Poupée de porcelaine

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« Je sais qu’un lourd secret se cache derrière ton masque de porcelaine.

Un secret qui te fait souffrir. Un secret que je veux découvrir.

Je veux pouvoir t’ôter ce masque. Te voir sourire. Pouvoir t’aimer.

Et je suis prêt à tout pour y parvenir, pour te sauver.

A tout. »



Ce nouveau récit d'Isabelle Wenta vous plongera dans une histoire d'amour intense et unique. En quelques mots, l'auteur saura vous rendre ses personnages attachants et leurs épreuves bouleversantes.
Publié le : lundi 1 décembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364753273
Nombre de pages : 29
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Extrait

Je fais le gros dos dans mon coin en attendant que l’orage passe. C’est la seule chose à faire dans ces cas-là : le laisser hurler et tempêter jusqu’à ce qu’il se calme de lui-même. Et finisse par partir en claquant la porte. Ou nous fasse des excuses.
Les autres ont adopté la même attitude au fil du temps : baisser humblement la tête devant l’ire divine et attendre, en encaissant au passage quelques vérités parfois bien senties. Ou parfois exagérées. Comme aujourd’hui.
Cette fois il dépasse les bornes. Est-ce qu’il est aveugle à ce point ? Tellement obsédé par le groupe et le travail qu’il ne voit même pas qu’il se passe quelque chose de grave ? Ça me parait pourtant évident : il suffit de te regarder pour comprendre.
Je t’observe alors que tu restes sans réaction sous les virulents reproches qui s’abattent sur toi comme une grêle de printemps. Comment ne voit-il pas ? Comment ne voient-ils pas ? Peut-être parce qu’ils ne te regardent pas comme je le fais…
Ton visage est d’une pâleur maladive, tes yeux cernés, tes joues creuses. Tu n’as jamais été très épais mais depuis quelques temps tu sembles flotter dans tes vêtements. Bon sang, qu’est-ce qui t’arrive ?
Le regard rivé au sol, tu ne bouges pas, tandis qu’il passe ses nerfs sur toi. Oui, tu es en retard tous les matins. Oui, tu n’es pas à ce que tu fais. Oui, tu joues d’une manière exécrable. Oui, à cause de toi les répétitions ont pris un retard considérable et c’est lui qui doit subir le constant harcèlement du producteur qui le persécute par téléphone dix fois par jour…
Oui, oui, oui ! Tout cela est vrai !
Mais il ne se demande même pas pourquoi ? Ton comportement n’est pas normal et au lieu d’en chercher la cause, d’essayer de t’aider, il t’agonit d’injures.
Je serre les poings pour contenir la rage et le chagrin qui m’étouffent. Je ferme les yeux pour ne plus voir le tableau pathétique que tu offres, trop pâle, trop mince, si fragile, ployant comme un roseau sous la tornade. Par tous les dieux, quand ce supplice va-t-il enfin s’achever ?
Pourquoi tu ne dis rien ? Pourquoi tu ne tentes même pas de te défendre, de t’expliquer ? Si tu es malade, il se montrera compréhensif et te laissera le temps de te remettre. Je le connais bien, nous le connaissons tous, il est coléreux, exigeant, dur avec nous, comme avec lui-même. Mais pas sans cœur. Si tu lui donnes une bonne raison, il sera indulgent.
Mais non, tu restes silencieux et immobile. C’en est à se demander si les mots durs qu’il te lance t’atteignent vraiment.
Oui, ils t’atteignent. Mon regard est fixé sur toi, comme je tente de te communiquer ma force, ma compassion et je suis le seul à voir la larme unique qui roule soudain sur ta joue hâve.
Cette fois c’est au prix d’un effort surhumain que je parviens à me contenir, à ne pas me jeter sur lui pour le punir d’avoir osé te faire pleurer !
Dans le même temps je réalise que c’est la première fois, depuis deux ans que je te connais, que je te vois laisser échapper un tel signe de faiblesse.
Comment ne le voit-il pas ? Pourquoi personne ne se rend compte de rien ? Parce qu’ils ont tellement l’habitude de te voir rester dans ton coin qu’ils ne font même plus attention à toi ?
Les imbéciles ! Et lui le premier ! Tout ce qu’il voit c’est le groupe, les concerts, le futur album ! Je reviens sur ce que j’ai dit, ce type n’est pas humain !
Enfin sa violente diatribe s’achève. Il termine en te demandant… Non, en t’ordonnant de faire preuve d’un peu plus de rigueur, de te reprendre, de bosser sérieusement, d’être pro ! Il ajoute même que dans notre métier, on doit laisser les problèmes personnels derrière nous quand on entre en scène.
Oui, bien sûr, je suis de son avis. Mais il y a tout de même des nuances.
Pour moi aussi le groupe est important. Moi aussi je rêve d’une grande carrière. Moi aussi je suis prêt à faire des efforts et des concessions pour parvenir au sommet. C’est ce que nous souhaitons tous. Mais pas à n’importe quel prix. Pas s’il faut sacrifier l’un d’entre nous.
Je regarde notre leader qui a enfin fini de te clouer au pilori. Est-ce que j’aurai le courage de lui dire un jour ce que j’ai sur le cœur ? De le mettre en garde contre lui-même ? S’il a décidé de se consacrer corps et âme au groupe, nous ne sommes pas tous comme lui.
Qu’il n’oublie pas qu’un groupe, c’est avant tout des êtres humains qui ont décidé de faire un bout de chemin ensemble en partageant la même passion. Des êtres humains avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses. Pas des robots.

Qu’il se méfie. S’il va trop vite, il risque de nous perdre en cours de route. Et je crains que ce ne soit déjà le cas pour l’un d’entre nous…
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