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Renoncer à toi

De
89 pages


Lauren a laissé à Londres un mariage désastreux et un job qu’elle adorait. Fraichement rentrée à Paris près de ses proches pour reconstruire sa vie. Lors d’un entretien d’embauche, elle tombe sur Samuel Masset. Beau, drôle et carriériste, Samuel n’est pas seulement son futur employeur, il est aussi le meilleur ami de ses frères et son premier amour. Peut-être aussi son seul amour.



Attiré irrésistiblement l’un vers l’autre, cette alchimie leur a déjà joué bien des tours. Lauren qui pensait avoir renoncé à lui succombera-t-elle de nouveau ?

Leur passion sera-t-elle plus forte que les obstacles qui semblent les séparer ?

Samuel parviendra-t-il à mettre ses craintes de côté pour s’engager réellement auprès de Lauren ?

Ou renoncera-t-il à elle ?

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ISBN978-2-37447-056-6

Dépôt LégalOctobre 2015

© Erato–Editions

Tous droits réservés

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

 

PROLOGUE

 

Je regarde autour de moi, la salle d’attente du bureau de Masset & Collet Communication. Elle est claire, lumineuse, au mobilier blanc et moderne. Sur la table basse, leurs brochures présentant leurs plus gros projets, aux murs encore des exemples de leurs campagnes publicitaires. J’ai rendez-vous pour un poste d’assistante pour le directeur exécutif du marketing. J’ai déjà eu deux entretiens en téléconférence avec la directrice des ressources humaines. J’ai dû lui plaire, car elle m’a rappelée la semaine dernière pour convenir d’un entretien en face à face dans leurs locaux du XIe arrondissement, tout près de République. Je suis arrivée hier de Londres où je vivais depuis six ans. J’y ai laissé un super duplex, un travail génial et une liaison dévastatrice. Il ne faut pas que je pense à ça maintenant.

Reprends-toi Lauren !

Ce job est une opportunité en or pour un nouveau départ. Il y a deux mois quand il m’a quittée pour la énième fois, j’ai décidé que cette fois-ci serait la dernière. J’ai démissionné d’un job que j’adorais pour une patronne que j’aimais comme une seconde mère et j’ai préparé mon retour pour la France.

Grâce à un cabinet de recrutement, me voici ici dans la salle d’attente d’une des sociétés de communication les plus influentes d’Europe.

C’est une chance inestimable pour moi, maintenant il ne me reste plus qu’à convaincre mon futur supérieur que je suis l’assistante qu’il lui faut, mais pour ça je ne m’en fais pas trop, autant je peux être totalement dénuée de jugeote dans ma vie sentimentale autant, en ce qui concerne le travail, je sais parfaitement ce que je fais. Je suis douée dans mon domaine. Même si j’ai confiance en mes capacités, je suis tout de même stressée pour cet entretien. J’ai besoin que ça marche, besoin de savoir que j’ai fait le bon choix en quittant Londres, en le quittant lui.

Je suis un peu en avance, la réceptionniste, deux étages plus bas, m’a déjà informée que c’était Monsieur Masset lui-même qui allait me recevoir et qu’il avait quelques minutes de retard. Maintenant que je sais que c’est un poste pour assister l’un des dirigeants, je stresse encore plus. J’observe les lieux, c’est une vraie ruche, en à peine dix minutes, j’ai au moins vu une quinzaine de personnes défiler et notamment un grand blond qui vient de faire son deuxième passage en me souriant largement. Quand je lui retourne son sourire poliment, il a l’air de le prendre pour une invitation.

– Bonjour, Luc Collet, je peux vous aider ?

Je me lève pour lui rendre sa poignée de main.

– Merci j’attends Monsieur Masset.

