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Red Room 3 : Tu braveras l'interdit

De
360 pages
Série Red Room TOME 3

Le sexe est un jeu, l'amour une brûlure...

S’abandonner au plaisir, assumer ses désirs, repousser ses limites… Allie y a renoncé. Cela ne cadre pas avec l’image d’avocate respectable qu’elle s’est imposée. Il est donc hors de question qu’elle retourne un jour au Red Room, ce club audacieux qui la met face à ses fantasmes les plus inavouables. D’autant plus que Seth Matthews, le séduisant copropriétaire du club, est loin de la laisser indifférente. Alors, quand ce dernier lui suggère une expérience sexuelle inédite avec Tyler Wysong, un invité du club, elle sait qu’elle devrait refuser sans même y réfléchir. Car ce que ces deux hommes lui proposent est mal. Honteux. Interdit, même. Mais elle est troublée par l’attirance qu’elle ressent pour eux, et l’alchimie qui opère entre eux trois lui semble irrésistible. Elle est terrifiée. Partagée. Doit-elle suivre les règles qu’elle s’est toujours fixées ou, pour une fois, suivre son instinct et écouter son cœur ?
 
A propos de l'auteur :
Après des années passées à courir le monde pour une multinationale, Lynda Aicher a mis un terme à son mode de vie nomade pour élever ses deux enfants et réaliser son rêve : écrire un roman (et si c’est une romance érotique, c’est encore mieux) avant ses 40 ans. Depuis, son imagination est sa seule limite, et c’est dans un monde torride et sulfureux qu’elle s’échappe lorsque ses activités de mère et d’épouse (comprendre aussi : chauffeur, cuisinière, infirmière, coach et professeur particulier), lui en laissent l’occasion.
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Pour mes enfants qui comprennent et continuent à m’aimer même quand je ne peux pas jouer avec eux parce que je travaille. Pour Chris — merci mon amour pour ton soutien sans faille et tes encouragements. Et pour Rhonda qui m’a tendu la main chaque fois que le vertige de la page blanche m’aspirait.
1
— Merde, Deklan, il faut stopper ça ! Seth Mathews se détourna de l’écran de contrôle et fusilla son associé du regard, avant d’ajouter : — Tu attends quoi ? Qu’il le tue ? Deklan resta de marbre. Seuls ses poings serrés trahissaient sa colère. — Tu connais les règles. Il n’a pas prononcé son safeword. — Je me fous des règles ! Seth se détourna, contenant à grand-peine son envie de démolir quelque chose — ou quelqu’un. — Ça va beaucoup trop loin ! Mais regarde ! Il montra les images filmées par la caméra de sécurité. « Sortez-moi de là. Arrachez-moi à mon désespoir. » Les paroles du chanteur de heavy metal qui résonnaient en fond sonore semblaient donner voix au tourment du garçon attaché à la croix de saint André. La scène qui se déroulait dans ce salon privé était un viol, ni plus ni moins. Cela n’avait rien à voir avec une Séance de domination. Seth ressentait chaque claquement de fouet comme s’il le lacérait lui, et les cris étouffés du Soumis résonnaient à ses oreilles tels des appels au secours. Deklan fixa l’écran et jura entre ses dents. — Ça dure depuis combien de temps ? — Quarante-cinq minutes, dit Rock en montrant la petite horloge affichée en haut à droite de l’image. L’enregistrement vidéo se déclenchait et se coupait automatiquement chaque fois que quelqu’un entrait ou sortait de l’un des salons privés. Une petite astuce technologique qu’il avait mise en place en même temps que la copie automatique de chaque enregistrement. Sous ses allures de dur à cuire, Rock était un génie en informatique. — Fais ce que tu veux, moi j’y vais ! dit Seth. Deklan chapeautait le service de sécurité, mais c’était Seth qui évaluait la nature du problème. Et ce qui se déroulait sous leurs yeux transgressait toutes les règles. — Le Red Room ne peut pas tolérer ce genre de comportement, se justifia-t-il. C’est inacceptable. Il pivota pour sortir, mais Deklan l’attrapa par le bras pour le retenir. Seth se figea, le regard noir, exigeant qu’il retire sa main avant qu’il se voie obligé de lui envoyer son poing dans la figure. — Je ne cautionne pas ce qui a lieu dans ce salon. Mais on ne peut pas interrompre une Séance sous prétexte qu’on désapprouve ce qui se passe. On n’est pas là pour juger, tu le sais. — Et si ça finit mal ? On fera quoi ? Jake entra dans le local, accompagné par une vague de musique endiablée. Il s’arrêta et les dévisagea tous les trois d’un air interrogateur. — Il y a un problème ? — Une Séance qui se passe mal, répondit Rock comme ni l’un ni l’autre ne répondait. — Merde. Qui est-ce ? Jake ferma la porte et s’approcha des écrans de vidéo surveillance. Il se plaça derrière le fauteuil de Rock et jura en découvrant les images. — Quel connard ! Malgré le masque de cuir noir qui dissimulait sa tête et le haut de son visage, ils n’avaient aucun doute sur l’identité du client. Avec plus de cinq cents membres, il leur était impossible de
