrassa sa mère et sa femme avant de quitter la maison familiale. Hélène prit sa belle-mère par le bras et l’emmena s’asseoir à la table de cuisine. Madame Robert s’arrêta le temps de se regarder dans un petit miroir placé sur un mur de la cuisine. – Regarde ces traits tirés et mon teint pâle ! J’ai l’air d’une vieille dame. Il faudra que je m’arrange un peu pour ne pas me montrer comme ça devant ma fille. Il ne faudrait pas qu’elle s’inquiète pour moi, en plus. – Si vous voulez, je vous aiderai. J’ai de très bons produits pour cacher ces traces de fatigue. – Ce serait gentil, Hélène. Ce ne sera pas de refus.
Hélène venait régulièrement lui tenir compagnie. Depuis trois semaines, elle y passait presque tout son temps pour la rassurer du mieux qu’elle pouvait, mais sa belle-mère, bouleversée par l’accident de Julie, ne dormait ni ne mangeait presque plus. Rien ne pouvait expliquer l’accident ni préciser pourquoi Julie s’était emportée de la sorte. Seule Madame Robert détenait des détails qu’elle lui confiait à très petites doses. – Vous devriez aller vous coucher, Madame Robert. Maintenant que Julie est sortie du coma, il y a tout à espérer. Tout ira bien. – Non, je te remercie, Hélène. Je crois que je serais incapable de dormir, en ce moment. Je suis trop heureuse et trop fatiguée. – Je vais préparer du café, alors. – Si tu peux me cuisiner un petit déjeuner, ce ne serait pas de refus. – C’est bon signe, ça ! L’appétit vous revient. Vous permettez que je vous accompagne ? Je n’ai pas encore déjeuné. – Mais bien sûr, ma fille.
Hélène se déplaça vers les armoires et le frigo pour sortir tout ce dont elle avait besoin pour lui préparer un bon repas. – Tenez ! Ça devrait vous aider à reprendre des forces. Vous n’avez presque rien mangé depuis cet accident.
– J’en étais incapable. Juste le fait de savoir ma petite fille entre la vie et la mort me rendait la vie insupportable. Je n’avais même plus la force de faire mon ménage. Je te remercie, Hélène, d’avoir été là pour moi. Même enceinte, tu as trouvé l’énergie pour m’aider à entretenir ma maison. Tu as dû négliger la tienne. J’espère que Richard ne m’en veut pas trop. – Ne vous inquiétez pas, Madame Robert. Richard ne passait jamais de remarques. Il comprenait parfaitement la situation. – Richard est un bon fils. – Et un bon mari aussi. Allez, mangez. Vous devez reprendre des forces, vous aussi. – Je ne pourrai jamais oublier ce qui s’est passé, Hélène. – Mais à qui pouvait-elle bien en vouloir pour la mettre dans un tel état ?… C’est quand même mystérieux, non ? – Je ne vois qu’une personne qui a pu provoquer une telle détresse chez ma fille. Étonnée, Hélène constata que sa belle-mère ne lui avait pas tout dit. – Vous, vous savez des choses depuis le début, et vous n’avez pas osé nous en parler. Même à moi à qui vous avez pourtant demandé de garder nos conversations secrètes. Qu’est-ce qui se cache derrière cet accident que vous n’avez pas osé me dire ? – Je sais, j’aurais dû t’en parler plus tôt, mais le courage me manquait… Avec le réveil de Julie, il risque d’y avoir des développements. Avant, tu dois me promettre encore une fois de n’en parler à personne, ni même à Richard. Du moins pas tout de suite… Je veux que tu me le promettes, c’est trop grave. Même mon mari n’en sait rien. – Je vous le promets… Mais que se passe-t-il ? demanda-t-elle, vraiment intriguée. Un court silence suivi. Madame Robert prit une gorgée de café avant de poursuivre. – Ce que je vais te dire là, seuls Francine, Pierre et une amie qui ne lui parle plus aujourd’hui sont au courant. – Vous m’inquiétez, Madame Robert ! – Je te demanderais aussi de ne pas juger Julie sur ce que je vais t’apprendre. Elle est encore si fragile et si jeune… – Vous piquez ma curiosité de plus en plus. Qu’est que vous allez m’apprendre ? – L’année dernière, pendant son voyage en Europe, Julie a rencontré une femme du nom de Véronique Webster. C’est avec cette femme qu’elle a passé la majeure partie de son voyage jusqu’à ce qu’elle revienne au pays… – Et alors ? – Eh bien… Julie… ma Julie s’est liée d’une amitié particulière avec cette femme… – Particulière ? Vous ne voulez pas dire une liaison homosexuelle, n’est-ce pas ? – Si… justement, dit-elle, en fermant les yeux pour cacher toute la honte qu’elle vivait. Madame Robert se leva pour aller chercher une pile de lettres non ouvertes adressées à Julie depuis son accident. Elle les lança sur la table devant sa bru qui les regarda rapidement, mais sans insister. Toutefois, elle remarqua un détail sur les lettres. – Comment savez-vous tout ça ? Elles ne sont même pas ouvertes… et en plus l’expéditeur est un gars qui s’appelle Gerry ! Je ne comprends pas. Vous