Pouvoirs d'attraction

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Elle ne sait pas qui il est, et pourtant il la hante...

Lady Alethea est hantée par la vision d’un homme en grand danger – le même homme qui vient lui rendre visite dans ses rêves. Elle ne connaît pas son nom, mais ressent pourtant le lien qui les unit, et elle sait qu’elle est la seule à pouvoir lui éviter la mort, alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés.

Toutefois, lord Hartley Greville peut se défendre seul – il l’a prouvé à maintes reprises lors des missions qu’il a accomplies en qualité d’espion de la Couronne. Mais s’il veut réussir cette fois, il devra accepter de faire équipe avec cette superbe créature au don étrange, qui ne le laisse pas indifférente. Le destin pourrait bien les unir à jamais...

« Hannah Howell offre à ses lectrices une nouvelle série fascinante. » Booklist

« Encore une histoire captivante, pleine d’aventures et d’émotions. » Romantic Times


Publié le : mercredi 20 août 2014
Lecture(s) : 26
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782820517470
Nombre de pages : 480
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couverture

Hannah Howell

Pouvoirs d’attraction

Wherlocke – 3

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathias Lefort

Milady Romance

Chapitre premier

Alethea Vaughn Channing leva les yeux du livre qu’elle s’efforçait de lire pour plonger son regard dans la flambée aux couleurs chatoyantes du feu qui brûlait dans l’immense âtre. Elle se figea brusquement. L’homme était de retour, prenant forme au sein des flammes et des volutes de fumée. Elle essaya de détourner le regard, de rester impassible et de se concentrer sur sa lecture, mais cette apparition attirait irrésistiblement son attention, étouffant sa volonté ou ses envies.

Il faisait presque partie intégrante de la famille, car ils avaient pratiquement grandi côte à côte. Elle voyait des fragments de la vie de cet homme depuis qu’elle avait cinq ans, alors qu’il n’était lui-même qu’un petit garçon. Après quinze longues années à épier subrepticement des instants de son existence, Alethea avait développé envers lui une sorte de sentiment d’appartenance, même si, en fin de compte, elle n’avait aucune idée de qui il était. Elle avait observé ce jeune garçon dégingandé et un peu gauche devenir un homme. Elle l’avait vu en rêves, en visions, et avait même par moments ressenti sa présence à ses côtés. Témoin involontaire, elle avait assisté à ses blessures, à ses larmes, avait connu ses chagrins et ses joies – parmi tant d’autres choses. Elle l’avait même vu la nuit de son propre mariage. Étrangement, sa présence l’avait réconfortée à l’heure où l’absence de feu son mari avait été si marquée. Certaines fois, cet étrange lien était douloureusement intense ; d’autres fois, il n’était rien de plus qu’une vague émotion. Elle n’aimait pas s’introduire ainsi dans son intimité, mais rien de ce qu’elle avait pu faire n’avait pu changer cela.

Alethea remarqua que cette vision-ci allait être puissante. Les images qui défilaient devant elle se mirent à former une scène si poignante de réalisme qu’elle eut l’impression d’en faire partie. La jeune femme posa son livre et s’avança vers la cheminée pour s’agenouiller devant les flammes tandis qu’un malaise s’emparait d’elle. Soudain, elle sut qu’elle n’assistait pas simplement à un instant fugace de la vie privée de cet homme mais qu’il s’agissait là d’un avertissement. Alors qu’elle se concentrait sur cette vision, elle évalua la possibilité que ceci soit la finalité de tout ce qu’elle avait vu de l’existence de cette personne. Elle sut, sans l’ombre d’un doute, qu’elle n’avait pas devant les yeux une scène en train de se dérouler, ni ayant déjà eu lieu, mais bien ce qui allait se passer.

Il se tenait sur le perron d’une très belle demeure, rajustant négligemment sa tenue. Elle pouvait sentir sur lui le parfum de rose et fit une grimace écœurée. Ce mufle venait vraisemblablement de quitter les bras d’une femme. Si elle déchiffrait bien l’expression de son visage, il arborait ce sourire suffisant que Kate, sa femme de chambre, affirmait être l’expression universelle de ces messieurs une fois leur appétit sexuel satisfait. Alethea avait la nette impression que l’homme de ses visions passait beaucoup de temps à assouvir cet appétit.

Un grand carrosse noir se rangea devant le perron. La jeune femme faillit plonger la main dans le feu sous l’impulsion soudaine qui la submergea et l’exhorta à retenir cet homme alors qu’il montait dans l’habitacle. Puis, sans prévenir, sa vision se transforma en une étourdissante succession d’images, aussi brèves que terrifiantes, qui lui martelèrent l’esprit l’une après l’autre. Elle poussa un cri sous la violence de la souffrance qu’elle ressentit à travers lui – une douleur atroce et sans répit. On cherchait à obtenir ses secrets, mais il refusait de les révéler. Un hurlement écorcha la trachée d’Alethea juste avant qu’elle s’écroule, s’agrippant la gorge d’une main alors qu’une vive douleur, au-delà des mots, semblait la lui arracher. L’homme de ses visions mourut dans cette douleur. Quand bien même elle ne l’avait pas réellement vu exhaler son dernier souffle, la cheminée ne lui offrant plus que le spectacle des flammes et de la fumée, elle avait perçu la souffrance, le froid qui s’étaient emparés de ce corps qui se vidait de son sang. Pendant cet instant effroyable, elle avait été prise d’une profonde affliction face à cette disparition.

