(Parenthèses…

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Cette année-là... Gainsbourg et Birkin chantaient « 69, Année érotique » ! Au rendez-vous : vacances, mer, soleil, musique des Sixties, une bande de copains, coup de foudre et amour passion... Loin d’en être conscients, Isiana et Louis ouvraient leur première Parenthèse d’un amour intemporel... sur le sable de la Punta Santa Anna à Blanes ! Pour nous qui avons fêté nos 20 ans dans les années soixante et connu l’Amour, au son des inoxydables musiques qui ont bercé nos premiers émois... Ce « truc qui m'colle encore au cœur et au corps »demeurera ce maelström sonore, que nos arrière-petits-enfants écouteront, encore et encore, avec émerveillement. Et aussi, pour tous ceux qui souhaitent visiter quelques-unes des Parenthèses... de la passion fusionnelle d’un homme et d’une femme qui leur ressemblent.


Publié le : mercredi 12 août 2015
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EAN13 : 9782332863324
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-86330-0

 

© Edilivre, 2015

A Martine…

Mon mentor au féminin, prématurément envolée…

Pour m’avoir dit, un jour :

« Yves-Luigi, le hasard, n’existe pas ! »,

Puis, un autre jour :

« S’il est juste de dire que la mythologie grecque est une dramaturgie, il me semble que nous avons toute notre vie pour découvrir notre Panthéon »

Puis, un autre jour :

« Tout écrit commencé mérite d’être achevé… Il faut que tu termines ton livre ! »

A la suite de quoi, elle a su me convaincre et m’a, vivement, encouragé à terminer ce roman.

 

Ainsi va la vie…

« Si l’exil ne vous tue pas sur le coup, il vous donne des ailes »

Maïa ALONSO

Et, Yves-Luigi de constater, a posteriori, qu’ainsi va l’amour… aussi !

Remerciements à…

Maman… qui m’a tout donné,

Pépé Michel & Mémé Dédée… de qui j’ai tout pris,

Pépé Louis… de qui j’ai beaucoup appris,

Nicky… mon épouse que j’aime par-dessus tout,

Mes enfants… dérobés,

Jean et Josée… qui m’ont accueilli,

Norbert E.M… qui est passé trop vite,

Gilbert… qui m’a ouvert la voie,

Alain V., alias Billy Elliots1 qui m’a le plus étonné,

Patrick, Faby, Jade, Florent, Nathan et Mina,

Jean, Anne, David, Delphine et Thomas,

Jean et Véronique,

Alain W… qui nous a quittés trop tôt,

Agnès N.,

Irène S.,

Sarah et Laure,

Hervé Fabregues de l’Ecole Communale Cinématographique de Sidi Moussa,

Jo SOHET… mon mentor au masculin,

Maïa ALONSO2… passionnément surnommée :
MaHia, son eau de Vie…,

Mes copains et copines de la Punta Santa Anna,

Le peuple Pied-Noir déraciné,

Jean BRUNE et son œuvre magistrale3,

La Sépia – Jean BRUNE – Asie Pacifique –

Le Cercle Algérianiste de Nouvelle Calédonie,

Louis MEYZEN, le plus grand des Grands Calamars,

Samuel SAFRANA… qui me fait toujours rire aux larmes,

Pierre MARESCA4, Philippe GOMES et Corinne VOISIN,

Sydre, le plus adorable des Clebs,

… avec tout ou partie, de ma gratitude,
de mon admiration, de mon affection et de mon amour.


1 – Un week-end sur deux et la moitié des vacances – Éditions Edilivre –

2 – L’odyssée de Grain de Bled en terre d’Ifriqiya – Éditions L’Harmattan. Le Soleil colonial – Au Royaume des cailloux – Éditions Atlantis-. Les enfants de la Licorne – Edition Atlantis –

3 – Cette haine qui ressemble à l’amour – Edition Atlantis –

4 – La caverne d’Alexandre – Éditions Edilivre –

Invitation

Outre une bonne dose d’impudeur, écrire, suppose audace, vanité, orgueil, prétention, mais aussi, humilité et courage. Humilité et courage, car, lorsque l’écriture est authentique, se livrer n’est pas une chose simple ; c’est, parfois même, très difficile…, et sauter le pas, relève du défi.

