Secrets diaboliques

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Évoluer dans un univers d’hommes n’est pas facile pour une femme, et Allison Doyle en sait quelque chose. Aussi, lorsque l’agent Mark Wolfe sollicite son aide, elle y voit l’occasion rêvée de montrer qu’elle est une détective douée. Se lancer sur les traces d’un redoutable tueur en série, n’est-ce pas là le meilleur moyen de faire ses preuves ? Méfiance toutefois, il ne s’agit pas d’une simple chasse au meurtrier, mais plutôt d’une course contre la montre avec le diable en personne ! Aidée de Mark, Allison s’engage dans un jeu du chat et de la souris…
Publié le : mercredi 27 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290114643
Nombre de pages : 416
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couverture
LAURA
GRIFFIN

Secrets diaboliques

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Marie Villani

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Présentation de l’éditeur :
Évoluer dans un univers d’hommes n’est pas facile pour une femme, et Allison Doyle en sait quelque chose. Aussi, lorsque l’agent Mark Wolfe sollicite son aide, elle y voit l’occasion rêvée de montrer qu’elle est une détective douée. Se lancer sur les traces d’un redoutable tueur en série, n’est-ce pas là le meilleur moyen de faire ses preuves ? Méfiance toutefois, il ne s’agit pas d’une simple chasse au meurtrier, mais plutôt d’une course contre la montre avec le diable en personne ! Aidée de Mark, Allison s’engage dans un jeu du chat et de la souris…
Biographie de l’auteur :
Laura Griffin a débuté comme journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Ses ouvrages ont été récompensés par de nombreux prix aux États-Unis.

Création de couverture : Claire Fauvain
Couverture : © Deborah Pendell / Arcangel

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

Secrets sous haute protection

N° 9807

 

Secrets en série

N° 9909

 

Secrets impardonnables

N° 9952

 

Secrets en cascade

N° 11162

Remerciements

Une de mes plus grandes joies à écrire la série des Traceurs a été de rencontrer et d’interviewer tant de professionnels dévoués dans les domaines de l’application de la loi et de la science médico-légale. J’aimerais remercier Kara Stull, Ruben Vasquez, Jennifer Rice, et Mike Snow. Merci aussi aux nombreux autres experts qui ont partagé leur savoir au travers de fascinants ouvrages ou ateliers, parmi lesquels Kathy Bennett, Robert Genna, Rob Preece, D.P. Lyle et Gavin de Becker.

J’apprécie à sa juste valeur le dur travail de tous chez Pocket, notamment Abby Ziddle, Lisa Litwack, Ayelet Gruenspecht, Renee Huff et Parisa Zolfaghari. Merci également à mon merveilleux agent, Kevan Lyon.

Et tout particulièrement à ma famille, pour la patience et le soutien dont elle a fait preuve pendant que j’écrivais cette histoire.

1

Le jour où Jordan Wheatley courut en toute liberté pour la dernière fois était clair et radieux, tout comme celui de ses seize ans. Tout comme celui de son mariage. Tout comme le 11 septembre 2001.

Cet après-midi-là, elle s’était habillée un peu trop chaudement, d’un pantalon de survêtement et d’un tee-shirt à manches longues, et elle déboucha du sentier le visage en sueur et sa queue de cheval trempée. Elle se pencha à l’intérieur de sa voiture pour s’emparer d’une grande bouteille d’eau et la vida presque entièrement, puis déversa les quelques centilitres restants sur sa tête. Elle vérifia le chrono, à sa montre. Quatre-vingt-dix-sept minutes. Avec ces trois kilomètres supplémentaires, elle allait être en retard à la maison, et Ethan allait bouder. Elle devait se dépêcher.

D’abord, cependant, elle renversa la tête en arrière pour contempler le ciel et prendre le temps d’être, tout simplement. Le soleil de fin d’après-midi lui caressa les joues. Elle inhala la piquante brise d’automne, teintée de cèdre. L’euphorie du coureur vibrait dans ses veines et ses muscles lui semblaient relâchés. Elle se sentait capable de tout. De n’importe quoi. De refaire le circuit tout entier à cette minute même si elle le voulait.

Mais Ethan attendait. Elle consulta de nouveau sa montre puis jeta la bouteille vide dans la voiture.

— Eh, vous n’auriez pas un portable, à tout hasard ?

Pivotant, Jordan vit un jeune homme debout à côté d’une fourgonnette verte, à quelques pas de là. Elle regarda par-dessus son épaule pour voir s’il parlait à quelqu’un d’autre.

