Pour l'amour d'un libertin

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Ce bandit est bien plus attirant que tous les lords ennuyeux qu’on lui a présentés...

Damian Mackenzie est le dépravé le plus apprécié de la société et il cache des secrets qui ne laissent aucune place à des élans romantiques envers une lady bien née – encore moins envers la sœur d’un de ses plus vieux amis. Toutefois lorsque Kiri Lawford met au jour un complot contre la couronne d’Angleterre, le jeune homme s’aperçoit que cette femme est loin d’être aussi guindée et respectable qu’il n’y paraît. Il pourrait bien se laisser séduire... Et elle, le trouve plus honorable que n’importe quel lord de sa connaissance.

« Enivrant et parfaitement romantique : vous serez complètement envoûtés. » Eloisa James, auteure acclamée par le New York Times.


Publié le : mercredi 16 juillet 2014
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EAN13 : 9782820517425
Nombre de pages : 528
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couverture

Mary Jo Putney

Pour l’amour d’un libertin

La Confrérie des Lords – 3

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Wanda Morella

Milady Romance

 

 

 

À la mémoire de deux formidables grincheuses tant aimées :

 

Kate Duffy, qui portait si bien le titre de la Julia Child de la romance.

Et mon éditrice, bien qu’elle ne le soit pas depuis suffisamment longtemps.

 

Ainsi qu’à Larry Krause, éditeur, auteur, idéaliste, expert en minéraux, et l’une de ces rares personnes à vivre selon leurs principes.

Prologue

Londres, début novembre 1812

 

L’avis de décès dans les journaux londoniens était discret, mais il attira l’attention de manière considérable. Trois des amis de jeu de Mac Mackenzie le Fou se retrouvèrent au club et burent à sa mémoire.

— Au moins, il a fait la nique au bourreau, fit remarquer l’un d’eux avec respect.

Ils levèrent de nouveau leurs verres à cette réflexion.

Quelques dames de la haute société émirent un soupir de regret, séchant peut-être une larme ou deux de réel chagrin. Quel dommage de voir disparaître un être aussi viril – quoique fâcheux.

Un homme qui se prétendait proche de Mac lança un juron et froissa le quotidien d’une poigne désespérée.

Son demi-frère légitime, Will Masterson, apprit la nouvelle au Portugal quelques jours plus tard. Affligé d’une peine dénuée de pleurs, il se demanda si son exaspérant cadet était vraiment décédé.

Son ancienne directrice d’école et mère de substitution, lady Agnes Westerfield, ferma les yeux et sanglota. On devinait aisément que Mackenzie aurait mal pris ce genre de situation. Les jeunes ne pouvaient pas mourir avant leurs devanciers. C’était diablement injuste.

Il sourcilla en lisant sa notice nécrologique, et espéra que son aîné, Will, ne l’avait pas vue. Rangeant le journal, il fit également le souhait de ne pas rester mort trop longtemps.

Le trépas n’était pas bon pour les affaires.

Chapitre premier

Kent, fin octobre 1812

 

Elle se retira dans un rire carillonnant, soulevant d’un geste ample les jupons de sa tenue d’équitation pour traverser en hâte le long couloir, avant même que le pimpant jeune homme ait pu terminer sa proposition. Mais lorsqu’elle atteignit la porte du fond, elle marqua une pause pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule, l’air malicieuse.

L’honorable Godfrey Hitchcock sourit, blond et confiant sous le soleil qui brillait de nouveau après plusieurs jours de pluie.

— Nous parlerons plus tard, lady Kiri. Et je finirai ce que j’ai commencé à vous demander.

Kiri Lawford lui adressa ce sourire furtif qui laissait toujours la gent masculine sans voix, puis disparut. Dès qu’elle fut hors de sa vue, elle ralentit le pas, songeuse. Godfrey était charmant, et le prétendant le plus attirant qu’elle eût connu depuis que sa famille était venue à Londres un an plus tôt.

Mais voulait-elle vraiment l’épouser ?

Elle appréciait qu’il l’ait rejointe pour monter à cheval en cette fin d’après-midi, même s’ils risquaient d’être en retard pour le dîner. Elle avait voulu profiter de ces rares éclaircies après avoir été cloîtrée depuis son arrivée à Grimes Hall pour cette fête. Il s’était révélé un cavalier hors pair qui ne s’était pas laissé devancer tandis qu’ils galopaient à vive allure sur les collines du Kent.

Officiellement, Kiri n’était qu’une invitée parmi de nombreux autres. Mais tout le monde devinait qu’elle était là pour rencontrer la famille de son soupirant alors qu’ils faisaient plus ample connaissance dans un contexte décontracté. La mère de la jeune fille avait prévu de venir, mais la rougeole avait contaminé son foyer, elle était donc restée à Londres.

Bien heureusement, Kiri avait séjourné à Ashton House avec son frère, et n’avait donc pas été exposée à la maladie. Cela lui permit de descendre dans le Kent avec un couple plus âgé qui assistait comme elle à cette réception.