En effet, s’il est facile de voir où la plume commence son chemin, nul ne sait, à l’avance, où et quand, elle s’arrêtera… Et, entre ces deux points, le contenu, dans la forme et dans le fond, ne sera connu… une fois le stylo à plume refermé.

Sachant que la seule règle imposée consiste à conserver en l’état l’ensemble des écrits, il sera aisé de comprendre, dans ce cas, qu’en écrivant, tout auteur prend un risque.

« Et moi donc !

Cette règle, je la fais mienne, et advienne que pourra à la lecture des pages qui vont suivre :

Toi,qui en est encore à suivre le tracé de ces lettres ordonnées en mots et phrases, couchées en pleins et déliés, à l’encre violette sur cette page blanche…, si tu as aimé, si tu aimes encore ou si tu t’apprêtes à aimer, accepte les(Parenthèses…qui vont suivre…

Sinon, je t’invite à reposer ce manuscrit, là où tu l’as trouvé, rien en lui ne te concerne, tu ne t’y retrouveras pas ! »

Louis.

Préambule

Dans les pages qui vont suivre, certains passages ou certaines situations présenteront de fortes ressemblances ou feront référence au roman de Benoîte GROULT : Les vaisseaux du cœur.

Dans le cas de ressemblances, ceci n’est le fait, de ce que d’aucuns nomment, communément, des coïncidences. Des coïncidences – troublantes, certes ! –, mais des coïncidences dont le constat a eu pour effet de troubler Louis, sinon de le laisser empli d’interrogations, tant il n’a pu en percer les mystères.

Dans le cas des références, ceci ne tient qu’au grand émoi, dans lequel l’a plongé la lecture de la mirifique histoire de George et Gauvain.5

Loin de lui la tentative de plagiat, tant il revendique sa qualité de Cormoran6 et tant ces deux histoires originales sont à la fois similaires et distinctes.

Louis avait trente trois ans tandis qu’il commençait l’écriture de leur histoire, bien avant la parution du roman de Benoîte GROULT. C’était la première fois qu’il osait écrire, et qui plus est, sur le thème de ses sentiments et de ses amoures.

Voilà, au moins, un point commun entre ces deux histoires : celle de George et Gauvain, et celle d’Isiana et Louis. Elles sont, suffisamment, insolites et belles pour générer, chez des personnages très différents, des réactions, des agissements et un mode d’expression identiques.

Certes, (Parenthèses… est un roman. Mais toutes ressemblances avec des lieux et des personnages existants ou ayant existés, ne sont pas le fait du hasard : elles sont, tout simplement, authentiques et volontaires. Ceci, afin de confirmer qu’un tel bonheur peut très bien arriver à tout un chacun, et, que le hasard n’existe pas.

D’une manière générale, les faits ne correspondent pas à la réalité des personnages. Toutefois, tout le matériau utilisé est réel et, donc, véritable. Ce roman est une adaptation très libre des véritables moments de vie de plusieurs personnages en qui tout un chacun se reconnaîtra aux détours de leurs parcours personnels. Malgré tout, ce livre n’est pas une biographie ni une autobiographie… c’est bien un roman !


5. Les deux personnages du livre Les vaisseaux du Cœur. Toute référence consciente et volontaire, au livre Les vaisseaux du Cœur, sera signalée, dans ce récit, par un *.

6. Surnom de Gauvin dans Les Vaisseaux du Cœur

Dédicace

À Isiana…

À quarante trois ans, et après mon infarctus d’octobre dernier, je ne sais, aujourd’hui, ce qui, des « vaisseaux » ou du « cœur », est le plus important…

Et puis, dans la vie, il y a le cœur, et, il y a le sexe… !

De même, qui dit « vaisseaux », peut rêver « voyages » !

Et qui rêve « voyages », peut penser « transports ».

Alors, quand les « transports » sont ceux de l’âme, du cœur, et de l’esprit, cela s’appelle aussi l’Amour.

Et l’Amour, ça passe par le sexe… aussi !

Alors, avec tout cela, je ne saurais qualifier notre histoire tant les sentiments s’entrecroisent, s’entremêlent et s’interpénètrent, et, tant notre belle histoire est un tout en elle-même.

