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Pour elle pour Lui

De
256 pages

Tout s'écroule dans la vie d'un jeune couple comblé lorsque leur petite fille Jessie, âgée de 7 ans, se fait assassiner. Après plusieurs mois passés à retrouver le meurtrier, mais sans succès, la dépression et l'alcool vont s'emparer de Sam, commissaire de police et père de Jessie. Afin d’oublier cette tragédie, Marie, son épouse, à bout de force et de moyens pour le sortir de son état, part pour l'Afrique rejoindre son amie d'enfance. Seule leur tante Sarah, avec beaucoup d'amour, de persévérance et surtout de foi, va réussir à sortir Sam de l'enfer dans lequel il vit, et réunir à nouveau ce couple.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76359-4

 

© Edilivre, 2014

 

 

Au commencement, Dieu créa… Mais je ne vais pas revenir là-dessus, cette histoire tout le monde la connaît, du moins je l’espère pour vous. Comme disait tante Sarah :

– Lis la Bible, toutes les réponses à tes questions sont dedans.

Elle se servait de ce manuel en permanence autant que de ses livres de cuisine, et Dieu sait qu’elle cuisinait très bien.

Au début, Marie pensait que c’était l’âge qui lui faisait perdre les pédales. Elle se disait :

– Comment moi, et à mon âge, je pourrais trouver dans ce livre les réponses à toutes mes questions, alors qu’il me semble qu’une vie entière n’y suffirait pas ?

Mais au fil des années, lorsqu’elle put constater la sagesse qui s’opérait chez sa tante Sarah, et cela malgré toutes les circonstances heureuses ou éprouvantes de sa vie, elle en convint qu’elle avait raison et que l’ouvrage dont elle lui parlait depuis tant d’années y était vraiment pour quelque chose.

Nice, juin 1983

Sarah est une femme admirable aux yeux de Marie. Elle trouve en sa tante de nombreuses qualités dont elle aurait aimé en posséder ne serait-ce que quelques miettes.

Son mari Arthur, quant à lui, est complètement à l’opposé, mais alors complètement. En tout cas les dernières années avant sa fuite pour on ne sait où.

Elle l’avait rencontré dans son église où elle s’était convertie de nombreuses années auparavant. Au début de leur histoire, tout était merveilleux. Elle aimait relater son conte de fées, pour le plus grand plaisir de son entourage qui, chacun individuellement, rêvait de vivre une relation tout aussi passionnante. Son témoignage était captivant, elle l’enrobait de telle manière que tout le monde était charmé par son récit.

*
*       *

Il était une fois, il y a fort longtemps, une belle histoire d’amour dans une contrée lointaine que nos ancêtres se délectaient à raconter, car une histoire comme celle-ci tout le monde souhaite la vivre. Quand le bonheur, la paix, la joie et l’amour sont au rendez-vous, lorsque tous ces ingrédients sont rassemblés, on pourrait penser que cela fait partie du domaine du rêve ou de l’imaginaire, que cela ne peut exister, que la réalité est tout autre, eh bien non ! ça existe, il suffit d’y croire.

