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Cet ouvrage a été vendu par l’éditeur à

 

Toute diffusion de son contenu, sans l’autorisation expresse de l’éditeur, sous quelque format que ce soit, viole les lois relatives au droit d’auteur et expose le contrevenant à des poursuites judiciaires.

© Éditions Chemins de tr@verse, Paris, 2013

 

Isbn Epub : 978-2-313-00424-1

 

Photo de couverture © Myrtille MLB - Fotolia.com

Éditions Chemins de tr@verse – 2, rue Pierre Sémard – 75009 PARIS

Titre

BENEDICTEVIDOR-PIERRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Porte de sortie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ÉDITIONS CHEMINS DE TR@VERSE

Préface de l’éditeur

 

Préface de l’éditeur

C’est un amour fou. Un amour trop grand, trop fort, trop beau pour être vrai. Un amour absolu qui effraie, tant il absorbe la vie, la métamorphose, et fait exploser dangereusement le quotidien.

L’écriture libre de Bénédicte Vidor-Pierre épouse le rythme de la pensée de son héroïne, fait la part belle à l’invention et met en forme, symbiotiquement avec son sujet, les méandres inquiétants d’une créativité débridée.

Troublés, emportés, témoins bouleversés d’une descente aux enfers pavée d’explosions sensuelles et d’interrogations sur l’essence de la création, nous sommes toujours dans le doute, dans l’espoir, dans le flou, avides de démêler le réel de l’imaginaire, et c’est là que réside un des plaisirs de lecture de ce beau roman souvent trouble, parfois limpide, mais toujours éclairant.

Yves Morvan

L’auteur

Bénédicte Vidor-Pierre est née à Lyon en 1965. Docteur en philosophie et licenciée en Lettres modernes, elle partage son temps entre la phénoménologie, particulièrement merleau-pontienne, et l’écriture. Elle enseigne actuellement la philosophie à Lyon.

 

 

 

 

 

 

 

 

Première partie :
Où l’on croit à ce que l’on voit…

I – Où l’on découvre l’environnement de Béa.

– Béa !

Y’a mon mari qui m’appelle.

– Béa !

Ça crisse et remonte en moi en traînant dans le « a ».

Je réponds pas. Je monte un mur entre le bruit et moi. Juste rêver. Plus être là, plus comme ça. Juste plonger. Je voudrais vivre un peu plus une dernière fois. Alors, je cale bien son déo, comme si c’était de la pure essence, l’unique reste de vie, comme un monde à l’embouchure de mes narines, et je ferme les yeux, j’attends, le vois, l’entends, monde lointain, préservé, caché dans mes rétines, et puis je file, ivre, je vole vers lui et il s’enfile en moi comme une musique dans l’âme. Son ombre tombe des arbres, des toits, de partout à la fois. Et comme si c’était hier son odeur me capture et m’avale, son odeur de la nuit sur moi, alors je nous revois, rigolant aux éclats, repus de sexe et de vin à la fois. Je me fonds dans sa langue, m’engloutis, il m’aspire. Et sa figure bondit sur moi comme lui l’aurait fait autrefois, tel Rimbaud ou Apollon, tel un gosse au coin d’un bois. « Surpriiise » il aurait balancé comme avant en glissant dans le « i » et en ouvrant les bras en croix pour que je me jette sur lui. Tout pétri de force et d’attention, il m’aurait rassuré « je suis là, je suis là, c’est fini. » Et il aurait fourragé dans mes cheveux pour m’embrasser. Avalée. Je me sens avalée. Il est comme un fantôme qui se balade à l’intérieur de moi. Ça crépite en moi, ma vie qui explose comme le champignon d’Hiroshima. Y’a mon crâne qui prend feu avec ses yeux dedans. Je m’envoie un rêve comme d’autres une bouteille, et j’bois, j’bois au goulot dans ce rêve qui fait chaud.

– Béa ! J’entends mon mari qui crie. Y’a le vide qui m’aspire. J’en veux plus.

Surtout je réponds pas. J’attends. Je reste et glisse en moi. Et ça repart. Je me souris à mon miroir :

– T’es qui toi ? t’es tarée, vas-y fonce, retrouve-le ! Cesse de vivre ce duo en solo !