 

Aussi, m’arrive-t-il souvent de songer à cette cruelle réalité : « Les amants sont seuls au monde et hors du temps. Ou plutôt, ils s’en retirent volontairement et pendant une durée, fatalement, limitée… »7

… et ce…, jusqu’à leur prochaine (Parenthèse…

Et, « Si les plus beaux jours sont ceux qui restent à vivre ! » d’avance je t’offre tous les miens… car rien n’est plus beau qu’une vie de Cormoran*, avec toi.

Louis.


7. Réflexion empruntée à un auteur inconnu. Que celui-ci me pardonne et accepte mes remerciements.

Un quart de siècle plus tard…

Vingt-trois heures quarante cinq, dans son lit, Louis parcourt, dubitatif, un ouvrage sur La solitude. Cette solitude qui, aux dires de l’auteur, possède toutes les vertus du retour à soi-même… Cette solitude qui nourrit l’imagination,la créativité,et – allons-y, ne lésinons pas ! –, la découverte d’un moiauthentique… Ou comment apprendre à se suffire à soi-même !

– « Rien que ça, Fils ? Tu parles ! » marmonne-t-il, sceptique, les yeux au plafond, tandis qu’en sourdine, ses deux Cabasse8 distillent, fidèlement, Listen To The Music des DOOBIE BROTHERS emmenés par la voix unificatrice de Tom JOHNSTON amplifiée des chœurs irradiants de ses frères allumés.9

Au diapason sur les paroles et la mélodie de cette chanson culte… il lit ce livre dans le secret espoir de trouver un remède, une conviction… Et surtout, en attendant que son comprimé de Stilnox ne fasse son effet, et ne l’emporte dans un sommeil amnésique. Car sa souffrance n’est pas de vivre seul, mais de survivre sans Elle.

Assurément, de plus en plus souvent, il aimerait disposer de moins de temps pour un retour sur lui-même… Moins de temps pour imaginer, moins de temps pour créer. Pour autant, n’en serait-il pas, capable d’accéder à la découverte de son moi authentique ?

– « Je demande à voir ! » se propose-t-il.

Hélas, oui ! Combien aimerait-il ne pas disposer de tout ce temps disponible imposé pour lui tout seul et sa seule introspection ? Ô combien aimerait-il…

Le téléphone sonne…, un coup d’œil sur sa montre de plongée…, à cette heure-ci, ça ne peut être qu’Isiana !

– Allô, Ponzoirh !, lui dit-elle, la voix douloureusement enrouée et le nez complètement bouché, par dessus son accent qui le fait toujours craquer, depuis… un quart de siècle.

– How do you feel? I hear that you feel bad!10

– Yes! My allergy is stronger now, years after years!11

Et lui, de tenter de la convaincre, sur le thème de :

– Viens te faire soigner, ici, à Paris. Cela prendra dix jours, à l’Institut Pasteur… Dix jours que nous passerons ensemble, avec pour toi, le plus sérieux des alibis !

– Yes, you are right! I will do this in September! This will be our next Parenthesis…! Now, tell me about your book?12

– You know, now it’s been years since I write; it’s been over three hundred seventy manuscript pages. I’m working hard on it… But I cannot put a final point to this book… toour history. I’m afraid that means I only want to put a final point to our story. And this, I don’t want it. However, you must know. This book is likely to be a bomb!13

– A bomb…, why?14

– Because the names of the characters and the places! The true is too much obvious!15

– Sure! Perhaps, you can change the names and the places as we spoke about in Vienna, last February16

– I have thought about this. Listen what it could be!: She is living in Portugal, in a small town, next to Lisbon. He is Belgian, living in Bruxelles. Her name is Linda, and he is called Jeff. They met during their holidays, in France… Imagine! This is unexciting! That means nothing!17

– Ach!, you are right! This will not be good! Don’t change anything! Flora will find somebody to translate your book in German for me! Someone that does not know me.All will be safe, like that!18

Et de poursuivre leur conversation à peser le pour et le contre de l’intérêt ou de l’éventuelle possibilité d’en changer les noms des personnages et des lieux de leur histoire…

A deux heures trente cinq, elle conclue par :

– Tomorrow, it’s your birthday. When you will wake up in the morning, don’t forget to open the packet I gave to you for your birthday, last November… that packet I put on your shell glace case. It’s crazy what you have done for me. How much you gave to me! I love you very much! Ciao! I love you! Ciao19.