mémoriser tous les noms — à part Deklan, qui avait une mémoire invraisemblable. Mais ils pouvaient reconnaître certains habitués rien qu’à leur allure. — Qu’est-ce qui lui prend ? Il veut se faire radier du club ? Jake disait tout haut ce que Seth pensait tout bas. Malheureusement, c’était impossible. Cette maudite clause de confidentialité dans le contrat les en empêchait. Ce serait la mort du club s’ils l’enfreignaient. — Qui est le Soumis ? Deklan et Seth répondirent d’une seule voix : — Taylor Wysong. Jake leur lança un bref regard avant de se concentrer de nouveau sur l’écran. — Merde. C’est un invité, lui aussi ? La question n’appelait pas de réponse. Le ruban noir autour de son poignet indiquait clairement qu’il s’agissait d’un invité. Jake plissa les yeux. — Il est déjà venu ? Seth croisa le regard de Deklan, qui semblait lourd de sous-entendus. Qu’il aille se faire voir ! Il était peut-être comme un frère pour lui, mais ça ne l’autorisait pas à mettre son nez dans ses affaires. — A plusieurs reprises, oui, et avec différents partenaires au cours de ces six derniers mois, finit par dire Deklan. Maître Rex semble avoir un faible pour lui. Nul besoin d’être un génie pour comprendre quelle profession exerçait Taylor. Même avant de consulter sa fiche, Seth avait deviné. Mais cela ne l’avait pas empêché de l’observer chaque fois qu’il était venu au club. Il se glissait dans le rôle du Soumis, mais ne se soumettait jamais vraiment. Une attitude très intéressante. Ses partenaires étaient généralement trop absorbés par eux-mêmes pour voir clair dans son jeu. Seth, lui, n’était pas dupe et le Dom en lui mourait d’envie de sonder sa résistance. Mais il y avait peu de chances que cela arrive, maintenant. Pas après ce qu’on était en train de lui faire subir. — « Je ne peux plus. Stop. » L’aveu du Soumis fut à peine audible à travers la musique. — « La ferme. C’est moi qui déciderai quand tu ne pourras plus. » Maître Rex empoigna le garçon par les cheveux et lui tapa la tête contre la croix de saint André. Attaché comme il l’était, il lui fut impossible de se protéger et d’empêcher son front de heurter la poutre. — Cette fois, ça suffit ! gronda Seth. Cette violence gratuite allait à l’encontre de toutes les règles. Ecartant Jake et Deklan, il fonça vers la porte. — J’arrête le massacre, lança-t-il avant de sortir. — Je t’accompagne, grommela Jake, sur ses talons. — Rock, alerte le service de sécurité, commanda Deklan d’une voix aussi tranchante que l’acier. Ça risque d’être chaud.
* * *
Le fouet siffla, et un éclair de douleur lui déchira le dos, brouillant sa vision. Tyler haleta et se contracta dans l’attente du coup suivant, même s’il savait d’expérience que ce serait moins douloureux s’il relâchait ses muscles. Le fouet siffla, la douleur le transperça. — Tu aimes ça, hein ? Une main brutale lui bascula la tête en arrière, étirant douloureusement sa gorge. — Oui, monsieur, articula-t-il, dents serrées. C’était ce que ce salaud voulait entendre. C’était pour ça qu’il le payait. — Tu en veux encore, pas vrai ? Je ne veux rien d’un enfoiré comme toi. Sa mâchoire lui faisait mal, des élancements traversaient ses dents à chaque battement de cœur. C’était la seule douleur qu’il contrôlait. Il se mordit la langue pour s’empêcher de proférer les insultes qui lui montaient aux lèvres. La main tira plus fort sur ses cheveux. Son dos s’arqua et son torse s’enfonça dans le bois dur de la croix de saint André, écartelant les muscles de ses bras et de ses jambes. Avec les poignets et les chevilles attachés en X, il n’avait aucune possibilité de bouger. Ni de fuir. — Tu n’as pas répondu.