— Encore la batterie ! ajouta-t-il avec un sourire. Cette fois, ma femme va me tuer, elle m’a dit de la remplacer ! (Comme Jordan hésitait, son expression se fit circonspecte.) Mais on dirait que vous êtes pressée. Vous n’avez sans doute pas le temps de jouer à la bonne samaritaine, n’est-ce pas ?

Elle avança d’un pas.

— Non, c’est bon.

Puis elle se rappela sa requête, et plongea de nouveau dans l’habitacle. Son portable était dans la boîte à gants verrouillée. Elle le sortit.

— Vous voulez que j’appelle un dépanneur ou…

L’homme s’approcha nonchalamment.

— Merci, je vais le faire.

Elle l’observa un peu plus attentivement alors, mal à l’aise à l’idée de prêter son téléphone à un parfait inconnu, même séduisant. Il était grand, brun, avec des lunettes à monture métallique. Il portait un jean délavé, et un sweat-shirt de l’université Rice, avec son familier blason bleu sur le devant.

Jordan lui tendit l’appareil.

— En fait, croyez-le ou pas, j’ai un super mécano. Sa spécialité, c’est les voitures allemandes, mais il me doit un service, alors…

Du pouce, il composa un numéro, puis porta l’appareil à son oreille. Jordan se détourna, faisant mine de ne pas écouter. D’un revers de bras, elle essuya la sueur de son front. Au loin, elle entendit les aboiements aigus de deux chiens qui se croisaient sur le sentier.

— Pas de réponse. Mince ! Vous auriez pas des câbles de démarrage ? demanda-t-il avec un sourire empli d’espoir.

— J’ai bien peur que non.

Avec un soupir, il balaya du regard le paysage environnant – canyons, collines, et broussailles à perte de vue.

— Quelles sont nos chances, croyez-vous, de faire venir une dépanneuse jusqu’ici avant le coucher du soleil ? (Il jeta un coup d’œil en direction du ciel.) Minimes, je dirais. Je ferais sans doute mieux de prévenir ma femme.

Inexplicablement soulagée, elle se tourna afin de lui accorder un peu d’intimité le temps de l’appel.

Un poids la heurta. L’air s’expulsa de ses poumons et son visage percuta le gravier. Elle hurla. Le son cessa net comme sa tête était violemment tirée en arrière, puis de nouveau projetée en avant. La douleur irradia dans son crâne.

— Silence ! gronda-t-il à son oreille.

Jordan sentit son pouls s’emballer et la tête lui tourner. Se contorsionnant, elle lutta pour respirer alors que le genou de l’homme s’enfonçait dans sa colonne vertébrale.

— T’as compris ?

Il tira de nouveau sur sa queue de cheval et sa nuque se tordit en arrière. Elle regarda le ciel bleu et sentit sa propre terreur, forte et âcre.

Ça n’est pas en train d’arriver.

Et pourtant si. Des larmes lui brûlaient les yeux, son cou s’arquait douloureusement. Son cœur cognait dans sa poitrine comprimée. Pour la première fois de sa vie, sa peur était si absolue qu’elle domina toute autre sensation dans son corps.

Elle s’arc-bouta, se débattit à coups de coude et de genou. Le poids s’allégea, et elle se redressa tant bien que mal. Une vive brûlure remonta le long de sa jambe comme il lui labourait la peau de ses ongles.

Elle se rua en direction de sa voiture. Il était juste derrière elle. Il la plaqua, et elle se retrouva de nouveau à terre. Un poing s’abattit sur sa joue et une vive douleur explosa sous ses paupières. Le sang lui emplit la bouche. Elle sentit une dent lui érafler la langue.

Il lui tira de nouveau la tête en arrière et, prise d’un étourdissement, elle le sentit remuer sur elle. Elle voulut crier, mais il la clouait au sol de son poids, et le son ne fut qu’un souffle d’air. Une main se plaqua durement sur sa bouche. Il la hissa sur ses pieds, la traîna sur le gravier. Au travers de sa vision brouillée de larmes, elle aperçut sa voiture.

Ça n’est pas en train d’arriver. Non, non !

Elle se tortilla, lutta. La douleur irradiait dans tout son bras droit, mais elle le lança tout de même en arrière, s’efforçant désespérément de lui arracher les yeux. Il resserra sa prise. Du coin de l’œil, elle vit le flanc du fourgon. Elle lui lança un violent coup de pied, anxieuse, pour échapper à son étau. Il lança un juron étouffé avant de la projeter contre quelque chose de dur, au point que son cerveau lui sembla heurter les parois intérieures de son crâne. Une nausée la balaya tandis que les bras de l’homme se resserraient plus encore autour d’elle. La douleur était abrutissante. Elle la sentit prendre le contrôle, annihiler sa volonté de résister. Tous ses membres tremblaient.