 

 

 

 

Samuel

On ne peut pas dire que la journée commence bien. J’ai passé une nuit de merde, en commençant par ma rupture avec Mélanie hier soir, sans cri, sans larme, mais je n’apprécie pas l’exercice. C’est une fille sympa et au lit c’était assez explosif, mais en assistant au mariage de Louise et Tristan1, l’un de mes meilleurs amis, ce week-end, j’ai réalisé que le sexe pour le sexe ne m’intéressait plus.

Cela m’a-t-il jamais intéressé ? Là est la question.

Courir dix kilomètres m’a fait du bien sauf que depuis mon arrivée au bureau les problèmes s’accumulent : augmentation de budget, retard sur les délais à tenir et maintenant Rachel est malade et je dois me taper cet entretien seul.

J’ai horreur des entretiens d’embauche, je ne sais jamais quelles questions poser. C’est pour ça que j’ai une directrice des ressources humaines, pour me permettre d’observer les candidats et de seulement dire : « on vous rappelle » ou « quand êtes-vous disponible ? ». C’est ma seule réplique et ça me va très bien. Et même si selon les propres termes de Rachel cette fille est la perle des assistantes et à part si elle arrive à taper cinq cents mots minute tout en me préparant un café digne de ce nom, je ne vois pas en quoi elle va révolutionner mon univers. Son CV est certes impressionnant, elle est même un peu trop qualifiée pour un simple poste d’assistante. Il n’y a pas de photo jointe, dommage.

Il est temps d’aller voir ce dont elle a l’air, si elle sourit ce sera déjà un sacré progrès par rapport à ma dernière assistante, si en plus elle ne fait pas de fautes de grammaire quand elle ouvre la bouche, je l’embauche sur le champ.

Je me lève de mon fauteuil et ce n’est qu’en m’approchant de la porte que les sons me parviennent. Luc est en train de parler à quelqu’un, une femme à la voix incroyablement suave. S’il s’est arrêté pour lui faire la conversation c’est que cette fille ne doit pas être mal, voir sexy. Maintenant, j’ai hâte de la rencontrer. Cette journée ne sera peut-être pas aussi merdique que ce que je croyais.

J’ouvre la porte.

Luc lui présente la plaquette de l’entreprise, elle est de dos. Elle est grande, mais pas trop à peine un mètre soixante-dix, elle a d’incroyables cheveux auburn qui lui arrivent au milieu du dos, et surtout elle a un…

Putain !

Je reconnaîtrais ce cul entre mille, il me hante depuis dix ans.

– Lauren ?

Elle se retourne, ses cheveux volent autour d’elle, elle a quelques secondes de réflexion en me découvrant puis me sourit franchement quand elle me reconnaît enfin. Et comme à chaque fois depuis qu’elle a 16 ans sa simple proximité déclenche une tornade dans mon boxer.

– SamSam !

Elle s’excuse poliment auprès de Luc et s’approche à grandes enjambées.

Putain, j’avais oublié ses jambes interminables. Elle est encore plus belle que dans mes souvenirs et je ne pensais pas que ce fût humainement possible.

Lauren est le genre de femme qui fait passer toutes les autres pour fades et insipides voir transparentes. Elle est belle à en couper le souffle. Rien que de l’apercevoir fait lever des queues à trois kilomètres à la ronde.

Mais pas seulement. Il y a quelque chose chez elle, une fragilité, une sensibilité qui fait qu’on ne peut pas s’en détacher, malgré une volonté de fer…

Elle s’approche, m’embrasse sur la joue et me serre dans ses bras, elle sent bon, une odeur sucrée avec un fond de réglisse.

Luc mime dans son dos une silhouette de femme avec une grimace grivoise, sans un son je lui enjoins de se barrer de là ! Mais il a raison, elle est sublime, elle a un corps de pin-up à faire pâlir d’envie Betty Boop, le visage le plus beau qu’il m’ait été donné de voir avec des lèvres pulpeuses, des yeux d’un vert incroyable et un QI de génie. Cette femme est le diable en Louboutins.

Quand elle s’écarte de moi, j’arrive à reprendre le fil de mes pensées.

