Piégée par un séducteur

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S’occuper de l’aménagement du loft new-yorkais de Marcos Lyonnedes, le célèbre play-boy ? Pour Eva, c’est tout simplement inenvisageable. Depuis son divorce, elle met un point d’honneur à rester aussi éloignée que possible des séducteurs dans son genre. Mais lorsque Marcos l’accuse d’un ton plein de mépris de se montrer superficielle en le jugeant ainsi sur sa réputation, elle ne peut s’empêcher de se sentir terriblement vexée – et un peu honteuse. Au point qu’elle décide d’accepter son offre. Mais elle entend bien en profiter pour lui donner une bonne leçon et lui prouver que son charme légendaire n’agit pas sur elle. Une résolution qui se révèle, de jour en jour, plus difficile à tenir…
Publié le : jeudi 1 mai 2014
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EAN13 : 9782280317412
Nombre de pages : 160
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1.

Markos Lyonedes contemplait le panorama de New York depuis son bureau situé au quatre-vingtième étage, quand son nouvel assistant prit la parole.

— Le rendez-vous avec le conseiller du sénateur Ashcroft s’est bien passé, n’est-ce pas ?

Se détournant, Markos regarda Gerry Foster d’un air sceptique.

— Ah, vous trouvez ?

Gerry lui renvoya un regard surpris.

— Vous n’êtes pas de cet avis ?

D’une démarche souple, Markos regagna le centre de la pièce où trônait un imposant bureau d’acajou.

— Question de point de vue, répondit-il. Le sénateur Ashcroft aurait-il envoyé son conseiller si Drakon était toujours à la tête des bureaux new-yorkais de la société Lyonedes ? Ou se serait-il déplacé lui-même ?

Un mois plus tôt encore, Markos était en charge de la direction londonienne de Lyonedes Enterprises, la société qu’il possédait avec son cousin Drakon. A trente-quatre ans, il menait à Londres une vie sociale et professionnelle très satisfaisante et n’envisageait pas de s’installer aux Etats-Unis. C’était avant que son cousin ne rencontre Gemini, une jeune Anglaise dont il était tombé fou amoureux. Les deux tourtereaux s’étaient fiancés presque aussitôt et leur mariage avait été célébré deux semaines plus tard. Actuellement, ils étaient toujours en voyage de noces sur l’île de la mer Egée qui était la propriété de la famille Lyonedes.

Drakon ayant décidé de s’établir en Angleterre avec sa femme, Markos était venu à New York prendre la direction de leurs affaires américaines. Un changement au pied levé qui n’était pas vraiment de son goût, mais heureusement Gerry et lui avaient tout de suite établi de bons rapports.

— Drakon avait accepté l’invitation du sénateur, lui assura celui-ci à cet instant. Mais je suppose qu’avec les préparatifs du mariage, il a oublié de vous en parler. Le sénateur Ashcroft tenait à s’assurer que le nouveau dirigeant de Lyonedes Enterprises-New York était au courant. Et il n’a pas envoyé n’importe lequel de ses conseillers pour ça. Rien de moins que son fils unique !

Markos haussa un sourcil ténébreux.

— C’est bon signe ?

Un sourire éclaira les traits de son assistant.

— Le sénateur Ashcroft prendra sa retraite dans deux ans et il forme Robert junior pour prendre sa suite, expliqua-t-il. Les invitations pour le cocktail qu’il organise samedi sont extrêmement convoitées. Ma femme ferait n’importe quoi pour en décrocher une. Mais, rassurez-vous, votre attitude modérée en acceptant la vôtre a été bien perçue.

— Simple méfiance de ma part, répondit Markos. Je ne savais pas si je devais me sentir froissé ou non par ce protocole.

Prenant place derrière son bureau, il ébaucha une moue désabusée.

— Décidément, la politique américaine reste pour moi une énigme.

Sans se départir de son sourire, Gerry déclara :

— Tout ce que vous avez besoin de savoir sur la plupart de nos hommes politiques, c’est qu’ils n’aspirent qu’à une chose : être réélus. Pour cela, ils essaient de rassembler les fonds nécessaires afin de mener une brillante campagne électorale. Raison pour laquelle le sénateur Ashcroft vient courtiser Lyonedes Enterprises. Votre société emploie plusieurs milliers de New-Yorkais et des milliers d’autres personnes à travers le monde.