– Of course I will open your pretty little packet. I have been waiting this for too much longtime. And I promise to finish my book soon.Trust me!Ciao! I love you, ciao!20, lui dit-il avant reposer le combiné.

De nouveau seul dans son lit, le regard égaré dans les labyrinthes du cachemire des tentures murales de sa chambre, Louis tente de trouver, à nouveau, le sommeil…

– « Allez, va !Avec tout çà, je n’ai plus sommeil. Toute la nuit, je vais rouler d’un bord à l’autre du lit !Quand vais-je m’endormir, maintenant ?Etcomment, surtout ?… Appelez-moi Stilnox ! Une fois de plus ! », rage-t-il, désespéré.

L’ampli à lampes de sa chaîne est éteint depuis longtemps, et pourtant, dans sa tête, comme une inlassable rengaine dont il connaît, – et pour cause –, toutes les paroles par cœur, Elvis COSTELLO21 n’en finit plus de chanter : Every Day, I Write The Book.


8. Enceintes acoustiques

9. Doobies Brothers : Les Frères Pétard !

10. Comment te sens-tu ? J’entends que tu vas mal !

11. Oui, mon allergie est plus forte d’année en année !

12. Oui, tu as raison. Je ferai cela en septembre. Ce sera notre prochaine Parenthèse… ! Et maintenant, parle moi de ton livre ?

13. Tu sais, maintenant, cela fait des années que j’écris ; cela fait plus de trois cents soixante-dix pages manuscrites. Je travaille dur dessus… Mais, je suis incapable de mettre un point final à ce livre… à notre histoire. J’ai peur que cela ne signifie que je veuille mettre un point final à notre histoire, tout simplement. Et ça je ne le veux pas. Cependant, il faut que tu saches : ce livre risque fort d’être une bombe !

14. Une bombe ? Pourquoi ?

15. En raison des noms des personnages et des lieux. La vérité est trop évidente !

16. Bien sûr !… Peut-être que tu peux en changer les noms et les lieux, comme nous en avons parlé, à Vienne, en février dernier.

17. J’ai pensé à cela. Écoute ce que ça donnerait : Elle habite le Portugal dans une petite ville, près de Lisbonne. Il est belge, et vit à Bruxelles. Elle s’appelle Linda, et lui Jeff. Ils se sont rencontrés pendant leurs vacances en France… Imagine. Ce n’est pas excitant ! Ça ne veut rien dire !

18. Ach ! Tu as raison ! Ce ne sera pas bon ! Ne change rien ! Flora trouvera quelqu’un pour me traduire ton livre. Quelqu’un qui ne me connaît pas. Comme cela, tout sera préservé !

19. Demain, c’est ton anniversaire. Demain matin, quand tu te réveilleras, n’oublie pas d’ouvrir le paquet que je t’ai donné pour ton anniversaire, en novembre dernier… ce paquet que j’ai déposé sur ta vitrine de coquillages… C’est fou, tout ce que tu as fait pour moi. Combien tu m’as donné ! Je t’aime beaucoup. Ciao ! Je t’aime ! Ciao !

20. Bien sûr que je vais ouvrir ton joli petit paquet. J’ai attendu cela trop longtemps. Et puis, je te promets de terminer mon livre bientôt. Fais-moi confiance ! Ciao ! Je t’aime, ciao !

21. « Artiste éclectique, capable de réinventer le passé à sa propre image », selon un critique.

The book !22

L’année suivante, un jour de sa vie… jour de son anniversaire.

Dans le bureau de Poste d’Almstadt, l’employée préposée à la délivrance des objets en Poste Restante…, cette employée, qui connaît Isiana depuis des années en raison de son infaillible assiduité, lui fait signe de venir à son guichet. Elle lui remet le volumineux paquet.

– Dies kommt aus Frankreich !Immerwieder. Noch Ihrer üblichen Kontakt!23

Elle a, encore, vu juste. Outre les timbres français, l’adresse rédigée à l’encre violette, son écriture en lettres capitales, et puis, tout ce ruban adhésif couleur mastic : Louis a toujours été d’une méfiance maladive envers les manutentionnaires des postes ; aucun autre paquet ne ressemble aux siens.