– C’est toi le Masset de Masset & Collet ?

Elle a laissé sa main sur mon biceps et il me faut toute ma concentration pour penser à autre chose qu’à ce contact et son corps de rêve moulé dans cette robe noire.

– En personne ! Et toi que fais-tu ici ? Aux dernières nouvelles, tu étais à Londres.

– Je suis rentrée hier et je suis ton rendez-vous de dix heures. Le poste d’assistante ?

Sans attendre davantage, je la fais entrer et lui fais signe de s’installer sur l’un des fauteuils rouges faisant face à mon bureau. Une fois que je me suis assis, je prends le CV et le relis rapidement.

Elle me complimente sur la décoration de la pièce, je lui réponds simplement que tous les mérites reviennent à ma décoratrice. Je mets enfin le doigt sur ce qui me chiffonne :

– Sur ton CV, il y a inscrit Lauren Zamaï.

Elle me regarde avec l’air de dire « t’es idiot ou quoi ? »

Il me faut quelques secondes pour comprendre ce que ce regard insinue.

– Oh ! Tes frères ne m’avaient pas dit que vous vous étiez mariés.

Cette idée me tord les tripes.

– Sûrement parce qu’ils préféreraient oublier cet état de fait. Tout comme moi, j’ai demandé le divorce.

Une ombre passe dans son regard, jusque-là tellement lumineux. Cet enfoiré lui a fait du mal, c’était prévisible.

– Et te voilà… dis-je pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, aussi bien pour elle que pour moi.

– Eh oui ! Je me suis déjà entretenu deux fois avec ta DRH, elle avait l’air satisfaite, elle nous rejoint bientôt ?

Toujours aussi directe, génial !

– Non, elle est malade. Nous ne serons que tous les deux, mais elle m’a vanté tes mérites, sois-en sûre. Toutefois, tu ne crois pas être un peu surdiplômée pour un simple poste d’assistante ?

Elle redresse les épaules et dégage son cou de ses cheveux, elle n’est pas du tout vexée par ma question bien au contraire, je crois qu’elle s’y attendait.

– Je ne suis pas une simple assistante de direction. Je suis le nec plus extra de l’assistante de direction !

Je suis intrigué et elle le voit.

– Je ne suis pas secrétaire, si tu veux quelqu’un uniquement pour répondre au téléphone, faire tes courriers et ton café, c’est clair que nous avons été fourvoyés, toi comme moi.

– Alors que fais-tu ? lui demandé-je fasciné par ce qu’elle me vend.

– Je suis ta première partie… Tous les gens qui veulent t’atteindre doivent déjà passer par moi. Les appels, les courriers, les dossiers, tes visiteurs, tes collaborateurs, doivent déjà me convaincre moi. Je fais le tri dans les priorités, organise ton planning, prépare les réunions, résume les demandes qui arrivent sur ton bureau, fais un premier topo sur les nouveaux clients. Bref, je dégrossis le terrain. Je suis ta première partie… Et je fais de l’excellent café !

J’essaie de ne pas montrer que je suis conquis et la pousse encore :

– J’ai des managers pour ça.

– C’est sûr, mais tout le monde gagnerait du temps s’ils n’avaient pas à le faire et puis je suis sûre qu’aucun de tes managers, stagiaires ou jeunes diplômés n’a vu la moindre parcelle du commencement du dossier Evrett à un million d’Euros que vous avez remporté, il y a deux mois, n’est-ce pas ?

Je signe où ? Il me faut cette fille !

– D’où ton salaire dithyrambique…

– Crois-moi, je les vaux largement.

Elle sort un stylo en argent de son sac et prend le bloc-notes sur mon bureau. Quand elle se penche pour écrire, j’aperçois la naissance de ses seins. Je détourne le regard rapidement sinon je cours à ma perte. Elle me tend le bloc.

– Téléphone à mes anciens patrons, ils te diront. Ce sont leurs numéros, et le mien pour que tu puisses me rappeler après.

