Quittons ce monde de dingues pour une belle histoire de fous

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Selon la légende d'Aristophane, l'être humain cherche l'âme sœur, cette personne qui le complétera, qui saura le comprendre, celle qui n'aura aucun secret pour lui...

Lucas, musicien insomniaque et funambule, est en quête de son âme sœur. Ses nuits sans sommeil sont habitées de portraits de femmes croisées sur Internet ; ses journées sont peuplées de rencontres incertaines. Il laisse et délaisse, attire, lasse ou indiffère. Sa quête devient errance. Le besoin vital de se sentir aimé se transforme en une recherche absolue.

Il poursuit son essentiel... Et, en filigrane, nous offre une autre définition de l’amour.


Publié le : mercredi 30 septembre 2015
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EAN13 : 9782332991218
Nombre de pages : 266
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ISBN numérique : 978-2-332-99119-5
© Edilivre, 2015
dicace
A Merrey, la petite rose des sables qui m’a aidé à trouver l’oasis.
Prologue
Je roule tranquillement, sans destination, au gré de ce quelque chose qui attirera peut-être mon regard, un truc qui me donnera envie de m’arrêter une nouvelle fois. Juste comme ça… Il me reste encore pas mal d’argent à dépenser. Je vais au hasard, sillonnant les bords de mer, affalé sur mon siège en cuir, un doigt sur le volant et les yeux sur la toile de fond bleue. Le huit cylindres m’emmène où il veut. Je ne suis plus pressé. Alors mon esprit s’évade et je me souviens…
1 Elle
Je refermai le couvercle, me levai, enfilai un jean, un pull, mes baskets qui se trouvaient là, attrapai mon blouson endormi sur le porte manteau. Je me retrouvai dans la rue. Le bruit ambiant bouscula mon esprit encore engourdi de son errance. Je refaisais brusquement surface après ma longue plongée silencieuse, hypnotique. Mes pas m’emmenaient vers le petit appartement d’Andrew et Aëla. J’aimais l’ambiance chaleureuse et l’odeur de la vie à deux qui y régnaient. Il y avait toujours du café chaud dont le parfum se mélangeait à celui de la peinture. Non, pas celle-là. Je parle de l’odeur caractéristique de la peinture d’art. La peinture d’Aëla. Sa passion. La lumière des velux éclairait ses toiles joliment, et les couleurs qui naissaient de sa palette étaient un régal pour les yeux. J’avais l’impression, à chaque fois que j’admirais son travail, d’ouvrir une porte sur la vraie vie, enfin là, à portée de main. Je ressentais la personnalité d’Aëla à travers ses toiles, ce qu’elle était, ce qu’elle avait été, même ses projections artistiques. Je dialoguais avec elle silencieusement, en admirant ses tableaux si différents et tellement expressifs. Elle ne se doutait de rien. Mon café à la main, je remuais mécaniquement la cuillère dans la tasse, immobile devant ce panorama pictural. Ma tête se vidait comme une corbeille trop pleine. Mon esprit prenait des bouffées d’air pur. Les embruns de l’océan revivifiaient mon âme. Je voyageais… J’étais tellement loin, loin de mon ordinateuren ébullition permanentetelle une cocote minute menaçantd’exploser à chaque instant. Loin de ces heures immobiles, juste lui et moi, comme happés l’un par l’autre. Là, devant mes yeux, c’était du concret, du fait-main. Sous les couches de peinture, les milliersde gestes sûrs etdélicats d’Aëla s’étaient succédés, jusqu’au vernis final. Mais avant cela, il y avait eu les étapes du vernis à retoucher. Aëla m’avait expliqué la fonction régulatrice qui permet une bonne cohésion entre les couches, qui harmonise la brillance et évite parfois l’interaction entre deux couleurs. Cela empêche une couleur de migrer dans une autre, me disait-elle passionnée. Ce vernis a aussi une fonction protectrice, avant la couche du vernis final, la dernière phase, qui doit s’effectuer au moins six mois plus tard, pour permettre à la toile de sécher convenablement. Aëla, caresse après caresse, soin après soin, avait su donner vie à ses tableaux. On pouvait toucher, avoir envie d’effleurer du bout des doigts, au moins, pour sentir le relief. J’étais aux antipodes des couleurs plates et travesties de mon écran.