Ce matin, très tôt, comme tant d’autres fois auparavant, il lui a téléphoné et lui a murmuré :

– Hello! Happy birthday! I love you!Listen; go to « laFermo Posta! »There is a packet for you.24

Fébrilement, Isiana étrille le ruban adhésif qui résiste. Elle tente de déchirer l’enveloppe de papier kraft armé d’un savant lacis de fibres de nylon. L’employée lui tend des ciseaux et un cutter, puis elle attend, impatiente et curieuse, qu’elle opère.

Elle tient l’enveloppe ouverte verticalement, entrebâille l’ouverture et aperçoit le manuscrit relié des mains de Louis, puis le porte à ses lèvres, les yeux clos…

Tout vacille autour d’elle…

Après quelques instants passés à lutter contre l’évanouissement, elle est déjà dans la cabine téléphonique et compose le numéro de Flora :

– Ich bin’s. Ruf Deinen Übersetzer an und frage ihn, ober indrei Stunden beiDir zuhause sein kann.Ich komme. Danke und bis bald25

Sans raccrocher, elle garde le combiné dans sa main gauche et appuie sur le rupteur de communication, comme une poignée à laquelle s’accrocher pour se rassurer. Puis, elle compose son propre numéro… à la deuxième sonnerie, son mari décroche :

– Hallo, Papi! Ich werde heute Abend nicht nach Hause kommen. Flora braucht mich. Ich werde Dich morgen anrufen.Bussi!26

Dans le train, Isiana dévore les rares bribes qu’elle peut grappiller de ce texte écrit en français. Cette langue qu’elle s’est toujours jurée d’apprendre, mais qu’elle ne maîtrise pas suffisamment pour tout découvrir de la façon dont l’amour de sa vie a vu Sa vie !… la façon dont il a perçu leur Amour d’une vie et leur vie d’amour !…

Frémissante, elle perçoit, instantanément, qu’il est tout aussi palpitant et angoissant d’étrenner son costume de première lectrice que de se défaire de celui du premier rôle féminin de ce roman.

Dans ce train du vingtième siècle qui n’avance pas, suffisamment vite à son goût, ce train qui serpente au cœur des vallées sinueuses qui relient l’Italie à l’Autriche,… THE DOOBIE BROTHERS envahissent sa tête du lancinant tempo de Long Train Running.

Isiana s’agite, trépigne et piaffe… elle n’en peut plus ! Tandis qu’animée du rythme soutenu d’Oh Pretty Woman de Roy Orbison, la pointe de son pied martèle, sans relâche, le sol du wagon de ce tempo décapant…

Elle a ouvert ce livre, comme on ouvre une (Parenthèse… !

Pour le refermer, Isiana devra attendre les quelques semaines nécessaires à sa traduction dans son dialecte… quelques semaines auxquelles, elle devra y ajouter les heures qu’elle passera à le lire ardemment… à lire, et à relire leur incroyable histoire…

Durant tout ce temps, comme de l’autre côté d’un miroir sans tain, elle ne sera que visible, car totalement absente !


22Le livre !

23. Cela vient de France ! Encore et toujours ! Toujours votre correspondant habituel

24. Salut ! Joyeux anniversaire ! Je t’aime ! Écoute, va à la Poste Restante, il y a un paquet pour toi

25. C’est moi ! Appelle ton traducteur, et demande-lui d’être chez toi dans trois heures ! J’arrive ! Merci et à tout de suite !

26. Allô Papy ! Je ne rentrerai pas ce soir ! Flora a besoin de moi, je te rappellerai demain. Je t’embrasse !

Trois Tyroliens en Espagne…

Midi trente ont sonné : le soleil brûle leurs peaux encore tendres et bien blanches, en ce début d’août. Comme chaque année depuis cinq ans, tous s’apprêtent à passer un mois de vacances, à Blanes, en Espagne sur la Costa Brava…, avec leurs parents : autorité et dépendance obligent !

