Quand le passé s'invite...

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Dans sa vie, Nina recherche la solitude et la paix. Pourtant, lors d'une randonnée dans les Pyrénées avec son fidèle compagnon Nivek, des rencontres viennent perturber sa tranquillité. Plaisirs et terreurs s'invitent, ravivant de douloureuses blessures du passé.

Extrait : « Tout, en cette forteresse, trompe l'acuité des sens : ses abords sont sauvages mais accueillants, ses parterres sont disparates bien que fleuris et entretenus avec soin, sa grande table de jardin en bois brut, tordue par des années de soumission aux caprices des saisons, est peinte de couleurs chatoyantes et semble déposée délicatement dans cet écrin de verdure. »


Publié le : lundi 8 février 2016
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EAN13 : 9782334068260
Nombre de pages : 62
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ISBN numérique : 978-2-334-06824-6
© Edilivre, 2015
Quand le passé s'invite...
Elle s’assure une dernière fois que son sac à dos contient tout le nécessaire. Un bivouac en montagne, ça ne s’improvise pas. Rôdée à ce genre de préparatifs, Nina y apporte chaque fois une attention toute particulière et minutieuse. Suivant à la lettre sa check-list, elle énumère, à voix haute, chaque objet indispensable à emmener, tout en vérifiant qu’il se trouve dans le sac. Elle s’arrête sur les mots « trousse de secours ».
– Trousse de secours… trousse de secours… Ah oui !se dit-elle, mimant une grimace de douleur en se remémorant sa dernière chute. Quelle gamelle ! Du désinfectant et des pansements, voilà ce qui manque !
Elle les prend dans la pharmacie et les range dans la trousse.
Quand elle arrive enfin au bout de sa liste, elle se sent satisfaite. Tout semble maintenant en ordre, et cette idée lui procure quelques frissons. Le sac bouclé signifie que le départ est proche. Elle le transporte dans la cuisine, le dépose au pied de la table puis ouvre la porte qui mène au jardin. Elle n’a pas le temps de l’appeler que Nivek déboule sauvagement dans ses pieds. Nivek… Un magnifique berger des Pyrénées à la robe fauve. Et de cette robe, elle s’en amuse souvent. Elle-même a une chevelure bien fournie dont le dégradé de couleurs se fond à celui de son chien. Elle se rappelle avoir lu, enfant, une planche de bandes dessinées de la série « Boule et Bill » où chaque dessin représente un maître et son chien dont les similitudes physiques font sourire le lecteur. Elle et Nivek auraient pu inspirer le dessinateur. Nina est toujours surprise de constater à quel point son chien capte les moindres détails : odeurs, bruits… Ici encore, il vient d’en faire une excellente démonstration : quelques instants avant d’ouvrir la porte du jardin, elle l’a aperçu, déambulant au fond de la propriété, le nez planté dans une motte de terre. Au « clic » déclenché par la fermeture du sac à dos, il a relevé la tête et traversé le jardin, à toute allure, en direction de la maison. Il n’a pas eu le temps de ralentir, que la porte s’est ouverte. Il a glissé sur le carrelage de la cuisine et terminé sa course maladroitement dans les jambes de Nina. Dès qu’il repère le sac à dos et la tenue sportive de sa maîtresse, il lâche toute son impétuosité : il se frotte énergiquement contre Nina, sautille en tournoyant sur lui-même, se dirige tantôt vers le sac, tantôt vers la porte, tout en lançant des regards significatifs. Il fait le lien entre ce qu’il a entendu et vu, et la suite à venir. Nina sait que les moments à suivre ne seront pas les plus faciles de la journée. Un véritable rituel l’attend. Elle enfile son sac à dos et descend au garage, flanquée de son compagnon. Elle s’apprête à chausser ses bottines de marche, quand, sans crier gare, Nivek la bouscule et attrape l’une d’elles par le lacet. Il la secoue comme un pantin, la faisant virevolter dans tous les sens. Nina part d’un grand éclat de rire, tout en se démenant pour la récupérer. Elle doit s’y prendre à plusieurs reprises, réprimander le sauvageon puis le tenir à distance, tant bien que mal, pour parvenir à ses fins. Il se détourne enfin de sa maîtresse, mais peu déterminé à attendre sagement la fin des préparatifs, il s’attaque au manteau de randonnée, toujours suspendu au même crochet. Espérant profiter de l’éventuelle distraction de sa maitresse, il plonge son museau à l’intérieur
d’une poche, en quête de friandises oubliées. Nina en emporte toujours en balade pour récompenser son obéissance. Quand elle l’entend fouiner avec insistance, elle prend conscience du larcin qu’il commet. Elle lance un : « C’est non ! », tout en le repoussant, et décroche le manteau. Nina poursuit son rituel. Elle saisit le collier. Comme à son habitude, le petit sot se vautre par terre, se tortille comme un ver, les pattes en l’air et la gueule ouverte, montrant ainsi son enthousiasme à partir en balade. – Nivek, tu sais qu’en faisant le guignol, tu retardes notre départ ? Allez, arrête grand fou ! Après plusieurs tentatives infructueuses, elle parvient enfin à le fixer. Elle fourre son portable dans la poche de son short, et annonce sur un ton joyeux :