Je tourne et retourne… solo… duo… duo… solo. Je pense à la musique et puis à l’Italie. Je m’égare. Je m’égare avec les mots. Je me dis. Ça me fait sourire. J’aime bien la musique des mots. Je m’égare dans ma tête comme dans une ville étrangère. Je reviens à mon duo, à lui, mon homme.

– Il m’a tout pris, tu sais ?

Y’a mon reflet qui m’interroge. Il est coutumier de dire que le miroir nous renvoie une image… que c’est notre être social… la personne que l’on présente de soi… que l’on donne littéralement à voir en pâture. Cela étant, on parle de clivage, on dit que le sujet est brisé, et il est communément admis que le miroir engendre l’éclatement de l’être, intérieur et extérieur, authentique et social, essentiel et phénoménal, scindé entre le soi et la perception de soi, de même que la main qui anime le gant ou l’habit du moine, je me dis pour sourire pendant que j’ai peur.

– Tu viens Béa ? J’ai préparé des coquillettes pour le repas.

Certes. Et tout ça je le sais. Mais ce n’est pas de cette présence là qu’il s’agit. Y’a bien deux puis trois formes dans la pièce !

– Comme tu les aimes, avec du comté que j’ai râpé.

Y’a ma figure enfermée dans la vitre, obéissante et sociale, ensuite tout autour y’a le vide comme une montagne à ses côtés qui oppresse, enfin y’a moi qui suis derrière, planquée, qui observe le vide qui danse, obèse, énorme. Le vide, un tel vide qu’il en vient à occuper l’espace, à prendre place comme des bouts d’âmes venus par vagues, comme des musiques, qui enveloppent et qui mordent, qui ensorcellent et puis qui m’écrasent et m’engloutissent. Y’a cet espace glacé qui me saisit, qui s’enroule, qui virevolte, puis étreint mon visage, lui susurre dans un souffle mielleux qu’il me manque, et moi je suis aussi au-dessus qui contemple, comme un bloc de béton qui se fige, s’enlise. Et je glace sur pied à la manière d’une moribonde qui serait doucement figée, raidie, pétrifiée pour les siècles des siècles, comme agrippée par l’enfer.

– C’est quoi la réalité ? Je chuchote à mon reflet en me penchant dans la buée.

– C’est toujours ce que l’on croit, je réponds au miroir.

– Mais quand on croit plus à ce que l’on croit, comment on fait ? lance mon image.

Je me retourne et je vois Georges. Je reprends une lampée d’rêve pour pas m’éteindre. J’ai besoin de son corps chaud, alors je me réchauffe en le faisant apparaître et le vide galbe sa forme, et la glace éclate en feu, et puis derrière mon visage y’a lui qui est là qui me contemple et que je contemple. La salle de bain a toujours été son lieu, j’y vois ses yeux qui me dévorent des yeux, et je me sens désirable, j’y vois ses mains qui me caressent et je frotte au gant de crin mes jambes pour lui plaire, j’y vois sa bouche qui m’embrasse alors j’aime mon miroir, et mon reflet de moi. Et pourtant je le sais il n’est pas là, mais il est comme là et je me dis qu’on vit tous dans ce grand comme, alors je me contente de ce comme. Il surgit, là, aussi vrai que la peur. Je suis rousse, grande, belle, simple. Des petites piques orangées persillent mon visage et quand je me souris je le vois qui me voit. Il est grand, châtain, et son charisme glisse comme une ombre dans ma salle de bain.

Je rouvre les yeux, j’ai peur. Je me vois et c’est lui que j’attends espère poser la main sur moi, mon épaule me cacher les yeux mes cheveux. J’attends. Comme s’il était mon âme. Et j’ai peur que ma vie n’explose, contre son âme qui m’appelle et me hante. Je m’écrase. M’effraie. Avalée.

– Dépêche-toi, c’est prêt ! ça va être froid.

Je me tords en rond en manque de sa vie. Puis la déferlante m’étouffe, je pense à lui et repense à moi, puis elle me ravage, et rase chaque heure, chaque jour et chaque nuit sans lui, chaque minute, chaque seconde, de ma chienne de vie sans vie.

– On commence sans toi !