Le séjour se passait bien. Les Hitchcock l’étudiaient avec une minutie suggérant qu’ils la voyaient déjà presque comme un des leurs. Elle les trouvait, d’un point de vue froidement britannique, assez plaisants.

Cette union n’aurait rien de flamboyant, Godfrey étant seulement le troisième fils d’un baron, tandis que Kiri était fille de duc. Mais elle l’aimait bien. Durant l’année qui avait suivi son arrivée d’Inde, elle n’avait trouvé aucun autre parti qui lui plût davantage.

Il ne l’avait pas regardée comme une traînée issue de contrées lointaines et exotiques qui ne méritait pas le respect. Il embrassait également très bien – qualité indéniable chez un époux –, et avait cette touche d’indocilité qui reflétait celle de Kiri. Mais cela constituait-il les bases d’un mariage solide ?

La mère de la jeune fille était de sang hindou et royal, et malgré sa douceur, elle avait défié la tradition pour épouser à deux reprises des Anglais. Chacune de ces unions avait été scellée par amour. Le père de Kiri, le sixième duc d’Ashton, était mort avant qu’elle naisse, mais elle avait été témoin de la tendresse que partageaient Lakshmi et son second mari, John Stillwell. Celui-ci avait été un illustre général en Inde, et la seule figure paternelle que sa belle-fille eût connue. Par ailleurs, il s’était occupé d’elle de façon remarquable, la traitant exactement comme ses deux autres enfants.

Godfrey était amusant et de compagnie agréable, mais à côté du général Stillwell, il manquait plutôt de substance. Bien entendu, c’était le cas de la plupart des autres hommes. Même si son frère Adam supportait assez bien la comparaison. Tout comme ses mystérieux amis, maintenant qu’elle y pensait. Elle déplorait qu’ils la considèrent tous comme une petite sœur.

Mais peut-être n’était-elle pas juste envers Godfrey. Ils ne se connaissaient simplement pas assez pour qu’elle sache s’il recélait quelque profondeur d’âme. Elle devait accepter l’offre de la mère de ce dernier, lady Norland, qui lui avait suggéré de prolonger son séjour d’une semaine après que cette fête officielle se serait achevée.

Se demandant si ses parents pourraient la rejoindre au cas où elle resterait plus longtemps, Kiri décida de s’arrêter au petit salon de son hôtesse. Celle-ci serait probablement là si elle n’était pas encore montée s’habiller pour le dîner, la jeune fille pourrait donc la solliciter pour reculer la date de son départ. Une semaine supplémentaire en compagnie de Godfrey l’aiderait sans aucun doute à voir plus clairement s’ils étaient faits l’un pour l’autre.

Cette pièce était chaleureuse et accueillante, et la comtesse y passait une grande partie de son temps avec ses amies. Kiri ouvrit la porte sans un bruit puis marqua une pause lorsqu’elle vit lady Norland en pleine discussion avec sa sœur, lady Shrimpton. Confortablement installées dans un canapé et dos à l’entrée, elles ne s’aperçurent pas de sa présence.

Elle pourrait s’entretenir plus tard avec la noble dame. Elle allait se retirer quand lady Shrimpton s’enquit :

— Godfrey va-t-il vraiment épouser cette Kiri ?

Celle-ci se figea en relevant l’ironie du ton. Que diable… ?

— Il semblerait, répondit la maîtresse des lieux. Elle a l’air tout à fait conquise. Quelle fille résisterait à un homme aussi beau et aussi charmant ?

— Je suis surprise que Norland et vous-même consentiez à une telle union, rétorqua lady Shrimpton d’un air désapprobateur. Je ne laisserais aucun de mes garçons s’acoquiner avec une sang-mêlé. Cette créature est si effrontée, si vulgaire ! J’ai vu les appâts dont elle use. Bien sûr, les hommes viennent renifler autour d’elle comme des chiens de chasse. Godfrey risque de ne jamais savoir s’il est vraiment le père de ses enfants.

Kiri porta la main à sa poitrine tant le choc faisait battre son cœur. Son frère Adam avait été la cible de sévères critiques concernant le métissage de ses origines, mais elle avait été considérée avec davantage de tolérance, n’étant qu’une femme, et non un duc anglais. Si certains membres de la haute société critiquaient son héritage, ils restaient généralement discrets sur le sujet. Elle n’avait jamais entendu parler d’elle-même avec une telle malveillance.

— Cette gamine est à moitié anglaise et son beau-père est le général Stillwell, elle devrait donc savoir se tenir à peu près convenablement, déclara lady Norland d’un ton qui trahissait ses doutes quant à son assertion. Ce qui importe, c’est qu’elle soit fille de duc, et représente donc un apport financier appréciable. Godfrey a des goûts de luxe, et il ne trouvera jamais une femme aussi riche que celle-ci. Si elle lui impose les rejetons d’autres hommes, eh bien… il a deux frères qui ont des fils, le sang impur de cette demoiselle ne salira donc jamais le titre.

— Une dot confortable compense bien des choses, confirma lady Shrimpton. Mais vous allez devoir fréquenter cette horrible petite créature qui lui sert de génitrice. Une vraie sauvage, au teint si foncé !