— De quoi motiver un sénateur…

Markos s’interrompit en entendant qu’on frappait à la porte. Sa secrétaire de direction entra.

Lena Holmes, une autre collaboratrice précieuse de Drakon dont Markos avait « hérité », approchait de la cinquantaine. Avec ses airs de matrone et ses éternels tailleurs sombres, elle gérait le bureau du vice-président de Lyonedes Enterprises avec la discipline d’un sergent-major.

— Excusez-moi de vous interrompre, monsieur Lyonedes. Je veux juste vous prévenir que Mlle Grey a annulé son rendez-vous de 17 heures, annonça-t-elle d’un ton réprobateur.

Une fois de plus ! semblait-elle penser.

Evangeline Grey, décoratrice d’intérieur de génie à en croire les médias, avait été recommandée par l’épouse de Gerry pour redécorer les pièces de l’appartement-terrasse situé au-dessus du bureau. Elle avait déjà annulé un premier rendez-vous en début de semaine.

Markos soupira.

— Quelle est son excuse, cette fois ?

Lena prit un air pincé.

— Un rendez-vous urgent chez le dentiste.

Markos jeta un œil à la montre en or accrochée à son poignet et constata qu’il était 16 h 55. Si Evangeline Grey avait eu l’intention d’honorer leur rendez-vous, elle aurait quitté son cabinet du centre-ville depuis un bout de temps déjà et n’aurait pas annulé cinq minutes avant l’heure prévue.

— Une urgence vraiment très soudaine, on dirait.

— Je ne saurais dire, monsieur Lyonedes. Elle souhaite reporter sa visite à lundi, à la même heure.

— Qu’avez-vous répondu ?

— Que je la rappellerai lundi matin pour lui dire si l’horaire vous convient, répondit Lena d’un ton pointu.

— C’est le cas ?

— Pour le moment, vous n’avez rien de prévu à cette heure-là, monsieur.

— Mais vous pensez que ça ne lui fera pas de mal de mariner tout le week-end, n’est-ce pas ? ironisa Markos.

— Exactement, monsieur.

— Je vous remercie, Lena.

Il attendit que sa secrétaire ait quitté le bureau pour se tourner vers Gerry.

— C’est la deuxième fois qu’Evangeline Grey me fait faux bond, se plaignit-il.

Son assistant leva les mains en signe d’impuissance.

— Je ne comprends pas. Kirsty ne jure que par elle. Et je dois admettre que j’approuve totalement les rénovations qu’elle a réalisées dans notre chambre il y a six mois.

Markos haussa un sourcil amusé.

— Suis-je autorisé à connaître le détail de ces rénovations ?

— Hmm… Non, mais le résultat est que Kirsty est enceinte de quatre mois, concéda Gerry avec un rire entendu.

Plus sérieusement, il reprit :

— Je peux lui demander de vous recommander quelqu’un d’autre si vous voulez ?

Les tours Lyonedes — celle de New York comme celle de Londres — disposaient chacune d’un appartement panoramique qui occupait la totalité du dernier étage. Markos n’avait jamais élu domicile dans celui de Londres pendant les dix ans qu’il avait été en poste là-bas, préférant vivre loin de son lieu de travail ; tout comme Drakon habitait dans son appartement de Manhattan lorsqu’il travaillait à New York. Un loft qu’il voulait garder en guise de pied-à-terre pour lui et Gemini.

N’étant arrivé que depuis une semaine, et trouvant le logement au-dessus de son bureau à la fois pratique et spacieux, Markos avait choisi de s’y installer, du moins pour le moment, et de faire appel à une décoratrice pour l’aménager à son goût.

Et celle-ci n’était autre qu’Evangeline Grey, qui brillait par son absence…

Il haussa les épaules.

— Attendons de voir ce qui se passera lundi.

— Ouf… Si vous saviez comme je suis heureux de vous entendre dire cela, dit son assistant. Je détesterais vexer Kirsty. Elle apprécie tellement cette femme qu’avant même que vous ne demandiez le nom d’une décoratrice, elle pensait donner un dîner pour vous la présenter.