Elle avait sans doute peint son propre regard dans ce chat à la robe intensément bleue que je regardais fixement et qui fouillait à son tour dans mes yeux. Elle aimait beaucoup raconter ces félins, les révéler à sa façon, les maquiller de mille couleurs folles, les faire évoluer dans des contextes ou dans des mondes irréels, surnaturels. Elle s’amusait à leur donner une expression envoûtante, drôle ou mystérieuse à travers leur attitude ou leur regard. Moi je ne voyais qu’Aëla dans ces yeux-là. Mes prunelles grandes ouvertes ne pouvaient s’en détourner. Mon café tiède somnolait dans sa tasse, la cuillère avait enfin fini de tourner.
J’avais toujours un peu de mal à changer d’univers. Il me fallait à chaque fois un temps d’adaptation, comme si je me « transportais » un peu moins bien que la plupart des gens. Et là, j’avais atterri sur la planète Aëla-Andrew. J’avais pour un moment quitté mon vaisseau spétio-temporel stationné à quelques blocs d’immeubles d’ici, déserté mon univers virtuel fait de tout et de rien, de 1 et de 0, évoluant pourtant en pleine réalité humaine. Des 1 et des 0. Avouez que ça ne va pas très loin… Pourtant, je passais beaucoup de
temps dans ce monde étrange et parfois magique, éclairé simplement par mon moniteur ouvert sur une immensité espérancielle. J’étais le curieux plein d’espoirs, le flâneur émerveillé, le voyageur assoiffé de découvertes et de liberté, le chercheur d’Amour sans attaches et éperdument célibataire.
Je souriais.
Aëla vint me tirer de ma rêverie bleue caféinée. Le félin coloré détourna son regard. C’était peut-être l’heure de ses croquettes rouges ? Aëla accompagna mon sourire de tout son visage. Amical mimétisme. Je la regardais. Elle était tellement belle…
« C’est mon blue cat qui te fait sourire comme ça ? – Oui. J’aime l’entendre cra-croquer ses croquettes rouges, lui dis-je en insistant sur tous les “R”. » Elle regarda son tableau. Un petit rire joliment sonore accompagna son regard.
Ma réponse ne l’étonna nullement. Les artistes ne s’étonnent pas des propos un peu trop colorés, décalés ou un peu crétins. Ils sont ouverts et bienveillants. Et puis Aëla me connaissait assez bien. C’est une artiste Aëla. Pour être avec Andrew, elle ne peut être que cela. Elle avait réussi à l’approcher, à pas de velours, armée simplement de sa douceur et de sa détermination. Et avec une extrême lenteur, sensuelle, intemporelle, digne d’une ballade à la Ray Charles, elle était parvenue à ses fins. Andrew avait fini par abdiquer et bon sang qu’il avait bien fait ! Les notes s’envolaient des doigts d’Andrew aussi aisément qu’un papillon au cœur du printemps. Aëla avait su capter ces notes, les apprivoiser, les caresser, les colorer, les faire tournoyer dans le creux de ses mains, et puis les lui rendre, plus resplendissantes encore. Elle avait eu une patience d’ange car Andrew était une forteresse à priori imprenable. Un grand et beau papillon de nuit, énigmatique : le sphinx. Mais le regard d’Aëla est comme un filet à papillons. Il vole gaiement dans les airs, sans effrayer, et emprisonne délicatement mais sûrement, tout ce qu’il veut. Il lui avait tout de même fallu un peu de temps, mais ses yeux plein de lumière, cette vraie lumière qui venait de son cœur, son regard si différent avaient fait tanguer, puis chavirer ce Sphinx.
Et pourtant, quand Andrew jouait, combien de sourires bouillants s’échouaient là, sur la scène, s’évaporant à ses pieds. Lui, regardant au loin. Il voyageait, à la fois ailleurs et dans la musique. Il dégageait ce charme dont pas mal de femmes sont friandes. Cette nonchalance, ce désintérêt dont elles n’avaient pas l’habitude et qui les intriguaient. Il incarnait celui qui ne regarde pas les femmes, qui s’en fout, qui peut s’en passer. Et comme il avait ce regard aussi perdu et troublé que puissant et troublant, il séduisait. Ce regard que chacune de ces femmes voulait pour elle, et pour elle seule. Alors certaines s’agitaient lors de nos concerts. Elles dansaient un peu plus près de lui, encore plus près, en espérant lui envoyer quelques effluves de leur parfum. D’autres gesticulaient en prononçant des mots invisibles pour tenter d’attirer son attention, mais ces déclarations étaient aussitôt ensevelies par les décibels. Elles avaient leur verre à la main, portant un toast plein de désirs à cet Apollon tellement trop distant mais… Rien n’y avait fait, jusqu’à ce soir d’été.