— Lady Kiri est moins mate, et sa dot est éclatante ! s’esclaffa la maîtresse de maison. Je suppose que je ne devrai pas la mépriser en public, mais croyez-moi, les relations seront plus que superficielles entre nos familles, malgré la présence du général Stillwell.

Kiri fut saisie d’une rage meurtrière qui obscurcit sa vision. Comment osaient-elles parler ainsi de sa mère qui était la femme la plus sage, la plus douce et la plus gentille qu’elle eût jamais connue ! C’était une véritable lady, sous tous les angles. La jeune fille mourait d’envie de broyer ces deux mégères à mains nues, et de réduire à néant leur intolérance et leurs ricanements.

Par ailleurs, elle le pouvait. Enfant, elle était fascinée par les récits sur les reines guerrières de l’Inde antique, elle avait donc insisté pour suivre les cours de Kalarippayattu, l’art martial traditionnel de son pays, aux côtés de ses cousins. Elle s’était révélée l’une des meilleures élèves de la classe, et brûlait à présent d’appliquer ses talents sur ces femmes diaboliques.

Mais il aurait été de fort mauvais aloi de tuer son hôtesse. Ou même Godfrey, ce menteur, ce traître de chasseur d’héritières. Tandis qu’elle repartait, hébétée, vers sa chambre, elle fut prise de nausée en pensant qu’elle avait envisagé d’épouser cet individu ! Elle se passa le poing sur la bouche comme pour effacer le souvenir des baisers qu’il lui avait volés.

Presque aussi révoltantes que les insultes proférées à l’encontre de sa mère furent les affirmations concernant Kiri et sa façon d’appâter ces messieurs comme une vulgaire traînée. Elle avait été élevée dans des camps militaires peuplés d’hommes et en appréciait la compagnie. À peine avait-elle fait ses premiers pas que les subordonnés de son père s’étaient occupés d’elle, lui parlant, la taquinant, et lui enseignant l’équitation, la chasse et le tir. Lorsqu’elle fut plus âgée, certains jeunes officiers tombèrent éperdument amoureux d’elle. Évidemment qu’elle n’avait rien d’une jeune Anglaise timide que tous les mâles extérieurs à sa famille effarouchaient !

Elle ne pouvait rester dans cette maison une journée ni même une heure de plus. Elle regagna sa chambre avec soulagement. Elle emprunterait un cheval chez les Norland et traverserait ainsi la campagne jusqu’à Douvres, cité portuaire active d’où elle prendrait sans difficulté un coche qui la ramènerait à Londres.

Elle fit sauter de ses mains tremblantes les boutons de l’onéreuse tenue qu’elle s’était récemment offerte pour ses chevauchées quotidiennes avec Godfrey. Elle s’était efforcée d’être une lady sous toutes les coutures, mais c’était terminé.

Délivrée de ces longueurs de tissu, elle fouilla dans sa garde-robe, et en sortit une jupe-culotte d’équitation qu’elle avait rapportée d’Inde. Celle-ci lui permettait de monter à califourchon, et Kiri aurait peut-être eu l’occasion de la porter chez les Norland.

Le vêtement ainsi que le sergé couleur chamois s’ajustèrent avec une familiarité bienvenue. Tandis qu’elle enfilait une veste bleu marine sur mesure, elle se regarda furtivement dans le miroir de l’armoire.

Cheveux noirs, yeux verts et vifs, plus grande que la moyenne, même pour une Anglaise. Elle avait le teint plus foncé que les Britanniques, mais sans que ce soit choquant.

Voilà qui était la véritable Kiri Lawford – une fille de l’Empire, moitié anglaise, moitié hindoue, et fière de ses deux héritages. Drapée dans un sari, un bindi sur le front, elle ressemblait presque à une authentique Indienne, tout comme elle avait l’air quasiment anglaise dans une tenue d’équitation.

Mais elle n’était jamais totalement l’une ni l’autre. Elle ne pouvait changer cette particularité chez elle. Elle n’en avait par ailleurs aucune intention. Surtout si c’était pour plaire à des vermines telles que lady Norland et sa sœur.

Il était impossible de se charger à dos de cheval, elle jeta donc un coup d’œil circulaire dans la chambre, cherchant ce qu’elle pourrait prendre à part son argent. Elle avait emporté avec elle ses plus belles tenues, mais elle n’allait pas rester là dans le seul but de protéger sa garde-robe.

Elle enveloppa ses bijoux dans un linge, puis dans un châle indien. Fourré dans un sac en cuir, le paquet se calerait discrètement derrière la selle.

Malgré son envie de sortir de cette maison en claquant la porte, sa bonne éducation l’empêchait de partir sans un mot. Elle devait écrire un message à sa compagne de route, ce qui ne poserait aucune difficulté. Il serait plus délicat de rédiger une note pour Godfrey, cependant elle ne pouvait s’adresser directement à lady Norland. Elle s’assit à son bureau, brûlant d’exprimer sa rage au jeune homme, mais une vulgaire feuille de papier ne pourrait la contenir.