Elle se lève. Je la raccompagne jusqu’à la porte.

Elle m’embrasse de nouveau sur la joue. J’ai un peu de mal à réaliser. Était-ce vraiment moi qui menais l’entretien ? Ai-je vraiment le choix de l’embaucher ou pas ?

Je veux la revoir, ça, c’est certain. Il le faut.

– J’étais contente de te revoir SamSam.

– Plus personne ne m’appelle comme ça.

Elle me sourit tendrement, les yeux emplis d’une émotion que je n’arrive pas à déchiffrer.

– À bientôt, j’espère.

– À bientôt Lauren.

 

 

 

Lauren

Je ne pensais pas qu’il était possible de courir en talons aiguilles, mais ça l’est. Je me suis littéralement enfuie des bureaux de Masset & Collet. Je me suis réfugiée dans un bar quelques rues plus loin.

J’ai besoin de faire le point sur ce qui vient de se passer.

Purée, Samuel…

Mon cœur bat à toute allure. J’ai les mains moites et mes pensées partent dans tous les sens, comme à chaque fois que je suis dans la même pièce que lui. Je commande un thé citron et m’écroule sur l’une des banquettes du fond. Il fait chaud dehors et la majorité de la clientèle est attablée en terrasse.

Tant mieux.

Il me faut mettre de l’espace avec ce qui m’entoure. Le serveur dépose ma tasse et la note sur la table.

Samuel Masset…

Avec tout ce qui s’est passé ces dernières semaines – les cris, les larmes, la séparation – je n’ai même pas réalisé que le Masset de Masset & Collet communication était mon Samuel. Enfin mon Samuel, il ne l’a été que pendant mon sommeil d’adolescente, c’était alors tellement réel, pourtant la réalité était tout autre : il m’était inaccessible.

C’est le meilleur ami de mes jumeaux de grands frères, Grégory et Éric, ils ont quatre ans de plus que moi et dire qu’ils sont surprotecteurs est un euphémisme. Samuel était l’équivalent d’un troisième grand frère. Aussi loin que je m’en souvienne, il était présent à toutes les fêtes de famille, il partait en vacances avec nous, il dormait à la maison le week-end, mais inutile de dire que je ne l’ai jamais considéré comme tel. Il a été mon premier amour de petite fille, mon premier fantasme d’adolescente. Je comparais tous mes copains à lui. Et tous échouaient lamentablement. Samuel est beau comme un Dieu, grand, athlétique, intelligent et drôle, un véritable piège à femme. Le seul à avoir tenu la comparaison m’a littéralement démolie.

J’ai à peine retrouvé ma liberté, Paris et Samuel que je me sens plus forte pour faire mon petit numéro devant lui.

Mon Dieu, mais qu’est-ce qui m’a pris ? « Je suis ta première partie ». Il a dû me prendre pour une cinglée. Voilà l’effet qu’a Samuel sur moi, les mots sortent de ma bouche sans vraiment avoir été pensés avant. C’était acceptable, voire mignon, à seize ans, mais à vingt-huit, ça l’est un peu moins. Surtout que je pensais être guérie de ma « samuelite » depuis longtemps. Comment pourrais-je travailler pour lui ? Si près de lui ?

Je ne l’ai pas vu depuis plus de six ans et pourtant tout ce que je ressentais pour lui avant notre petit incident, avant que je décide de le rayer de mes pensées (sans grand succès) et de vivre ma vie (sans grand succès non plus) me revient en mémoire. Il faut pourtant que je le fasse, je n’ai pas le choix. Enfin s’il veut de moi pour être avec lui… Pour travailler avec lui !

Sans ce job, je suis sans le sou, mais surtout il représente tout ce que j’ai toujours espéré.

