Pour les beaux yeux d'un espion

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Agent de la Couronne, Alastair Whitmore a juré de venger sa compagne, tuée par l’Aspic, un assassin dont la marque est un médaillon d’onyx. Or ce médaillon, il vient de le trouver à Londres, dans le réticule de Lilias Fairchild, une femme hors du commun, véritable amazone qui, deux ans plus tôt, pourfendait l’ennemi sur le champ de bataille de Waterloo. Quel lien a-t-elle avec l’Aspic ? Pour la faire parler, Alastair n’hésite pas à l’enlever, mais un désir brûlant vient troubler leur affrontement. Dans ce jeu du chat et de la souris où tous les coups sont permis, lequel des deux va-t-il dévorer l’autre ?
Publié le : mercredi 23 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290123706
Nombre de pages : 385
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ALYSSA
ALEXANDER

Pour les beaux yeux d’un espion

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Lionel Évrard

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Présentation de l’éditeur :
Agent de la Couronne, Alastair Whitmore a juré de venger sa compagne, tuée par l’Aspic, un assassin dont la marque est un médaillon d’onyx. Or ce médaillon, il vient de le trouver à Londres, dans le réticule de Lilias Fairchild, une femme hors du commun, véritable amazone qui, deux ans plus tôt, pourfendait l’ennemi sur le champ de bataille de Waterloo. Quel lien a-t-elle avec l’Aspic ? Pour la faire parler, Alastair n’hésite pas à l’enlever, mais un désir brûlant vient troubler leur affrontement. Dans ce jeu du chat et de la souris où tous les coups sont permis, lequel des deux va-t-il dévorer l’autre ?
Biographie de l’auteur :
Elle est l’auteure de romans historiques dans lesquels elle mêle avec brio l’aventure et la passion. Elle vit dans le Michigan.

Alyssa Alexander

Elle écrit des romances historiques qui mêlent amour et danger. Son premier ouvrage, La contrebandière en bas de soie, se déroule pendant la Régence anglaise. Il a été nominé pour le RITA Award du meilleur premier roman.

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

La contrebandière en bas de soie

N° 11302

Pour Joe,
à cause de ce jour où tu as rencontré une folle
qui voulait écrire des romans d’amour.
Ensuite, tu l’as épousée.
Avec mon amour. Toujours.

Prologue

18 juin 1815, dans un champ ensanglanté
près de Waterloo

 

Cette femme n’aurait pas dû être là, au beau milieu de la bataille. Elle venait pourtant d’émerger d’un nuage de fumée, perchée sur un alezan et vêtue de la veste bleue d’un officier de la cavalerie légère.

Le marquis d’Angelstone progressait difficilement dans un champ de maïs piétiné. Soudain, un sifflement strident se fit entendre au-dessus de sa tête. D’instinct, Angel se tassa sur lui-même lorsque le tir de canon fit une percée dans les rangs, l’éclaboussant de terre et de poudre.

L’inconnue, elle, ne broncha pas.

Il se remit en marche en toussant, les oreilles sifflantes, tandis qu’alentour les soldats tombaient ou se sauvaient. Il porta la main à sa poche de poitrine et sentit sous ses doigts la forme carrée de la lettre qu’il convoyait. Il avait ignoré qu’il lui faudrait se battre pour la délivrer à Wellington.

Le cheval amorça un virage serré. La femme agrippait les rênes d’une main et brandissait de l’autre un sabre de cavalerie. Ses gestes trahissaient son inexpérience, mais la fureur et la haine se lisaient au fond de ses yeux, et ce fut sans trembler qu’elle abattit la lame sur la poitrine d’un soldat français. L’homme s’écroula dans un flot de sang.

L’inconnue se détourna, pointant déjà son arme sur un autre ennemi. Angel la perdit de vue.

Par pur réflexe, il projeta son épée en avant lorsqu’un Français jaillit devant lui, le visage tordu par la peur. En l’entendant crier de douleur, il s’efforça d’ignorer la culpabilité qui l’assaillait. C’était tuer ou être tué. La culpabilité serait pour plus tard.