Elle se contenta de griffonner :

 

Il va vous falloir trouver une autre fortune à convoiter. Je vous prierai de faire porter mes affaires à Ashton House.

 

Elle spécifia délibérément la demeure ducale de son frère. Pour ces gens, elle était de petite vertu, certes, mais de très haut rang.

Puisque la rubéole avait mis sa bonne en quarantaine, on lui avait attribué une domestique de chez Norland dont la personnalité était plus médiocre encore que ses compétences. Kiri laissa une somme généreuse pour le service de celle-ci, puis quitta prestement la pièce.

Par chance, elle ne croisa aucun hôte ni autre invité lorsqu’elle descendit pour se rendre aux écuries. Elle savait quelle bête elle voulait – Maestro, un splendide hongre pur-sang appartenant au frère aîné de Godfrey, George Hitchcock. George, le pompeux héritier du titre, marié à une blonde insipide qui lui avait donné deux fils aux cheveux d’ange typiquement anglais. Il ne méritait guère un cheval aussi racé. Elle avait depuis longtemps envie de le monter.

Les stalles étaient silencieuses, et elle devina que les palefreniers dînaient. Aucune importance, elle avait sympathisé avec Maestro la semaine passée. Elle marqua un temps d’arrêt pour choisir sa selle.

Celle de Godfrey était de taille convenable, mais utiliser quoi que ce fût lui appartenant la faisait frissonner d’effroi, elle opta donc pour un équipement anonyme. Il ne lui fallut que quelques minutes pour seller sa monture et la sortir des écuries. Elle sauta sur Maestro avec l’agilité de n’importe quel homme, lui fit prendre la route de Douvres, et quitta Grimes Hall pour toujours.

Chapitre 2

Heureusement que sa colère était là pour la réchauffer, pensa-t-elle amèrement, ou elle aurait eu l’échine parcourue de frissons. La nuit de cette fin d’octobre tombait rapidement tandis que le ciel se chargeait de nuages, et que la température chutait comme une pierre. Même si Maestro était une remarquable monture, son rythme était ralenti sur le sol que des jours de pluie avaient rendu boueux. Le chemin que Kiri avait emprunté serpentait vers le nord de Douvres à travers les collines accidentées, ce qui la freinait encore davantage.

Mais la ville portuaire n’était plus qu’à quelques miles. Elle ne pouvait pas la rater tant qu’elle restait sur cette route parallèle à la côte. Elle passerait la nuit dans une auberge – chaude et accueillante – et prendrait un coche à destination de Londres le lendemain matin. Il serait intéressant de voyager en transport public plutôt qu’à bord d’un luxueux fiacre privé. Elle aimait les nouvelles expériences, même si elles risquaient d’être inconfortables.

Le sentier descendait une colline, et débouchait sur un passage étroit à peine assez large pour un cheval et son cavalier. Par chance, elle était relativement en sécurité en Angleterre, au contraire de l’Inde, où un groupe de bandits l’auraient peut-être attendue, tapis dans l’ombre.

Elle songeait à un feu crépitant, lorsqu’elle prit un virage et se retrouva face à un convoi de poneys lourdement chargés qui se dirigeait vers les hauteurs. Que diable… ? Il fallut un moment à Kiri pour distinguer ce tableau confus de bêtes, d’hommes à l’apparence inquiétante, et de lanternes soigneusement dissimulées.

Des contrebandiers ! Dès qu’elle eut compris, elle tenta de faire tourner son cheval pour s’enfuir, mais ces commerçants sans frontières s’étaient eux aussi remis de leur surprise.

— Attrapez-le ! cria une voix tranchante. Il faut pas qu’un étranger nous voie !

L’un des bandits avança brusquement vers la jeune fille. Elle lui fouetta le visage avec sa cravache, tout en éperonnant Maestro. Mais d’autres individus se saisirent d’elle et le chemin était si étroit que sa monture ne put faire rapidement demi-tour. Elle repoussa deux hommes à coups de pied, en cingla d’autres avec sa baguette, mais avant qu’elle puisse leur échapper, la voix aiguë s’écria :

— Jed, utilise donc ton filet à oiseaux !

Un piège de corde lesté et malodorant vola à travers les airs et retomba sur elle, lui enserrant les bras et les jambes. Tandis qu’elle se débattait pour se libérer, son assaillant la tira de son cheval. Elle tomba violemment au sol et explosa dans un concert de jurons indiens.

Un contrebandier roux l’attrapa et s’exclama :

— Bon Dieu, c’est une femme !

— À califourchon et en pantalon ? s’étonna un autre, sceptique.

— Je reconnais une mamelle quand j’en touche une !

Un homme élancé au long visage sinistre s’agenouilla à côté de Kiri. Le chapeau de celle-ci s’était défait, et dans le mince rai de lumière d’une lanterne, le visage de la jeune fille était clairement visible.

— Effectivement, confirma-t-il d’une voix de meneur. Je dirais que c’est plutôt une gamine. Elle marmonnait dans une langue étrangère. Tu parles anglais, ma petite ?

— Bien mieux que vous !