Il est vrai que pour beaucoup de gens la vie est plutôt faite d’épreuves, d’embûches, de circonstances plus ou moins pénibles tandis que pour d’autres, elle est un long fleuve tranquille. En effet, certaines personnes semblent avoir été épargnées par tous ces fléaux, mais peut-être savent-elles tout simplement tirer parti des épreuves qui sont mises sur leur chemin. Mais revenons à notre couple de châtelains que le destin avait réuni. Au début de leur rencontre, on aurait pu croire que cela ne pouvait pas marcher tant les obstacles dressés sur leur route étaient nombreux. Plusieurs procédures dans leurs vies respectives traînaient en longueur, des personnes malveillantes prenaient un malin plaisir à mettre la pression à nos deux tourtereaux, sans compter cet acharnement invisible au-dessus d’eux qui ne cessait de vouloir les diviser, mais une force incroyable combattait pour que leur amour soit renforcé. Tous les villageois et même les habitants des contrées lointaines étaient au courant des difficultés de leurs souverains, et pourtant malgré tous leurs déboires, ils étaient pleins d’admiration de les voir toujours proches, tellement unis, solidaires et complices. Leur désaccord n’était pas justifié à leurs yeux et pas suffisant pour stopper une relation telle qu’ils la voyaient à long terme, car leur vision était lointaine. Ils savaient qu’ils avaient un rôle à jouer, une mission à accomplir. Le scellement de leur union aurait permis la paix dans tout le pays et surtout entre deux familles en conflit et ceci pour de nombreuses années, voire plusieurs générations peut-être. Alors pourquoi avoir peur ? Pourquoi craindre ? Quelles conséquences désastreuses peut-il y avoir quand tout est basé et fondé sur l’Amour ? Aucune. C’est à ses fruits et à ses actes que l’on reconnaît si une personne agit avec amour ou par intérêt. On ne peut feindre longtemps sa vraie nature.

Ce fut un mariage béni jusqu’au jour où le prince Arthur décida de marcher sans le Seigneur, de déserter les réunions hebdomadaires du dimanche matin dans la chapelle de leur bourgade et de mettre de côté sa relation avec Dieu. Alors là, ce fut la cata, la chute, le chaos, les souffrances, les douleurs et pire encore.

Aujourd’hui la princesse est fatiguée, ses forces sont épuisées, elle se sent seule et abandonnée, trahie par l’homme qu’elle aime le plus au monde. Que de mensonges, que de promesses non tenues, que de décisions parties en fumée, que de chantages sournoisement inspirés pour obtenir quelques satisfactions éphémères, que de blessures infligées gratuitement pour faire mal, pour déstabiliser, parce qu’on ne veut pas souffrir en solo, non c’est trop dur, ce n’est pas juste ! Tout ça parce qu’on ne veut pas pardonner certains griefs faits à certaines personnes. Pourquoi tout ce gâchis ? Pourquoi l’être humain est-il torturé au point de prendre plaisir à détruire ce qui devrait être quelque chose de beau, de magnifique, d’harmonieux ? Pourquoi ces différences, ce refus de respecter ses engagements, de tergiverser, de mentir, de critiquer l’autre qui veut les tenir, de lui mettre la pression, d’essayer de la convaincre du contraire au lieu de l’encourager dans sa marche et d’être à ses côtés pour se soutenir mutuellement puisque la décision était prise au départ d’un commun accord ? Non trop dur pour le prince ! C’est comme un enfant gâté qui fait un caprice parce qu’il n’obtient pas ce qu’il désire au moment voulu alors il remet tout en question, pleure, crie, menace. Idem chez l’adulte, on prend des décisions hâtives, irréfléchies, désastreuses pour obtenir ce que l’on désire. Seulement chez l’enfant une correction suffit pour stopper le caprice, mais chez l’adulte les conséquences sont beaucoup plus graves. Pourquoi tant de cruauté ? Pourquoi dire à la personne qui vous aime tendrement certaines paroles blessantes ? Peut-être parce que les paroles proférées lui ont déjà été dites et lui ont fait mal alors on le dit aussi pour faire de la peine, pour que la personne en face ressente aussi la douleur. Quel égoïsme ! Vouloir partager le mal au lieu de s’en défaire, de s’en débarrasser pour toujours, de reléguer son passé dans les oubliettes. Non au contraire on le cajole et on le transmet aux autres, c’est plus cool, trop stylé ! Quelle tristesse. Que d’efforts, de patience, d’amour, de concessions pour en arriver là. Quelle désolation. Comment peut-on s’amuser et jouer avec les sentiments des personnes qui vous aiment, cela ne vient pas de Dieu, c’est certain. La princesse croit en Dieu et en sa Parole dans son intégralité, elle ne l’a jamais caché au prince, mais l’être humain est libre de ses choix, de sa vie, de son chemin. Personne n’a le droit d’imposer le sien à qui que ce soit, le conseiller ou l’enseigner oui peut-être s’il en éprouve le besoin mais après libre à chacun de suivre sa route. Le prince a choisi la sienne. Il renonce à cette belle histoire qui avait si bien commencé et qui était sur le point d’aboutir. Trop dur pour lui. Ils auraient pu vivre heureux avec leurs enfants…

