Raison d'Etat

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1664 : Louis XIV conçoit, comme première démarche militaire, l'action d'éclat qui consiste à installer une base française sur les côtes d'Afrique du Nord. Les armées du Roi débarquent en juillet à Gigeri. Trois mois plus tard, les Maures et les Turcs les contraignent à la retraite : le jeune souverain vient de subir une humiliante défaite. Pour sauver la face et l'espérance, Louis XIV, premier responsable du désastre, cherche un bouc-émissaire, qu'il pense avoir trouvé en la personne de Gadagne.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
Lecture(s) : 280
EAN13 : 9782296225343
Nombre de pages : 172
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Raison d'Etat

Roman historique Collection dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions Marie-Hélène COTON!, Les Marionnettes de Sans-Souci, 2009. Aloïs de SAINT -SAUVEUR, Philibert Vitry. Un bandit bressan au XVIII siècle, 2009. Tristan CHALON, Une esclave songhaï ou Gao, l'empire perdu,2009. OLOSUNTA, Le bataillon maudit, 2009. Jean-Noël AZE, Cœur de chouan, 2008. Jean-Christophe PARISOT, Ce mystérieux Monsieur Chopin, 2008. Paule BECQUAERT, Troubles. Le labyrinthe des âmes, 2008. Jean-François LE TEXIER, La dernière charge, 2008. Robert DELAVAULT, Une destinée hors du commun. MarieAnne Lavoisier (I 758-1806),2008. Thierry AUBERNOIS, Le passage de l'Aurige. Combattre pour Apollon,2008. Tristan CHALON, L'Eunuque. Récit de la Perse ancienne au XVIIi" siècle, 2008. Tristan CHALON, Le Lion de la tribu de Juda ou un Destin de femme dans l 'Ethiopie ancienne, 2008. Dommique MARCHAL, La Porte du côté de l'Orient, 2008. Chloé DUBREUIL, Le temps d'Uranie, 2008. Gabriel REILLY, La Fin des Païens. Rome An 385, 2008. Jean Gérard DUBOIS, Un jeune Français à Cadix (1775-1788), 2008. Norbert ADAM, Alfred Maizières. Une jeunesse ardennaise à l'heure prussienne en 1870,2008. Walther ADRIAENSEN, Lafille du Caire, 2008. Hélène VERGONJEANNE, Un laboureur à Versailles, 2008. Claude BEGAT, Au temps des Wisigoths, Quitterie l'insoumise, 2008. Anne MEZIN, Les Hamberg du Havre de Grâce, 2007. Paule BECQUAERT, Troubles: le chemin des abîmes An II An 111,2007. Arkan SIMAAN, L'écuyer d'Henri le Navigateur, 2007.

Honorine PLOQUET, L'oiseau bleu de Cnossos, 2007.

Bernard

BACHELOT

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Raison

d'Etat

Prfjace de MICHEL ALBERT
Secrétaire petpétuel de l'Académie des Sciences morales etpolitiques

L'Harmattan

Du même auteur

Louis XIV enAlgérie - Gigéri 1664 - Paris, octobre 2003 Éditions du Rocher - Collection « L'art de la guerre» Médaille de l'Académie de marine 2004 Prix littéraire de l'Algérianiste, Jean Pommier,2004.
De
marin

Saigon
et Pilote

à Alger

(1951-1962)

-

Désillusions

d'un

rdficier,

Paris, juin 2007 - Éditions L'Harmattan Prix: Dulac 2008 de l'Académie des et politiques.

Sciences

morales

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005

Paris

http://www.hbrairieharmattan.com diffuslon.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-08423-0 EAN : 9782296084230

À Damien,
et à tous ceux qui m'ont encouragé à publier ce texte.

Je remercie Michel Albert pour sa préface, mon épouse Annie, Andrée Hamonou, Xavier Bachelot, Philippe Charamat et Gérard Muller pour m'avoir aidé à relire et à corriger mon manuscrit, ainsi que mes fils Louis et Xavier qui ont réalisé la couverture de cet ouvrage.