Elle tenta de lui envoyer son genou dans l’entrejambe, mais le filet l’en empêcha.

— Vu les culottes qu’elle porte, capitaine Hawk, ça pourrait être une catin, fit remarquer un bandit.

— Certainement pas ! s’indigna-t-elle, en proférant cette fois des insultes dans l’anglais le plus ordurier qu’une fillette ait pu apprendre dans un cantonnement militaire.

— P’têt’ pas, mais sûr que c’est pas une dame, dit l’un des hommes d’un air plutôt admiratif.

— Bâillonne-la et bande-lui les yeux, lança sèchement Hawk. Ensuite, ligote-la et balance-la sur la selle. Howard, Jed, emmenez-la dans la grotte et assurez-vous qu’elle se défile pas. Mac la Lame vient ce soir, alors accueillez-le comme il faut si on n’est pas là quand il arrive. On décidera de ce qu’on fait d’elle à ce moment-là.

— J’ai déjà une idée de ce que je pourrais lui faire, capitaine, observa l’un d’eux dans un gloussement lubrique.

— Ah non, pas de ça, répondit le chef en contemplant Maestro. Ce cheval vaut de l’or, donc la fille devrait bien se marchander aussi.

— Faut qu’on soit prudents, les avertit le massif individu. Si elle vient d’un milieu trop important et qu’on demande une rançon, on risque d’avoir une troupe de soldats aux trousses. Il vaut mieux qu’on la prenne, et qu’après, on la jette par-dessus le bord d’un bateau en la lestant de quelques pierres.

Kiri se raidit. S’ils apprenaient qu’elle était la sœur d’un duc, ils craindraient les conséquences et la tueraient sur-le-champ. Elle tourna discrètement sa bague du bout de son pouce droit afin d’en cacher les diamants et lui donner l’aspect d’un simple anneau.

— Je ne suis ni riche ni noble, inutile de m’ôter la vie.

— Tu causes comme une bourgeoise, estima le capitaine, les yeux plissés. C’est quoi, ton nom ?

Elle pensa rapidement à un patronyme proche du sien.

— Carrie Ford.

— Y a des Ford à Deal, lança l’un des hommes. Elle a pas l’air d’être des leurs.

Rester aussi près de la vérité que possible.

— Je viens de Londres, dit-elle, pas de Deal.

— Où est-ce que t’as trouvé un cheval pareil ? demanda Hawk.

Elle esquissa une moue.

— Je l’ai volé pour fuir un homme qui m’a menti.

Ce qui avait l’avantage d’être vrai.

Les trafiquants éclatèrent de rire.

— On dirait que c’est notre genre de femme, s’exclama l’un d’eux.

— Y se pourrait qu’elle mente, tempéra Hawk, l’œil mauvais. On verra ça plus tard. Pour l’instant, ficelez-la, sans l’abîmer. Il faut qu’on bouge d’ici.

En dépit de la force avec laquelle Kiri se débattait, les contrebandiers parvinrent à retirer le filet de son buste, et à lui lier les poignets avec une solide cordelette. Elle avait envie de hurler de frustration de ne pouvoir se dégager pour se battre dignement. Elle aurait dû porter un couteau sur elle, mais elle avait préféré s’armer de son apparence la plus délicate pour se rendre à cette misérable fête chez les Norland.

Howard, le plus massif de tous, essaya de lui mettre un chiffon sale sur la bouche.

— Espèce de porc ! grommela-t-elle avant de lui mordre les doigts.

— Chienne !

Il la gifla et serra douloureusement le bâillon, mais elle eut la satisfaction de constater qu’elle l’avait fait saigner.

Après cette agression, les trafiquants la manipulèrent avec une efficacité circonspecte. Jed, l’homme roux et maigre, lui banda les yeux. Ligotée comme une dinde, elle fut étendue sur la selle de Maestro, et attachée à celui-ci.

Cette position lui tordait les entrailles tant elle était inconfortable, sans compter que Kiri n’y voyait rien. Usant de son ouïe ainsi que de ses autres sens, elle sentit qu’on lui faisait descendre un passage si étroit que ses pieds frottaient parfois contre une paroi rugueuse en pierre.

Elle était à deux doigts de vomir lorsque le cheval fit halte et qu’elle fut détachée puis descendue au sol. Elle chancela, mais une main puissante la rattrapa par le coude.

— Puisqu’elle n’aura rien d’autre à voir que des cailloux, dit Jed, je lui enlève son bâillon pour qu’elle puisse se diriger toute seule.

Même s’il faisait nuit, pouvoir ouvrir les yeux lui donnait une idée de son environnement et lui clarifiait les idées. Ils se tenaient dans un minuscule abri entouré de blocs de roche. On avait placé une barrière à l’une des extrémités pour aménager un enclos sommaire où quelques poneys mastiquaient un tas de foin.

Jed tenta avec méfiance de retirer la selle de Maestro, et se fit mordre en récompense de ses efforts. Il frotta la contusion qui se formait rapidement sur son bras, puis gronda :

— Alors tu resteras coincée dans ton harnachement, sale bête.