Durant cette période de dégringolade aux portes de l’enfer qui se situait au tout début des vacances scolaires, Marie ne se doutant de rien, avait été invitée par sa tante à passer la journée pour jouer avec ses cousins. Alors qu’elle était en quête d’une super cachette lors d’une partie de cache-cache, elle tomba sur une lettre écrite par sa tante à l’attention de son mari. Elle aurait pu passer son chemin, mais une envie irrésistible la poussa à la lire. Elle s’assura qu’elle était bien seule, prit délicatement les quelques feuillets et alla s’asseoir confortablement dans un fauteuil à l’abri des regards et entama sa lecture…

Arthur,

J’ai fait un rêve terrible cette nuit que j’aimerais bien partager avec toi. J’ai rêvé que j’étais blessée. Alors que j’étais allongée sur le sol à me vider de mon sang, j’essayais avec difficulté de parler et te demandais si tu m’aimais. Toi tu étais à mes côtés, froid, dur et insensible comme tu peux l’être parfois et tu ne me répondais pas. À trois reprises, je t’ai posé la question mais tu ne me répondais toujours pas. Cela m’était égal de mourir, mais ce qui m’importait le plus, c’était de savoir si tu m’aimais ou pas et je souffrais atrocement de ne pas savoir, beaucoup plus que de ma blessure.

Laisser partir des personnes chères qui ont partagé un moment de notre existence sans leur dire réellement ce qu’on devait leur dire ou ce qu’on aurait aimé leur dire, laisse un vide immense à celui ou celle qui s’éteint. Cela fait prendre conscience qu’il est très important de dire et de manifester ce que l’on ressent aux personnes qui nous entourent. Je ressentais vraiment dans mon rêve un profond désespoir de ne pas connaître la réponse à ma question.

On dirait que l’homme est né pour trahir son destin. Pourquoi ? Parfois les circonstances extérieures sont les plus fortes et on peut y céder par lâcheté. Mais personne ne peut perdre de vue ce qu’il désire. Même si à certains moments on croit que le monde et les autres sont les plus forts, le secret est le suivant : ne jamais renoncer, garder la vision et s’y accrocher coûte que coûte. Le Seigneur écoute les prières de ceux qui prient pour oublier la haine, mais Il est sourd à ceux qui veulent échapper à l’Amour.

Quand tu as fait la démarche de l’accepter comme ton Sauveur le jour de ton baptême, tu as reçu le Saint-Esprit. Tu as pu expérimenter cette puissance, tu as vu le changement qui s’opérait en toi, en ton être intérieur. Les gens autour de toi te l’ont même fait remarquer. Tu ressentais un bien-être, une paix profonde que Dieu seul peut donner. Plus de crainte, plus de peur, une irrésistible envie d’aller de l’avant quoi qu’il arrive, en sachant que tu n’es plus seul. Le Seigneur t’aime beaucoup plus que tu ne le penses, et son plus cher désir est que tu reviennes à Lui comme aux premiers jours, que tu rétablisses ta relation avec Lui mais à sa manière, pas à la tienne. Ce n’est pas toi qui décides. Si tu ne recherches en Lui que ses bienfaits, la relation est coupée. Dans toute relation il doit y avoir un échange, si c’est toujours le même qui donne et le même qui reçoit, il y a un déséquilibre. La relation est faussée puis finit par se briser. Les Écritures et les différents ouvrages sont là pour le confirmer. Entre nous tu disais : « C’est pour le meilleur et pour le meilleur. » Je refuse de mettre cette phrase au passé et je nourris ardemment l’espoir que tu t’en souviennes. Je prie vraiment que le Seigneur enlève les écailles de tes yeux, ouvre ton cœur et ton intelligence à ce qu’Il veut te donner afin que tu puisses le recevoir pleinement et redevenir cet homme nouveau que tu étais il y a encore un an de cela. L’humilité est le chemin qui mène au succès…

Marie ne put poursuivre sa lecture, elle entendit une voix très proche qui l’appelait.