Avant d’abandonner HEC2pour suivre mon beau professeur à Londres pour l’épouser, je rêvais de travailler dans le marketing, monter des campagnes publicitaires, embellir ou relooker une marque, un nom. La seule chose positive qui a pu ressortir de cette histoire, c’est que j’ai réalisé que je n’aimais pas être dans la lumière, les coulisses me correspondent mieux.

L’avant et l’après-show sont mon domaine. Je sais que dans ce milieu Samuel est LA star. Déjà pendant nos années HEC, où nous n’avons fait que nous croiser, c’était une célébrité, le génie du marketing, le seul étudiant à avoir décroché un projet de plus de 500 000 € pendant son année de césure et à le mener à bien avec les félicitations du jury.

Mes frères m’avaient dit qu’il avait monté sa boîte et si j’avais eu les idées claires j’aurais pu me préparer avant de le voir ou alors me dégonfler, ce qui m’aurait évité le tourment intérieur que je suis en train de vivre.

Je bois une gorgée de mon thé, il n’est pas aussi bon qu’à Londres, mais il fera l’affaire.

Je dois me ressaisir !

Samuel Masset ou pas, je viens de mettre mon alliance au fond de la cuvette de l’Eurostar qui me ramenait, il est hors de question qu’un mec me fasse perdre la tête maintenant. Si Samuel est mon patron, ce sera une barrière supplémentaire entre nous. J’ai bien appris de mes erreurs et de mes bleus, les hommes intelligents, hiérarchiquement supérieurs, inaccessibles, je ne dois pas y toucher. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont inaccessibles !

Je suis à l’abri chez moi, enfin chez mon frère. Greg et sa femme Clara sont à Stanford où il a accepté un poste de professeur pour l’année. Pendant ce temps ils font rénover leur loft. Je squatte donc un magnifique loft dans le Xe arrondissement, entouré de cartons et de meubles recouverts de plastique. Cet appartement est à mon image : en chantier pour le moment. Ce n’est que temporaire, ils rentrent en septembre c’est à dire dans deux mois, je devrais alors me trouver mon propre appartement, si j’ai un travail…

 

L’eau chaude du bain contribue à me détendre, mon cerveau tourne à plein régime, il ne cesse de me tourmenter.

Je devrais être en plein drame post-rupture, prédivorce, mais je ne pense qu’à Sam… Je le revois à vingt ans lorsqu’il est parti en vacances avec mes frères, avant leur départ pour le sud de la France. L’été était chaud et ils préparaient leur séjour en camping, ils passaient la journée dans le jardin à nettoyer les tentes, le matériel, bricoler la voiture, torses nus.

Je n’avais que seize ans et j’avais les sens en ébullition. C’est à compter de cet été-là que mes fantasmes ont commencé. Le voir à moitié nu tous les jours, un torse bien dessiné et musclé… hum. Son sourire satisfait quand il me surprenait à le regarder, ses taquineries à table qui me faisaient rougir comme une ado coincée que j’étais alors. Rien que d’y repenser je suis troublée, comme à l’époque.

Mon téléphone sonne me sortant de mes souvenirs. Je ne reconnais pas le numéro, je décroche hésitante :

– Allo ?

– Quand peux-tu commencer ?

Je souris jusqu’aux oreilles, c’est Sam !

– Demain matin ?

– Alors à demain Mademoiselle Beaumont.

Il m’a appelée par mon nom de jeune fille, ça me fait sourire, pour lui je suis restée Lauren Beaumont.

– Sam ?

– Oui ?

– Merci.

Je ne sais pas pourquoi, je le remercie, mais j’ai l’impression que je dois le faire.

Il met quelques secondes avant de me répondre :

– Ne me remercie pas, remercie Sally Brown qui m’a dit que je ne serais qu’un imbécile et un incompétent si je ne t’embauchais pas et que ça ne serait qu’à cette condition qu’elle m’attribuerait leur prochaine campagne. C’est grâce à elle que j’ai les moyens de te donner le scandaleux salaire que tu demandes.

