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Rose Emma Tome 2

De
192 pages
Une nouvelle décennie de renouveau se dessine après les sombres années de guerre et même au Québec, le souffle du progrès dans tous les domaines se fait sentir. Léone Mayer constate cette effervescence puisqu'elle vient de débarquer au port du Havre en compagnie de sa petite fille Adriane, de sa nouvelle amie et dame de compagnie, madame McCleary. Elle possède la garde légale de cette enfant et cette chasse gardée deviendra le noeud qui se tissera autour de tous les membre de sa famille et principalement autour du coeur de sa mère Rose Emma.
L'amour d'André pour sa Rose parviendra-t-il à contrecarrer les plans machiavéliques de la matriarche? Ou est-ce que les principes rigides de l'époque et le coeur d'une mère envers son enfant l'emporteront?
Une histoire qui mène à des aboutissements inattendus pour les membres de cette famille et envers ceux qui gravitent autour de cette femme austère et malheureuse.
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Rose Emma Tome II
Gisèle Mayrand
RoseEmma Tome II
Roman
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Mayrand Desroches, Gisèle, 1945- Rose Emma : roman  L’ouvrage complet comprendra 3 v.  ISBN 978-2-924530-48-1 (v. 2)  ISBN PDF numérique : 978-2-924530-49-8  ISBN EPUB : 978-2-924530-50-4
 I. Titre.
PS8626.A935R67 2009 PS9626.A935R67 2009
 C843’.6
 C2009-942626-9
Révision et correction d’épreuves : Josyanne Doucet Infographie et mise en pages : Alejandro Natan Conception graphique de la page couverture : Alejandro Natan Imprimerie de l’OACI La maison d’édition remercie tous les collaborateurs à cette publication. Les Éditions Belle Feuille 68, chemin Saint-André, Saint-Jean-sur-Richelieu, QC J2W 2H6 Téléphone : 450 348-1681 Courriel : marceldebel@videotron.ca Web : www.livresdebel.com
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Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec—2015 Bibliothèque et Archives Canada—2015 Tous droits de traduction et d’adaptation réservés © Les Éditions Belle Feuille 2015 Les droits d’auteur et les droits de reproduction sont gérés par Copibec Toutes les demandes de reproduction doivent être acheminées à : Copibec (reproduction papier) - 514 288-1664 - 800 717-2022 Courriel : licences@copibec.qc.ca
Imprimé au Québec
VA C A N C E S O U T R E M E R
éone Mayer posa le pied sur ce sol européen, encore balafré par cinqL années de guerre et curieusement, l’effervescence du mouvement créateur qu’elle ressentit sur cette place animée lui fit bonne impression. L’énergie du progrès flottait dans l’air comme si ces gens étaient pressés de retrouver leur identité. Les touristes, en posant le pied à quai, constataient ce générateur d’optimisme et les effets de cette nouvelle décennie toute proche, celle des années cinquante, en décuplait l’envie d’aller de l’avant. Léone Mayer se faufila parmi le fourmillement de gens bruyants afin de quitter ce port du Havre crasseux. Madame McCleary se distançait de sa compagne et fut obligée de prendre Adriane dans ses bras pour ne pas perdre de vue Madame Mayer, qui se frayait un chemin tel l’éclaireur connaissant son chemin par cœur. La dame entrevit une éclaircie et héla le taxi limousine qui repartit alourdit d’une brassée de bagages. Abruptement soustraite au brouhaha du dehors, le silence en vase clos de l’automobile fut brutal pour les deux femmes. Ni l’une ni l’autre ne prononça un mot durant plusieurs minutes, le temps de s’habituer à l’intimité impromptue qui leur était tombée dessus.
Après trois bonnes heures sur une route entrecoupée de nombreux arrêts causés par plusieurs travaux routiers, exténuées, elles entrèrent dans cet hôtel cossu où une suite de deux chambres adjacentes à un vivoir les attendait au cœur de Paris. Dès son entrée, Léone rechigna sur l’odeur de poussière dardant ses narines, les pièces exiguës lui firent déclarer combien sa vision de la Ville lumière la désenchantait.
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R O S E E M M A – T o m e I I
Léone s’empressa d’ouvrir les longues fenêtres à guillotine et y respira de grandes bouffées d’air.
La dame du Nouveau Monde réfréna cette envie soudaine d’écourter ce voyage et dans son esprit fatigué, elle savait que cette vacance allait faire subir une énorme rature à son temps alloué. À peine débarquée dans ce reliquaire selon ses propres termes, elle eut cette vision, s’imaginant assise dans le vaste et spacieux vivoir de sa grande maison. Léone chassa cette image envahissante en tirant sur une grande embrase rouge, placée près du foyer dont le manteau l’ornait d’un beau bois lustré. Madame sollicitait déjà le service du personnel pour s’enquérir d’une tasse de thé, mais surtout, elle voulut trouver un exutoire à son envie pressante de sortir de cet endroit et l’idée d’un bon thé chaud et son repas du soir apaisa son angoisse.