La bande, d’une quinzaine de copains, est déjà, presque, au complet, à une ou deux exceptions près. Louis, Danyela, Jacky, Chantale, Kurt, Maryse, Jean-Charles, Jocelyne, Han, Liliane, Patrick, Annick, Juan et Eric… se sont tous retrouvés. Il y a même trois nouveaux cette année : Francis, Reynald, qui sont venus seuls en voiture !… et, Josette, la cousine de Jacky. En voilà trois qui n’avaient pu être attirés, ici, les années précédentes. Dommage pour eux ! Parce que Blanes, c’est sympa ! On y trouve tout ce que l’on peut souhaiter : une bonne bande de copains et de copines, la mer, le sable, le soleil, les pique-niques sur les rochers des petites criques, les boîtes de nuit… vraiment tout ! Tout pour passer de bonnes vacances, quand on a entre quinze et vingt ans.

Selon les uns ou les autres, aujourd’hui, ils en sont à leur deuxième ou troisième jour de vacances.

Ils traversent l’esplanade du vieux port, chargés comme « c’est pas possible ». Louis, sa sœur Danyela et Jacky, viennent d’effectuer leur première plongée de l’année, en Méditerranée : ils sont bien fatigués. Et le matériel, – bouteilles, ceintures de plomb, combinaisons mouillées, masques, palmes, tubas, etc.… – paraît peser dix fois plus lourd encore, sous ce soleil de la mi-journée auquel ils ne sont pas encore habitués. Ils sont pressés aussi. « Hé oui ! Mai 68 », ce n’était que l’année dernière seulement, et pour la majorité, il faudra attendre vingt et un an !… alors, dans toutes les familles, ou presque, les parents tiennent – encore – bon : les repas se prennent – encore – à heure fixe et les retards ne sont pas – encore – tolérés… donc, toute la bande marche au pas de charge.

– ça fait mal ! Punaise ! Que ça fait mal ! Aux jambes…, aux reins…, aux épaules…, aux bras… partout… entend-on se plaindre dans les rangs.

Tous aimeraient bien pouvoir s’arrêter…

– … Pas longtemps, juste une minute… ! mais, l’heure tourne.

Après l’heure, à coup sûr, ce sera l’avertissement ou la sanction. Alors, ils marchent… pour regagner El Clipper. Ce bar, au-dessus duquel les parents de Louis louent, chaque année, un « 3 P. + CUIS. –SdB– WC – V/Mer ». L’escalier d’accès aux étages se trouve au milieu du mur droit de la grande salle. Moïse, le patron, leur accorde d’entreposer, depuis plusieurs années, leur matériel de plongée sous cet escalier exigu. Ce privilège, bien sympathique et commode, leur évite les pénibles « aller et retour » dans ce conduit, étroit et raide, taillé au gabarit espagnol.

Bien que ce soit la première fois de l’année, les réflexes reviennent vite : Louis se déharnache de ses, sac, bouteille, ceinture de plomb. Alors qu’il s’applique à faire des mouvements d’assouplissement des bras, du torse et des jambes, dans l’espoir d’atténuer son ankylose, Danyela l’interpelle :

– Viens voir, il y a des italiens qui m’ont demandé quelque chose… Mais, je ne comprends pas très bien ce qu’ils veulent, lui dit-elle, après avoir échangé quelques mots avec des jeunes inconnus encombrés de sacs et de valises qui se trouvent au bar. Des jeunes devant lesquels il était passé… tout près…, sans prêter attention.

La première réaction de Louis n’est pas des meilleures. Peu enclin à répondre, il pense que le moment est mal choisi pour s’attarder davantage.

– Ils tombent très mal, ces italiens ; ce n’est pas le moment ! grommelle-t-il, en les évaluant d’un coup d’œil… « Et puis la bande est au complet… surtout avec les trois nouveaux venus cette année…, et puis… » et puis… il perd, subitement, le fil de son idée et s’égare mentalement… car, dans les circonvolutions de son cerveau, une boule de flipper chaotique zigzague bruyamment…

Et puis…, mille et… une autre raison pour fuir le contact… Une raison…, une seule raison, qu’il ne peut deviner, ni n’entrevoit.

Ils sont trois : un gars et deux filles. L’une d’elles, belle, élancée aux longs cheveux blond vénitien, s’avance et l’aborde en italien. Louis, glacial et distant, dans un sursaut de lucidité, lui répond sèchement, en anglais, qu’il ne comprend rien de ce qu’elle lui raconte.