Au milieu de toute cette confusion, Alethea entendit ses domestiques faire irruption dans la pièce alors qu’elle rampait en direction de la table où étaient rangés ses cahiers de croquis et son matériel de dessin.

— Kate, aidez-moi à m’installer à cette table, ordonna-t-elle à la femme gironde qui se portait à son secours.

— Oh ! Madame, c’était une vision coriace, ce coup-ci, ou je m’y connais pas, s’écria la jeune servante alors qu’elle aidait sa maîtresse à s’asseoir dans son fauteuil. Faut que vous buviez une bonne tasse de thé chaud avec beaucoup de sucre, ça oui, et faut vous reposer aussi. Alfred, apportez du thé.

Le majordome, un domestique grand et trop maigre qui ne prenait même plus la peine d’expliquer à Kate la hiérarchie du personnel de maison, s’exécuta.

— Pas encore. Il faut que je couche tout ceci sur le papier, sans quoi je ne m’en souviendrai pas.

Lorsqu’elle eut fini de retranscrire en croquis toutes les images qui lui étaient parvenues et tous les détails qu’elle pouvait se rappeler, Alethea était encore très affaiblie. Elle se mit à boire par petites gorgées une tasse de thé que lui servit son majordome l’air inquiet et examina son travail. Elle redoutait ce qu’il lui fallait accomplir à présent mais savait qu’elle n’avait pas le choix.

— Nous partons pour Londres dans trois jours, annonça-t-elle avec l’envie de sourire face à la mine déconfite de ses domestiques.

— Mais pourquoi ? se lamenta Kate.

— Je le dois.

— Où irons-nous ? Votre oncle occupe actuellement votre résidence à Londres.

— Elle est suffisamment vaste pour nous accueillir tous le temps que j’accomplisse ce que cette vision m’exhorte à faire.

— Puis-je vous demander, madame, ce que votre vision vous exhorte à faire ? s’enquit Alfred.

— Empêcher un meurtre.

 

— Vous ne pouvez pas demander à voir Hartley Greville. Il s’agit du marquis de Redgrave, savez-vous ?

Alethea fronça les sourcils à cette remarque de son oncle d’à peine sept ans son aîné. À son arrivée à Londres, la veille, après trois jours de route, elle s’était sentie trop éreintée pour avoir une véritable discussion avec lui. Elle avait ensuite dormi tard et avait manqué l’heure du petit déjeuner. Elle avait pris grand plaisir à déjeuner en sa compagnie et s’était bientôt mise à lui raconter la vision qu’elle avait eue. Il s’était montré fort intrigué et enclin à lui venir en aide, jusqu’à ce qu’il pose son regard sur les esquisses qu’elle avait dessinées de l’homme qu’elle recherchait. Le beau visage de son oncle s’était alors immédiatement refermé et assombri.

— Et pourquoi cela ? s’indigna-t-elle en découpant une tranche de jambon qu’elle commença à mâchonner.

— C’est un véritable ruffian. S’il n’était pas aussi riche, ne possédait pas tant de titres prestigieux et n’était pas issu d’une lignée aussi glorieuse, je doute qu’il figurerait sur aucune liste d’invitations. S’il avait fait une encoche sur ses colonnes de lit à chacune de ses conquêtes, il aurait déjà dû changer de lit par trois fois à ce jour.

— Oh, bigre. Est-il marié ?

— Ah ! Non. Mais beaucoup le tiennent pour le parfait prétendant. Toutes ces richesses et tant de noblesse, comprenez-vous. Les jeunes filles ne s’en plaindraient certainement pas, car il est par ailleurs jeune et beau.

— Il ne peut donc pas être si mauvais que cela, n’est-ce pas ? Il me semble que si les mères l’envisagent comme futur époux de leur fille…

Alethea s’interrompit là en voyant Iago Vaughn secouer la tête, faisant ainsi basculer des mèches de son épaisse chevelure foncée sur son front.

— Il n’en reste pas moins un ruffian de la pire espèce. Froid et calculateur, il traîne derrière lui une montagne de rumeurs sordides. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il franchisse cette ligne ténue au-delà de laquelle il sera considéré comme un paria, affirma-t-il avant de froncer les sourcils. Cependant, je me demande parfois si cette ligne n’est pas quelque peu malléable en ce qui concerne pareils messieurs. Pour ma part, je réfléchirais longuement avant de lui présenter ma fille, si j’en avais une. Quoi qu’il en soit, je n’ai certainement pas envie que ses yeux se portent sur vous. Faire rencontrer à Greville une belle et jeune veuve ? Ah, mais on me prendrait pour un fou.