— Inutile de lutter. (Son souffle fut brûlant contre sa joue.) Reste tranquille et je n’aurai pas à te faire du mal.

Jordan sut qu’il mentait. Du plus profond d’elle-même remonta un cri primaire.

2

L’inspecteur Allison Doyle était suffisamment avisée pour ne pas espérer disposer d’une soirée libre entière. Au train où allaient les choses, elle estimait avoir neuf chances sur dix d’être de retour au boulot avant que sa pizza soit sortie du four. Mais elle était, de nature, optimiste – et également affamée. Aussi s’engagea-t-elle dans le parking de la supérette de Sal en se délectant de la perspective d’une Suprême fumante à la viande et au fromage. Avant même qu’elle ait éteint son moteur, son portable vibra. Elle soupira.

— Doyle.

— Où est le dossier Borman ?

Ric Santos. Au moins ce n’était pas son patron la rappelant au poste.

— Aucune idée. Pourquoi ?

— Tu te rappelles qui a payé sa caution ?

— Je dirais sa petite amie, mais je n’en jurerais pas, répondit Allison en sortant de son pick-up et en se dirigeant vers la boutique. C’était peut-être sa sœur. Elle avait un autre patronyme.

— Tu t’en souviens ?

Allison fonça droit vers le rayon des surgelés. Cette affaire avait eu lieu six mois plus tôt, mais elle n’oubliait jamais un nom.

— Trautman Leslie. C’est dans l’ordinateur. Pourquoi as-tu besoin de ce dossier ?

— Notre système est de nouveau H.S.

La voix de Ric résonnait, et elle l’imagina dans la cage d’escalier du commissariat. Il en sortait, et paraissait pressé.

— Besoin d’un coup de main ?

— Non, je gère. Profite bien de ta soirée de congé.

La première depuis des semaines, aurait-elle voulu lui rappeler, sauf qu’il le savait déjà. Tout le monde, dans le service, travaillait vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Sa récompense, à elle, allait être un dîner malbouffe et une nuit décérébrée devant la télé. Elle ouvrit un congélateur, sélectionna une pizza saucisse et double chorizo avec pâte extra-épaisse. Après quoi elle fit un rapide détour par le rayon aliments secs pour chat, puis s’avança vers la caisse.

Le regard du propriétaire de la supérette se darda sur elle. Tendue, l’expression de l’homme se mua en soulagement.

Allison sentit sa peau lui picoter. Son attention dévia vivement vers le client, au comptoir, qui lui tournait le dos. Cheveux bruns gras, blouson de cuir trop grand, épaules remontées aux oreilles. Corps qui oscillait d’avant en arrière à la manière des tics agités des toxicos.

Hold-up.

Le flash info s’accompagna d’une décharge d’appréhension : ses deux mains étaient pleines !

Gardez toujours libre la main avec laquelle vous dégainez. Elle le savait. Elle se l’était entendu seriner par tous ses instructeurs de tir. Et voilà qu’elle était là, devant un assaillant armé, encombrée d’une pizza surgelée et d’un sac de croquettes pour chat, son arme de service soigneusement rangée sous sa veste. La panique menaça de la submerger, mais elle la refoula tout en se creusant frénétiquement les méninges en quête d’un plan. En lâchant ses courses, elle pourrait le surprendre et…

L’homme pivota brusquement, et elle maudit son hésitation. Elle regarda le revolver et écarquilla les yeux pour feindre la surprise.

— Recule !

Il secoua l’arme dans sa direction d’une main tremblante, puis la pointa de nouveau sur Sal.

Allison balaya les alentours du regard. Aucun autre client, Dieu merci. Deux véhicules dehors, dont le sien. Aucun complice conducteur dans le second, mais les phares étaient allumés, indication que le moteur tournait. Pourquoi ne l’avait-elle pas remarqué ? Elle en était à 0-3 là, et sa semaine de travail marathon se soldait par un enchaînement d’erreurs potentiellement mortelles.

La situation s’aggrava comme une autre voiture s’engagea dans le parking, puis s’arrêta devant une pompe à essence. Elle espéra que le conducteur paierait directement par carte.