Je me fais honte. Midinette transie, il me fait chavirer et je me pâme à l’instant même où je l’espère devant moi. Fermer les yeux me ramène à lui devant lui. Je palpe le vide pour le sculpter et le faire apparaître. Je dessine doucement son contour. Puis je fais mine de le caresser, le sentir, le humer, à l’affût, blottie minuscule dans ses bras et son torse fou qui sent sa sueur et sa peinture, telle sa chienne, servile de lui, rendue chienne de lui, informe et fondue au tout dedans de lui, possédée, comme formée pour l’éternité.

Je l’entends qui redemande si je viens. J’entends les coquillettes… Je leur dis doucement que j’arrive mais que j’ai pas faim. Je suis en manque comme l’alcoolo, la droguée, addicte à son picrate. Je me vois qui pleure avec mes mains qui me cachent. Ça me happe, et ça me vomit. Je me vois qui suis à terre comme un miasme rejeté, à peine en vie. J’ai froid, je suis glacée. Ça fait comme une mosaïque avec des nez et des bouches isolés et deux longs yeux ronds et immobiles qui vrombissent billes difformes démesurés énormes dans leur orbite. Le retrouver. Je l’ai dans la peau. Le toucher pour revivre, fuir, et j’aperçois mes mains qui tremblent tressautant comme des petites vieilles. Fuir. Et je susurre je t’aime à mon miroir comme je le faisais avec lui. Fuir, alors je chavire et tombe au plus profond dans moi, comme à chaque instant avec lui. Je me sens qui transpire. Et l’émotion brûlante renaît incendiaire, fulgurante, comme si depuis il n’y avait eu, ni mari, ni enfant, ni métier, ni vie. Fuir. Je quitte la salle de bain.

Je m’entends qui dis :

– J’arrive.

Pour fuir. Et je ne sais plus où est la vie.

– Tu es folle, claque froidement mon mari.

Il me semble qu’il est jaloux, qu’il n’a jamais accepté notre relation, j’ai beau lui dire que c’est fini que ça n’a jamais duré avec lui…

– Il faut que tu t’en sortes !

…qu’il ne devrait pas s’inquiéter…

– Tu sais qu’il n’est nulle part…

…que c’est avec lui que je veux vivre, que j’ai fait ma vie, que j’ai eu mes enfants…

– Tu sais qu’il n’existe pas, qu’il n’a jamais existé, que tout ça c’est dans ta tête !

Je ne l’écoute plus, je ne l’entends pas. Je lui dis que sa mesquinerie l’aveugle, qu’il ne devrait pas s’inquiéter, que je ne le quitterai pas, que je vais juste à Berlin, que le passé et l’avenir sont entremêlés, que je sais ce qui va se passer, qu’on écrit sa vie, son futur, son passé, sa mémoire, tout, que tout s’écrit.

– Je dis ça je dis rien, je dis. Ça n’engage que moi, mais j’y vais…

– Béa !

Il me saute au cou. Il pleure et m’embrasse mon corps et je me vois qui ne tressaille pas, je ne me comprends pas debout comme un I, comme ailleurs de mon corps.

– Je vais y aller, je dis.

Je clos la conversation comme une barricade. Je prépare mes affaires. Je l’entends qui téléphone. Je sais pas à qui. Je l’entends qui dit « encore ». Ça me fait un peu peur. Ça ne me concerne pas. Il ne me concerne plus. Je repense à Georges, je frémis, comme si l’amour c’était vivre, enfin vivre, se précipiter dans un truc de fou qui mène au gouffre, un tourbillon, un soulagement, la mort qui prendrait fin.

Je revis mes moments avec lui. Je boucle mes valises, en tremblant. Transie d’émoi et de trop-plein de vie, je fuis, furie, l’appartement, en chasse pour un seul moment qui vibre. Y’a ma fille, Guinguette, qui me dit :

– Pars pas !

Ça ne m’atteint pas, ça ne s’accroche pas. Je lui dis que je dois, que j’ai le droit de vivre un peu aussi. Elle me dit qu’elle comprend pas et puis qu’elle comprend aussi. Je l’embrasse, je t’aime, j’aimerais t’emmener avec moi.

– Allez va, elle me dit.