— Mon oncle, si vous ne consentez pas à me faire rencontrer cet homme, soyez assuré que je trouverai quelqu’un qui saura m’aider.

— Allie…

— Croyez-vous qu’il ait fait quelque chose qui justifie qu’on l’assassine ?

— Je suppose que beaucoup de maris seraient de cet avis, marmonna Iago en reportant son attention sur son déjeuner avant de froncer les sourcils de plus belle en constatant qu’il avait déjà terminé son repas.

Alethea sourit en remerciement au valet qui retira son couvert, et disposa plusieurs bols remplis de fruits entre elle et son oncle. Dès qu’Iago eut d’un geste remercié son domestique, elle se relâcha, laissant reposer ses coudes sur la table et piochant quelques mûres pour les mettre dans sa coupelle. Elle recouvrit ensuite ses fruits de crème caillée tout en réfléchissant soigneusement à ce qu’elle allait dire ensuite. Elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher que sa vision ne devienne une funeste prophétie, mais elle ne désirait pas mettre son oncle en colère pour parvenir à ses fins.

— Si certaines femmes brisent les sacrements du mariage, permettez-moi de croire que ce n’est pas simplement pour la beauté d’un esthète, contra-t-elle. Nul homme ne devrait se rendre coupable d’une telle chose, mais je ne pense pas qu’il soit le seul à blâmer pour le péché auquel il s’adonne. Pouvez-vous me promettre n’être jamais tombé dans ce vice ?

Pour atténuer son argument, elle leva les yeux sur son oncle et lui offrit un pâle sourire. Iago lui renvoya un regard furieux alors qu’il poussait son assiette sur le côté pour s’emparer d’une pomme avant de la découper en quartiers et d’en enlever le trognon.

— Ce n’est pas la question, et vous le savez fort bien. La question est de savoir si je suis prêt à présenter ma nièce à un fieffé séducteur, surtout lorsque cette même nièce est une veuve et que la séduction sera donc considérée comme licite. Un débauché tel que lui aura fait de vous ce qu’il veut avant même que vous vous en rendiez compte. On raconte que cet individu pourrait séduire une statue de marbre.

— Voilà un couple qu’il me plairait de voir, souffla Alethea à demi-voix avant de savourer une cuillerée de son dessert.

— Vilaine, s’exclama-t-il en souriant brièvement avant de recouvrer son sérieux. Vous n’avez jamais eu à traiter avec un homme tel que lui.

— Je n’ai jamais eu à traiter avec aucun homme, en vérité, à l’exception d’Edward ; mais au vu du peu que nous traitions ensemble, je suppose que cette année de mariage avec feu mon époux ne compte pas pour beaucoup.

— Certes, ce n’est pas une riche expérience. C’est malheureux.

— Pour lui, ou pour moi ? demanda-t-elle en souriant lorsqu’il gloussa. Je comprends bien votre inquiétude, mon oncle, mais elle n’entre pas en ligne de compte.

En voyant qu’il était sur le point de protester, Alethea s’empressa d’ajouter :

— Non. Rien de cela n’entre en ligne de compte. C’est une question de vie ou de mort. Comme vous le dites si bien, je suis une jeune veuve. S’il parvient à me séduire, alors qu’il en soit ainsi. Cela ne regarde que moi et j’en serai seule responsable. Dès que ce problème sera résolu, je pourrai m’en retourner à Coulthurst. Du reste, si cet homme a bel et bien connu autant de femmes qu’on lui en prête, je disparaîtrai dans cette foule sans même me faire remarquer.

— Pourquoi faites-vous preuve de tant d’obstination ? Il est possible que vous ayez mal interprété cette vision.

— Non, affirma Alethea en secouant la tête. Il m’est difficile de décrire tout cela, mais j’ai ressenti la douleur ainsi que son combat pour rester fort et ne pas révéler les informations qu’on voulait tirer de lui, puis j’ai senti sa mort. Il est une chose que je dois vous avouer : il ne s’agissait pas de ma première vision de cet homme. Il a commencé à m’apparaître lorsque j’avais cinq ans. Cela fait quinze ans que je vois cette personne.

— Grand Dieu ! À chaque instant ?

— Non, mais au moins une fois par an, parfois plus, sous quelque forme que ce soit. Il s’agit de sortes d’intrusions fugaces dans son existence – principalement sous la forme d’images fugitives, certaines plus claires que d’autres. Quelques visions troublantes me sont apparues lorsqu’il était en danger, mais j’assistais à des événements en cours ou s’étant déjà déroulés. Parfois, je le voyais aussi dans des rêves. Par moments, je percevais ses sentiments, comme si nous étions entrés en contact d’une certaine manière.