C’était un de nos derniers concerts cet été là, il y a vingt ans. L’air était lascif et parfumé, comme pour nous préparer à quelque chose… Il y avait l’odeur du sable encore tout chaud. La plage avait bronzé toute la journée. Ça sentait l’iode aussi, car on jouait tout près de la mer ce soir-là. Il y avait les arômes des crèmes glacées et des friandises diverses, vendues là, sur ce petit stand installé sur la plage. Mais aussi tous les parfums de ces gens qui passaient ou s’asseyaient pour nous écouter, en sirotant leur cocktail. C’était un mélange indéfinissable et captivant. De plus, ce très doux sirocco venant d’Afrique
du Nord, nous rapportait ses effluves aussi différentes que complémentaires, fugaces et filantes comme l’éclair, ou alors nous enveloppait délicatement quelques minutes, avant de repartir… laissant la place à une autre senteur plus acidulée, puis une autre encore, sucrée ou musquée. Les vents arriveraient-ils à se mélanger et à s’aimer plus facilement que les êtres humains ?
Avant de sortir, Aëla avait simplement souligné son regard d’une ligne de khôl et jeté nonchalamment trois gouttes de chèvrefeuille sur son cinquième chakra. Ses longs cheveux et le climat de cette soirée feraient le reste. Je la vis arriver de la plage, émergeant de l’obscurité qui régnait un peu plus loin. Le bar, avec nos sons et nos projecteurs colorés, avait attiré les gens comme des éphémères en été ; ces petits insectes semblables à des libellules petit format, et qui ne vivent qu’un seul jour, mais à fond ! Aëla avait peut-être décidé, ce jour-là, de vivre à fond. Son filet à la main, ou plutôt son iris jade dans son écrin de maquillage, elle venait en conquérante joyeuse. De qui, de quoi ? Elle ne le savait pas encore mais quand Aëla sortait, elle voulait être belle, tout simplement. C’était toujours réussi car elle soignait son apparence. Elle est loin d’être narcissique Aëla ; elle est plutôt humble et timide. Ses parents, artistes tous les deux, lui ont inculqué la culture de l’esprit mais aussi du corps, car on est un tout, et on doit s’occuper de ce « tout » à parts égales. S’aimer est essentiel pour être aimé et aimer les autres.
Vers 16 ans, elle avait découvert qu’elle plaisait aux hommes, à peine maquillée, habillée avec quelques touches de vert qui rappelaient ses yeux. Solaire et féline. Toujours souriante malgré sa timidité. Un teint resplendissant. Des cheveux caramel, très longs et presque indomptables. Elle seule parvenait à domestiquer cette crinière naturelle de ses doigts experts. Aujourd’hui, ce n’est plus une adolescente mais elle a gardé cette fraîcheur et ce look tout en naturel. Grande, un air sauvage, une démarche et un regard de panthère. Femme pas commode ; faire attention ! Mais ce n’est qu’une défense, un masque. Son expression change du tout au tout dès qu’elle sourit. Quand son visage décide de s’ouvrir, Aëla rayonne et c’est une pure éloquence de la féminité. Personne ne peut y résister. Ni moi certes, mais Andrew non plus, c’est pour dire !
Ce soir-là, Aëla s’était approchée à la façon du félin qui explore attentivement, qui étudie, qui ressent tout, en prenant le temps qu’il faut pour être sûr. Et elle avait jeté son dévolu sur Andrew. C’était lui qu’elle voulait et personne d’autre.
Ah ! Il en a de la chance Andy ! me disais-je sur le chemin du retour. Moi je rêvais d’une histoire comme celle-ci et d’une rencontre avec une fille telle qu’Aëla. Pourquoi lui et pas moi… ? L’air était parfait pour marcher un peu et méditer sur cette question… idiote. La nuit s’installait discrètement, tout en douceur. Ma soirée avait été agréable avec ce couple parfait à mes yeux. Avec eux, je me sentais compris, apprécié pour ce que j’étais, simplement.
Mon regard prit de l’altitude, quelques étoiles un peu en avance, avaient pris les meilleures places. Le ciel passait du violet au noir, sans crier gare.
Pourquoi lui et pas moi ?
2 Voyage
N’était-ce pas merveilleux de pouvoir voyager confortablement installé en première classe ? D’avoir cette possibilité qui semblait presque infinie de pouvoir visiter, regarder, admirer, ressentir parfois quelques frissons ? De déambuler parmi des centaines de personnalités différentes, de physiques attrayants et presque offerts pour certains ? De pouvoir évaluer par une simple lecture, mais toutefois approfondie, tous les possibles d’une éventuelle rencontre ? D’espérer vivre de multiples et infinis partages ? Rêver d’une aventure humaine qui pouvait devenir celle de sa vie ?