Malheureusement, l’homme au complet marine impeccable l’avisa sur un ton pointu que le premier service du dîner ne débutait qu’à dix neuf heures sinon, un petit en cas de fromage et de biscottes pouvait leur être servi dans la chambre. Madame accepta l’en cas surtout pour Adriane qui rechignait constamment dans les bras de la nounou également exténuée.
Lorsque la nuit eut bien fait son lit au creux des ombrages de sa chambre, Léone examina le haut plafond sculpté des demeures opulentes du dixhuitième siècle et ne se sentit point investie par l’âme du lieu. Elle se redressa subitement dans son lit et se motiva à chasser cette envahissante impression d’isolement, comme si l’insolente était tombée subitement de la hauteur de ce plafond. Léone sortit du lit sans prendre la peine d’enfiler son peignoir et alla se réfugier dans le petit salon près de la grande fenêtre. Elle repoussa les lourdes tentures et la vue du dehors animée de passants et de lumières l’apaisa suffisamment pour reprendre le contrôle sur ellemême. Cette soudaine sensation de suffocation se dilua peu à peu alors qu’une lancinante traînée d’ennui s’immisça dans son ventre. Le sommeil lui refusa son aide durant ces
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Va c a n c e s o u t r e m e r
heures interminables et le petit matin transpira à travers les plis des tentures, libérant la captive de ses ténèbres.
Léone se sentit mieux malgré sa fatigue, car s’affairer et gérer son temps ainsi que celui des autres en pleine lumière l’empêchait de se remettre en question et lui donnait la certitude de contrôler adéquatement la situation. Madame McCleary était à peine sortie du lit que Léone modifia sensiblement tout le programme élaboré par les deux voyageuses durant les longues journées en mer. À l’évidence, il subirait un allègement considérable. Le garçon d’étage avança la desserte sur laquelle un petit déjeuner suscita quelques regards suspicieux de la part de Léone. Madame demanda des œufs brouillés, du bacon et des rôties bien grillées au lieu de ces croissants trop secs pour qu’elle consente à les consommer. L’homme en uniforme s’enquit de quelques précisions concernant la commande de cette Canadienne capricieuse sur un ton légèrement pompeux qui déplut à la dame de fer malgré sa diction irréprochable.
— Soyez prompt à revenir. Ma petite fille a besoin de s’alimenter de façon adéquate.
L’homme, visiblement dérangé par l’allusion, s’éclipsa rapidement pendant que la nounou faisait boire du lait à l’enfant. Léone servit le café ayant le pli du sourcil très froncé et ne perdit point de temps pour communiquer ses nouvelles lamentations à sa dame de compagnie.
— Je dors très mal dans ce lit de plumes trop mou et je redoute tellement ces satanées punaises qui s’infiltrent toujours dans ces matelas. J’ai beaucoup de difficulté à me détendre et cet endroit… est trop humide. Ah, cette ville me déçoit et comme la perspective de la visiter me pèse à présent !
Madame McCleary constata l’abattement de son amie.
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R O S E E M M A – T o m e I I
— Voyons, ne vous alarmez pas ainsi... j’ai conservé de bonnes relations en France et heureusement, nous avons quelques recours à notre disposition. Je vais m’absenter une partie de l’avantmidi et me renseigner sur la possibilité de louer une résidence ou un joli cottage dans un coin de pays plus paisible. Ne vous faites pas de souci, je connais la ville pour l’avoir visitée maintes fois en compagnie de mon défunt mari. Que Dieu ait son âme ! Alors... que ditesvous de ma proposition ?
— Si vous parvenez à ce miracle ma chère amie, vous aurez rendu mon séjour insupportable jusqu’ici… tolérable. J’hésite encore à prononcer le mot vacance tant le mot retour s’incruste dans ma pensée. Allons, prenez votre petit déjeuner et de grâce revenezmoi avec de bonnes nouvelles !
Léone sortit faire une promenade dans le petit boisé pas très loin de l’hôtel afin de se détendre et ne remarqua point ce bistro très achalandé tout près dont l’architecture napoléonienne de cet établissement avait vu défiler sous son portail les plus grands de la colonie artistique autant que politique. C’était plutôt le bruit, partout qui la submergeait et malgré ses efforts, elle fut incapable d’en faire abstraction. Des coups de marteau par làbas, des klaxons à répétitions et des aboiements de chiens venant renifler trop près de sa petite fille. La grandmère devait la retenir constamment, car la petite était très attirée par ces sales bêtes, selon son avis. Elle se leva et entreprit de héler un taxi afin de visiter la cathédrale NotreDame.
En franchissant les imposantes ogives gothiques du portail, la dame déposa Adriane et leva instinctivement les yeux vers ces vitraux làhaut diffusant une auréole de toute puissance en ce lieu gigantesque. Les arcsboutants extérieurs, tels des squelettes décharnés, retenaient toute cette structure de pierres et permettaient de l’intérieur une vision presque irréelle tant la hauteur de ses nombreuses voûtes transmettait cette impression de tenir jusqu’au ciel. Léone ressentit cet élan divin devant une telle grandeur temporelle. Afin de reprendre ses esprits, elle s’obligea à s’en détacher les yeux, s’efforçant de chasser cette persistante émotion
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