– Marie, où es-tu ?

C’était son cousin. Il ne voulait plus jouer à cache-cache et lui demandait de sortir de sa cachette. Il avait fouillé toute la maison sans la trouver, et las de ses recherches, il l’invitait à un autre jeu.

Marie se leva précipitamment et reposa la lettre sur le secrétaire où elle l’avait trouvée. Sa lecture la laissait perplexe. Elle n’en avait pas compris tout le sens et se demandait ce que sa tante voulait dire par Saint-Esprit, puissance, plus de peur, Sauveur, relation avec Dieu… Sa tante avait-elle une double vie ? Avait-elle des contacts avec des extraterrestres ? Un autre monde peut-être ? Son interrogation ne dura que quelques minutes. Elle se dit que de toute façon, cela ne la regardait pas. Les problèmes d’adultes devaient rester des problèmes d’adultes. Elle s’en voulait quand même un peu, mais alors juste un peu, d’avoir attisé sa curiosité et pénétré dans la vie intime de ce couple, qui faisait malgré tout partie de sa famille. Et puis Dieu à ses yeux était bien sa dernière préoccupation, elle avait d’autres chats à fouetter et préférait s’amuser et rire plutôt que de lire l’Évangile.

Cannes, juin 1991

Le jour J était enfin arrivé. La journée s’annonçait très ensoleillée. Une légère et agréable brise envahissait la maison où chacun s’affairait à remplir au mieux sa tâche.

Sophie s’était levée de bonne heure afin de rôtir deux bonnes volailles. Quant à sa sœur Sarah, elle était chargée de s’occuper des desserts, sa spécialité, et avait confectionné la veille deux gros gâteaux, l’un au chocolat et l’autre au citron. C’étaient les gâteaux préférés des enfants. Elle le savait et avait voulu leur faire plaisir.

David et Pierre, quant à eux, étaient chargés du matériel de pêche. Depuis presque une semaine déjà, et cela tous les jours, ils remplissaient et vidaient leurs sacs afin de vérifier s’ils n’avaient rien oublié. Les lignes, les plombs, les hameçons, les bouchons, sans oublier les asticots que David avait pris soin de ranger dans le frigo de la cuisine et qui avaient fait hurler de dégoût leur grand-mère qui était tombée dessus par hasard.

Sam et Freddy s’étaient proposés pour les boissons. Un plaisir qui leur tenait à cœur. Ils avaient pensé à tout. Les sodas pour les jeunes, les eaux minérales pour les taties et une demi-bouteille de rosé qu’ils avaient pris soin de mettre au frais dans une petite glacière.

À 9 heures, le signal du départ fut donné par Sophie. Il ne fallait surtout pas manquer la navette. Il y en avait toutes les heures certes, mais de devoir attendre une heure pour la prochaine mettrait tout le monde de mauvaise humeur.

La traversée fut très plaisante. Il y avait de nombreux bateaux sortis ce jour-là, et de les voir évoluer sur les flots entre les îles offrait un spectacle agréable pour les yeux.

Le débarquement se déroula sans encombre. Chacun sachant exactement ce qu’il avait à porter et tout le monde y mettait du sien. Tout allait donc bien. Le plus difficile fut de contenter toute la petite famille quant à l’endroit approprié pour le pique-nique. Après une bonne demi-heure de marche et ayant fait quasiment le tour de l’île, toute la troupe tomba enfin d’accord sur une petite crique, bien à l’abri des regards, mi-ombre pour les taties, mi-soleil pour les jeunes qui voulaient à la fois attraper du poisson et travailler la couleur.