— Comment pouvez-vous savoir avec certitude que cette vision ne vous montrait pas une fois de plus ce qui était en train de se passer ou ce qui avait déjà eu lieu ?

— Parce que au milieu de cette déferlante d’images odieuses m’est apparue celle d’un journal daté d’un mois après le jour où j’ai eu cette vision. Le fait que cet homme soit toujours en vie est aussi un indice, poursuivit Alethea.

Elle lut sur le visage de son oncle qu’il était prêt à lui venir en aide mais qu’il espérait de tout cœur qu’il y eût une autre manière de parvenir à un résultat que de la présenter à cet individu.

— Je l’ai même vu lors de ma nuit de noces, ajouta-t-elle dans un souffle.

— Serait-il trop indiscret de vous demander ce qu’il faisait ? s’enquit Iago en écarquillant les yeux.

— Il avait le regard perdu dans les flammes, devant sa cheminée, tout comme moi, sauf qu’il avait, lui, la chance d’avoir quelque chose à boire. Pendant un bref instant, j’ai eu l’impression que nous partagions un moment de recueillement, de solitude, de déception, voire de tristesse. Ce n’était aucunement une vision exaltante, et pourtant, si étrange que cela paraisse, elle m’a fait chaud au cœur, expliqua Alethea en haussant les épaules à ce souvenir. Je pense sincèrement que toutes mes visions antérieures ont mené à celle-ci.

— Quinze ans de préparation ? Cela me semble quelque peu excessif, observa Iago.

Alethea s’esclaffa, mais sa bonne humeur fut de courte durée et elle soupira bientôt :

— C’est la seule explication qui me soit venue pour justifier un lien de si longue date avec un homme que je n’ai jamais rencontré. Je voudrais seulement savoir pour quelle raison quelqu’un voudrait l’enlever et le torturer avant de mettre fin à ses jours. Pourquoi ces gens cherchaient-ils à apprendre ses secrets ?

— Eh bien, disons que certaines rumeurs rapportent qu’il travaillerait pour le bureau des affaires intérieures, ou pour l’armée, contre les Français.

— Mais bien sûr ! Cela est bien plus vraisemblable qu’une volonté de vengeance de la part d’un mari cocu ou d’un amant jaloux.

— Cela signifie aussi que le danger à affronter est beaucoup plus élevé que la simple perte de votre vertu.

— Certes, mais l’importance d’agir pour sauver cet homme est aussi bien plus grande.

— Bigre, je suppose que vous avez raison.

— Alors, me viendrez-vous en aide ?

Iago acquiesça.

— Mesurez-vous qu’il ne vous sera pas aisé de lui expliquer tout cela ? Les gens ne comprennent pas ce que nous sommes, ils ne croient pas en nos dons, et ils en ont même peur. Imaginez la réaction générale si, la prochaine fois que je participe à une partie de cartes avec mes amis, je disais à l’un d’entre eux que sa tante, morte dix ans plus tôt, regarde par-dessus son épaule ? argumenta-t-il en souriant lorsque Alethea se mit à glousser.

Bien que son oncle ait choisi un exemple amusant, la pénible et implacable vérité qui se cachait derrière était bien plus sombre. Les dons que possédaient bon nombre des membres de leur famille étaient en effet souvent craints. Elle savait que parler de ses rêves et de ses visions pourrait conduire beaucoup de gens à la croire folle. C’était l’une des raisons pour lesquelles elle se tenait en marge de la société. Parfois, toucher un objet suffisait à déclencher une vision. Iago était capable de voir aussi bien que les choses matérielles les âmes des défunts qui avaient ajourné pour un temps leur passage dans l’au-delà. Il pouvait souvent deviner le moment et la raison de la mort de quelqu’un simplement en touchant un objet ou en se tenant à l’endroit du décès. Le seul aspect du pouvoir d’Iago qui la troublait était le fait qu’il lui arrivait parfois de sentir lorsque la mort allait bientôt frapper quelqu’un. Elle soupçonnait que son oncle était, de bien des manières, aussi seul et aussi isolé qu’elle.

— Cela nous complique l’existence, murmura-t-elle en réponse. Je me rassure parfois en me disant que cela pourrait être pire.

— Comment cela ?

— Nous pourrions partager le don de Modred, reprit-elle avant de hocher la tête lorsque son oncle esquissa une grimace. Il n’est guère aujourd’hui plus qu’un ermite qui tremble à l’idée de frôler quiconque, ou même d’approcher autrui, par peur de ce qu’il pourrait ressentir, entendre ou voir. Pouvoir lire aussi clairement dans l’esprit et dans le cœur des gens – je ne tarderais pas à sombrer dans la folie.

— Je me demande souvent si ce n’est pas, dans une certaine mesure, déjà le cas de ce pauvre Modred.

— L’avez-vous vu récemment ?