Il se remit en marche, porté par l’avance de la troupe, cherchant la femme des yeux. La boue dans laquelle il pataugeait aspirait ses pieds, menaçant de le faire tomber sous les sabots des chevaux. Des épis de maïs brisés lui fouettaient le visage. L’odeur sulfureuse de la poudre noire lui irritait le nez.

Angel se débarrassa d’un ennemi qui chargeait, en contourna un autre, et la revit enfin, toute proche.

De la suie maculait le visage de l’inconnue. Elle sourit à l’ennemi qui lui faisait face, et ce sourire était terrible… L’homme pâlit mais braqua son fusil sur elle. Il fut moins rapide que la lame qui lui ôta la vie.

Une nouvelle fois victorieuse, la jeune femme redressa la tête. Par-dessus le corps du soldat mort et au milieu d’un tourbillon de fumée grise, Angel croisa son regard. Ses yeux étaient d’un bleu pâle et glacial. Une seule chose les habitait : la vengeance.

Elle tira sur les rênes et son cheval se cabra, ses sabots battant l’air. Campé sur ses jambes, Angel se prépara à l’impact, mais celui-ci n’eut pas lieu. Bien en selle, la jeune femme maintenait sa monture dans cette posture, les mâchoires serrées, sans cesser de soutenir son regard.

La bataille parut s’estomper autour de lui. Le bruit de la canonnade lui-même reflua à ses oreilles. De mouvants rideaux de fumée masquaient les combats qui faisaient rage autour d’eux.

Angel ne voyait plus que les yeux impitoyables de l’inconnue. À ses tympans, le battement de son pouls se fit aussi assourdissant que des coups de canon. Une note aiguë et puissante semblait vibrer en lui.

Le cheval poussa un hennissement quand ses sabots retombèrent sur le sol. Debout dans ses étriers, l’inconnue leva son sabre vers le ciel et lança un cri de guerre dans lequel se mêlaient rage noire et douleur insondable. Elle fit faire demi-tour à l’étalon puis, éperonnant ses flancs, elle chargea un groupe de soldats, ses longs cheveux blonds flottant derrière elle.

Bientôt, masquée par des flots de fumée sombre, elle disparut aux yeux d’Angel dans le chaos de la bataille.

1

Juillet 1817

 

Alastair Whitmore, marquis d’Angelstone – nom de code : Angel –, toussa dans sa main gantée dans l’espoir de cacher son amusement. Un homme ne devait pas rire quand l’un de ses camarades espions se faisait alpaguer par une femme.

— Oh, milord ! minaudait la petite brune. Quel homme remarquable vous faites…

Le comte de Langford, infortunée victime de cet assaut, quitta un instant des yeux l’importune et chercha le regard d’Angel. Son admiratrice se pencha en avant, pressant son décolleté poudré contre son bras.

Angel lui répondit d’un sourire. Les flagorneries de la jeune femme l’amusaient, puisqu’il n’en était pas la cible.

— Si vous voulez bien m’excuser, dit Langford, je dois parler à lord Angelstone d’un sujet urgent.

— Vraiment ? feignit de s’étonner Angel. Je n’étais pas au courant.

— Je viens juste de m’en souvenir, prétendit Langford.

Résolument, il débarrassa sa manche des griffes de la brunette et s’écarta d’elle.

— Devez-vous vraiment y aller ?

La jeune femme esquissa une moue boudeuse. Les plumes tremblaient sur son turban. En gratifiant Langford d’un sourire faussement timide, elle ajouta :

— Je crois vraiment que nous devrions faire plus ample connaissance, milord. Cela fait des mois que vous vous êtes retiré à la campagne.

— Avec ma femme

La brunette en resta un instant bouche bée.

— Mais… vous voilà à Londres pour la soirée, reprit-elle. Et elle n’y est pas. Je pensais…

— Très chère… intervint Angel en s’interposant entre eux pour une mission de sauvetage. Vous devez être consciente que Sa Seigneurie est très prise, notamment par son épouse et ses deux petites filles.

— Je vois.

Sans même un regard de remords, elle tourna le dos à Langford et reporta son attention sur Angel. Aussi subtile qu’un éléphant en chasse, elle fit remarquer :

— Mais vous n’êtes quant à vous pas marié, lord Angelstone…

— Certes, répondit-il. Hélas, j’ai un autre engagement pour la soirée.