– Allez, go !
Il n’en faut pas plus pour que Nivek se précipite vers la sortie, toquant sa truffe contre la porte du garage comme pour l’exhorter à s’ouvrir. Ses yeux semblent rieurs et pétillent de bonheur. Le bruit de l’ouverture automatique des portes ravive une fois de plus l’énergie de son chien. La portière arrière à peine entrebâillée, Nivek s’engouffre dans l’habitacle et saute sur le siège. Par mesure de sécurité, Nina l’attache toujours à l’aide d’un harnais : encore une épreuve ! Bouillonnant, joueur, il la mordille, remue tant et plus, rendant l’opération délicate, voire impossible. Là encore, elle doit user de stratagème et même hausser le ton pour arriver au résultat attendu.
– T’es vraiment infernal boule de poils ! T’as de la chance que j’t’aime, dit-elle d’un ton léger. Elle lui tient la tête entre les mains et enfouit tendrement son visage dans ses poils. Il s’en dégage brusquement, peu enclin à ce genre de tendresse. Alors, on y va ?
Le chien remue son arrière-train, s’arc-boute, se dandine de plus belle, et pousse un petit aboiement de confirmation.
* * *
Chaque année, pendant la période d’été, Nina et Loïc, son mari, s’offrent des vacances, exclusivement à la montagne. Mais le choix de la destination souffre de quelques restrictions : si Nina aime découvrir des contrées lointaines, Loïc, lui, préfère les destinations où la langue n’est pas une barrière. Non pas qu’il désire créer des liens avec la population locale, mais il est rassuré de savoir qu’il sera compris en cas de nécessité. L’acquisition de Nivek a également changé la donne. Dorénavant, plus question de voyager en avion. Nina et Loïc ne veulent pas engendrer du stress inutile à leur compagnon à quatre pattes. Depuis, ils partent en voiture, mais Nina met un frein à parcourir de longues distances, tant pour son confort personnel que celui du chien. Elle refuse aussi de retourner deux fois au même endroit, défendant l’idée qu’il y a trop lieux magnifiques à explorer. Cependant, elle n’exclut pas un jour de quitter sa terre natale avec Loïc pour s’enraciner dans l’une ou l’autre contrée qui les aura conquis pendant leurs voyages. Bien avant l’accueil de Nivek, ils ont nourri le projet de randonner dans le département des Hautes-Pyrénées, reconnu pour la beauté de ses sites naturels. Nina a accepté de s’y rendre cette année, malgré plus de mille kilomètres à parcourir. Plusieurs semaines à l’avance, c’est avec un enthousiasme non dissimulé qu’ils préparent leur séjour, fouinant sur internet pour repérer des promenades insolites. Les jours s’égrènent et le départ approche. Nina s’en réjouit. Loïc, qui d’habitude partage son exaltation du départ, semble bien calme. Sur le moment, elle n’y prête guère attention. Elle sait qu’il est préoccupé par un changement de fonction professionnelle et qu’il a sans doute beaucoup de choses à régler avant de penser aux vacances. Un soir, cependant, elle le trouve particulièrement silencieux et les traits tirés. Comme s’il avait senti son inquiétude, il prend la parole, dépité.
– Je ne pourrai pas t’accompagner, dit-il d’un ton triste. – Où ça ? Demande-t-elle, surprise. – En vacances… – Quoi ? Que se passe-t-il ? – C’est le boulot… Vu que je change de fonction dans trois semaines, les big boss de l’administration ont organisé une réunion de travail et ils exigent que j’y sois présent. Je t’assure que j’ai tout essayé pour y échapper, mais ils n’en démordent pas !
Nina n’en croit pas ses oreilles ! Partir sans Loïc ! C’est impensable pour elle !
– Alors, on annule tout ! Je ne pars pas non plus ! décide Nina, d’un ton sans appel. – S’il te plait, réfléchis, rétorque Loïc. Nous avons réservé le logement et puis, ce projet, tu y tiens autant que moi, non ? Alors vas-y et profite. On retournera ensemble dans la région l’année prochaine, d’accord ?
Les yeux de Nina s’embuent. Loïc la serre dans ses bras, autant pour la consoler que pour cacher sa propre déception.
Nina a longuement hésité. Elle s’est finalement décidée à prendre la route, seule, avec son compagnon à quatre pattes.
* * *
Le trajet a été long et éprouvant, mais à la première seconde où elle foule le sol pyrénéen, elle ne regrette pas son choix. Déjà sur le trajet, elle a ressenti le bien-être s’installer en elle : au fil des heures, elle dégage son esprit des contraintes quotidiennes, elle libère son corps des tensions accumulées et concentre ses pensées sur les découvertes prometteuses. Les reliefs montagneux, qui se dessinent en fin de parcours, augurent de la magnificence des lieux. Après quatorze heures de trajet, elle arrive enfin à Geu, un petit village proche de la célèbre ville de Lourdes. Dès son arrivée, elle s’imagine vivre un jour dans cette région...
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