Chacun trouva sa place. Il était à peine 11 heures, et Sarah décréta que tout le monde avait quartier libre jusqu’à l’heure du déjeuner, qui, d’un commun accord, avait été fixée à 13 heures.

Toute la jeunesse bondissait de joie à l’idée de vaquer à ses occupations favorites. Pour David et Pierre, il n’était pas difficile de deviner qu’il s’agissait de ramener le maximum de poissons. Ils s’éloignèrent du petit groupe en direction des rochers pour s’installer sur l’un d’eux relativement plat et surplombant les flots qui venaient se fracasser sur les pierres plus ou moins recouvertes de mousse très glissante. Ils déposèrent leur matériel et commencèrent à monter leurs équipements avec une rapidité qui démontrait leur enthousiasme et leur motivation. David fut le premier à lancer sa ligne, suivi de très près par Pierre. Maintenant il fallait attendre en guettant la moindre oscillation du bouchon.

Sam et Marie s’éloignèrent aussi du petit groupe, mais pas pour les mêmes raisons. Fred pressentait qu’il devait les laisser seuls. Il trouvait Sam un peu bizarre ces derniers temps. Il avait bien essayé de lui demander ce qui le tracassait, mais Sam, très secret, avait répondu que tout allait bien et qu’il n’avait aucune raison de s’inquiéter. Il se dit en lui-même que Marie aurait peut-être plus de chances de lui tirer les vers du nez. Ah ! Le pouvoir des femmes pensa-t-il, ou plutôt leur intuition féminine. Il reconnaissait qu’elles étaient capables d’accomplir de petits miracles grâce à cet instinct de sentir les choses que la plupart des hommes n’auraient jamais vu venir. Il les regarda s’éloigner puis, se retournant, alla se rapprocher des taties dans l’espoir de récolter quelque histoire de leur jeunesse qui l’amusait toujours beaucoup. Il avait du mal à croire en les voyant, la soixantaine bien tassée, qu’elles avaient pu avoir une enfance et faire des bêtises parfois tellement grosses qu’il se demandait si elles n’en rajoutaient pas un peu.

Marie était particulièrement en forme ce jour-là. Le sourire qui irradiait son visage toucha le cœur de Sam et lui rendit la tâche encore plus difficile. Ils se connaissaient depuis leur plus tendre enfance. Ils avaient grandi ensemble, partagé tellement de choses. Leurs parents étaient dans la même voiture lorsqu’il y eut ce tragique accident qui leur coûta la vie à tous les quatre. Ils s’étaient retrouvés tous les deux orphelins le même jour et cela les avait beaucoup rapprochés.

Sam sentait bien que les sentiments qui l’attachaient à Marie avaient changé depuis quelque temps et que son amitié profonde pour elle ressemblait de plus en plus à un amour très fort. Il avait envie de partager cela avec elle, mais chaque fois le courage lui manquait. Il craignait qu’elle ne se moque de lui et qu’après sa déclaration, leur relation se trouverait changée. Pourtant aujourd’hui, prenant son courage à deux mains, il se lança :

– Marie, je peux te parler ?

Marie le regarda, surprise.

– Depuis quand te faut-il mon autorisation pour me parler ? lui répondit-elle en riant.

– Non, je sais bien ! Mais ce que je veux te dire est tellement inhabituel, que mon approche est peut-être maladroite, mais il est très difficile pour moi de te dire ce que je vais te dire maintenant.

Voyant son air si sérieux, Marie s’arrêta un instant de sourire et l’invita à s’asseoir à ses côtés.

– Vas-y je t’écoute. Dis-moi ce qui te tracasse tant.

Sam lui prit tendrement la main et se lança.