Angel porta les doigts de la jeune femme à un souffle de ses lèvres, avant d’ajouter :

— Quel dommage… Vous auriez constitué une bien charmante diversion pour moi.

Sa langue allait-elle noircir et tomber sous l’effet d’un si grossier mensonge ?

— Peut-être un autre jour ? se rengorgea-t-elle.

Comme pour calmer l’emballement de son cœur, elle plaça la main sur son ample poitrine et la tapota longuement.

Un écœurant relent d’eau de Cologne assaillit Angel, qui se retint d’éternuer.

— Peut-être, éluda-t-il en lui lâchant la main.

Puis, en s’inclinant galamment :

— Bonne soirée, madame…

Tandis que la brunette s’éclipsait, Langford soupira bruyamment et commenta en s’époussetant la manche :

— Un prédateur en jupons, si vous voulez mon avis… Et elle m’a couvert de poudre.

Angel réprima un sourire.

— Si vous avez oublié à quel point nos dames de salon vous adorent, plaisanta-t-il, c’est que vous êtes réellement reclus à la campagne depuis trop longtemps…

— Manifestement, je ne suis pas le seul qu’elles adorent, cher ami.

— Exact, approuva Angel. Un titre produit cet effet sur la gent féminine. Vous vouliez vraiment me parler ?

— Non.

Langford saisit sa montre à gousset et fit la grimace en la consultant.

— Il faut que j’y aille, ajouta-t-il. J’ai eu mon compte de mauvais punch, d’insinuations et de plaisanteries pour la soirée. Grace m’attend à la maison.

— Comment va votre comtesse ?

Étant donné la beauté de l’épouse de Langford, Angel pouvait comprendre son désir de la cacher à la campagne.

Le visage de son ami s’attendrit.

— Elle est encore fatiguée par l’accouchement, répondit-il en rempochant sa montre. Mais cela ne l’a pas empêchée de me mettre dehors quand elle a su, au sujet de ma mission.

— Ah… Je me demandais si vous étiez ici pour le travail ou pour le plaisir.

Langford haussa négligemment les épaules.

— Un peu des deux, dit-il. Et vous ?

— La même chose.

En fait, rien n’échappait jamais totalement au travail. Un espion agissait rarement pour le plaisir.

Angel laissa son regard errer sur la salle de bal emplie d’une foule dense. Les convives se bousculaient en flirtant et en riant. Bijoux et diamants brillaient dans la lumière. En discutant avec leurs soupirants ou amis, les femmes agitaient leurs éventails peints devant elles. Des valets de pied fendaient la cohue, porteurs de plateaux chargés de coupes de champagne et de punch rosé. Et par-dessus tout cela s’élevaient les harmonies subtiles d’un quatuor à cordes et les senteurs des bougies de cire.

Tel était le monde étourdissant et étincelant de la bonne société londonienne. Mais sous ce vernis séduisant pullulaient passions, intrigues et secrets. Il était du devoir d’Angel de les débusquer. Cependant, au-delà des missions officielles et des intrigues politiques, c’était l’assassin d’une femme, quatre ans plus tôt, qu’il recherchait.

L’assassin de sa femme.

Gemma…

Une colère froide le fit se détourner de la piste.

— Je pense que je vais suivre votre exemple et m’éclipser aussi, annonça-t-il à son ami.

Il n’aspirait à rien d’autre qu’à un bon feu dans sa cheminée, à un brandy et à son violon. Le concert de voix devenait assourdissant. L’agitation sans cesse changeante des danses lui donnait le tournis. Angel observa la foule une dernière fois. Des vagues de danseurs passaient et repassaient. Ce fut alors, entre deux passages, qu’il la vit.

Plus de veste de cavalerie pour elle, ni de sabre levé vers le ciel. Juste une robe de soirée et un éventail peint qu’elle agitait mollement devant son visage. Plus de cri de guerre dans sa bouche, dont les lèvres s’incurvaient de manière sensuelle alors qu’elle s’adressait à un officier.

