Point de fuite possible

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Qui pourrait ne pas s'identifier à un végétal de compagnie, ou tourner la page sur un recto beckettien qui, seul doublé de son verso symétrique, ourle une existence burlesque au sens strict ? A partir d'un lieu unique, une passerelle sortant d'un mur, le fil d'Ariane croit s'étioler au gré des pages, alors que, finalement, il laisse place à une mythologie post-moderne. Gaël Bandelier décline l'art d'une écriture repoussant les limites de la représentation classique.
Publié le : samedi 1 septembre 2007
Lecture(s) : 257
EAN13 : 9782296180338
Nombre de pages : 122
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POINT DE FUITE POSSIBLE

« L'instant théâtral » Collection dirigée par Luc Dellisse
Cette col1ection existe depuis février 2005. El1e publie en priorité des textes qui unissent modernité 1ittéraire et sens des situations dramaturgiques. Elle attache une attention particulière aux fables d'aujourd'hui, qui rendent compte de manière stylisée du réel «ici et maintenant ». Elle accueille également des traductions de textes contemporains méconnus et marqués par la vérité scénique.

Déjà parus
Marc-Emmanuel SORIANO, L'autre côté, 2007. Jean-Marc StreÏcher, Une année sans printemps, 2007. Marje GUTIERREZ, Rien sous la lune (Conlment j'ai rencontré Cary Grant), 2007. I1ias DRISS, Les derniers témoins, 2007. Sophie TONNEAU, Je serai toujours là pour te tuer, 2007. Emmanuel SCHAEFFER, Les noceurs, 2007. Julien GUYOMARD, car ceci est mon vin, 2007 AlaÏn Lulla ILUNGA, Confidences à l 'onlbre ou Le procès Dial/o, 2006 Sophie COURTOIS, Des bulles et des grains, 2006 Arturo RUIBAL, Le joueur de billard, 2006. Didier V ALADEAU, Dichotomes, 2006. Ludovic HUART, Le vol de I 'hirondelle, 2006. Michèle LAURENCE, Après une si longue nuit, 2006. Jacques ALBERT, Dieu t'aime, 2006. Regis MOULU, Tout recommencer sur Titan, 2006 Alberto LOMBARDO, Les .femmes ont-elles une âme?, 2006. Bernard H. RONGIER, Exactitude du malheur, 2006. Marc-Michel GEORGES, Sur liste rouge, 2006.

Gaël BANDELIER

POINT DE FUITE POSSIBLE

L' Harm.attan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03938-4 EAN:9782296039384

UEU.
Les personnages se succèdent sur une passerelle sortant d'un mur.

VERSO.

Arrive sur la passerelle de dos, chercheà s'app1fYer
tombe sur le dos. Regarde autour de lui.

contre un mur, absent,

Mais. .. !? Que. .. !? Mais. .. !? Qu'est-ce que c'est que cette absence de mur ?! Impossible. C'est insensé! Essaie de se releverchercheun appui, sans succès.

Insensé ?! Qu'est-ce que je vais faire moi maintenant !? Un temps. Ohé! Ohé! Bien sûr il n'y a personne personne pour m'aider. Livré à moi-même. Je me retrouve comme un animal blessé tombé dans un piège. Si au moins on me traquait quelqu'un me chercherait. On s'intéresserait à moi. Un temps. Peut-être que si je feignais la mort quelqu'un viendrait me chercher. Les gens s'intéressent souvent plus aux morts qu'aux vivants. Evidemment. C'est plus commode un mort. Plus facile à vivre. Et puis c'est prestigieux d'avoir un mort avec soi ça donne de l'importance. C'est un bon moyen d'aborder les gens que l'on croise, par hasard ou non d'ailleurs. Le sujet de discussion auquel tout le monde s'intéresse. . .

On peut même en parler seul si on n'a rien de mieux à faire... Un temps. Je vais tenter ma chance. Fait le mort. Un temps. Non. Personne ne vient. Les gens ne se soucient même plus des morts. Ou suis-je si mauvais mort que cela ? Cela signifierait que je ne suis pas encore prêt. V oili quelque chose de rassurant. Regardele ciel.Le ciel. Ah, le ciel. V oili longtemps que je n'avais pris le temps de le regarder. Un temps.
Il n'y a pas grand chose mais c'est très beau. Le ciel. Excessivement éloquent. Ô espace vide impalpable des temps inaccomplis! Essaie de l'attraper. On dirait qu'on peut l'attraper. Echouant. Non, on ne dirait pas. Etrange cette chose que l'on voit mais que l'on ne peut toucher. Un peu comme lorsque l'on se regarde dans un miroir on essaie de se toucher de s'atteindre. Comme si on n'existait pas vraiment.
&garde à nouveau le ciel.