Un souffle chaud et écœurant glissa sur sa joue. Tyler ferma les yeux et resta immobile, contrôlant son instinct qui le poussait à se débattre. — Pour te punir de ton insolence, ce sera dix coups de fouet de plus. Le rire sourd et railleur réveilla des souvenirs, et il ravala la bile acide qui montait de sa gorge. Il pouvait tenir. Il avait affronté bien pire. — Oui, monsieur. L’homme ne perçut pas l’ironie de sa réponse. La partie de lui qui s’appelait « Taylor Wysong », la pute soumise, savait qu’il devrait être reconnaissant. Mais la partie de lui qui était Tyler — ou ce qui en restait — voulait qu’il sente son dégoût. La main qui lui tirait les cheveux à les arracher se desserra. Profitant de cette seconde de répit, il prit plusieurs respirations par le nez. Ce salopard ne pouvait pas gagner. Il agrippa les chaînes. Les menottes en cuir trop serrées lui coupaient la circulation. C’était délibéré, il en était convaincu. Le sifflement aigu du fouet claqua comme un avertissement. Un éclair de feu lui lacéra le dos, attisant le brasier qui le consumait des épaules aux genoux. Sale bâtard sadique ! Un râle jaillit malgré lui de sa poitrine. Les neuf coups de fouet suivants ne lui laissèrent aucun répit. Des frappes rapides, aléatoires, qui labourèrent son dos jusqu’à ce que ses cris rauques se mêlent aux percussions qui résonnaient dans la pièce. D’habitude, il parvenait à se perdre dans ce rythme. Mais, aujourd’hui, les battements cognaient dans son crâne, l’ancrant dans le présent. Dieu merci, passé un certain stade, la douleur devenait sourde et le corps finissait par s’engourdir. Il s’affaissa, à bout de résistance. La sueur coula le long de son dos et de ses jambes, se mélangeant à son sang. Il voyait des gouttes rouges éclabousser le sol. Une pensée traversa le brouillard de sa souffrance. Je me suis fait avoir. Il ne pourrait pas retravailler avant des semaines. Le salaud ! L’agence avait intérêt à le couvrir. Ils l’avaient déjà fait par le passé, mais il n’avait jamais été abîmé à ce point. Ils risquaient de le tenir pour responsable. — Stop, articula-t-il, la gorge sèche. — Tu me donnes des ordres ? L’homme avança d’un pas lourd, ses bottes noires entrant dans son champ de vision. Tyler grimaça quand il l’empoigna brutalement par les cheveux pour le forcer à lever la tête. Il le fixa du regard, laissant toute sa colère et son mépris se refléter dans ses yeux. Putain, il voulait frapper ce cinglé, le démolir ! Il avait complètement disjoncté ! — On s’arrêtera quand j’aurai ce que je veux. Pas avant. Le ricanement déforma son visage gras. Malgré son masque, la cruauté se lisait dans ses yeux. Il trompait probablement la plupart des gens sous un vernis civilisé, mais Tyler avait vu sa vraie nature. Le politicien se croyait sans doute en sécurité sous son déguisement. Intouchable. — Va te faire enculer. La torsion se resserra sur ses cheveux mais la douleur fut minimisée par la petite victoire qu’il venait de remporter. Ce client n’avait pas l’habitude qu’on lui réponde. Son père l’aurait sûrement traité d’imbécile, songea Tyler, mais au diable la prudence. Plutôt mourir que de se soumettre à un connard qui ne le méritait pas. L’homme se pencha pour lui lécher la joue de sa grosse langue moite. La morsure sur son lobe d’oreille ne fut pas une surprise, et pourtant Tyler sursauta. — C’est moi qui vais t’enculer. Je n’ai pas payé pour me taper une fille. Tyler vit des étoiles danser devant ses yeux, et son estomac se retourna de douleur quand le Dominant lui serra les testicules entre ses doigts comme dans un étau. Il laissa échapper une respiration sifflante, les muscles tendus à se rompre. Hors de question de plier. Une minute ou une heure plus tard, l’homme desserra son étreinte. Tyler s’affaissa, les chaînes cliquetant contre le cadre de la croix. — Tu es un fils de pute, ricana son tortionnaire, ses postillons éclaboussant son visage. Tu aimes vraiment souffrir. Trop épuisé pour répondre, Tyler garda les yeux fermés et chercha à atteindre cet endroit magique où il ne ressentait plus rien. Il devait absolument le trouver s’il voulait survivre à ce qui allait se passer maintenant. L’odeur de la sueur se mêlait à celle du sang et à ce parfum de citron qui flottait partout dans l’établissement. Le Red Room, ce club très privé dédié au sexe. Le lieu idéal pour que des tordus puissent se défouler et donner libre cours à leur nature sombre et perverse.
