Pour l'amour d'un chevalier (Harlequin Les Historiques)

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Pour l'amour d'un chevalier, Meriel Fuller

Ecosse, 1157

Maltraitée par son père, un paysan fruste et brutal, Tavia s'est toujours sentie insignifiante. Jusqu'au jour où une étrange ressemblance avec la princesse du royaume lui fait entrevoir ses nobles origines. Ce secret révélé, elle devient hélas la proie de toutes les convoitises. Et notamment celle de Ferchar, le cruel régent. Son unique espoir de lui échapper, elle en est persuadée, serait d'appartenir à un autre homme. Et pourquoi pas à Benoît de Vallières, le seul en qui elle ait confiance ? Mais Benoît, mercenaire dévoué aux ordres de l'occupant anglais, semble avoir définitivement renoncé à l'amour. Et Tavia doit faire tout ce qu'elle peut pour toucher son cœur de guerrier...

Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280276849
Nombre de pages : 352
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1

Dunswick, Ecosse, non loin de la frontière, 1157

— Dieu nous aide ! Les revoilà ! Fuyons, par Jésus-Christ ! Fuyons ou ils vont tous nous tuer !

Tavia de Mowerby regarda, éberluée, le coin de la place du marché d’où venait de s’élever ce cri de terreur.

— Allons, dépêche-toi grogna Dunstan, son père, encore plus rougeaud qu’à l’ordinaire dans la lumière du petit matin. On ne gagnera rien si la marchandise reste dans le chariot…

Il l’avait réveillée avant l’aube, la secouant durement sur son grabat, puis n’avait cessé de la houspiller tandis qu’elle ranimait les braises du feu et mettait un chaudron d’eau à bouillir. Il n’était jamais trop de bonne humeur, les jours de marché, surtout depuis que la mère de Tavia était trop malade pour faire sa part du travail.

— Mais… que se passe-t-il ? balbutia-t-elle en recevant des mains de son père un coupon de tissu soyeux, qu’il était allé extraire de la caisse de leur chariot à bœufs.

Elle alla disposer le rouleau chatoyant sur les tréteaux, ses vives couleurs, bleu, pourpre et vert brillant au soleil. Tavia était toujours fascinée par le processus qui transformait la laine de ses moutons en de telles merveilles. Elle déploya une bonne longueur de tissu et l’étala sur les planches, pour présenter l’élégant drapé de la façon la plus flatteuse. Son père hocha la tête, le visage fermé. C’était tout ce que la jeune fille pouvait espérer en fait d’approbation.

En levant les yeux vers les épaisses murailles de la ville, elle vit les gardes et hommes d’armes du roi Malcolm courir sur le chemin de ronde, prendre position aux créneaux ou derrière les meurtrières, arcs et arbalètes prêts à entrer en action. Un frisson de peur la parcourut. Il se passait bel et bien quelque chose.

Son père répondit au regard terrifié de ses yeux bleus par un haussement d’épaules.

— Bah, probablement encore une fausse alerte, grommela-t-il. Depuis qu’Henry est monté sur le trône d’Angleterre, ils tremblent tous dans leurs chausses. Des poules mouillées, voilà ce qu’ils sont !

— Ce n’est un secret pour personne qu’Henry veut cette terre…

— Qu’est-ce que tu en sais, péronnelle ? rétorqua-t-il avant de cracher sur les pavés. Malcolm a juré que le Northumbria resterait entre des mains écossaises. Il n’y a pas à s’inquiéter.

Tavia regarda les hommes d’armes postés derrière les remparts, puis les rares passants qui se hâtaient, sans même jeter un coup d’œil sur les étals. D’ordinaire, à cette heure-ci, la place du marché de Dunswick était noire de monde, marchands et chalands discutant âprement les prix, tandis que les chars à bœufs peinaient à se frayer un passage dans la foule. La musique des ménétriers se mêlait aux appels joyeux des commerçants qui invitaient les passants à voir la marchandise, à la toucher et surtout, à l’acquérir. A présent, on n’entendait que des cris d’alarme, qui augmentaient encore la peur et l’émoi.

Tavia essaya de se rasséréner un peu en scrutant le visage buté de son père.

Le roi Malcolm, qui ne comptait pas encore seize printemps, n’était guère en mesure de rassurer un peuple habitué à la sage et ferme férule du feu roi, son père. C’était donc au régent, Ferchar, comte de Strathearn, qu’il revenait de défendre la frontière de son royaume.

Il y eut soudain un sifflement dans l’air et une flèche enflammée vint se planter dans la laine d’un coupon. En jurant férocement, Dunstan l’arracha à mains nues.

— La marchandise, sauve la marchandise ! cria-t-il.

Tavia tira à elle le coupon qui avait commencé de brûler pour le faire tomber sur les pavés. Elle regarda avec dépit les vives couleurs souillées et ternies. Tout le travail de tissage de sa mère gâché en une seconde. Elle prit son père par le bras.

— C’est trop dangereux, il faut partir !

— Pas question, nous n’avons encore rien vendu.

— Sans clients, peu de chances de vendre quoi que ce soit.

Les yeux du marchand s’assombrirent de colère.

— Tiens un peu ta langue, lui dit-il d’un ton bref, si tu ne veux pas sentir le poids de ma main sur ta joue.

— Au moins, laisse-moi aller voir ce qui se passe.

Dunstan haussa les épaules.

— Si ça te fait plaisir, grogna-t-il, en se penchant pour ramasser le coupon de tissu dans la poussière.

Tandis que Tavia se hâtait vers la grande porte, le long des façades aux volets hâtivement refermés, l’odeur âcre de la fumée emplissait ses narines. Plusieurs toits de chaume brûlaient déjà et une fumée noire obscurcissait le ciel. L’épaisse semelle de ses rudes bottes lui permit de ne pas glisser sur les pavés luisants, lorsqu’elle enjamba le ruisseau malodorant qui coulait au centre de la ruelle.

A l’approche de l’été, il faisait chaud et l’atmosphère du bourg devenait irrespirable, du fait de la population entassée entre ses murailles. Rien à voir, songea-t-elle, avec la simple chaumière de ses parents, perdue dans les collines, où elle pouvait se griser d’air pur, écouter bêler ses moutons et boire l’eau limpide des torrents.

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