La ragazza27 marque un temps. Puis, elle se rapproche lentement de lui, sa tête inclinée sur le côté : elle le regarde dans les yeux pour mieux capter son attention. Puis, ses deux mains jointes, elle l’implore, en anglais cette fois, de les aider à trouver une location. Ne perdant rien de la scène, ses deux amis se tiennent en arrière, leurs visages éclairés d’un sourire réjoui, convaincus que la partie était gagnée d’avance. Allez savoir pourquoi !

Elle lui explique :

– … Qu’ils viennent de débarquer à Blanes, sans ne rien connaître du village…, de l’Espagne…, ni de l’espagnol… après trente heures de train depuis l’Italie…, à cause des changements de trains et des correspondances qui ne correspondaient pas. Qu’ils sont crevés…, qu’ils sont bien embêtés…, qu’ils ne savent pas s’ils vont rester…, qu’ils vont…, peut-être…, repartir très vite…, aller ailleurs…, et, qu’avant cela, ils souhaitent se reposer…, qu’ils sont très, très fatigués !…

Considérablement adouci et passablement déboussolé, entre chaque fragment de phrase, il répond par :

– Yeah… Yes… Well… Yeah… it’s good… Yeah… I see… Well… I intend… Yeah… I understand. Yeah, sure… I’ll see… what I can do… I should be able to fix it… I… yeah… probably!28

Au cours de cet échange d’un anglais très scolaire, l’attitude de Louis change : plus il la regarde, et plus il a envie de les aider… ces Italiens !

Danyela, Jacky, Francis, Chantale et les autres sont autour d’eux. Certains informent, ceux qui ne comprennent rien à l’anglais. Louis se tourne vers eux et leur pose le problème pour mettre la bande, toute entière, à contribution. Et leur dit :

– Ils cherchent de quoi se loger. Qu’est-ce que vous en pensez ? En dehors de Carmen, je ne vois pas qui peut faire mieux.

Tout le monde donne son avis et la bande se met d’accord pour envoyer les trois inconnus vers Carmen Gironès de Brillas qui leur trouvera bien une solution.

Il leur communique l’information, le nom et l’adresse du Tabac de Carmen, et leur explique, minutieusement, comment s’y rendre… et, en même temps, ça s’accélère, très vite, dans sa tête.

« Ils sont sympas, ils sont seuls, un peu perdus : il faut les aider davantage, les guider, les accueillir dans la bande ! Après tout… pourquoi pas ? »

Et de se convaincre, tout seul, que toutes les bonnes raisons sont réunies. Sans se soucier de ce que pensent les autres, Louis va jusqu’à leur donner rendez-vous à trois heures, ici-même… pour les aider, au cas où leur recherche n’aurait pas abouti…

« Hein, mon Louis ? T’as bien fait ! Hein ? » se félicite-t-il en les regardant partir pour le Tabac de Carmen.

Durant tout le repas avec les parents, il ne participe pas aux conversations familiales, car il ne pense qu’à… eux.

« Après tout…, les Italiens ne voulaient, peut-être, qu’une adresse…, un point de chute…, tout simplement et riend’autre. Peut-être qu’ils ne viendront pas au rendez-vous…, qu’ils ne sont pas intéressés et qu’ils n’ont pas osé me dire non, sur le moment ? Peut-être que je ne les reverrai jamais ? Ils m’avaient l’air sympa.Non, sans déc !…, j’aimeraisbien les revoir ! »

Au cours de l’inévitable sieste postprandiale – origines obligent – Louis ne dort pas vraiment, malgré la fatigue des trente minutes de sa première plongée passée à moins trente mètres. Ce ne sont que « va et vient » itératifs entre somnolence et réveils furtifs pour regarder sa montre. A trois heures moins cinq, il descend au bar El Clipper et les trouve, déjà-là : en grande conversation, à forte dominante gestuelle, avec Jacky et Francis, sur le Paseo de la Maestranza… Enthousiasmé et sautillant : Il les trouve encore plus sympas que tout à l’heure.

La bande, au complet, part pour La Punta Santa Anna, cette petite crique de sable et de rochers située derrière la jetée du vieux port de pêche… La Neustra Cala29 vers laquelle la bande se dirige, comme un seul homme, sur le tempo métronomique d’Al JACKSON, en réponse au vibrant appel de l’orgue de BOOKER T JONES qui jouent l’indéboulonnable Melting Pot…

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