— Il y a environ un mois. Il a déniché quelques nouveaux serviteurs qui lui restent impénétrables, avec l’aide de tante Dob, répondit Iago en affectant une mine renfrognée. Il pense qu’il est parvenu à améliorer ses défenses comme il en avait besoin, néanmoins il doit encore trouver le courage de les tester. Mais, en fin de compte, en quoi sommes-nous mieux lotis que lui ? Vous vous terrez à Coulthurst et moi, je me réfugie ici.

— Je vous l’accorde, repartit Alethea en admirant la superbe salle à manger tout en sirotant son verre de vin. Je ne comprends toujours pas pourquoi tante Leona m’a légué cette maison plutôt qu’à vous. Elle savait certainement que vous vous sentiriez à votre aise ici.

— Elle m’en voulait de ne pas avoir accepté d’épouser la nièce de son mari.

— Fichtre.

— Je ne vous le fais pas dire. J’ai bien peur qu’elle n’ait fait changer son testament sous le coup de la colère et n’ait trouvé la mort avant que nous ayons eu le temps de voir l’eau couler sous les ponts.

— Vous devriez me laisser vous faire don de cette demeure.

— Non. Cela me convient de vous la louer. Je continue de surveiller les propriétés à acquérir ; ainsi, si notre arrangement actuel ne nous convient plus, nous pourrons toujours en discuter plus tard. À présent, voyons comment nous pourrions aller à la rencontre de lord Redgrave et lui expliquer le danger qu’il court sans être décrétés fous à lier.

 

Deux jours plus tard, dans la soirée, alors qu’ils faisaient leur entrée dans la salle de bal bondée, Alethea n’avait toujours pas de plan bien défini, et son oncle n’avait lui non plus rien à proposer. Elle était au bras d’Iago, qui lui faisait faire le tour de la vaste pièce en longeant les murs. La jeune femme lança des coups d’œil à toute cette foule d’élégants personnages et eut l’impression d’être un petit merle au milieu d’une volée de paons. Il y avait tant de femmes, si belles et si élégantes, qu’elle se demanda comment son oncle avait pu songer à l’éventualité que sa vertu puisse être menacée. Un ruffian chevronné tel que le marquis de Redgrave ne verrait jamais en elle un butin suffisant pour mériter qu’il perde son temps et fournisse un quelconque effort alors que cette salle regorgeait de joyaux.

— Vous sentez-vous nerveuse ? s’enquit Iago.

— Terrifiée, répondit-elle. Est-ce toujours ainsi ?

— La plupart du temps. Les événements organisés par lady Bartleby attirent toujours beaucoup de monde.

— Et vous pensez que lord Redgrave fera partie des convives ?

— Lady Bartleby est sa cousine, expliqua Iago en hochant la tête. Elle est l’un des derniers membres de sa famille encore en vie. Nous devons cependant garder l’œil bien ouvert. Il viendra, mais ne restera pas longtemps. Trop de jeunes demoiselles ici présentes sont en chasse d’un mari.

— Je suis surprise que vous consentiez à entrer dans cette arène.

— Ah ! Mais je ne suis qu’un modeste baron. Redgrave, lui, est marquis.

— Vous parlez de tout cela comme d’un vulgaire marché au bétail, fit remarquer Alethea en secouant la tête.

— Par bien des aspects, il s’agit d’affaires similaires. Ah, parfait. Je vois Albus et Gifford.

— Sont-ce là des amis à vous ?

Son oncle la guida vers l’extrémité opposée de la salle de bal, mais elle ne parvenait pas à repérer les personnes dont il parlait au milieu de la foule qu’ils traversaient.

— Non, ce sont des amis du marquis. Nous pouvons être certains qu’il se joindra à eux lorsqu’il arrivera.

— Qui se ressemble s’assemble, surtout dans le cas des cuistres.

— C’est ce que l’on dit. Oh ! Enfer et damnation.

Avant qu’Alethea ait pu s’enquérir de la cause de ce soudain malaise chez son oncle, une superbe femme rousse en grand apparat vint se camper près de lui. Si elle en jugeait par l’expression d’Iago, cette arrivée fortuite ne le mettait pas en joie, et cela excita la curiosité de lady Coulthurst. En examinant plus attentivement le visage à la beauté classique de l’inconnue, Alethea vit que des rides commençaient à se former au coin de ses yeux et à la commissure de ses lèvres. Elle en déduisit qu’elle devait être plus âgée qu’Iago. La nouvelle venue la regarda froidement, comme pour la jauger. Une seconde plus tard, le changement d’attitude qu’elle observa chez cette femme lui fit comprendre qu’elle venait d’être jugée insignifiante.

— Iago, très cher, où aviez-vous donc disparu ? demanda la nouvelle arrivante. Je ne vous ai pas vu depuis deux semaines.

— J’ai été fort occupé, Margarite, repartit son oncle sur un ton calme et détaché.

— Vous travaillez trop, mon cher. Qui vous accompagne donc là ?