Je ne peux m’empêcher de rire, Sally me manque déjà, j’adorais tellement travailler pour elle.

– Merci, je répète tout de même.

– À demain, Lauren.

Il raccroche.

 

 

Samuel

Je sais que je fais une erreur, mais je m’en fous. Depuis que je l’ai revue ce matin, je ne pense qu’à elle. Même assis à mon bar préféré, entouré de mes potes, je n’ai qu’une chose en tête ses grands yeux, sa bouche sublime, sa poitrine haute et ronde et son cul…

Putain son cul…

– Tu vas enfin nous dire qui était la bombe sexuelle dans ton bureau ce matin ?

Luc en est à sa troisième bière et son filtre cerveau bouche a définitivement disparu.

– Elle avait un cul !

– Surveille ton langage !

Je pointe mon doigt sur lui pour le réprimander, je n’ai pas pu m’en empêcher. Je ne compte plus les fois où je me suis battu avec Greg et Éric (ou même sans eux) à cause de ce genre de remarques de la part de pauvres types qui bavaient sur Lauren.

– C’est la petite sœur Beaumont… Elle venait pour le poste d’assistante.

– Ce n’est pas vrai !? Ton bureau risque de devenir sacrément intéressant !

Il a raison ma vie au bureau va devenir… intéressante.

La discussion passe vite à autre chose. J’essaie de me concentrer sur ce qu’ils disent, mais rapidement mes pensées dérivent vers Lauren.

Nous n’avons jamais eu les mêmes amis, elle a quatre ans de moins que moi, mais j’étais tellement souvent chez eux que je suis presque devenu un membre à part entière de sa famille, ce qui pour un fils unique de parents divorcés représente beaucoup. J’aimais Lauren comme une sœur, enfin c’est ce que je croyais jusqu’à ses seize ans. Je ne l’avais pas vue depuis un moment, avec les jumeaux nous étions en coloc sur Paris alors quand nous sommes rentrés cet été-là, je n’étais pas préparé à ce que j’allais voir. Neuf mois plus tôt, j’avais quitté une adolescente un peu ronde, jolie, mais mal dans sa peau et limite un peu gauche ; et là je retrouvais une jeune fille de presque dix centimètres de plus, tout en jambes, et aux courbes sensuelles. Elle était sexy. Aucun grand frère ne trouve sa sœur sexy –et je dis sexy parce que je la respecte trop pour employer un autre vocabulaire. À partir de cet été-là, il m’a fallu toute ma force de persuasion pour me concentrer sur qui elle était, la petite sœur de mes meilleurs potes, et ne pas la draguer outrageusement. Il n’y a que durant mon sommeil que j’y cédais. Je ne compte plus le nombre de rêves érotiques que j’ai fait où Lauren jouait le rôle principal.

En fait, je n’ai jamais fait de rêves érotiques sans elle, à l’intérieur. J’ai alors voulu la connaître davantage pour me rattacher à une image plus « cérébrale » d’elle. Qu’est-ce que je n’ai pas fait comme erreur ! Cette fille, et déjà à seize ans, est aussi sexy physiquement qu’intellectuellement et spirituellement. Elle est espiègle, maligne, perspicace, elle a de l’humour et ne mâche pas ses mots…

Je suis un séducteur, je le sais et j’aime ça. J’aime séduire les femmes, les inviter à dîner, sortir pour mieux les ramener chez moi pour les déshabiller. J’aime ce jeu et je suis plutôt doué. Lauren a toujours représenté le plus gros des défis, l’ultime tentation. Mais elle est la petite sœur de mes meilleurs amis et je ne suis pas salaud au point de gâcher ça pour une partie de jambes en l’air, même si je suis certain qu’avec Lauren, ce doit être quelque chose.

 Bref, j’ai dû me forger une volonté de fer pour ne pas succomber.

Je me demande pourquoi les jumeaux ne m’ont pas dit qu’elle était mariée.

