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Première et dernière fois

De
167 pages
Caro était encore une enfant quand elle a rencontré Lucas, ami de son frère. Ils se sont perdus de vue puis retrouvés. Amour fou, mariage. Entente parfaite. Mêmes goûts, mêmes désirs, mêmes aspirations. Caro est avocate, Lucas travaille dans une banque et écrit à ses moments perdus des scenarii. Ils vivent pour eux, le désir d'enfant ne les taraude pas encore. Ils sont libres, de sortir, d'aller au cinéma, de voir des amis, de voyager. Une petite maison en Corse va combler leurs attentes. Ils prendront souche dans ce petit village du Cap Corse. Mais la maladie rôde, elle va ronger Lucas à petit feu, une vilaine tumeur, un crabe dans la tête. Ils vont se battre ensemble pour essayer de vaincre le cancer…
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Première et dernière fois
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Carole Perrot
Première et dernière fois

Roman






Éditions Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-7922-6 livre imprimé
ISBN 13 : 9782748179224 livre imprimé
ISBN : 2-7481-7923-4 livre numérique
ISBN 13 : 9782748179231 livre numérique
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Ton ombre était restée ici,
Faisant son nid dans le silence
Tu étais là en ton absence.

Serge REGGIANI
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SANS LUI
APRES

Il fait beau ce matin, très beau. Hier soir,
avant les nouvelles le bulletin météo annonçait
que la France entière vivrait une journée ra-
dieuse. La journée pluvieuse se reconnaît aux
petits nuages stylisés avec des gouttes de pluie
qui tombent, le beau temps par un soleil uni-
que au milieu de la carte. Je le sais, pourtant
mes volets sont fermés et je suis encore au lit.
Un petit rai de lumière passe entre le bord de
la persienne et la fenêtre, l’imposte me
l’apprend. Je ne vais pas travailler aujourd’hui.
C’est samedi. Deux jours d’horrible vacance –
non pas congé mais vacuité - Il doit être neuf
heures, peut-être neuf heures et demie. Je n’ai
aucun plan, rien de rien à faire. Samedi vide,
creux, triste. Je voudrais pouvoir dormir, dor-
mir encore pour oublier. Je n’ai pas faim, pas
soif, pas d’envie, pas même celle de pisser.
Alors pourquoi me lever ? La journée sera lon-
gue, trop longue et plus tard elle commencera
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plus elle passera vite. Je ferme les yeux, je
compte encore les moutons et rien ne vient ni
le sommeil ni autre chose d’ailleurs. Personne
ne m’attend. Je roule sur l’autre partie du ma-
telas. Le drap est froid, c’est bon, c’est frais, ça
donne envie de pleurer un drap frais. « Tu vas
pas nous faire une déprim, Caro ? » C’est Lau-
rent qui m’a dit cela hier. « Tu n’y penses pas,
c’est pas mon genre ». « Oui, c’est vrai que t’es
une dure ». Une dure, tu parles, une fausse
dure, une vraie molle mais j’me soigne et sur-
tout j’me cache. Personne ne sait que je me
shoote aux tranquillisants. J’ai horreur de la
pitié. Je ne veux pas qu’on me plaigne alors je
fais semblant. J’ai réchauffé la partie gauche de
mon immense couche et je repars à droite. Il
est dix heures. Trente minutes de plus que tout
à l’heure. J’avance, doucement mais j’avance.
PREMIER REVEIL

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APRES

Je suis arrivée à m’extirper de mon cercueil
de plumes, avec des pieds de plomb. Courage
il est onze heures déjà. J’ai un peu faim c’est
bon signe. Le ciel est bleu. Un ciel facile à des-
siner. Deux couleurs seulement : du bleu et du
jaune. Un ciel qui ferait croire que la vie est
belle. Mon cœur est gris comme un jour blanc.
L’épreuve est nécessaire à la connaissance
de soi (Sénèque) Je vais bientôt me connaître
par cœur.
Mettre un pied devant l’autre, poser d’abord
le pied par terre. S’arracher de cette couche
froide et se diriger vers la cuisine. Voilà c’est
fait. Le soleil inonde la table. Soleil qui ne ré-
chauffe pas, qui ne me réchauffera pas au-
jourd’hui. Filtre, café, eau, cafetière. Tel un au-
tomate j’accomplis le même geste que chaque
matin mais je ne mettrai qu’une cuillérée de
poudre noire, très noire comme mes idées. La
tasse est sortie, je peux m’asseoir et regarder
par la fenêtre. Les gens vaquent à leurs oc-
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cupations. Certains vont vite, ils ont rendez-
vous sans doute, d’autres flânent, discutent,
rient aux éclats. Je n’en vois pas qui pleurent.
Moi non plus d’ailleurs. Mes yeux sont secs
pour le moment. Ça va venir je le sais mais
l’odeur du café me fait du bien à l’âme. Il va
être fort comme je l’aime. Je verse un peu de
lait. « Très mauvais pour la santé, tu vas encore
te plaindre que tu as mal au ventre »… Je ne
me plaindrai qu’à moi-même. Deux sucres
pour atténuer l’amertume. Amère moi ?
Mais non je vous dis que tout va bien. Je
tiens le choc, je suis un roc, un roc, choc, ne te
moque pas, je n’ai rien d’une loque…
« Pour beurrer une biscotte sans la casser, tu
en mets une dessous ». Ça marche toujours
aussi bien. Je la trempe dans le café au lait et je
ferme les yeux. Quand je vais bien c’est un de
mes moments préférés. Quand je vais mal c’est
un moins mauvais instant que les autres.
PREMIER PETIT DEJEUNER

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APRES

Je le savais. Le téléphone devait sonner,
c’était normal, ils allaient tous appeler, tous
s’apitoyer, tous me plaindre, j’allais entendre
des « ma pauvre chérie », des « on est là pour
t’entourer » ou pire encore « la vie continue et
la terre tourne toujours ». Je me demande si je
dois répondre. Je décroche très vite pour ne
pas entendre le message que je ne veux pas en-
core effacer, pas tout de suite, c’est trop tôt.
J’ai beaucoup de choses à effacer mais encore
plus à garder, heureusement…
Allo, ça va
Incontestablement, formidablement, géniale-
ment, divinement bien…
Tu n’as pas perdu ton sens de l’humour
c’est bon signe ?
Quoi de neuf ?

Alors, t’es muet ?
Qu’est-ce que tu as prévu pour au-
jourd’hui ?
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M’envoyer en l’air comme une folle, encore
et encore, bouffer, rigoler, m’éclater…
C’est tout
On verra après
Trêve de plaisanterie. Je te propose, si « le
cœur t’en dit » un déjeuner au bois de Boulo-
gne, il fait très beau
Mon cœur ne me dit plus grand chose mais
je n’ai pas perdu la vue et j’ai beaucoup à faire,
je te rappelle dès que j’ai un petit créneau dans
mon planning surchargé.
Tu peux compter sur moi, Caro.
Ciao
Bye-bye.
“Tu peux compter sur moi”, j’avais pas pré-
vu mais c’est pas mal non plus. A ajouter au
répertoire déjà bien fourni des phrases que je
vais devoir entendre (mais que je ne suis pas
obligée d’écouter). Je n’ai bien évidemment
rien à faire. Je vais me recoucher, me rendor-
mir, me rassembler, me remettre, m’oublier un
peu.
PREMIER COUP DE TELEPHONE

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