— Je vous présente ma nièce, lady Alethea Channing. Alethea, voici Mrs Margarite Dellingforth, répondit Iago avec dans la voix une réticence trop prononcée à procéder aux présentations.

Alethea fit une légère révérence et Mrs Dellingforth s’inclina si discrètement en réponse qu’elle n’avait pas dû plier les genoux d’un iota. La jeune fille fut heureuse que l’attention de son oncle ait été attirée ailleurs à cet instant car il n’avait ainsi pas pu voir l’affront porté à un membre de sa famille. La tension résultant de cette rencontre de plus en plus embarrassante commençait à avoir raison de la patience déjà bien éprouvée d’Alethea. Le contexte eût-il été différent, celle-ci aurait observé avec fascination les variations subtiles, et celles parfois manifestes, ponctuant la conversation entre son oncle et Mrs Dellingforth, mais à l’instant, elle ne souhaitait que le départ de cette femme qui semblait faite de marbre. Aussi s’appuya-t-elle contre Iago et commença-t-elle à s’éventer le visage.

— Mon oncle, la chaleur qui règne ici m’indispose, dit-elle avec une voix qui, espéra-t-elle, laissait entendre la prétendue faiblesse de son état.

— Désirez-vous vous asseoir, très chère ? lui demanda son oncle.

— Vous n’auriez pas dû l’emmener si elle est souffrante, observa Mrs Dellingforth.

— Ah ! Mais je ne suis pas souffrante, rétorqua Alethea. Je suis quelque peu incommodée, voilà tout.

— Veuillez m’excuser, Margarite, mais je dois m’occuper de ma nièce, déclara Iago tout en guidant la jeune femme jusqu’à une rangée de chaises placées le long d’un mur.

— Voilà un repli fort peu subtil, mon oncle, souffla Alethea en accélérant le pas pour compenser les grandes enjambées d’Iago.

— Au diable les ronds de jambe.

— La passion est tombée, dirait-on.

— À plat, mais la dame refuse de mettre notre histoire aux oubliettes.

— Elle est très belle, dit Alethea en s’asseyant sur la chaise devant laquelle s’arrêta son oncle avant de lisser ses jupes.

— J’en ai conscience. C’est d’ailleurs bien là la raison pour laquelle je me suis amouraché, avoua-t-il en prenant deux verres de vin sur le plateau que lui présenta un valet avant d’en proposer un à Alethea. Notre histoire fut très brève. Pour parler crûment, je dois avouer que mon envie fut vite satisfaite et, mon instinct rassasié, j’ai commencé à voir quelque chose de repoussant en elle.

En voyant que des pensées troublantes semblaient avoir assombri les yeux marron-vert de son oncle, la jeune femme lui tapota la main.

— Si cela peut vous apporter un quelconque réconfort, j’ai moi aussi ressenti un malaise en sa présence. Je perçois comme un grand vide en elle.

— C’est exactement ce que je me disais, approuva-t-il en fronçant les sourcils tout en prenant une petite gorgée de vin. J’ai éprouvé certaines choses qui m’ont rappelé les moments où je me trouve en présence d’une personne sur le point de mourir, et je sais pourtant que ce n’est pas son cas.

— Que ressentez-vous dans ces cas-là ?

— C’est compliqué à expliquer, répondit-il en grimaçant. C’est comme si une part d’eux-mêmes manquait, était déjà partie ou leur avait été enlevée.

— Est-ce l’âme ?

— Une théorie fantaisiste, mais qui a sans doute le mérite d’être une explication aussi sensée qu’une autre. Dès que j’ai eu satisfait mon désir charnel, je n’ai plus supporté l’idée de la toucher, car je sentais ce sinistre vide. J’ai bafouillé quelques pathétiques mots d’excuse et ai quitté précipitamment son lit. Elle semble incapable de concevoir que je puisse vouloir ne plus rien avoir à faire avec elle. Je pense qu’elle est habituée à être idolâtrée.

— Voilà une dame fortunée, commenta Alethea en sirotant son verre tout en observant Mrs Dellingforth discuter avec une magnifique blonde. Qui est cette personne avec qui elle parle en ce moment ?

— Il s’agit de sa sœur, Mme Julie des Rouches.

— Elles sont françaises ?

— Émigrées 1. Le mari de Julie a été tué parce qu’il s’était rangé du mauvais côté dans la sempiternelle lutte pour le pouvoir qui secouait la France et Margarite a épousé un Anglais peu de temps après leur arrivée.

— Monsieur, vous êtes un malappris. C’est une honte de vous acoquiner avec une femme mariée.

— Elle est veuve, petite sotte. Son époux a trouvé la mort six mois après le mariage.

— Cela est fort pratique. Bah, au moins Margarite ne se parfume-t-elle pas à la rose. Si cela avait été le cas, la probabilité d’avoir à nouveau affaire à elle aurait été forte.

Iago se gratta la joue et arbora une mine songeuse.

— Non, Margarite n’utilise pas de parfum à la rose. Julie, en revanche, oui.