devez vous tromper ! – Gerry est un nom utilisé pour éviter que son père ne pose trop de questions. C’est Julie elle-même qui m’a tout avouée… Depuis son retour d’Europe, je la trouvais un peu étrange et mystérieuse sur certaines parties de son voyage qu’elle s’efforçait de cacher volontairement. Au début, j’ai cru à une histoire de cœur, qu’elle avait rencontré un garçon et qu’elle se demandait comment nous réagirions face à ce nouvel amoureux, alors qu’il s’agissait en fait de cette femme. – C’est toute une nouvelle que vous m’apprenez, là, mais je ne comprends toujours pas le lien avec l’accident ! – Tu vas probablement comprendre, toi aussi, après ce que je vais te raconter. – Je vous écoute, dit-elle, très attentive. – Quelques minutes avant son accident, Julie allait faire des courses comme tu sais déjà…
Et ce que je vais te dire là, c’est une voisine qui a été témoin de la scène et qui m’a rapporté les faits par la suite. Apparemment, un homme se serait approché d’elle pour lui parler. Parler de quoi ? Ça, je l’ignore. Une chose est certaine, il n’avait sûrement pas une bonne nouvelle à lui annoncer, puisque Julie l’aurait chassé en hurlant… Puis, folle de rage, elle est revenue à la maison, en pleurant. Elle n’arrêtait pas de dire : «Je vais la tuer, je vais la tuer». J’ai tout fait pour la calmer afin de comprendre ce qui la mettait dans un tel état. Elle déchira sa demande d’admission pour Toronto en mille morceaux. Puis, elle a crié qu’elle souhaitait mourir… J’avais beau insister pour qu’elle m’explique pourquoi, mais elle refusait totalement de me dire quoi que ce soit. Je la retenais, et elle se débattait très fort pour sortir de mes bras. Puis, emportée par une rage intense, elle réussit à me tasser… La suite, vous la connaissez tous… – Quelle histoire !… Vous croyez qu’il y a vraiment un lien entre cette femme et cet accident ? – Je suis sûre que cette femme y est mêlée. Je ne vois personne d’autre. Julie n’a que des amis. Il ne peut en être autrement. Depuis qu’elle est revenue d’Europe, elle n’est plus la même. – Je vais dire comme vous, je ne sais pas comment vous avez fait pour garder ce secret-là aussi longtemps… Pauvre Julie… Si ce que vous dites est vrai, c’est que cet homme a dû lui annoncer une épouvantable nouvelle pour la mettre dans une telle fureur. Vous pensez que cet homme et cette femme ont une relation ? – Je ne sais pas encore. Tout ce que je sais, c’est que cette femme n’avait pas tout dit à Julie. – Vous ne pensez tout de même pas qu’il s’agirait d’une sorte de triangle amoureux. – Je te jure que si, un jour, cette femme ose se présenter devant moi, avec tout ce qu’elle a fait à ma fille, je la tuerai moi-même, dit-elle avec un regard dur. – Calmez-vous, Madame Robert. Tout ce qui importe, c’est que Julie soit sortie du coma. Elle aura besoin de tout notre soutien. Il vaudrait mieux ne pas éveiller ces souvenirs pour le moment… Pourquoi avoir attendu aujourd’hui pour m’en parler ? – La honte, Hélène. Non seulement pour notre famille, mais aussi pour ma fille qui va devoir vivre avec ce poids et cette étiquette toute sa vie. Elle subira le jugement des autres et ça, je ne le supporterai pas… Tout ça est de ma faute. – Votre faute ? – Oui, Hélène. J’ai manqué à mon devoir de mère. Je suis la seule responsable de son malheur. J’ai dû faire ou dire quelque chose pendant son éducation pour qu’elle devienne une lesbienne. Elle est pourtant sortie avec Pierre. Je ne comprends pas que soudainement elle ait préféré sortir avec une femme. Où ai-je manqué à mon devoir ? – Que Julie ait une attirance pour les femmes n’a rien à avoir avec son éducation. Vous ne pouvez pas vous culpabiliser pour ça. De plus en plus, on retrouve des livres sur le sujet. Personne ne peut encore expliquer clairement pourquoi l’homosexualité existe dans nos sociétés. – J’aimerais bien te croire, Hélène, mais je n’y arrive pas. L’éducation que j’ai reçue m’empêche de comprendre ce phénomène, parce qu’on nous a toujours dit que ce comportement relevait de la déviance, d’une maladie honteuse. – Vous devriez vous enlever ça de la tête, Madame Robert. Les temps ont changé. Avec les années, beaucoup de monde s’est rendu compte que les homosexuels sont des gens aussi normaux que vous et moi. – Peut-être, mais elle va en souffrir à cause du jugement des autres. – Qu’elle soit lesbienne ne changera rien à nos sentiments envers elle. Vous le savez très bien… – J’ai peur pour elle. – Vous devriez arrêter de vous faire du mauvais sang. Julie est une femme à présent. Elle est capable d’assumer sa vie comme elle l’entend. Vous n’avez pas à avoir honte. Nous
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