N’était-ce pas tentateur ? Installé confortablement, avec une musique choisie et une lumière étudiée pour ne pas se fatiguer les yeux, car ces voyages pouvaient durer des nuits entières et se prolonger pendant des semaines. Au chaud, avec un café ou un bon verre de vin à portée de main, une petite souris s’agitant dans l’autre, et devant soi, le monde ! Une planète entière peuplée de femmes célibataires et en attente du prince charmant ! Je me rappelle. Un simple petit soubresaut de la souris et tout pouvait arriver. C’était une véritable aventure qui commençait. Une correspondance naissait, comme une vie qui jaillissait, là, juste devant mes yeux et dans mon salon !
Alors on s’écrivait… On échangeait des messages par dizaines, on tentait de se connaître en tapotant des phrases façonnées du bout de nos doigts passionnés, dans un cliquetis organisé. Comme des petites gouttes de pluie qui tombent délicatement sur un jardin pour en faire pousser les plus beaux fruits.
Ensuite ? Ahh ! Ensuite l’histoire voyait le jour, ou plutôt l’extérieur : le ciel, la pluie ou le soleil, un verre partagé, un café sur une terrasse, les rires et les sourires complices… peut-être… Cela et tant d’autres choses encore, mais seulement après la sacro-sainte première entrevue. La tant désirée première rencontre qui pouvait faire basculer une vie. Deux vies ! Mais il fallait être fort, attentif au moindre détail, ne rien oublier : une date d’anniversaire, le lieu de ses dernières vacances ou les prénoms de ses enfants, ce qu’elle avait dit ou fait la veille… Être attentif et prévenant, à la façon du parfait mari.
Le mieux, c’était d’être là, toujours disponible, car une absence malencontreuse pouvait laisser le champ libre à un profil concurrent. Les hommes étaient très nombreux ici. Répondre sans trop tarder, même pendant les temps de repas ou en sacrifiant une sortie entre potes, car un manquement à un message important et c’était la chute ! L’erreur, la mouche dans le lait, le grain de sable qui venait faire grincer la machine, voire la détraquer à jamais. Les pages s’ouvraient ou se fermaient très rapidement dans ce monde de lecture. Elles se tournaient, se retournaient parfois lascivement tel un dormeur en plein rêve pour s’éveiller enfin à la vie, à la rencontre, ou elles pouvaient tout aussi bien s’envoler vers l’oubli en un seul clic et mourir abandonnées dans une corbeille prévue à cet effet. Tout était fragile ici. Tout ne tenait qu’à un fil. Tout se décidait en quelques mouvements de souris. Prudence, doigté, réflexion, sincérité, et séduction paraphrasée étaient de rigueur. Du contraste pour surprendre, de l’équilibre pour rassurer, une bonne dose de bon esprit et d’humour, quelques jeux de mots pour faire sourire ou réfléchir, un zeste de projets aux allures de rêves. Tout cela joliment mis en page constituait les ingrédients d’une possible réussite. L’Amour était peut-être à la clé. Soyons fous !
Fou… comme une bombe atomique. Comme cette énergie nucléaire qui a bouleversé le monde. Non, nos maisons ne seront plus jamais éclairées par des lampes à pétrole. Nous évoluons dans une époque d’énergies surpuissantes et rapides comme jamais. Internet, c’est la nouvelle énergie qui relie les hommes et les femmes, qui relie le monde entier, qui relie le « tout » au
« tout ». Les sites de rencontres, les réseaux sociaux sont les nouveaux Eldorados. Par centaines désormais ! Et sur ces multiples sites, on peut visiter dix, ou même cent profils en un seul jour. Croyez-vous que l’on puisse rencontrer cent personnes nouvelles en une seule journée ? Je croyais en cette force démultipliée, en ce potentiel infini. L’aiguille dans la botte de foin n’avait qu’à bien se tenir ; elle ne resterait plus très longtemps seule et ignorée.
Oui, j’y croyais dur comme fer à cette période de ma vie. J’y croyais comme un enfant persuadé d’être au paradis quand ses parents l’emmènent dans le plus grand magasin de jouets de la ville. Il court dans les rayons et choisit un jouet par minute car il les aime tous. Il est d’une sincérité absolue. Il désire, il convoite, il veut tout ce bonheur dans sa chambre, là maintenant, tout de suite ! Il aime de tout son cœur sans rien connaître de la vie et de ses revers mais qu’importe…
Le temps s’allongeait… s’arrêtait parfois. Les nuits étaient si belles. J’étais amoureux de mon écran. Oups : de la femme en photo sur mon écran. De ses écrits, de notre correspondance claviéristique magique, de son charme, de la sonorité sensuelle que devait avoir sa voix, de sa démarche féline sur ses talons hauts qu’elle me disait porter avec plaisir, de la douceur de ses mains, de ses lèvres, et même de ses enfants que je voyais sourire sur ces clichés idylliques. J’y croyais.
