Pièces Folles

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Voici deux pièces de théâtre, adaptées des nouvelles de deux grands auteurs : Nicolas Gogol et Gibran Khalil Gibran ... Uune rencontre entre Orient et Occident. Le Fou de Gogol n'est pas vraiment conscient de sa folie. Mais il cherche un nouveau monde. Le Fou de Gibran en est conscient et cherche ce changement ... Dans les deux cas, c'est notre folie qui est sur scène.
Publié le : lundi 7 septembre 2015
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336390222
Nombre de pages : 192
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Traduit et adapté par
SaadiYOUNISBAHR I

PIÈCES FOLLES

BILINGUE FRANÇAIS-AR ABE

D’aprèsLe journal d’un foude Nicolas Gogol
etLa nuit et le foude Gibran Khalil Gibran





Pièces Folles





© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06881-7
EAN : 9782343068817

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Traduit et adapté par
Saadi YOUNISBAHRI



Pièces Folles
Bilingue français-arabe



D’aprèsLe journal d’un foude Nicolas Gogol
etLa nuit et le foude Gibran Khalil Gibran


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Pour une folie créatrice



Maquette et exécution technique : Driss JABEUR.

Remerciements au Dr. Dhia NAFI pour son aide
précieuse à la traduction de:Le Journald'un fou du
russe à l'arabe.

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SAADI YOUNIS BAHRI

Né vers 4 h. du matin sur les berges du Tigre à
Bagdad, Saadi fut bercé par les beaux contes de sa mère
et de sa grand-mère… Il a baigné dans divers univers,
passant avec la même virtuosité du théâtre à la
télévision et au cinéma, dans le monde arabe et en

Europe… Une passion qui l’accompagne toujours…

En France, il a collaboré avec des metteurs en
scène tels A. Mnouchkine, R. Rouleau et suivi des
cours du cinéma avec Jean Rouch… Il a monté et
présenté de nombreuses pièces du théâtre et des
spectacles de contes tels:Le journal d’un fou de
Gogol,L’Épopée de Gilgamesh,Les Mille et Une
Nuits,Contes d’Océanie,Les fusils de la mère Carrar
de Brecht et participé à différents festivals
internationaux artistiques du théâtre, du cinéma et de
contes tels: Avignon, Carthage, Piatra Niamtz,
Babylone, Sharjah… Et pris part à différents
événements poétiques tels : La poésie a un visage et le

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Festival Transméditerranéen à Grasse et Le printemps
des poètes de Bourges…

En outre, il est titulaire d’une licence en Droit de
l’Université de Bagdad et d’un Doctorat de lettres
modernes (théâtre) de l’Université de Nanterre…
Actuellement, il dirige le Centre Gilgamesh (créations
artistiques).


Films réalisés :

Longs métrages:Le jardinier des rêves, 63 min;
Chants du pays des cèdres, 75 min.

Courts-métrages :Liberté/Hourya, 4.16 min, tourné
en Tunisie ;Une amie, 2 min ;Civilisation, 11 min…


Livres bilingues (français-arabe)

Théâtre :La trilogie Sumérienne:L’Épopée de
Gilgamesh,Babylone mon éternel amour,L’Épopée
des esclaves et de Gilgamesh(Éditions l’Harmattan).

Conte :L’Enfant de l’île sauvage(Éditions du Cygne)
avec CD.

Poésie :Un jardin suspendu à un nuage d’amour
(Editions du Cygne) avec CD.

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PRESENTATION

S. Y. BAHRI, GOGOL ET KHALIL GIBRAN

C’est un voyage hallucinant à travers la folie, de
deux géants de la réflexion sur la condition humaine.
Une condition misérable qu’ils ne font que grandir à
travers le paradoxe de leur folle sagesse.

L’acteur, metteur en scène et écrivain Saadi Younis
Bahri a réuni ces deux textes uniques dans un seul
volume en édition bilingue (Français et Arabe). Ce
sont des textes qu’il connait parfaitement pour les
avoir «pratiqués »sur scène. Il a joué la folie, sa
folie, pleine de tendresse pour ces deux auteurs hors
normes. Ces adaptations recèlent ainsi une profonde
compréhension de ces deux textes qui sont
véritablement de la « poésie en prose ».

C’est enfin la sensibilité du poète de la scène S. Y.
Bahri qui nous embarque dans ce voyage périlleux
dans les abysses de la folie des sages. Ceci n'est pas

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sans nous rappeler sa trilogie de Gilgamesh et ses
autres périples à travers les contes orientaux, chinois
ou africains, nous révélant chaque fois une facette
inattendue aussi bien de ses multiples talents que de
sa soif sans fin de la découverte de l’être humain, et
de toutes les cultures du monde.

Ainsi se rapproche-t-il de ces apôtres de la pensée
intimiste qui mène inexorablement aux méandres
insondables de l’âme humaine.

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Driss JABEUR

Le journal

d’un fou

d’après

Nicolas Gogol

Traduit et adapté par

Dr Saadi Younis Bahri

3 OCTOBRE

Une grande aventure m’est arrivée aujourd’hui.
Je me suis levé tard ce matin. Quand la vieille
servante est venue m’apporter mes chaussures cirées,
je lui ai demandé :

« Quelle heure est-il ? »

Elle m’a répondu :

« Il est dix heures. »

Alors, je me suis levé précipitamment.