Avertissement: bien que l'auteur ait rédigé ce texte dans un style classique, et qu'il y ait inclus de nombreux extraits d'écrits du 17e siècle, il a choisi, pour en faciliter la lecture, d'utiliser l'orthographe, les graphies et la ponctuation conformes aux règles et à l'usage actuels.

Préface

Chacun le sait par expérience, il est des moments, dans la vie d'un homme, où l'on ressent la nécessité de prendre du recul, de contempler le chemin parcouru, de scruter sa propre histoire, d'explorer les recoins de la mémoire pour en extraire quelque fait oublié, d'évaluer les actes les plus inoubliables mais aussi, pourquoi pas, de relativiser les plus obsédants. Ce travail, Bernard Bachelot l'a déjà accompli. À la suite d'un deuil, il a entrepris d'écrire un livre de mémoires, De Saigon à Alger, paru chez L'Harmattan en 2007. Dans cet ouvrage bouleversant et passionnant à la fois, se mêlent l'histoire d'un homme et celle d'un pays, l'histoire de la formation d'une famille et celle des transformations d'un monde. Avec simplicité, avec naturel et surtout avec franchise, l'auteur y raconte son parcours de combattant, celui d'un officier, marin et pilote, entre l'Indochine et son Algérie natale abandonnée en 1962. Sans emphase, sans pathos, sans mettre en scène plus qu'il ne faut la tragédie vécue, il illustre surtout ce qu'est l'attachement à la terre natale pour un homme contraint au déracinement. L'Académie des Sciences morales et politiques a tenu à faire de Bernard Bachelot l'un de ses lauréats de 2008, en lui décernant le Prix Dulac pour De Saigon à Alger. De la même façon, il est des moments, dans la vie d'une nation, où il est aussi nécessaire de prendre du recul, de contempler les siècles achevés, et d'explorer les recoins de l'histoire pour mettre en lumière quelque fait savamment dissimulé. C'est à cette tâche que s'attelle Bernard Bachelot depuis plusieurs années, en étudiant dans les moindres détails l'affaire de Gigeri. Qui connaît aujourd'hui cet épisode de l'histoire militaire du Grand Siècle, sinon quelques historiens spécialistes du règne de Louis XIV, les lecteurs les plus attentifs d'Alexandre Dumas à cause de quelques pages du Vicomte de Bragelonne, et bien sûr ceux qui, comme Bernard Bachelot, sont nés ou ont vécu à Jijel, le nom actuel de Gigeri, en Algérie? Mais l'auteur ne s'est pas contenté d'une recherche scru-

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puleuse, il s'est efforcé d'innover dans la forme narrative choiSIe. Le livre que le lecteur tient entre ses mains et que j'ai l'honneur de préfacer est une étude historique d'un genre très particulier. En effet, il est rédigé sous forme de dialogues entre les principaux acteurs de cette expédition française contre les Barbaresques, échec retentissant au point d'entacher l'étendard fleurdelisé du plus puissant des rois. Louis XIV, en compagnie de Colbert, reçoit tour à tour les protagonistes, les interroge, entend leurs justifications ou leurs critiques. Mis à l'épreuve par la défaite, le Roi Soleil cherche à comprendre quelles sont les causes de son échec, où est la faille dans sa décision politique, où la prudence lui a manqué, où l'erreur politique a pesé plus lourd que le hasard, la malchance, la fatalité. Ce livre offre ainsi l'occasion d'une réflexion profonde et exigeante, non seulement sur la monarchie absolue, mais plus généralement, et de façon plus actuelle, sur la décision politique, sur la responsabilité des hommes et enfin sur le "bouc émissaire", où l'on retrouve la pensée de René Girard. Sans être à proprement parler une pièce de théâtre, cet ouvrage en forme de dialogues place le lecteur devant une scène où l'histoire se déroule sous ses yeux. Comme dans les bons livres d'histoire et les bons romans historiques, "la scène" de ce théâtre sont en fait "les coulisses" où se joue la "grande histoire" et que l'auteur révèle à son lecteur. La forme choisie est convaincante, car elle ne nuit aucunement à la rigueur historique et permet au lecteur d'assister à une série de conversations, à une sorte de procès politique; mais "un faux procès", comme l'indique l'auteur en sous-titre, puisque le roi est à la fois juge et partie. Pire encore, il est, d'une certaine façon, à la fois juge et coupable. Comment éviter alors que le dernier mot revienne non à la justice mais à la raison d'État? À cet égard, on lira attentivement le tout dernier chapitre. « Renonçons à ce procès qui pourrait de nos erreurs révéler le secret », dit le Roi Soleil en plaçant dans l'ombre ce que l'histoire ne devra pas connaître. « Ne serait-il pas préférable pour le bien de l'État et le prestige de mon royaume que la seule destinée explique notre échec? » 10