Ce sadique avait une femme, des enfants, et une carrière politique qui serait anéantie si on venait à découvrir qui il était réellement. Mais après tout, Tyler se faisait payer pour souffrir, non ? Il devrait se sentir comblé. Il se prépara mentalement. Bientôt, il pourrait sortir de cet enfer. Les endorphines anesthésiaient une partie de la douleur, mais cela ne durerait pas. — Réveille-toi. L’ordre fut accompagné d’une claque brutale sur ses fesses torturées. La douleur le transperça. Il cria et la souffrance lui dicta de se soumettre. Mais non. Putain, non. Il ne donnerait pas cette ultime partie de son âme. Pas à ce salaud. Il sentit la pression d’un sexe entre ses fesses et trouva suffisamment de ressources en lui-même pour articuler : — Préservatif. L’homme se mit à rire. — Ce sera bien meilleur sans. — Va te faire foutre, souffla-t-il si bas qu’il fut le seul à l’entendre. Avec un grognement, l’homme le pénétra brutalement, forçant la résistance que lui opposait son corps. Tyler inspira et bloqua son souffle pour s’empêcher de hurler. — Pas si rebelle, finalement, hein ? ricana ce malade d’une voix rauque de plaisir en l’empoignant par les hanches. Tyler devint docile, le rythme des basses et de la guitare donnant la cadence du va-et-vient. Il pouvait le faire. Chaque poussée à sec — ce bâtard n’avait volontairement pas utilisé de lubrifiant — défiait son endurance. Le sang n’était pas un lubrifiant efficace, mais c’était mieux que rien. — Alors ? On ne se débat plus ? Où est passée ta combativité ? Morte. Les survivants sentaient d’instinct à quel instant ils devaient faire le mort. S’il voulait remarcher un jour, c’était le moment de montrer de quoi il était capable. Ce ne serait plus long, de toute façon. Ce bâtard n’avait pas le pouvoir de se retenir longtemps. Dieu merci. Un coup de reins particulièrement violent lui arracha un cri. — Débats-toi ! Une claque s’abattit entre ses omoplates. — Résiste-moi ! La douleur le déchira comme un rasoir, pénétrant son refuge. Tyer sursauta, ses bras tirant sur ses liens. — Fils de pute. Dégage. — C’est ça. Continue. Le client poussa encore plus fort. Il haletait sous l’effort, sa respiration répugnante accélérant en même temps que ses coups de reins. — Prends ça, petite pute. Tyler sentit sa vision s’obscurcir et secoua la tête pour chasser les ombres qui menaçaient de l’engloutir. Il ne devait pas perdre connaissance. C’était trop dangereux. Merde. Il fallait qu’il se sorte de là. Prononcer les quatre mots qui suivirent carbonisa ses dernières forces. — Je ne peux plus. — La ferme. C’est moi qui déciderai quand tu ne pourras plus. La douleur explosa au plus profond de lui et irradia dans son cerveau. La souffrance pulsa dans tout son être, une vague destructrice à laquelle il essaya de résister. Il ne parvenait plus à penser. Ni à se concentrer. Il n’était plus que douleur. Mais il devait à tout prix rester conscient, même s’il aspirait à se laisser partir. — On y est presque, haleta le client. Gagne ta récompense. Sa récompense ? Ce taré était-il malade au point de penser qu’il prenait du plaisir à ce qui se passait ? Il avait mal dans chaque cellule de son corps, jusque dans ses orteils recroquevillés. Même les raclées que lui avait données son père autrefois ne l’avaient pas préparé à un tel niveau de douleur. Un fracas sourd l’arracha à l’engourdissement dans lequel il sombrait. — Putain ! Le juron fendit l’air avec violence. — Lâchez-le ! — Quoi ? Qu’est-ce que… Le client voltigea avant d’avoir pu terminer sa phrase.