Alethea observa les deux femmes et souhaita un bref instant bénéficier en partie du don de son cousin Modred. Ce duo lui inspirait quelque chose de troublant. La mine renfrognée d’Iago indiquait qu’il ressentait la même chose. Ce problème serait bien plus facilement résolu si elle avait le pouvoir d’extirper la vérité de l’esprit de l’ennemi. Elle supposait néanmoins que, si elle possédait ce don, elle en viendrait bien vite à espérer pouvoir s’en débarrasser. Si elle et son oncle éprouvaient tous deux un malaise en présence de ces dames, elle ne voulait même pas songer à la souffrance qui s’emparerait de Modred avec sa sensibilité accrue. Quand bien même elle préférait pouvoir éviter ces deux femmes, Alethea savait qu’il lui faudrait à tout le moins approcher la sœur qui se parfumait à l’eau de rose à un moment donné. Il se pourrait que son don lui montre quelque chose, peut-être aurait-elle même une vision. Puisque la vie d’un homme était en jeu, elle ne pouvait se permettre de reculer devant le risque d’être assaillie par des secrets peu plaisants.

— Je pense que nous devrions faire quelques recherches sur ces deux sœurs, déclara Alethea.

— Parce qu’elles sont françaises et que Julie sent la rose ?

— C’est une raison comme une autre, mais aussi une manière d’avancer vers une solution à notre problème sans trop nous dévoiler.

— C’est on ne peut plus vrai, concéda son oncle en hochant la tête. De simples recherches. J’ai même parmi mes connaissances quelques personnes qui pourraient me venir en aide dans cette entreprise.

Soudain, Iago écarquilla légèrement les yeux.

— Si l’on se penche sur la liste des amants de ces deux femmes, reprit-il, je suis surpris que personne n’ait encore pensé à enquêter sur elles. Si on y regarde de plus près, il semblerait qu’elles soient un peu trop friandes de gentlemen qui pourraient détenir des informations capitales pour nos ennemis.

— Mais personne n’a vu de menace en elles en raison de leur grande beauté.

— Cela me rend malade de l’admettre, mais vous pourriez avoir vu juste sur ce point. Bien entendu, nous n’en sommes qu’aux hypothèses. Il faut toutefois faire des recherches sur elles et les surveiller, étant donné qu’elles sont françaises et ont connu, de façon intime, bon nombre d’hommes importants.

Alethea se figea brusquement mais ne comprit tout d’abord pas ce qui avait si soudainement mis ses sens en alerte. La jeune femme continua de siroter son vin et s’efforça de se calmer pour se concentrer sur la nature exacte de cette sensation. Elle fut stupéfaite de constater qu’elle ressentait tout simplement sa présence à lui. Quelque chose l’irritait, et pourtant persistait en lui une étincelle de plaisir. Alethea songea que cette étincelle devait venir du bonheur de voir sa cousine.

— Allie !

La jeune femme cligna lentement des yeux et posa de nouveau son regard sur son oncle.

— Pardon. Que disiez-vous ?

— Je me demandais simplement si vous aviez eu une vision, répondit-il à demi-voix. Vous sembliez être partie bien loin.

— Ah. Eh bien, non, ce n’était pas une vision – simplement une sensation.

— Une sensation ?

— Oui. Il est arrivé.

1 En français dans le texte

Chapitre 2

Hartley Greville, septième marquis de Redgrave, salua sa cousine, lady Beatrice Bartleby, une femme rondelette, avec tout le charme qu’il put rassembler. Sa cousine était une dame au grand cœur, bien qu’un peu sotte. Par bien des aspects, et en vertu de ses quinze ans de plus, elle était plus pour lui une bonne tante débordante d’affection qu’une cousine. Au cours de l’enfance du marquis, elle avait été de nombreuses fois sa seule source de réconfort. C’était la gratitude qu’il avait pour elle qui l’amenait chez elle et le poussait à s’aventurer, presque de plein gré, au sein d’une soirée mondaine. Lady Bartleby se montrait aussi assez aimable pour ne faire que de temps à autre une modeste tentative pour lui trouver une épouse, et il lui en était reconnaissant.

Il salua le mari de sa cousine, un homme d’une jovialité bonhomme qui connaissait beaucoup plus de choses sur la vie de Hartley que Beatrice. Sous ses apparences rustiques et contadines, William cachait un esprit brillant propre à tirer au clair avec une fabuleuse efficacité la plupart des informations que parvenaient à rassembler les agents du gouvernement tels que Hartley. Le sourire du marquis s’élargit subrepticement quand il vit William lui adresser un clin d’œil furtif. Tous deux savaient pertinemment que lord Redgrave ne resterait que peu de temps et fuirait, dès que la courtoisie l’autoriserait, les matrones cherchant coûte que coûte un mari à leur fille.

— Oh ! Hartley, nous avons ce soir la visite de plusieurs hôtes inattendus, déclara Beatrice. L’un d’entre eux a demandé à vous voir.