Markos se renfonça dans son imposant fauteuil en cuir.

— Si Mlle Grey annule le prochain rendez-vous, ce pourrait bien être la seule façon de nous rencontrer. Je ne sais pas pourquoi, mais le prénom Evangeline m’a fait penser qu’elle était plus âgée.

Gerry fit non de la tête.

— Je dirais qu’elle a moins de trente ans.

— Ah ? N’est-ce pas un peu jeune pour avoir une telle notoriété ?

— A New York, si vous n’avez pas bâti votre réputation à trente ans, vous ne le ferez jamais.

— Jolie ? demanda Markos par curiosité.

— A vrai dire, je n’en sais rien. J’étais absent chaque fois qu’elle venait chez nous. Mais elle doit être séduisante pour que Kirsty veuille vous présenter l’un à l’autre.

Un sourire joua sur les lèvres de Markos.

— Alors, il n’y a plus qu’à espérer qu’elle daigne enfin paraître lundi.

Gerry acquiesça.

— Ne serait-ce que pour m’éviter d’avoir à subir la déception de Kirsty. Mais vous pourrez rencontrer d’autres jolies femmes demain soir à la fête du sénateur.

Markos prit un air blasé.

— J’ai l’impression qu’on m’a déjà présenté toutes les New-Yorkaises séduisantes au cours de ces quatre derniers jours !

— Vous n’avez pas encore rencontré Kirsty.

— C’est vrai. Je dois dire que toutes ces histoires d’amour autour de moi commencent à me donner de l’urticaire, commenta Markos en ébauchant une grimace.

D’abord, Drakon et Gemini, et maintenant Gerry qui ne se cachait pas d’être très heureux dans son couple…

— Puisque j’ai une heure à tuer, revoyons ensemble les détails du dernier contrat, décida-t-il.

Chassant de son esprit l’insaisissable Evangeline Grey, Markos focalisa son attention sur le travail qu’il voulait finir avant le week-end.

Un week-end qui impliquait d’assister au cocktail du sénateur Ashcroft. Quel ennui !

Depuis son arrivée à New York, moins d’une semaine plus tôt, il se sentait maussade. Il s’était envolé pour les Etats-Unis dès le lendemain du mariage de Drakon et, depuis, il enchaînait les réunions de travail, tenant à se présenter à tous leurs principaux partenaires commerciaux. Et chaque soir il était convié à une réception différente, car la haute société new-yorkaise tenait à accueillir comme il se doit le remplaçant de Drakon Lyonedes.

La passation de pouvoirs entre Drakon et lui s’était-elle faite trop rapidement ? Etait-ce pour cette raison qu’il se sentait irrité et dépaysé dans cet environnement qui ne lui était pas familier, parmi les personnes avec lesquelles il travaillait et celles qu’il rencontrait chaque soir ?

Quoi qu’il en soit, la perspective d’assister à une autre de ces incontournables réceptions le lendemain n’arrangeait pas son humeur.

* * *

Eva n’appréciait pas les cocktails — elle avait assisté à trop de mondanités de ce genre par le passé — et ceux organisés par des sénateurs américains lui plaisaient encore moins.

Ce soir, tout ce que New York comptait de riches et de puissants était rassemblé dans l’immense salle d’apparat d’un palace de la Cinquième Avenue en l’honneur de l’un d’eux.

Le brouhaha des voix entremêlées de rires était assourdissant. Les bijoux qui paraient les femmes élégamment vêtues étincelaient de mille feux sous la lumière dorée d’une douzaine de lustres en cristal. Des parfums lourds et luxueux flottaient dans l’air climatisé et assaillaient les sens.

Eva se rappela ce que sa mère avait coutume de répéter : « Il faut endurer ce qu’on ne saurait empêcher. » C’était tout à fait à propos, car Dieu savait comme elle devait prendre sur elle pour supporter cette mascarade !

Heureusement, elle ne craignait pas de rencontrer l’un des membres de la famille de son ex-mari ici. Elle avait appris par des amis communs que Jack vivait à Paris où il avait pris la direction d’une succursale de la puissante société familiale. Quant à son ex-beau-père, il ne soutenait pas le parti politique du sénateur Ashcroft. Aucun risque donc de se retrouver nez à nez avec son ex-belle-famille ici, Dieu merci !