— Disparaissez avant que je vous casse la figure. Tyler faisait face au mur, dos à la porte. Il essaya de tourner la tête pour voir ce qui se passait. Ce seul mouvement déclencha un feu d’artifice de souffrance à travers tout son corps, et des étoiles fourmillèrent devant ses yeux. Il s’affaissa en avant avec un gémissement. Il entendit des pas approcher et ferma les yeux. Il pourrait peut-être survivre à l’humiliation s’il ne voyait pas le visage de son sauveur. — Merde. Le juron fusa doucement près de lui. Il sentit des mains entourer son poignet, et la pression des menottes en cuir se relâcha. Il faillit s’effondrer sous la douleur qui transperçait son bras engourdi, comme des piqûres d’épingle. — Attention. L’homme lui parla à l’oreille tout en le soutenant pendant qu’il détachait l’autre poignet. Puis il lui frotta les bras pour permettre à la circulation de reprendre. Même les yeux fermés, Tyler sut qui le tenait. Comme à chaque fois qu’il avait aperçu cet homme au club, ses sens s’aiguisèrent et son corps réagit à sa seule présence. Merde, il avait fallu que ce soit Maître Seth qui vienne le secourir au moment où il était le plus vulnérable. Le Dom. Le propriétaire du club. Le seul homme dont Tyler devait se tenir éloigné.
2
— Tu es sûre qu’elle va venir ? Seth regarda par la fenêtre la nuit striée par la pluie. Kendra croisa les bras sur sa poitrine d’un geste protecteur. Sa robe noire sans manches en lycra épousait sa silhouette mince et élancée. Deklan se tenait à ses côtés, vêtu d’un pantalon de cuir et d’un T-shirt noirs. Ils formaient tous deux un couple intimidant. — Elle a dit qu’elle viendrait aussi vite qu’elle le pourrait, se défendit-elle. — Bon. Seth retourna auprès du jeune homme étendu à plat ventre sur le canapé. Son ventre se noua de colère à la vue de son dos lacéré. Le pire, c’était sans doute l’absence d’espoir dans ses yeux bleu clair. — On va régler le problème, Taylor. Il ne s’en sortira pas comme ça. Taylor ferma les yeux sans montrer la moindre réaction à sa promesse. Seth eut envie de hurler vengeance. Il se redressa d’un mouvement brusque et passa la main dans ses longs cheveux pour les rejeter en arrière. Avec un juron, il se dirigea vers la cuisine et fouilla les tiroirs jusqu’à ce qu’il trouve un élastique. En trois mouvements, il rassembla ses cheveux en queue-de-cheval et les attacha. — Il devrait être à l’hôpital, insista Kendra. C’est une folie de l’avoir… — Non. Le refus âpre, prononcé à voix basse depuis le canapé, pétrifia tout le monde. Kendra se tourna vers le blessé. — Mais vous avez besoin de… — Non ! L’amertume dans sa voix leur fit l’effet d’une gifle. Une flamme brillait dans son regard dur. C’était la première émotion qu’il montrait depuis qu’ils avaient fait irruption dans le salon privé pour arrêter le viol. Seth reprit espoir. La combativité du jeune homme n’était pas morte. Il revint vers le canapé en voyant que Taylor tentait de se lever et posa la main sur son épaule pour l’en empêcher. C’était l’une des seules parties de son corps qui ne portait pas de marques de lacération. La seule qu’il pouvait toucher. Le dégoût lui noua de nouveau la gorge. Pas pour Taylor, mais pour le porc qui lui avait fait ça. Et pour lui-même, parce qu’il n’avait pas su le protéger. — Non, ne bouge pas, commanda-t-il. Taylor se figea et baissa la tête. Ses cheveux tombèrent sur son front, dissimulant son regard. Seth sentit les muscles de son bras trembler sous sa main — de tension ou de peur, il n’aurait su le dire. Mais la seule idée qu’il puisse avoir peur de lui le rendit malade. — Je ne vais pas te faire de mal. Taylor s’allongea sans répondre, sa petite grimace de douleur à peine décelable avant qu’il n’enfonce à nouveau le visage dans les coussins. L’instinct de protection que Seth avait ressenti pour ce jeune homme depuis le premier jour où il l’avait vu augmentait à chaque seconde passée près de lui. — Je m’occuperai de tout, promit-il d’une voix sourde. Il s’inclina jusqu’à ce que ses lèvres effleurent son oreille. — Tu n’as plus rien à craindre. Tu as ma parole. Le garçon inspira, poings serrés, avant que Seth recule. Ce dernier examina les lacérations qui zébraient son dos. L’équipe médicale du club avait nettoyé les plaies et appliqué une pommade antibiotique mais les blessures les plus profondes saignaient encore. Quelques-unes disparaissaient sous la taille du pantalon de coton souple qu’on lui avait donné.