Je pars, j’entends plus rien. Je ferme ma tête avec les paumes de mes mains pour ne pas écouter, comme pour effacer. Ça fait mal mais c’est ça ou hurler. Je m’abandonne, monte un mur, me referme sur lui. Je sais qu’il est à Berlin, qu’il y vit avec une Édith, qu’il y est reconnu comme sculpteur. Berlin ! La vieille Europe qui reprend du poil de la bête ! il disait. Je l’entends comme si c’était hier, et j’ai sa voix qui résonne en moi et m’enchante encore comme autrefois. Je chantonne surexcitée.

– Maman ! Calme-toi !

Ça gicle comme une gifle. Ça me réveille à peine.

J’ai suivi son parcours de sculpteur et d’homme, je connais même pas son Édith, je sais juste qu’il vit avec elle, je sais rien d’elle, juste qu’il habite maintenant Berlin avec elle, et je ne comprends pas ce que je fous en allant là-bas. J’y vais comme on va à un examen préparé depuis la nuit des temps, un passage obligé, nécessaire, un moment exaltant et angoissant, une bascule qui prédestine de toute une vie… Un moment d’vie qui fait vivre, qui fouette et cingle pour vivre. J’y vais, je suis poussée dans l’dos, par la vie, je m’envole, comme si j’étais ivre, droguée, somnambule. Ça me pète à la gueule. J’avance à cloche-pied dans la vie que je joue à coup de dés, où je suis poussée dans l’dos, où j’trébuche et où j’danse.

– Je t’en prie, pars pas comme ça. Prépare-toi un peu !

Je fouette la porte qui s’arrache au silence. Je saute dans l’ascenseur, mon cœur bat à tout rompre, j’ai envie de lui, tout rompre, de lui. J’envisage le pourquoi de tout cela, j’étudie la vacuité de ma vie mais non « y’a les enfants » je me susurre doucement, j’envisage l’amour fou avec lui, mais je me murmure « c’est du passé », je soupçonne le destin de se moquer de moi, alors je me ris au visage comme on s’envoie un mauvais scotch pour s’alcooliser et trinquer avec Dieu, les yeux dans les yeux, seule à seul, et là je le toiserais ce Dieu qu’est là pour rien, ce Dieu pour chien :

– Tu veux quoi, toi ?

Et comme je le verrais pas qui baisserait les yeux, je hausserais les épaules et je m’en retournerais. Et j’acquiescerais en cliquant d’la joue. Je reprends des forces, on dirait ! Je me lancerais.

En tout cas, je sais une chose, ça me rend folle de joie, je trémule, je vibre je me languis et ça balaye d’un revers toutes les questions, et les doutes et les soupçons. Je ferme les yeux. Le vois. Il me dirait que je suis belle, qu’il m’aime que je suis sa muse son idéal, qu’il me protège, m’enclot, me possède. Je lui sourirais. Il m’embrasserait, je pousserais sur ma pointe des pieds pour m’envelopper dans sa langue, puis m’envoler me fondre dans son palais. Et bien sûr, à partir de là, y’a ma vie qui bascule, en chute libre. Je me vois qui prends ma tête et qui ferme les yeux, c’est bon je glisse dans le bon comme on coule dans son bain, ça frise le vide, le monde glisse pour se lover dans le vide, naître à l’envers ça fait pas mal, se fondre dans le rien du blanc qui happe c’est rond comme une maman. Au-delà de mon monde qui glisse y’a quoi je me dis en plongeant dans l’horizon dans ses bras.

II – Où l’on comprend où elle va et qui elle retrouve.

Y’a pas vraiment eu de rupture comme si y’avait pas eu d’histoire, que des entailles, qui brûlent et m’sèchent. Il est parti, a réapparu portant son « surpriiise » de gamin sous l’bras, déguerpi puis repassé, puis plus rien, que du vide, énorme, obèse, qui danse, m’étouffe. Alors moi, j’attendais, valdinguée, de la vie de sa présence à la sidération, réprimant mes vertiges après chaque coup de paradis, là, vidée, régurgitée, comme vomie par la vie, les bras en croix comme en chute libre, glissant à l’arrêt sur mon lit, les bras en croix pour me retenir, comme une poupée de bois cassée… aux fils entremêlés. Aucun contrat ne nous liait, alors j’étais sa prisonnière. Rien ne pouvait l’attacher, alors je me dépêtrais de mes fils emmêlés. Je le connais, j’étais son jouet, comme si je l’avais inventé, comme son jouet...

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