Le cœur serré, il eut l’impression que le champ de bataille remplaçait la salle de bal. Le tourbillon de danseurs fit place aux rangs serrés des troupes françaises. Le frottement des archets sur les cordes s’estompa sous le miaulement des sabres. De nouveau, l’odeur de la poudre lui assaillait les narines et la canonnade tonnait dans l’air.

Deux années s’étaient écoulées depuis Waterloo. Deux ans depuis que ce halo de cheveux lumineux et ces yeux assoiffés de revanche l’avaient tant marqué. Angel secoua la tête pour chasser ces souvenirs.

L’inconnue, elle, ne disparut pas. Les hommes se massaient autour d’elle, jouant des coudes pour gagner un rang. Les gilets rayés des dandys contrastaient avec le rouge et le bleu foncé des uniformes de soldats. Puis, comme en écho à la bataille, le duc de Wellington lui-même fit son apparition à côté d’elle. Elle lui adressa un sourire chaleureux tandis qu’il se penchait sur sa main.

La bande d’admirateurs s’écarta quelque peu, par respect pour Wellington, les laissant aussi seuls qu’on peut l’être dans une salle bondée.

— Qui est cette femme ? demanda doucement Angel, en la désignant à son ami d’un coup de menton. Celle qui parle à Wellington.

— Lilias, la veuve du major Jeremy Fairchild. Il a trouvé la mort à Waterloo.

Langford arqua un sourcil et s’étonna :

— Connaissiez-vous le major ?

— Non.

Angel vit Mme Fairchild taper doucement le bras de Wellington de son éventail replié. Un geste affectueux plus qu’une manœuvre de séduction.

— Que savez-vous d’elle ? s’enquit-il.

— Nous l’aimons bien, Grace et moi. Ne vous y fiez pas : cette douce apparence cache une volonté de fer. Mais elle est très secrète, ce qui ne fait que nourrir les cancans.

Langford baissa la voix pour ajouter :

— Elle a suivi son mari au combat. On dit que lorsque le corps du major a été ramené, elle est devenue folle de chagrin et a revêtu l’uniforme de son époux pour se lancer dans la bataille avec son cheval et son sabre.

La rumeur disait vrai. C’était bien une sorte de folie qui s’était emparée d’elle, ce jour-là.

— Dans ces conditions, je suis surpris de la trouver ici, commenta Angel.

Une femme ayant marché au combat avec les soldats, coupable qui plus est de s’être conduite de manière si peu féminine, aurait dû être ostracisée par la bonne société.

— Certaines portes lui restent fermées, reconnut Langford. Mais comme Wellington en personne s’est fait son champion, on a fini par l’accepter.

— Elle aurait pu mourir…

Ce visage farouche était resté gravé dans sa mémoire, mais Angel s’était persuadé qu’elle n’avait pas survécu. Il pensait à elle chaque fois qu’il évoquait ce jour-là, vaguement triste qu’une aussi vibrante créature ait pu se sacrifier ainsi. La retrouver bien vivante dans ce salon tenait donc à ses yeux du miracle.

— Ceux avec qui elle s’est battue vous diront qu’elle allait au-devant de la mort, expliqua Langford. Les Français l’appelaient « l’ange de la vengeance ».

Dans ce cas, songea Angel, cela lui faisait au moins un point commun avec la veuve Fairchild…

Le regard de Langford se fit rusé quand il ajouta :

— Je la connais suffisamment pour vous la présenter.

Sans doute ne se souviendrait-elle pas de lui. Un soldat en croisant un autre au combat, cela n’avait rien de mémorable. Cela n’avait été qu’un moment fugitif. Même si ces yeux vengeurs hantaient ses rêves presque autant que ceux de Gemma mourante.

Tout en prêtant l’oreille à ce que lui disait Wellington, la jeune femme inclina la tête sur le côté et laissa ses yeux courir sur la foule. Elle n’aurait pas dû voir Angel, étant donné qu’une troupe virevoltante de danseurs les séparait. Pourtant, comme une flèche perçant le brouillard, ses yeux bleus vinrent se poser directement sur lui.

Ce n’était plus la soif de vengeance qui les faisait étinceler, mais ce regard n’en demeurait pas moins éclatant. Angel sentit qu’il éveillait en lui un désir puissant, de même que les formes féminines que sa robe suffisait à peine à cacher.

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