Le marquis se raidit légèrement, car il se trouvait beaucoup de gens qu’il préférait ne pas voir, mais se contenta de s’enquérir d’un ton affable :

— Mais de qui s’agit-il donc, chère cousine ?

— Une autre personne qui ne participe que rarement à ce genre d’événements. Une personne qui vit en marge de la société, à l’instar de toute sa famille. C’est bien dommage, en vérité, car c’est un jeune homme tout à fait charmant. Il est venu en compagnie de sa nièce.

— Un jeune homme ?

— Iago Vaughn, le baron d’Uppington, annonça Beatrice en acquiesçant. Je ne savais pas que vous le connaissiez.

— Je ne le connais pas vraiment. Nous nous saluons de loin, tout au plus. Vous a-t-il expliqué la raison de sa venue ?

En remarquant que William ne lui faisait aucun signe indiquant un danger potentiel, Hartley se détendit légèrement.

— Non. Il s’est contenté de nous demander si vous étiez sur la liste des convives. Peut-être désire-t-il vous présenter sa nièce. C’est une femme tout à fait charmante. Elle est veuve, la pauvre petite. Étant donné qu’elle ne doit pas avoir plus de vingt ans, elle a dû perdre son mari peu de temps après leur mariage. Quelle tristesse.

Hartley hocha la tête tout en songeant que Beatrice devait être la seule personne dans toute l’Angleterre à trouver acceptable qu’on lui présente une jeune veuve. Il ne connaissait le baron d’Uppington que de vue et savait que des rumeurs circulaient sur son compte, mais il ne le pensait toutefois pas du genre à venir agiter une femme de son entourage sous le nez d’un homme sur lequel on racontait tant de choses. Seule une poignée de personnes savait que la réputation de satyre qu’on lui prêtait tenait plus de on-dit que de la réalité, d’autant plus lorsqu’on omettait les fois où la séduction n’avait été qu’un outil qu’il mettait au service du roi et du royaume pour découvrir des informations. Le baron d’Uppington ne faisait pas partie de ce cercle restreint.

Le marquis ne parvenait pas non plus à envisager que le dessein du baron fût de trouver un mari à sa nièce. Sa curiosité à présent piquée, il ne put la faire taire en dépit des dangers potentiels qu’il connaissait bien. Il s’excusa auprès de sa cousine et de William, et s’en alla retrouver ses amis Albus et Gifford tout en songeant que rien ne servait de trop s’en faire car il était au fait de toutes les ruses à disposition des entremetteuses pour prendre un homme au piège. Cela faisait des années qu’il voguait au sein de la société en évitant tous les traquenards et il pourrait donc facilement continuer.

Alors qu’il n’était plus qu’à quelques pas de ses amis, Hartley perçut un mouvement rapide à la périphérie de sa vision, puis vit le baron d’Uppington se lever de sa chaise près du mur. Lord Redgrave posa ensuite le regard sur la compagne du gentilhomme et se figea brusquement lorsqu’il fut frappé par la familiarité de ce visage. La femme qui se leva et le dévisagea avec tant d’insistance n’était pas du genre à attiser d’ordinaire son intérêt.

Il ne lui fallut qu’un rapide coup d’œil expert pour évaluer et juger les formes de cette demoiselle. Elle était petite, délicate et ténébreuse. Dans la lumière des chandelles, son épaisse chevelure noire comportait des reflets bleutés. Elle avait adopté une coiffure austère, ses cheveux tirés en arrière, ne laissant que quelques mèches tomber pour adoucir le tout. Ce style se mariait cependant fort bien avec la forme légèrement arrondie de sa maigre figure. L’ivoire de sa peau, en contraste avec la noirceur de ses cheveux, et la douce perfection de ses traits lui faisaient beaucoup penser à un camée, comme si ce visage avait été sculpté par une main experte. Ses sourcils dessinaient de fins traits noirs et arqués, et il pouvait distinguer, malgré la distance, la longueur de ses cils. Elle avait un long cou et sa peau pâle semblait d’une douceur qui aspirait à être cajolée par les baisers d’un homme. La jeune femme releva légèrement le menton en prenant conscience qu’il l’examinait avec autant d’attention, et ce geste eut pour effet de souligner les muscles délicats de sa mâchoire. Une légère teinte colorée venait égayer la ligne parfaite de ses pommettes et elle lui lança, par-dessus son court et fin nez, un regard qui faillit lui arracher un sourire. La seule chose qui n’était pas en adéquation avec la délicatesse innocente de sa figure était sa bouche. Ses lèvres, un peu trop larges et bien pleines, étaient un appel au plaisir.

Elle avait une silhouette presque trop fine, mais l’arrondi nacré de sa poitrine que laissait deviner le modeste décolleté de sa robe lui fit comprendre qu’elle possédait là une rondeur suffisante pour plaire à n’importe quel homme. Hartley...

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