La destinée sera donc le paravent de la raison d'État. Entre Corneille, chez qui le héros se laisse transformer par la grâce, et Racine, dont les personnages sont contraints par la destinée, Louis XIV paraît choisir le second, mais par pur calcul. Le roi évoque « ceux que je ne veux ni ne peux condamner [..] afin de protéger la dignité de mon royaume ». Ce procès s'achève ainsi par cette "non-justice" assumée. Et la non-justice se complète naturellement par une "non-histoire" : « Aidons maintenant le temps à faire son oeuvre» Autrement dit, l'oubli est la meilleure façon de dispenser le responsable politique d'assumer ses erreurs. « Si, Souverain, j'ai l'autorité de tout faire, conclut Louis XIV, je n'ai pas la liberté de tout dire ». Heureusement, Bernard Bachelot n'est pas tenu par la même contrainte. En lisant ses livres, on devine un jeu de miroir entre son ouvrage autobiographique, De Saigon à Alger, et ce livre d'histoire: même lieu, de Gigeri à Jijel; même sujet, du désastre de la marine du Roi Soleil au départ forcé des Français sous la présidence d'un prestigieux général; même crise morale et politique, où le sort des hommes et la responsabilité du chef paraissent peser bien peu dans la balance, face à la raison d'État. Mais il existe un autre point commun entre les deux livres de Bernard Bachelot. Qu'il s'agisse d'un épisode accompli en 1664 ou d'une carrière militaire achevée en 1962, leur approche de l'histoire est profondément incarnée. Loin des grandes abstractions qui peuplent les livres d'histoire - les causes, les contextes, les conséquences, etc. - Bernard Bachelot nous montre des hommes, non pas face à l'histoire, mais dans l'histoire en train de se faire. Il faut lui savoir gré d'avoir accompli une nouvelle fois son devoir, un "devoir de mémoire" conçu comme une véritable anamnèse, aussi indispensable pour l'auteur que précieuse pour ses lecteurs.
Michel ALBERT Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques Il

Il Y a toujours plus de mal pour le public à supporter qu'à contrôler même le mauvais gouvernement des rois dont Dieu seul est lejuge, et que ce qu'ils semblent faire contre la loi commune est fondé le plus souvent sur la raison d'État, qui est la première des lois, du consentement de tout le monde, mais la plus inconnue et la plus obscure à tous ceux qui ne gouvernent pas. LOUIS XIV
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Mémoires