– Marie, t’arrive-t-il de penser parfois, que notre relation pourrait être différente ?

– Différente comment ?

– Eh bien ! Différente dans le sens où notre relation amicale se changerait en une relation amoureuse.

Ça y est, il avait eu le courage de le lui dire. Seulement maintenant, la peur l’envahissait, il n’osait même plus la regarder. Il s’attendait à recevoir une avalanche de reproches, de critiques ou de moqueries. Mais rien de tout cela ne se produisit. Au bout d’un moment qui lui sembla une éternité, il releva la tête et tenta enfin de croiser son regard. Ses yeux étaient remplis de larmes.

– Marie, pourquoi pleures-tu ? Je ne pensais pas te faire de mal en te disant cela. Je voulais seulement être honnête, te faire partager ce que je ressentais depuis un certain temps déjà. Marie pardonne-moi si je t’ai blessée. Ce n’était pas mon intention, bien au contraire, je ne veux que ton bonheur.

Après un bref silence, il ajouta :

– Je t’aime de tout mon cœur Marie.

Tout en parlant, il sortit de la poche de son jean un paquet de mouchoirs en papier et le lui tendit.

– Si maintenant tu ne voulais plus me voir, je serais l’homme le plus malheureux de la planète, mais je respecterais ton choix. Je t’en prie, dis-moi quelque chose ?

Marie lui répondit entre deux sanglots :

– Encore faudrait-il que tu me laisses parler.

– Excuse-moi, c’est le trac sans doute. Jamais je n’aurais pensé être aussi intimidé devant toi.

Il la prit dans ses bras et lui demanda :

– T’es pas fâchée j’espère ?

– Non, je ne suis pas fâchée. Au contraire, je suis très heureuse. Ce que tu ressens, je le ressens également et je suis tellement contente que cela soit partagé. Tu as eu aujourd’hui le courage de me dire ce que moi je n’ai jamais osé. Merci de m’avoir épargné cette révélation, ajouta-t-elle en souriant.

Sam la serra encore plus fort dans ses bras et l’embrassa passionnément. C’était leur premier baiser, mais ils surent dès cet instant qu’ils ne s’étaient pas trompés et qu’ils étaient vraiment destinés l’un à l’autre. Sam fut le premier à rompre le charme. Un tel bien-être l’envahissait qu’il se sentit plein de courage d’un seul coup et osa demander à Marie :

– Tu veux bien m’épouser ?

À ces mots, Marie quant à elle, qui était comme sur un nuage et qui souhaitait que ce moment ne s’efface jamais, répondit tout de même avec un soupir de satisfaction :

– Oui !

Et ils s’embrassèrent à nouveau.

L’heure du déjeuner approchait. Freddy était en pleine conversation avec les deux taties. L’ambiance était vraiment très joyeuse. Il vit Sam et Marie revenir vers eux, et tout en éclatant de rire leur dit :

– Vous ne devinerez jamais ce que j’ai appris aujourd’hui de nos chères et tendres tantines, elles…

Mais il ne put finir sa phrase. Il avait remarqué quelque chose d’étrange sur leurs visages et demanda :

– Qu’est-ce qui vous arrive tous les deux, vous en faites une drôle de tête ? Vous avez l’air bizarre.

Marie et Sam se regardèrent, complices, et annoncèrent au trio la révélation de leurs sentiments l’un pour l’autre. Sarah et Sophie en étaient tout heureuses. Elles avouèrent qu’elles s’en étaient plus ou moins doutées depuis un moment mais avaient préféré rester discrètes sur le sujet et attendre.

David et Pierre, qui rentraient également et avaient entendu le sujet de la conversation, se mirent à chanter, tout en brandissant les quelques poissons qu’ils avaient pêchés.

– Ils sont amoureux, ils sont amoureux, ils sont amoureux…

Marie fit mine de leur courir après pour les attraper, ce qui déclencha un fou rire général de tout le groupe… Enfin presque. Freddy, quant à lui, restait silencieux. Il avait du mal à partager leur enthousiasme à tous, mais essaya de ne pas le faire remarquer et le déjeuner se déroula dans la joie et la bonne humeur.