Et le ciel qui reste immobile dans sa solitude. Comme un piège ouvert il se déploie de toute son amplitude au-dessus de nos têtes sans que l'on n'y prenne garde. Si on le regarde trop longtemps on tombe dedans. 10

On tombe dans le ciel. Comme on tombe dans l'eau. Dans laquelle se reflète le ciel. Le ciel n'est que le reflet de la terre. Et le reflet se renvoie à lui-même. Un temps.
Excessivement éloquent.

Ô ! inaccessible noyade des damnations obscures...
FEMME-TOUPIE. Anive en tournoyant ondulant vibrotant, sans contrôle. Interrompant Verso. Infernal! Ce vent infernal! VERSO. Quelqu'un. Enfin. Aidez-moi à me relever. C'est un devoir votre devoir. Femme-toupie est emportée en direction de l'extrémité de la passerelle. Ne partez pas revenez. Il faut. . . FEMME-TOUPIE. Interrompant Verso. Revenant. Regardant le ciel

Qui me parle? Où êtes-vous? VERSO. Sur le sol. Arrêtez-vous aidez-moi. C'est ici. Regardez.
Femme-toupie manque écraser Verso.

11

FEMME-TOUPIE. Je suis sans contrôle depuis qu'ils m'ont mis une girouette sur la tête je tourne comme une toupie. Infernal! C'est infernal! VERSO. Ce qui est infernal c'est de se trouver écrasé au sol. Sans pouvoir bouger. Vous au moins... FEMME-TOUPIE. Le vent me dirige. Je suis fonction' de ses humeurs. Je ne puis savoir où je me rends. Je sais seulement dans quelle direction je ne vais pas.
Indique la direction enface d'elle. Elle essaie dy aller mais est emportée dans une autre direction.

VERSO. Je ne peux rester ainsi. L'ennui me tuera. Ou pire. Sauvez-moi! FEMME-TOUPIE. J'apprendrai paraît-il. Pour donner la bonne direction tâche de la plus haute importance. Si on fait une erreur la moindre petite erreur tous ces efforts seront réduits à néant. VERSO. Des efforts pour quoi?! De quoi parlez-vous ?!

12

FEMME-TOUPIE.
puis l'horizon

Désignant la passerelle, vers lesquels...

en face d'elle.

Les troubles tourbillons

VERSO. Je ne peux pas voir. Un mur abattu écrasé sur le sol. Une feuille de papier dont on se serait donné la peine de découper le fil de l'épaisseur et que l'on aurait laissé choir négligemment. Voilà ce que je suis. Comme cela est affligeant.
FEMME-TOUPIE.
afin de l'aider

S'approchant de Verso

à se relever.

Tenez-vous à moi. Il n'y a plus de vent il faut en profiter. VERSO. Alors profitons-en!
S'accroche à elle. Tombe. Essaie à nouveau. Tombe. Essaie à nouveau.

On doit bien pouvoir. . .
FEMME-TOUPIE.
à tournoyer faisant

Se mettant soudainement
tomber Verso.

On ne peut rien y faire.
VERSO. J'ai besoin Retombé sur le soL de vous.

FEMME-TOUPIE.

Il n'y a aucun moyen. 13

VERSO. Ne me laissez pas. Ô non! Ne m'abandonnez pas. V ous seule pouvez me sauver. Je suis mort. Fait le mort. FEMME-TOUPIE. Les ligatures nous maintiennent en tension. Elles nous appellent. Quand elles le veulent. Et nous déchirent comme on se déchire de douleur. VERSO. Je suis mort.
Tend les bras en direction de Femme-toupie.

M-O-R-T.
Excessivement dramatique.

Ô plaie! déchirure intarissable cause de ma douleur. Je suis proche de ma fin. Tu m'auras vaincu dans peu de temps. Je te dépose mes armes. Vois! je m'abandonne à toi ici et maintenant. Devant témoin mon impuissance te cède la place, Ô mort amère de la défaite. Viens toi la seule qui s'intéresse à moi. . .
Fait le mort.

FEMME-TOUPIE. Le vent l'éloigne de Verso. Infernal je vous dis. Infernal! Peut-être que si le vent tourne...
Sort comme elle est entrée.

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