Je me souviens de leur état de fureur quand ils ont appris que notre cher professeur Zamaï avait séduit leur sœur et qu’elle partait avec lui en Angleterre, ils étaient fous de rage et connaissant la réputation de Zamaï, il n’aurait pas fallu que je le croise, moi non plus. Ils passaient des heures à essayer de lui faire entendre raison, pour qu’elle réalise que ce type n’était qu’un coureur, un égoïste qui se servait d’elle, mais elle leur a toujours rétorqué qu’elle l’aimait, qu’ils se trompaient. Visiblement, elle a fini par ouvrir les yeux. À cette époque, j’avais décidé de mettre le plus de distance possible entre elle et moi. C’était plus sûr. Elle m’attirait beaucoup trop. Pour cela, ma technique consistait principalement à mettre chaque nuit une fille différente dans mon lit.

Depuis quelques années, j’ai eu très peu de nouvelles d’elle, HEC, l’année de césure puis mon master 2 m’ont isolé des jumeaux. Greg aussi était à fond dans les études quant à Éric il s’est engagé dans l’armée. Cet été au camping fut la dernière fois où je passais du temps avec Lauren, à part, bien sûr, ces quelques minutes volées, il y a six ans, qui hantent encore mes rêves.

Ce n’est pas le moment d’y repenser. Je suis au bureau et elle devrait arriver d’une minute à l’autre. C’est son premier jour et bon sang, j’ai le trac comme si c’était le mien. J’ai mal dormi, me tournant et me retournant dans mon lit en me posant mille et une questions, plus débiles les unes que les autres. Du genre : quelle cravate mettre ? Celle qui fait ressortir mes yeux ou ma porte-bonheur ? Bref une vraie gonzesse.

Je suis dans mon bureau depuis huit heures du matin et pourtant une heure après, je n’ai pas du tout avancé. Au moindre bruit venant du couloir, je lève la tête pour voir si ce n’est pas elle qui arrive.

Merde.

Elle est revenue dans ma vie depuis cinq minutes et j’ai déjà repris mes vieilles habitudes. Je la guette. Je l’attends.

Des pas me parviennent du couloir, je suis immédiatement sur le qui-vive en les entendant se rapprocher. Je fais comme si j’étais hyper concentrer sur mon dossier.

– J’arrive trop tôt ?

La voix n’est pas du tout celle que j’espérais entendre. Je relève la tête pour savoir de quoi parle mon abruti d’associé.

– Je pensais accueillir la sublime Lauren avec toi, rétorque-t-il face à mon air interrogatif.

– Pourquoi ferais-tu ça ? Tu ne l’as jamais fait avec les autres.

– Oui, mais les autres étaient moitié moins bandantes qu’elle !

Je me lève d’un bond – vieux réflexe – avant de réaliser que c’est exactement ce qu’il attendait comme réaction de ma part.

Son air satisfait plaqué au visage, il s’assoit sur l’un des fauteuils me faisant face, pose sa cheville droite sur son genou gauche, replace sa cravate et attaque :

– Nos règles s’adressent aussi à toi Samuel, ne l’oublie pas. Cette fille a l’air super et elle a beau être sublime, tu la gardes dans ton pantalon.

 

– Qu’est-ce que tu racontes bordel ? Lauren est pratiquement comme ma sœur !

Il hausse un sourcil visiblement peu convaincu par ma réplique. Il y a de quoi. Moi-même, je n’y crois pas.

Il se lève et s’apprête à partir, mais s’arrête dans l’embrasure de la porte.

– Je voulais être sûr que nous étions d’accord.

Je hoche simplement la tête, je lui ai suffisamment menti pour aujourd’hui.

Il se tourne et sort, sa voix grave me parvient de nouveau.

– Lauren, ravi de vous revoir. Bienvenue chez Masset & Collet.

Elle le remercie poliment et frappe délicatement à ma porte.

– Bonjour, Samuel, me salue-t-elle en entrant.