Sophie, après le dessert, vint vers Marie et lui dit la larme à l’œil :

– Je suis sûre que tes parents auraient été très heureux d’apprendre cette nouvelle. Ils aimaient beaucoup Sam, tu as fait le bon choix ma chérie, dit-elle en la serrant dans ses bras. Puis elle ajouta :

– Et tu connais Sam depuis qu’il est bébé. Ses qualités, ses défauts, au moins tu n’auras pas de surprise sur son comportement et son caractère, ajouta-t-elle en riant et en pleurant en même temps, tant le souvenir de sa petite sœur disparue la touchait. Elle aurait tellement aimé qu’elle soit là pour partager cet événement.

– Je suis très heureuse pour toi et te souhaite tout le bonheur que tu mérites.

– Mes défauts ? rétorqua Sam qui avait entendu. Quels défauts ? ajouta-t-il en souriant et avec un air si faussement présomptueux, que tout le groupe ne put se retenir de pouffer de rire.

La journée touchait à sa fin et il fallut penser au retour. Chacun, de nouveau, s’occupait à remplir au mieux ses obligations. Mais pour Marie et Sam, une page était tournée, celle de leur enfance avec tout ce qu’ils avaient vécu comme aventures dans l’insouciance de leur jeune âge. Ils savaient maintenant que leurs vies et leurs habitudes allaient changer. Que quelque chose de nouveau s’ouvrait à eux, et ils accueillaient ce futur avec beaucoup d’assurance et de sérénité.

 

 

Après s’être déclaré leurs flammes, Marie et Sam avaient tenu à se marier rapidement. Se connaissant depuis si longtemps et persuadés d’être faits l’un pour l’autre, ils voulaient tous les deux officialiser leur union pour le plus grand plaisir de Sarah et de Sophie qui avaient du mal à concevoir qu’une union libre puisse durer.

La journée de festivités s’était déroulée en toute simplicité au milieu du peu de parents qu’il leur restait et d’amis vraiment proches. Ils avaient décidé, d’un commun accord, de vivre après leur mariage dans la maison dont Marie avait hérité à la mort de ses parents. Et c’est dans ce lieu plus ou moins abandonné qu’ils se rendirent après la cérémonie. Pour cette occasion, ils avaient pris chacun une semaine de congé, non pas pour partir en voyage de noces, mais pour nettoyer la maison qui était restée vide pendant plusieurs années et de l’aménager à leur goût. Ce fut une semaine de complicité où chacun pouvait découvrir ce qui plaisait ou pas chez l’autre, tant sur les goûts du mobilier, des saveurs culinaires, des programmes de télévision ou autres. Ils pensaient se connaître mais la vie quotidienne leur démontra le contraire.

Dix-huit mois après leur mariage, Marie accompagna ses petits-cousins David et Pierre à Disneyland lors d’un week-end prolongé. Son séjour ne dura que quatre jours mais pour elle et Sam, ces quatre jours l’un sans l’autre représentèrent une éternité. C’est pourquoi les retrouvailles étaient des plus attendues.

Dimanche enfin ! Sam était à l’aéroport et attendait patiemment le retour de sa princesse, qui ne tarda pas à faire son apparition les bras chargés d’un énorme chien en peluche. David et Pierre la suivaient de près tout aussi encombrés de multiples souvenirs.

Tout en embrassant le visage de sa tendre épouse à multiples reprises, Sam, par bribes, finit par lui dire.

– Ne me fais plus… jamais ça ! Partir en me laissant… tout seul… c’est trop dur.

Puis, s’adressant à David et Pierre.

– Vous entendez les garçons, ne comptez plus sur votre cousine pour vous accompagner, il faudra vous trouver une autre baby-sitter.