Les animaux dont le prince doit savoir revêtir les formes sont le renard et le lion.[...] Le prince apprendra du premier à être adroit, et de l'autre à être fort. [...] Un prince et surtout un prince nouveau, ne peut exercer impunément toutes les vertus, parce que l'intérêt de sa conservation l'oblige souvent à violer les lois de l'humanité, de la charité et de la religion.[...] Il lui est aussi utile de persévérer dans le bien, lorsqu'il n y trouve aucun inconvénient, que de savoir en dévier, lorsque les circonstances l'exigent.[..] Quand il s'agit de juger de l'intérieur [...] des princes, [...] il nefaut s'attacher qu'aux résultats, [...] car le vulgaire se prend toujours aux apparences, et ne juge que par l'événement. Or le vulgaire, c'est presque tout le monde. MACHIAVEL
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Le Prince

[Le] mécanisme du bouc émissaire, ou mécanisme victimaire doit son efficacité au transfert unanime de toutes les haines suscitées par les rivalités sur une victime dont l'expulsion et/ou la mort ramènent forcément la paix, car la communauté se croit, et donc est effectivement, débarrassée de tout ce qui l'obsède. RENE GIRARD
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Politique de Caïn

Personnages
Par ordre d'apparition

Le roi de France Le secrétaire d'État Le capitaine de vaisseau Commandant La Lune L'amiral de France, commandant en chef de l'expédition d'Afrique L'intendant de la marine à Toulon Le consul de France à Alger Le général Le chancelier de France Président de la Chambre Le maître des requêtes Procureur général Le maître des requêtes, conseiller au parlement, rapporteur Le conseiller au parlement de Normandie, rapporteur
Charles-Félix Jean-Baptiste

Louis XIV
COLBERT

de VERDILLE

le duc de BEAUFORT

TEST ARD de la GUETTE DUBOURDIEU, père lazariste

de GALE AN, comte de GADAGNE

Pierre SEGUIER

Guy CHAMILLART

Olivier LEFEVRE D'ORMESSON

LE CORMIER

DE SAINTE-HÉLÈNE

Le membre de la Chambre des comptes, juge Les maîtres des requêtes, juges Les conseillers, juges

Henri PUSSORT

PONCET et VOYSIN AYRAULT
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GUISANCOURT

FERREOL et NOGUES
Le conseiller au parlement, Greffier L'envoyé du Roi à Gigeri
Joseph FOUCAULT de CASTELLAN

L'ENQUÊTE

L'échec de l'opération d'Afrique à Gigeri
Le 20" de mars 1665. Louis XIV est dans son bureau, au château de Vincennes.

LE ROI - Très jeune encore, à 13 ans - majeur il est vrai, mais de la majorité d'un roi, que les lois de l'État ont avancée pour éviter de plus grands maux - je préférais déjà dans mon cœur, à toutes choses et à la vie même, une haute réputation si je la pouvais acquérir, mais je comprenais en même temps que mes premières démarches ou en jetteraient les fondements, ou m'en feraient perdre pour jamais jusqu'à l'espérance. Je me trouvais de cette sorte tout à la fois pressé et retardé dans mes desseins par ce désir de gloire. Dix ans plus tard, la paix rétablie en Europe, mon mariage célébré avec l'infante d'Espagne, mon pouvoir affermi après la mort du cardinal Mazarin et l'arrestation de Fouquet, je considérai le temps alors venu de marquer ce début véritable de mon règne par une action d'éclat qui montrerait au monde la puissance de mes armes. Ce fut pourquoi je décidai d'une opération en Barbarie pour y rabattre l'orgueil de ses pirates qui infestaient la Méditerranée, capturaient des esclaves chrétiens pour en trafiquer, et qui poussaient l'audace jusqu'à poursuivre leur pillage sur nos côtes de Provence. l'espérais réussir là où l'empereur Charles Quint lui-même échoua. Je confiai le commandement de cette expédition à mon cousin le duc de Beaufort, notre Amiral de France. Le destin nous fut par malheur contraire et je dus, Moi le plus grand roi du monde, souffrir ce déplaisir extrême que me fut, l'an passé, l'échec de mes armes en Afrique. Depuis lors, je répugne à la pensée que mes meil17

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