Le délinquant lui fit face, paniqué. Race blanche, un mètre soixante-dix-sept, soixante-deux kilos environ. Pupilles dilatées. Le tremblement de la main qui tenait l’arme s’était propagé à son corps tout entier ; il était, de toute évidence, complètement défoncé. Mauvaise nouvelle pour tout le monde. De même que le fait qu’il n’avait pas pris la peine de se masquer et paraissait se ficher totalement de la caméra de sécurité fixée derrière la caisse enregistreuse. Même à trois mètres de distance, elle pouvait sentir le désespoir qui émanait de lui.

— J’ai dit « recule », salope !

Obéissante, elle s’exécuta, s’efforçant de paraître sans défense.

Il se tourna vers le comptoir.

— Le fric !

Sal porta la main à son tiroir-caisse. Il coulissa avec un tintement, et Allison dévisagea Sal, remarquant tous les détails manqués de prime abord. Il n’avait pas seulement l’air tendu, mais aussi effrayé. Une frayeur farouche, telle celle d’un animal acculé. De la sueur perlait à ses tempes, et il foudroyait du regard l’homme qui pointait une arme sur lui.

Allison s’avança imperceptiblement. Sal lui lança une œillade et, à la vue de son expression de défi, son pouls s’emballa. Elle savait exactement ce qu’il pensait de ce toxico consommateur de meth à deux balles, et elle espéra qu’il n’était pas assez téméraire pour tenter quoi que ce soit de stupide avant qu’elle prenne le contrôle de la situation.

Elle coula un regard au braqueur. L’attention de celui-ci passait nerveusement de Sal à elle. Elle pria pour qu’il ne repère pas le renflement, sous son blazer. Il lui fallait libérer ses mains.

Sal sortit une autre liasse de billets, l’implorant des yeux d’agir. L’homme surprit son regard, et tourna son arme vers Allison.

— Toi ! Là-bas !

Il agita le revolver en direction du distributeur de sodas.

Bon sang, il lui fallait s’avancer, pas s’éloigner ! Sa meilleure chance était de le désarmer à distance rapprochée.

— Grouille, salope !

Elle recula d’à peine quelques centimètres.

— Grouille !

L’injonction fut agrémentée de postillons.

Allison recula de plusieurs pas, le regard braqué sur celui éperdu du toxico. C’était le désespoir qui l’inquiétait. Ces yeux fous lui indiquaient qu’il pouvait tout aussi bien lui tirer dessus que la regarder, et cette conviction lui comprima la poitrine. Si la pensée d’être un jour tuée dans l’exercice de ses fonctions lui était bien venue à l’esprit, jamais elle n’avait imaginé se faire ôter la vie par un camé aux dents pourries.

Se tournant, il s’empara de sa main libre des billets que Sal empilait sur le comptoir.

— Plus vite !

Un léger mouvement, dans le miroir convexe, à l’angle du plafond, capta le regard d’Allison. Elle s’efforça de ne pas attirer l’attention dessus mais, du coin de l’œil, elle vit quelqu’un passer du couloir, situé à l’arrière de la boutique, à l’allée la plus proche de l’entrée, qui débouchait droit sur la caisse. Grand, brun, vêtu d’un costume anthracite, l’homme avait une vague ressemblance avec l’avocat contre lequel elle était partie en guerre au tribunal la semaine précédente. Mais ce n’était pas lui. Cet homme-là était plus athlétique, plus large d’épaules, et beaucoup moins bruyant.

— Seulement ça ? C’est tout c’que t’as ? (S’emparant des derniers billets de vingt dollars, Meth Man les agita sous le nez de Sal.) Je veux tout !

Sal marmonna une réponse tandis qu’Allison risquait un coup d’œil sur sa gauche. L’homme d’affaires était à présent accroupi derrière un présentoir de cannettes de bière. Ses yeux rencontrèrent les siens, leur expression dure lui intimant de ne pas bouger.

Flûte ! C’était bien sa veine ! Ne tentez pas de jouer au héros ! s’efforça-t-elle de l’avertir du regard. Mais, déjà, l’attention de l’homme se refocalisait sur la confrontation.

— File-moi tout !

Le braqueur sautillait sur ses pointes de pied, véhément et furieux, mais distrait.

C’était l’occasion ou jamais.

Elle lança la pizza tel un frisbee. Dans l’instant de confusion qui suivit, elle dégaina vivement son arme, puis plongea vers celle du braqueur.

Celle-ci suivit sa trajectoire d’un peu trop près. Elle prit conscience du canon noir pointé sur son visage à la fraction de seconde même où une chaussure s’élevait, projetant le revolver de l’homme dans les airs.

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