J’avoue que je n’avais pas envie d’aller au
bureau ce matin, car j’imagine déjà le visage de notre
Chef de Section gonflé de colère… Il y a longtemps
qu’il me demande :

« Pourquoicette perpétuelle confusion dans ta
tête ?Tu t'agites comme un fou. A la première page
du registre tu as fait des graffitis, au lieu d’enregistrer
le courrier ! Oiseau de malheur. »

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Il est jaloux de moi, car son excellence, notre
Directeur Général, me fait venir chez lui pour tailler
ses plumes.

Bref, si je n’avais pas l’espoir de voir notre
caissier et de lui demander une avance sur mon
salaire, je n’y serais pas allé.

Comme il est bizarre ce caissier! Si tu as besoin
d’une somme quelconque de ton salaire, il ne te donnera
rien, même si tu crèves de faim ; cette espèce de
grippesous. Et dire que dans sa propre maison, il se laisse
gifler par sa cuisinière. Cela tout le monde le sait.

Je ne vois pas l’intérêt de travailler dans un
Ministère. Cela ne vous rapporte rien… Pour ce qui
est des bureaux de province, la question est tout à fait
différente. Là, tu regardes, tu vois quelqu’un dans un
endroit sale, aux vêtements sales, au visage sale sur
lequel on cracherait volontiers. Et un beau jour, on le
voit s’installer dans un palais extraordinaire.

Par contre, ici, en ville, on rencontre un accueil
empressé, la propreté règne partout, propreté que l’on
ne trouve pas en province… Ici,en ville, toutes les
tables sont en bois précieux. Les directeurs te disent :

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« Vous … Oui Excellence. »

J’avoue que si tout cela n’existait pas, j’aurais
quitté le service depuis longtemps.

Dans la rue, la pluie tombe à verse. Personne,
sauf quelques femmes s’abritant sous leurs manteaux,
des commerçants sous leurs parapluies, des facteurs…
Je vois aussi mes collègues les fonctionnaires… Je
vois l’un d’eux au carrefour et je me dis :

« Tiens,tiens, tu ne vas donc pas au bureau…
Tu suis le jeune fille qui marche devant toi, en
regardant ses jambes avec insistance. Que fais-tu donc
mon cher collègue? Il agit tel un fils de grands
seigneurs. Quand il voit une jeune femme portant
chapeau, il la prend en chasse. »

Soudain, j’ai vu une calèche s’approcher du
magasin où je suis. Je l’ai tout de suite reconnue;
c’est celle de notre Directeur. J’ai pensé :

« Il n’a besoin de rien ici, c’est donc sa fille. »

Je me dissimule contre un mur. Le cocher ouvre
la porte. Elle saute comme une petite huppe. Elle
regarde à droire, fait un clin d’œil. Oh ! Mon Dieu, je
suis éperdu.Mais pourquoi est-elle sortie par ce

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mauvais temps? Ne me dites pas que les femmes
n’aiment pas les fanfreluches…

Elle ne m’a pas reconnu, j’ai relevé mon col car
j’avais un vieux manteau sale.

Sa chienne n’est pas entrée avec elle dans le
magasin. Je connais cette chienne, elle s’appelle
Jolie…

Soudain j’ai entendu :

« Bonjour Jolie. »

Qu’y-a-t-il ?Qui parle? J’ai commencé à
regarder autour de moi, j’ai vu deux dames… L’une
est vieille, et l’autre jeune. Elles passaient…

Une fois encore, j’entends :

« Oh ! Jolie » …

Diable, j’ai vu Jolie renifler la chienne qui suit
les deux dames.

« Monpetit vieux – je me dis – tu dois être
ivre »…

Mais il est rare que cela m’arrive.

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« Non,Mademoiselle Toutou, ne m’en veux
pas… j’étais… wouah, wouah… j’étais… wouah,
wouah… très malade. »

J’avoue que j’étais étonné quand je les ai
entendues parler comme des hommes. Mais ensuite,
j’ai tout compris. De telles choses arrivent. En
Angleterre, un poisson est sorti de l’eau. Il a dit deux
mots dans une langue étrange que les savants essaient
de comprendre depuis trois ans. J’ai lu aussi dans un
journal que deux vaches sont entrées dans un magasin
et ont dit :

« Donnez-nous un kilo du thé. »

Mais j’avoue que j’étais encore plus étonné
quand Jolie a dit :

« Jet’avais écrit Mademoiselle Toutou, mais le
facteur ne t’a pas apportée ma lettre. »

Je jure sur mon salaire que de ma vie je n’ai
jamais entendu dire qu’un chien pouvait écrire…
Seuls les nobles savent écrire correctement, bien sûr
aussi quelques commerçants, et même quelques
personnes du peuple. Mais la plupart de leurs écrits
sont mécaniques, sans virgules, ni point
d’interro

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gation… J’avoue que depuis peu du temps, je
commence à entendre et à voir des choses que
personne ne voit, ni n’entend.

Suivons, me suis-je dit, cette chienne, afin de
savoir qui elle est et ce qu’elle pense… J’ouvre mon
parapluie ; je suis les deux dames.

Elles passent dans la rue des Grands Magasins,
tournent à gauche, de là, elles vont au Quartier des
Chaussures. Enfin, elles traversent le Pont Royal et
s’arrêtent devant un immeuble. Oh! …Quel bel
immeuble, aussi bondé qu’une diligence… Des
servantes, des voyageurs et mes collègues les
fonctonnaires s’y entassent comme une portée de
chiots. Là, habite mon ami qui joue d’une belle façon
à la trompette.

Les deux dames entrent dans l’immeuble,
montent au cinquième étage. Je me dis :

« C’estbon pour aujourd’hui, regarde bien
l’endroit et profite de la première occasion pour
passer à l’attaque et entrer en conversation avec la
chienne. »

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