Attirée par le fourrage, la monture pénétra de bon gré dans la zone réservée à son espèce. C’était un animal de valeur, Kiri espérait donc que l’un des autres contrebandiers savait comment s’occuper des chevaux. Mais elle ne blâmait pas le bandit d’avoir peur. Maestro était imposant, vif et majestueux, et avait manifestement peu de patience avec les paysans.

Jed prit la jeune fille par le bras et la mena vers une allée dissimulée entre deux rochers. Incapable d’utiliser ses mains, elle aurait pu tomber si l’individu ne l’avait pas tenue. Aucune chance de s’échapper avec Howard juste derrière eux.

Le chemin s’aplatissait avant une corniche qui menait à l’entrée étroite d’une grotte maritime. Un passage divergeait pour déboucher sur une mince plage de galets en contrebas. Il y avait juste assez de lumière pour que Kiri aperçoive quelques bateaux amarrés dans ce petit port naturel. La flotte des contrebandiers – pêcheurs le jour, trafiquants la nuit. C’était une bonne cachette que les navires collecteurs des droits d’accise auraient du mal à trouver en longeant la côte.

Jed la guida jusqu’à la grotte, qui s’élargissait en une pièce étonnamment grande. Kiri estima qu’elle devait presque faire la surface de la salle de bal d’Ashton House.

Dès qu’ils furent à l’intérieur et loin de l’entrée, Jed alluma une lanterne qui éclaira une grande partie de la caverne. Les alcôves débordaient de denrées de contrebande, en particulier du vin et des spiritueux dans de petits tonneaux facilement transportables. Kiri avait entendu dire que ces alcools étaient si concentrés que consommés en grande quantité, ils pouvaient tuer un homme. On devait les diluer avant de les servir.

Elle vit des ballots emballés dans de la toile cirée, qui renfermaient probablement du thé et du tabac. D’autres paquets contenaient peut-être des rouleaux de tissu et de dentelle, ou diverses marchandises de luxe. Elle ne parvenait même pas à deviner la valeur de cette réserve, mais se doutait que le montant était considérable.

On la conduisit tout au bout de la grotte. Avant qu’elle prenne conscience de ce que Howard faisait, il lui passa une menotte au poignet gauche. Bien qu’enrageant d’être enchaînée au mur telle une bête, elle se tint tranquille pendant qu’il lui coupait ses liens. La corde avait été nouée avec l’agilité d’un marin et lui lacérait la peau.

Elle massait les sillons ainsi creusés dans sa chair lorsque son ravisseur lui posa une lourde main sur le sein et commença à le presser. Outrée, elle bondit en arrière et lui assena un violent coup de pied dans l’aine.

Elle ne l’atteignit pas en plein milieu, mais sa botte d’équitation le frappa suffisamment près pour que Howard hurle et tombe en arrière, les mains agrippées à son entrejambe.

— Espèce de chienne ! s’exclama-t-il, à bout de souffle, avant de se pencher en avant et de brandir un couteau. Tu vas le regretter !

— On peut pas en vouloir à cette gamine de refuser de se faire peloter, intervint Jed en retenant de la main le bras de son acolyte. Le capitaine saura quoi faire d’elle. Allume un feu pendant que je rassemble de quoi préparer du bumbo. Les gars voudront une boisson chaude quand ils rentreront.

L’individu s’exécuta en grommelant, et quelques minutes plus tard, les deux hommes prenaient à tour de rôle des gorgées de gin à la lueur des flammes. Kiri sentait clairement la forte odeur de genévrier dans toute la caverne.

Howard garda le silence sous l’effet de l’alcool, pendant que Jed préparait la mixture, ce qui nécessitait qu’il suspende une grande bouilloire remplie d’eau au-dessus du feu. Puis il ajouta du sucre, un citron, et une pincée de muscade. La contrebande devait se révéler profitable pour leur permettre d’acheter de tels ingrédients.

L’air s’imprégna de ce parfum d’épice et d’agrume tandis que la fumée disparaissait dans les fissures du plafond. La jeune captive devina que lorsque le liquide aromatisé serait chaud, on l’agrémenterait de rhum ou d’un autre spiritueux. Elle en aurait volontiers pris une chope elle-même – elle avait si soif, et si froid.

Puisqu’elle ne pouvait remédier ni à l’un ni à l’autre, elle s’assit et s’adossa au mur en remontant ses genoux. Posant les poignets sur ses cuisses, elle examina sa menotte. L’humidité de la grotte en avait fait rouiller la surface métallique, mais elle était encore solide.

Vraiment ? Elle tenta de la tordre de sa main gauche, et eut l’impression qu’elle était plus oxydée que ne le pensaient ses ravisseurs. En l’éprouvant juste un peu, elle pourrait forcer son entrave et l’ouvrir.

À sa main droite, elle portait la bague que ses parents lui avaient donnée pour ses dix-huit ans. Cet élégant bijou était serti de sept parfaits petits diamants qui s’alignaient sur le dessus dans un ordre de taille légèrement décroissant, le plus large étant placé au milieu. Ils étaient si saillants que la rangée qu’ils formaient ressemblait à une scie. Si elle parvenait à creuser une rainure dans la rouille, elle pourrait tordre et casser le métal.