Les deux cousins désappointés se regardèrent, mais Marie les rassura en ajoutant :

– Ne vous inquiétez pas les petits loups, il plaisante.

– Comment ça, je plaisante ! Bon, je vous l’accorde, mais la prochaine virée, pas avant au moins cinq ans. Peut-être que d’ici là j’arriverais à me passer de toi un peu plus facilement.

Sam les aida à récupérer leurs bagages, puis la petite troupe se dirigea vers la sortie, direction la voiture afin de regagner chacun leur chez-soi. Mais c’était sans compter sur le pouvoir de persuasion de leur tante qui tenait absolument à les garder pour le dîner.

Après un délicieux repas, ils prirent congé de leur hôtesse et se retrouvèrent enfin seuls dans leur maison. Sam prit Marie dans ses bras et lui déclara amoureusement.

– C’était long sans toi mon cœur. C’est fou, plus je te vois, plus tu me manques.

– Je devrais peut-être partir plus souvent afin que tu réalises combien ma présence t’est indispensable.

– Non c’est bon ! J’ai réalisé. Je sais maintenant que ta présence me comble de bonheur et que ton absence me vide de tout attrait.

Regardant la peluche qu’elle avait ramenée, Marie lui répondit en souriant :

– C’est pour cela que je t’ai ramené Tobby. Pour qu’il te tienne compagnie lors de mes éventuels déplacements.

– Parce que tu as déjà l’intention de repartir on dirait ? Mais je trouverai bien un moyen de t’en empêcher.

Resserrant son étreinte, il ajouta :

– Je suis heureux que tu ne sois pas restée au royaume de Mickey. Ravi que les Rapetous ne t’aient pas gardée. Soulagé que tu n’aies pas croqué la pomme de Blanche Neige.

Tout en la déshabillant, Sam poursuivait :

– Fou de joie que tu n’aies pas bu le somnifère de la Belle au bois dormant et que Peter Pan ne t’ait pas enlevée au pays imaginaire où la fée Clochette, jalouse, t’aurait remise entre les mains du vilain capitaine Crochet.

Un nouveau bouton détaché fit glisser son chemisier.

– Comblé que tu n’aies pas flashé sur un autre homme que moi, vu la multitude de princes charmants errant dans ce lieu à la recherche d’une princesse. Chanceux que tu n’aies pas succombé à la douceur d’une mélodie enchanteresse jouée par un talentueux pianiste dans un des nombreux pianos-bars de ce site. Que de risques j’ai pris en te laissant partir seule, et que d’épreuves tu as dû surmonter mon amour pour me revenir saine et sauve. Je suis très fier de toi.

Quand elle fut entièrement nue, il ajouta :

– Mais ce n’est rien à côté de ce que tu vas devoir subir entre mes mains maintenant.

Marie, ravie et docile, se doutant du châtiment qui l’attendait, se laissa emporter dans les bras de son mari.

Cette nuit, sans le savoir encore, fut conçu un petit être qui allait chambouler toute leur vie…

Nice, juin 1997

Quand Jessie eut trois ans, Marie estima que sa fille était suffisamment autonome pour s’octroyer un week-end en famille hors de la maison. En effet, plus de couches, ni le jour ni la nuit, plus de biberons, des nuits de sommeil sans interruption et une petite fille avide de nouveaux horizons. Elle se dit que partir quelques jours pour un petit périple en Camargue serait une bonne chose pour tout le monde. Elle s’occupa de faire les réservations dans l’hôtel du Mas de la Fouque dont elle avait entendu parler et dans lequel elle désirait depuis longtemps y faire une petite halte.

Une fois tout organisé, elle envoya un mail à Sam pour le prévenir de son projet, en espérant qu’il serait ravi de sa petite idée.

Coucou mon amour,

Je t’ai organisé un long week-end dans un endroit idyllique avec une petite troupe en délire pour te faire oublier tes petits tracas et contrariétés des semaines précédentes.