Je lève la tête et il me faut quelques instants pour ouvrir la bouche pour être sûr que de la bave n’en sorte pas. Elle porte une robe blanche, très, très près du corps, juchée sur des escarpins à sangles corail, ses cheveux lui tombent en cascade sur les épaules. Elle est renversante.

Les règles commencent déjà à s’estomper dans mon esprit.

*****

Ça fait maintenant deux semaines que Lauren est mon assistante et je ne sais pas comment j’ai pu travailler sans elle. Mes rapports avec mes assistantes ont toujours été tendus, je n’arrivais pas à communiquer correctement avec elles. Je leur reprochais toujours quelque chose, soit elles n’allaient pas assez vite, soit elles anticipaient trop, bref il y avait toujours quelque chose.

Pas avec Lauren. Nos rapports sont simples, naturels, je n’ai pas besoin de lui répéter les choses, je n’ai parfois pas besoin de lui demander du tout, elle comprend mes attentes et les respecte scrupuleusement. Les dossiers qu’elle me transmet sont clairs, concis, les tableurs n’ont aucun secret pour elle. Je comprends mieux la réticence de son ancienne directrice à la laisser partir. Elle ne travaille ici que depuis deux semaines pourtant elle m’est déjà indispensable.

Et son café est vraiment excellent !

Même d’un point de vue relationnel, tout le monde l’adore, elle est sympathique, intelligente et drôle, le fait qu’elle soit magnifique ne gâche rien. Je vois bien que notre bureau est plus visité qu’avant. J’ai l’impression que tout le personnel masculin passe au moins une fois par jour par mes bureaux rien que pour la voir. Il est vrai que chaque jour elle arbore une nouvelle tenue qui met son corps en valeur. C’est ce qui me fait le plus peur, comment résister à cette attirance physique ? Heureusement pour moi, elle ne joue pas de son charme, elle est très professionnelle et moi aussi du reste, si on ne sait pas que je la connais depuis qu’elle porte un appareil dentaire, on ne peut pas le deviner.

Je suis arrivé tôt ce matin, Tristan m’a averti hier qu’il voulait un lancement en grande pompe pour Beautiful, leur nouvelle gamme de soins. Une campagne de pub pour Ringer Industrie ce n’est pas rien, et un tel lancement c’est idéal pour attirer de nouveaux clients. J’ai besoin d’un peu de temps pour y penser, c’est un évènement important, il ne faut pas tomber à côté. Je suis passé au Starbuck prendre ma dose de caféine pour bien attaquer la journée. Comme d’habitude alors que je pensais être seul, Lauren est déjà là. Elle n’est pas à son bureau, mais son sac est posé sur sa table.

Je vais directement m’asseoir, quelques secondes plus tard, elle frappe légèrement à ma porte, quand elle entre, j’en renverse mon café…

Merde alors !

Elle porte un chemisier blanc légèrement transparent au travers duquel je peux distinguer son soutien-gorge, une jupe crayon bleu marine, des escarpins assortis, elle a relevé ses cheveux en chignon qu’elle maintient avec des crayons, mais surtout elle porte des lunettes !

Elle est tellement… Sexy !

Ouais très pro l’attitude.

– Merde, Sam, ça va ?

Elle jette ce qu’elle avait dans les mains sur un siège et se précipite sur moi. Avant que je n’aie eu le temps de réaliser, elle a déjà attrapé la boîte de mouchoir, tourné mon fauteuil pour éponger le café sur ma chemise, mon bureau et mon entrejambe…

Ce qui devient vite très gênant. Elle a ses cheveux sous mon nez, son parfum remplit mes narines, elle est agenouillée devant moi, les mains sur mon bas ventre, c’en devient incontrôlable. Quand elle s’en aperçoit, elle ralentit ses mouvements, repasse un coup sur le bureau, se relève et me dit simplement :

– Je suis contente de te voir aussi, avec le plus...