Elle commença à frotter les pierres précieuses sur la partie la plus abîmée, heureuse que le bruit de l’eau couvre celui de ses efforts. L’effet de surprise l’aiderait à filer devant Jed et Howard si elle pouvait se libérer avant le retour de leurs compagnons. Une fois sur Maestro, elle serait à mi-chemin de Douvres avant qu’ils prennent conscience de la situation.

Kiri creusait un sillon dans le fer, mais sa progression se révélait douloureusement lente. Elle était encore enchaînée lorsque les autres trafiquants furent de retour. Ils étaient d’excellente humeur d’avoir accosté sans encombre avec une marchandise de si grande valeur. Même si leur proie parvenait à se détacher, elle devrait passer devant toute cette meute pour s’enfuir.

Elle posa rapidement les poings sur ses genoux quand Hawk s’approcha pour l’examiner, en gardant la main droite sur sa menotte.

— Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? marmonna-t-il.

Howard s’esclaffa bruyamment.

— Attention, cap’taine, elle donne des coups de pied et elle mord. Elle a besoin d’être débourrée comme une pouliche. Ça me dirait bien de la chevaucher.

— On fait dans la contrebande, pas dans le crime, rétorqua sèchement son chef. Dommage qu’elle soit pas une fille de la région, on serait sûrs qu’elle dirait rien sur nous.

— Occupe-toi de ça plus tard, Hawk, lança l’un des hommes en lui apportant une tasse fumante de bumbo. Pour l’heure, fêtons cette affaire rondement menée.

Le chef se détourna de Kiri.

— Montez une chope de ce mélange à Swann, puisqu’il attend Mac là-haut. Il mérite de se réchauffer un peu.

Kiri les observa, mal à l’aise. La plupart de ces individus devaient avoir des familles, et ne versaient probablement pas dans le meurtre. Mais l’alcool pouvait rendre violent le plus raisonnable des hommes, et Howard, ainsi que d’autres, peut-être, était susceptible de tuer de sang-froid. Elle recommença à gratter sa menotte d’un air grave. Il lui fallait faire quelque chose pour ne pas devenir folle.

Le temps s’écoula, tout comme l’alcool dans les gorges des bandits. Puis le diable quitta les enfers pour faire son apparition dans la grotte.

Chapitre 3

Le choc parcourut l’échine de Kiri avant qu’elle prenne conscience que le nouvel arrivant était seulement un homme imposant que suivait l’un des trafiquants avec une torche. La façon dont l’air s’engouffrait dans les replis de son pardessus foncé et le mouvement frénétique des flammes donnaient l’impression qu’il venait chercher Faust.

Il avança dans la lumière, ôtant son chapeau pour laisser apparaître un beau visage qui semblait avoir été rarement déformé par une réflexion approfondie.

— Bonjour, lança-t-il d’une voix décontractée qui emplit la caverne. Comment vont mes trafiquants préférés ?

Un concert d’exclamations diffuses l’accueillit.

— C’est Mackenzie !

— Eh oui, Mac la Lame en personne !

— Je suis sûr que tu dis ça à tous les contrebandiers, beau parleur !

— Où est-ce que t’étais passé, sale crapule ?

— Trouve-toi un rocher et joins-toi à nous, Mac !

— Désolé, je suis en retard, répondit Mackenzie d’un air enjoué. J’ai repéré des collecteurs de taxes et j’ai pensé que vous n’apprécieriez guère que je les mène jusqu’ici, expliqua-t-il en serrant la main du capitaine. Pourrais-tu apporter tout ce que j’ai commandé ?

— Il nous manque un tonneau de hock, mais le reste arrive, précisa Hawk en lui servant un verre. Goûte ce rouge. Il est un peu jeune, mais vraiment pas mauvais.

Le jeune homme prit le vin et l’avala la mine songeuse tandis qu’il se faisait son opinion.

— Excellent. Je t’en prendrai la prochaine fois.

Il tendit son verre pour être resservi.

— Voici ton fameux tabac français, dit Hawk en lui donnant un paquet. Il sent bon, mais aucun tabac ne vaut ce que tu me paies pour te fournir celui-là.

Mackenzie renifla le ballot avec reconnaissance avant de le mettre dans son manteau.

— Il vaut chaque penny. Un moment, s’il te plaît…

Il fouilla dans une autre poche et en sortit deux sacs de toile, un petit et un grand. Ils émirent un bruit métallique lorsqu’il les lui tendit.

— Ça, c’est pour le tabac. Celui-ci, c’est pour le vin et les alcools qui cheminent vers Londres.

— C’est un plaisir de faire affaire avec toi, dit le capitaine en esquissant l’un de ses rares sourires.

Kiri releva qu’il ne vérifiait pas la somme. Mac devait être un client régulier et fiable.