Seth ferma les yeux, incapable de penser aux dégâts qu’il ne voyait pas. Comment avaient-ils pu laisser un Soumis se faire massacrer ainsi ? Comment était-ce possible ? Pour que Taylor accepte d’être soigné, ils avaient dû l’emmener ici, dans son loft privé, au-dessus du club. Il avait refusé d’aller à l’hôpital. Seth lança un regard à Deklan. Son visage sombre parlait de lui-même. En tant que chef de la sécurité, Deklan se sentait aussi responsable que lui de ce qui s’était passé. Quelqu’un frappa à la porte, brisant le silence. Kendra ouvrit avant même que Seth n’ait eu le temps de bouger. Taylor enfonça la tête dans le coussin et ramena son poing serré sous lui d’un geste instinctif qui le fit paraître plus petit que son mètre quatre-vingt-deux. — Allie, soupira Kendra en tirant la jeune femme par la main. Merci d’être venue. Je sais qu’il est affreusement tard. — Aucune importance. Allie la dévisagea avec inquiétude. — Que s’est-il passé ? Tu es blessée ? Malade ? — Non, non, je vais bien. Ce n’est pas pour moi. La jeune avocate laissa échapper un soupir de soulagement avant de regarder autour d’elle. Son attitude devint instantanément professionnelle. — Quel est le problème ? Seth s’avança. — C’est moi qui ai demandé à Kendra de vous appeler. — Pourquoi ? Elle traversa la pièce, le cliquetis de ses talons étouffé par le tapis. Seth la vit s’arrêter devant lui et son visage devenir glacial quand elle découvrit Taylor. — Qu’est-ce que vous lui avez fait ? — Rien ! Kendra vola à son secours. — Ce n’est pas lui, Allie. Seth n’y est pour rien. C’est un autre Dom. C’est pour cette raison que nous avons besoin de ton aide. Allie lui lança néanmoins un regard méfiant. Serrant les lèvres, elle repoussa en arrière ses longs cheveux bouclés d’un geste impatient et le toisa. Seth lui rendit la pareille. Son tailleur noir soulignait chaque courbe de sa silhouette élancée. Il mettait en valeur sa poitrine pleine, sa taille mince et ses longues jambes. Un fin liseré de dentelle argentée ornait le col de sa veste, apportant une touche de féminité à la coupe austère. Il revit la tenue audacieuse qu’elle avait portée le soir de Mardi gras au Red Room. Deux personnalités différentes, aussi ensorcelantes l’une que l’autre, enfermées dans une seule et même femme. — Taylor a été blessé par un membre du club. Elle prit une inspiration rageuse. — Je croyais qu’il s’agissait d’un club privé ? Comment est-il entré ? Ce fut Deklan qui répondit. — Il était invité par un membre du club. A ce titre, il a eu un pass, comme vous le soir de Mardi gras. Elle déglutit en l’entendant évoquer son unique visite au club. Son inexpérience du BDSM avait été flagrante ce soir-là. — Comment est-ce arrivé ? — C’est ma faute, chuchota Taylor depuis le canapé. — Absolument pas ! Seth, Deklan et Kendra avaient protesté d’une même voix. Seth posa la main sur son épaule. Que devrait-il faire pour qu’il comprenne que ce n’était pas lui le responsable ? — Non, répéta-t-il doucement. Ce n’était pas ta faute. Allie s’approcha. Son visage se crispa quand elle découvrit l’état du dos de Taylor. Seth vit briller des questions et des doutes dans ses yeux bruns quand elle se tourna de nouveau vers lui. — Je sais que tu pratiques le pro bono, dit Kendra derrière eux. Nous espérions que tu pourrais conseiller Taylor sur ses droits. Allie hocha la tête mais son regard resta rivé sur lui. — Vous n’avez pas d’avocat ? — Le club en a un, bien sûr, mais ce n’est pas la question, dit-il. C’est Taylor qui compte. Elle continua à le dévisager avec une fixité déroutante. Percevait-elle sa culpabilité ? Doutait-elle de ses intentions ?