Je m’appelle Lucas. J’étais inscrit sur ce site pour célibataires. Mon pseudo était yodan. Une petite souris s’était nichée dans ma main droite. Elle ne dormait que rarement. Elle me guiderait peut-être vers le bonheur. Je vivais une nouvelle expérience.
3 Monpiano
J’étais plongé dans mon bouquin, assis sur le bord de mon canapé. Le livre posé sur la table basse, devant moi. Je ne savais pas pourquoi, mais j’aimais lire dans cette position bizarre. Le tronc penché en avant, les jambes un peu écartées, les coudes sur mes genoux, la tête dans mes mains. J’étais bien comme ça, un peu en suspension dans mes dix-neuf printemps. Le calme régnait dans mon petit appart. J’y étais installé depuis un an. Je volais de mes propres ailes. J’avais un petit boulot et je suivais des cours de psychologie par correspondance, comme ça, pour le plaisir. Je venais d’acheter un clavier numérique. Rien à voir avec le piano acoustique de mon enfance, mais ça faisait l’affaire. Le livre que je lisais était un traité sur la psychologie moderne et ses prodigieuses victoires. Premiers mots d’introduction : « L’enfant a l’ambition de devenir un homme mais combien d’hommes ont cette ambition ? »J’étais captivé.
La sonnette retentit brutalement. Le son en était plus fort et strident que d’habitude. Une agression ! Qu’est ce qui avait changé dans cette sonnette depuis la veille, quand mon voisin du dessus s’en était servi, pour me prévenir gentiment qu’il recevait le lendemain soir et qu’il y aurait peut-être un peu de bruit ? Le livre était par terre, terrassé. Je le voyais presque grelotter de peur. Toutes ses pages tremblaient. C’était effarant… et triste. J’ouvris la porte. Olivier, j’aurais dû m’en douter. Olivier et ses grands yeux pleins d’ambition, son large sourire toutes dents dehors voulant bouffer le monde. Olivier quoi. Mais il n’était pas seul. Andrew, plus discret, le suivait. Il me dit simplement bonjour. Puis très vite Olivier m’annonça la nouvelle. Ils venaient tous deux d’incorporer un groupe et il leur fallait un bon pianiste. De nombreux concerts étaient prévus. C’était pas mal payé. On jouerait partout dans le pays. Il ne fallait pas que je refuse une telle occasion. J’en étais capable, j’avais le niveau. Je devais passer une audition, c’est tout.
« Rappelle vite le chanteur et prends rendez-vous ! Voici son numéro ! me dit-il en me tendant un bout de papier. Andrew me souriait en acquiesçant pour m’encourager à cette démarche. J’avais rencontré ce garçon un mois auparavant, au détour d’un pub où il jouait ce soir-là. Sa personnalité ainsi que son style musical m’avaient beaucoup plu. Je ne pensais pas le voir ce jour-là, chez moi avec Olivier. Et je n’imaginais pas qu’il deviendrait mon futur bassiste. Ils repartirent en me laissant une liste de trente morceaux à travailler, dont trois en priorité, pour une petite audition prochaine. Puis une répétition était programmée trois semaines après, pour le total des titres. Bon travail et bon courage. On se tient au jus… et appelle-moi si tu veux,me dit Andrew sur mon palier. Il avait toujours ce sourire doux et rassurant. Il me tendit sa petite carte. Un peu plus loin devant l’ascenseur absent, on entendait les taptaptaptap pressés d’Olivier, qui appelait l’engin en appuyant frénétiquement sur le pauvre bouton qui n’avait rien demandé. Surtout pas d’être secoué de la sorte : «Ça va, ça va, j’arrive ! grommelait l’ascenseur. De toute façon, ça ne sert à rien, je vais à 4 km/heure et c’est marre ! » Puis ils disparurent à l’intérieur.
Je me laissais choir sur mon canapé. Mon livre, par terre, frémit une dernière fois. Ses pages encore pleines de vie sous mes yeux quelques instants auparavant, se figèrent. Le friselis s’arrêta complètement. Je le pris dans mes mains, il était froid et raide. Je le refermai délicatement comme on ferme les yeux d’un proche décédé. Il allait finir sous… Non, pas sous
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