Cet homme était certes imposant, séduisant et bien habillé, mais ce n’était pas pour cette raison que tous les yeux étaient rivés sur lui dans la grotte. Le terme « charisme » traversa l’esprit de la jeune fille. Elle s’était laissé brièvement courtiser autrefois par un étudiant de Cambridge qui lui attribuait cette qualité parce que sa beauté attirait l’attention dès qu’elle pénétrait dans une pièce. Le charisme était un magnétisme qui aimantait les autres vers soi, lui avait-il expliqué. Il donnait aux dirigeants le pouvoir de fasciner leurs partisans.

Puis cet homme s’était présenté devant elle avec des vers composés en grec, ce qui était gentil de sa part, et dissimulait probablement sa médiocrité en poésie. Affirmer que Kiri était charismatique relevait de la pure flatterie, mais ce n’était pas le cas concernant Mackenzie. Tous les trafiquants, même Howard le colérique, rayonnaient dès que leur invité leur adressait un coup d’œil ou un sourire.

Mac savourait son vin lorsqu’il aperçut Kiri.

— Qui est cette gamine ? demanda-t-il en avançant vers elle.

Hawk, Howard et Jed l’accompagnèrent.

— C’est un nid à problèmes, répondit sèchement le capitaine. Elle est tombée sur nous à cheval pendant qu’on transportait la marchandise. On a dû la capturer. Je sais pas trop quoi faire d’elle. Peut-être voir combien ses parents seraient prêts à verser pour la récupérer.

— Ils seraient idiots de lâcher même un shilling, grommela Howard. Elle a besoin de se faire mater, et je suis en tête de liste pour ça.

Jed s’esclaffa.

— Une bonne chose que son pied t’ait raté de peu, ou t’en serais pas capable.

Des plaisanteries grivoises s’ensuivirent parmi les contrebandiers, mais Mackenzie n’en tint pas compte, et s’agenouilla pour étudier Kiri de plus près. Elle le dévisagea en plissant les yeux.

Il lui était vaguement familier, même si elle était persuadée de ne l’avoir jamais rencontré. En dépit de son air avenant et frivole, il se déplaçait avec la vigilance féline d’un soldat. Qui savait tuer. Mais il ne dégageait pas la violence d’un chien enragé.

— Si les regards pouvaient fusiller, nous serions tous morts, déclara-t-il, amusé. Il y a peut-être un joli minois derrière ce bâillon. Est-ce bien nécessaire ?

— Oui, ses insultes commençaient à nous gêner, rétorqua Hawk d’un ton sinistre. Elle jure comme un marin ivre.

Les trafiquants trouvèrent cette remarque hilarante, et un rire grondant emplit toute la grotte. Kiri frissonna en s’apercevant qu’ils étaient arrivés à un état d’ébriété où ils ne se souciaient guère des conséquences de leurs actes.

— Qu’est-ce que tu vas faire d’elle ? demanda Mackenzie.

— J’hésite. Elle a sûrement de la valeur pour quelqu’un, mais je ne sais pas qui, déplora le capitaine d’un air renfrogné. Elle est pas du genre coopératif.

— Elle mord comme un chat sauvage et rue comme une maudite mule, marmonna Howard.

— Elle a du tempérament, confirma Hawk. Elle pourrait très bien aller trouver les collecteurs de taxes et les persuader de se lancer sur nos traces. Elle doit également avoir une idée assez précise de l’endroit où se situe cette cachette. Bon sang, je sais vraiment pas quoi faire d’elle.

— Attache-lui des rochers et jette-la dans la Manche, suggéra Howard.

Kiri lui lança un regard noir de rage meurtrière. Elle n’avait voulu aucun mal à ces hommes. Même si elle n’approuvait pas la contrebande, elle savait que c’était toléré, voire presque respectable dans cette région. Elle n’aurait jamais cherché à se mêler de leurs affaires.

Mais elle ne se sentait plus neutre. Étant donné la façon dont ils l’avaient traitée, sa première envie était précisément ce que le capitaine craignait : faire tomber ses infâmes ravisseurs sous le coup de la loi. Bien qu’elle y eût renoncé contre le privilège de tuer Howard à mains nues.

— Elle dit qu’elle a volé son beau cheval, mais je pense qu’elle est née dans la soie, poursuivit Hawk. Ses habits sont curieux, mais de bonne qualité.

— La revendre à sa famille nous attirerait des ennuis, protesta Howard. Vaut mieux l’utiliser et la perdre ensuite.

— Ce serait gâcher un joli petit morceau, déclara Mackenzie, les yeux toujours rivés sur Kiri, mais l’air froidement indéchiffrable. Quel est son nom ? Peut-être saurai-je dire si elle a de la valeur.

— Elle prétend s’appeler Carrie Ford, mais si ça se trouve, elle ment, répondit le capitaine en sourcillant. Tu connais des Ford qui seraient riches ?

— Non, mais peut-être que sans bâillon, elle en dira davantage, maintenant qu’elle a eu le temps d’évaluer la situation.

— Attention à pas te faire mordre, l’avertit Jed.

— Ou gare à pas te prendre un coup de botte dans les roupettes, ajouta Howard. C’est que des problèmes, cette fille.

— Problème est mon second prénom, lança Mackenzie...

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