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Résiste-moi - Volume 4

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Extrait
1. Un dernier rendez-vous


Je quitte l’hôpital Bellevue à toute vitesse et sans prévenir personne. C’est la panique complète. Le ton de Martin était tellement inquiétant, c’est peut-être une question de secondes. Je n’ai pas le temps d’avertir Clive, je suis sûre qu’il comprendra.
Quand je sonne à l’interphone de l’immeuble de Martin, il ne me répond d’abord pas. Je reste le doigt appuyé sur le bouton pendant une minute en jurant sur le trottoir. Au moment où je m’apprête à essayer tous les autres appartements de l’immeuble, un long bip résonne et la porte se déverrouille. Je monte quatre à quatre jusqu’au deuxième étage. La porte de l’appartement de Martin est entrouverte. J’entre en trombe dans le couloir en me dirigeant droit vers le salon quand j’entends la porte se refermer derrière moi.
Je fais volte-face. Martin est adossé à sa porte d’entrée.
– Hé, salut toi ! dit-il d’une voix rocailleuse.
Je procède à une rapide inspection visuelle de sa personne. Je commence par ses poignets que je craignais de retrouver ouverts et en sang. Tout va bien de ce côté-là. Malgré tout, Martin ne fait pas très net. Ce n’est pas l’homme que je connais, quelque chose cloche. Lui d’habitude si soigné porte un jean taché, un tee-shirt détendu et aussi sale que le jean, et un sweat à capuche dans le même état.
– Salut, réponds-je d’une voix incertaine, ne voulant paraître ni ravie de le voir en vie ni en colère qu’il m’ait fait venir jusque chez lui alors qu’apparemment il n’est pas en danger. Ça va ?
– Sympa de t’inquiéter pour moi, dit-il en s’approchant.
Je recule en essayant de paraître naturelle.
– Tu as eu les jetons, hein, avoue, dit Martin en haussant les sourcils d’un air comique.
– C’est ce que tu voulais sûrement, non ? réponds-je sur un mode léger. Tu voulais parler, je suis là. Tu m’as l’air crevé, en tout cas.
Je me demande depuis quand il ne s’est pas rasé ni lavé les cheveux. Un chaume roux couvre ses joues et emprisonne son sourire. Il se frotte le visage nerveusement comme si cette barbe l’irritait. Ses yeux sont cernés de noir, ses traits sont creusés et son regard n’est plus turquoise mais d’un gris délavé assez déstabilisant.
– Ouais, c’est pas la grande forme, répond-il en haussant les épaules.
– Depuis quand tu n’es pas allé bosser ? je demande sur une intuition.
Je viens de balayer la pièce principale du regard et l’état de dévastation me fait penser que les lieux sont occupés en permanence dans un grand laisser-aller.
– Je sais pas, deux semaines, je crois, répond-il en se dirigeant vers la cuisine ouverte. Tu veux un café, un thé, une bière ? J’ai plus fort aussi, si ça te branche.
Il lève une bouteille de vodka qu’il agite avec un air facétieux qui fait plutôt peur.
– Un café, réponds-je en posant mon sac sur le sol.
– Tu peux te mettre à l’aise, hein, tu as bien cinq minutes ? dit Martin sur un ton enjoué.
J’enlève mon imper et je le plie soigneusement sur le dossier d’une chaise. Ça me fait du mal de voir Martin ainsi, parce que je ne peux m’empêcher de penser que je suis responsable de son état. Je me sens coupable de sa déchéance. Où est l’homme au physique idéal qui faisait rêver toutes les femmes ? Je ne vois qu’un type sale et triste. Je l’entends renifler et me rends compte qu’il est en train de pleurer.
– Martin ? Ça va ?
Il relève la tête et s’essuie les yeux et le nez du revers de la main.
– Ah, merde ! mais oui, Milla, ça va super bien ! répond-il d’une voix forte qui me fait sursauter. Tu ne vois donc pas que je nage en plein bonheur, que je suis au mieux de ma forme ?
Il lève un verre qu’il vient de remplir d’alcool.
– Santé ! dit-il avec sarcasme. À mon bonheur !
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