D’ailleurs, elle n’aurait même pas pris la peine d’accepter cette invitation, si elle n’avait su que l’homme qui l’escortait ce soir raffolait de ce genre de sortie, pensa Eva en regardant Glen Asher.

Elle se reprit aussitôt. Ce n’était pas dans le but de faire plaisir à Glen qu’elle se trouvait au milieu de cette foule, mais parce qu’elle avait besoin de lui parler. Et le sujet qu’elle voulait aborder avec lui était si délicat et si personnel qu’elle devait amener les choses en douceur. Car on ne débattait pas de ce genre de question lors d’une première entrevue — ni même d’une seconde…

Glen regardait autour de lui, visiblement heureux. Elle ne savait quelle idée il se faisait de l’issue de la soirée, mais il ne fallait pas qu’il compte l’entraîner dans son lit, se dit-elle avec fermeté.

* * *

Le cocktail du sénateur Ashcroft était exactement ce que Markos avait imaginé. A commencer par le nombre impressionnant d’invités. Certains visages lui étaient familiers — sans doute des personnes qu’il avait croisées dans d’autres réceptions tout au long de la semaine. Des hommes venaient le saluer et leurs épouses ou maîtresses, voire leurs filles, ne cachaient pas leur admiration devant son séduisant physique de Méditerranéen.

Markos reconnaissait qu’il n’avait guère à se plaindre sur ce plan-là. A trente-quatre ans, il était grand, brun et ses traits hâlés trahissaient aussitôt son origine grecque. Il avait des yeux verts perçants et un corps athlétique qu’il entretenait régulièrement par un jogging matinal. Ce physique avantageux lui avait valu de nombreuses conquêtes féminines à Londres et il entendait bien mener une vie sexuelle aussi active maintenant qu’il vivait à New York.

Comme Gerry l’avait prédit, les jolies femmes ne manquaient pas ce soir, nota-t-il. La plupart essayaient d’attirer son attention, plus ou moins discrètement. Mais Markos n’en regardait qu’une. Une femme en robe rouge qui se tenait au milieu de la salle.

Elle l’intriguait, sans doute parce qu’elle ne faisait pas mine de s’intéresser aux propos — sans doute flatteurs — du petit groupe d’hommes rassemblé autour d’elle. Elle semblait très ennuyée d’être là.

Elle était très belle. Ses longs cheveux noirs cascadaient en une crinière luxuriante jusqu’au milieu de son dos. Ses yeux étaient clairs — gris ou bleus ? — et ombrés par de longs cils bruns. Elle avait un teint d’albâtre, des traits délicats et des lèvres tentantes soulignées d’une touche de rouge à lèvres du même incarnat que sa robe affriolante. Elle ne portait d’autres bijoux qu’une paire de longues boucles d’oreilles en fil d’or qui affleuraient presque ses épaules nues. Quant à sa silhouette…

Markos chercha le terme approprié. Voluptueuse… Oui, c’était exactement ça. A l’image des actrices américaines de l’âge d’or d’Hollywood. Une jolie brune voluptueuse, avec un corps que la plupart des hommes trouvaient sexy, mais qu’on voyait rarement puisque la mode était à la maigreur.

Ses épaules nues étaient fines et d’une blancheur d’albâtre elles aussi. Sa robe moulante rehaussait la plénitude de ses seins et drapait sa taille mince et la courbe délicieuse de ses hanches. Elle s’arrêtait un peu au-dessus du genou pour révéler des jambes longues et fuselées et des pieds menus emprisonnés dans d’élégants escarpins rouges.

Dès l’instant où il avait posé les yeux sur elle, Markos avait senti son corps se tendre.

Qui était-elle ? Elle était plus jeune que la plupart des autres invitées présentes. Il lui donnait moins de trente ans.

Tout à coup, il retint son souffle en constatant qu’elle levait les yeux par-dessus le cercle de ses admirateurs pour balayer la salle du regard, comme si elle avait conscience que quelqu’un d’autre l’observait.

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